Gestion des effluents d'élevage et réglementation de l'épandage dans la Marne : Guide technique et pratique

La gestion des effluents d'élevage, et plus particulièrement l'épandage du fumier, constitue un pilier central de l'agronomie dans le département de la Marne. Entre impératifs environnementaux, maintien de la fertilité des sols et gestion des relations avec le voisinage, les agriculteurs doivent naviguer dans un cadre réglementaire strict. La Chambre d'agriculture de la Marne accompagne les exploitants pour concilier ces enjeux complexes, garantissant une pratique agricole durable et conforme aux exigences des zones vulnérables.

Les règles de stockage du fumier au champ

Le stockage au champ est une pratique courante, mais elle est soumise à des conditions rigoureuses pour éviter toute pollution des eaux superficielles ou souterraines. La règle fondamentale est que le fumier doit tenir naturellement en tas sans écoulement latéral. Les mélanges avec des produits différents n’ayant pas ces caractéristiques sont formellement interdits.

Schéma technique d'un stockage de fumier au champ respectant les distances et l'étanchéité

Certaines conditions sont à respecter : la durée de stockage au champ est limitée à 9 mois maximum, et un retour sur le même emplacement ne peut se faire que tous les 3 ans. Le volume du dépôt doit être impérativement adapté à la fertilisation des parcelles réceptrices. Pour limiter les infiltrations d’eau, le tas doit être continu.

Le dépôt est strictement interdit là où l’épandage est prohibé et en zone inondable. De plus, le dépôt de fumier non susceptible d’écoulement au champ est interdit sur sol nu. Le tas doit être placé sur une prairie, sur un lit de paille d’une épaisseur de 10 cm, sur une culture intermédiaire piège à nitrates (CIPAN) bien développée ou sur une culture implantée depuis plus de 2 mois. Entre le 15 novembre et le 15 janvier, le dépôt de fumier au champ n’est autorisé que sur prairie, sur un lit de paille de 10 cm d’épaisseur ou en cas de couverture totale du tas.

La planification de la fertilisation azotée

En zone vulnérable, vous devez respecter l’équilibre de la fertilisation. Pour garantir cette conformité, des documents d’enregistrement comprenant le plan prévisionnel de fumure azotée (PPF) et le cahier d’enregistrement sont à tenir à jour. Pour toutes les surfaces de votre exploitation, y compris les parcelles non fertilisées, vous devez établir un PPF.

Celui-ci doit être établi à l'ouverture du bilan, c’est-à-dire au moment du semis ou de la sortie d'hiver pour les cultures d'automne. Il doit être terminé au plus tard avant le premier apport réalisé en sortie d'hiver, ou avant le deuxième apport en cas de fractionnement. Il est exigible au 15 avril. Pour déterminer votre dose d’azote prévisionnelle, vous devez vous référer à l’arrêté régional du GREN (Groupe Régional d’Experts Nitrates) qui encadre les méthodes de calcul des doses d'azote.

Le calcul du rendement prévisionnel est défini réglementairement comme étant la moyenne des rendements obtenus les 5 dernières années en retirant les valeurs minimale et maximale. Il est possible de remonter à la sixième année si une référence est manquante ou non exploitable. S'il manque deux années ou plus, prenez les valeurs de l'arrêté du GREN pour remplacer les années manquantes, puis effectuez le calcul de votre moyenne olympique.

Traçabilité et justification des apports

Pour toutes les surfaces de votre exploitation, vous devez renseigner un cahier d’enregistrement. Celui-ci doit être actualisé après chaque épandage d'engrais organiques et minéraux, et il est établi de la récolte du précédent à la récolte de la culture considérée. Votre cahier d’enregistrement doit contenir un certain nombre d’informations obligatoires pour être conforme aux contrôles.

Tout apport d'azote réalisé au-delà de la dose prévisionnelle totale doit être dûment justifié. Cette justification peut reposer sur l'utilisation d'un outil de pilotage en végétation de la fertilisation comme Mes Satimages, Farmstar, N-tester ou Jubil. Elle peut également être justifiée par une quantité d'azote exportée par la culture supérieure au prévisionnel. Enfin, dans le cas d'un accident cultural intervenu postérieurement au calcul de la dose prévisionnelle, la justification doit passer par la description détaillée, dans le cahier d’enregistrement, des événements survenus, en précisant notamment la nature et la date des incidents.

La Chambre d'agriculture propose un accompagnement personnalisé : "Gardez l'esprit tranquille, nos conseillers prennent en charge votre plan de fumure, la saisie de votre traçabilité…"

Mesures spécifiques en Zones d'Actions Renforcées (ZAR)

Pour la délimitation d’une ZAR, le périmètre le plus actualisé prévaut, et il peut évoluer au cours du programme d’action régional actuel. Les mesures suivantes s’appliquent sur les îlots culturaux situés dans ces zones spécifiques :

  • Période d’épandage : Si le semis est réalisé après le 1er mars, l’apport de Type II est interdit plus de 3 semaines avant le semis, sauf pour les vinasses épandues avant betteraves. Aucune dérogation n'est possible pour les effluents d’élevage, ce qui constitue la période d’interdiction orange.
  • APLSH : Les apports organiques à destination des couverts sont plafonnés à 35 kg/ha d’azote potentiellement libérable jusqu’en sortie d’hiver.
  • Interculture longue : Le couvert doit être maintenu en place pendant 11 semaines. Le semis doit être effectué au plus tard le 30 septembre et aucune destruction n'est autorisée avant le 15 octobre.
  • Prairies permanentes : Leur retournement est strictement interdit, bien que leur régénération sans labour reste autorisée.
  • Succession de cultures : La culture de deux maïs successifs n'est autorisée qu'une seule fois sur une période de 5 ans. À défaut de respect de cette règle, une couverture de l’inter-rang est obligatoire.

Les enjeux de la cohabitation avec le voisinage

L'épandage d'effluents, bien que nécessaire à la productivité agricole, peut générer des nuisances olfactives importantes, comme observé dans le secteur d'Épernay. En août 2024, des épandages de fientes de volailles ont provoqué des réactions vives sur les réseaux sociaux. Les résidents des communes comme Pierry ou Moussy ont fait part d'une puanteur qualifiée d'insupportable.

Photographie illustrative d'un épandeur de fumier en action dans un paysage champenois

Cet exemple souligne l'importance pour les exploitants de communiquer localement sur leurs pratiques. Le respect scrupuleux des conditions d'épandage (conditions météorologiques, vent, proximité immédiate des zones habitées) est essentiel pour maintenir l'acceptabilité sociale de l'agriculture. Les conseillers de la Chambre d'agriculture peuvent aider à optimiser les périodes d'épandage pour minimiser ces impacts tout en respectant les contraintes agronomiques et réglementaires. La gestion de la fertilisation n'est pas seulement un acte technique ; c'est un acte de responsabilité partagée au sein des territoires ruraux et périurbains.

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