Le coq, cet animal familier des basses-cours, est bien plus qu'un simple volatile. Son chant puissant et sa présence fière en ont fait, au fil des siècles et des cultures, un emblème riche de significations, oscillant entre le divin et le trivial, le courage et la vanité, la lumière et l'obscurité. De la mythologie antique aux expressions populaires, en passant par l'art et la symbolique religieuse, le coq se révèle être un miroir complexe des aspirations et des craintes humaines.

Le Coq, Héraut de la Lumière et Chasseur de Ténèbres
Le symbolisme le plus universellement reconnu du coq est sans doute son rôle d'annonciateur de l'aube. Son cri, "coco, coco, cocorico", dont est issu le mot "coq", est un appel à la vie, une proclamation de la diurnité divine et solaire qui va bientôt éblouir le monde de toute sa splendeur. Ce salut adressé au soleil, évident signe de joie, est censé marquer l'instant où l'ardeur et la foi doivent se ranimer. Il faut reprendre l’ouvrage, appeler le juste à la prière, secouer les dieux, réveiller l’humanité en la libérant des rets du sommeil. Le cri du coq, c’est la constante « vigilance de l’âme attentive à percevoir dans les ténèbres finissantes de la nuit les premières clartés de l’esprit qui se lève ». L’ombre s’efface devant la lumière et ne se projette jamais en elle : il n’existe pas de rayon d’ombre.
Ce pouvoir protecteur du coq, en particulier son chant, est considéré depuis peu avant l'an 1000 comme capable de chasser les démons, les mauvais esprits et tout un tas d’autres calamités (tonnerre, brouillard, maladies et fièvre, animaux « malfaisants » : souris, serpent, etc.). Le coq propulse son cri au point du jour, héraut du soleil, annonçant la fin de la nuit et le début de l’aube. Parce que lumière, le coq est aussi intelligence comme le souligne le livre de Job. À cette clarté de l’esprit s’allie la blancheur du jour. Le coq blanc, sans qu’on s’explique bien pourquoi cette prodigieuse capacité, est capable de mettre en fuite cet autre symbole solaire qu’est le lion. Les chroniqueurs médiévaux expliquaient ce pouvoir par le fait que le coq blanc mettrait en fuite des démons à l’allure de lion, ce qui aurait par la suite concerné tous les lions, quels qu’ils soient. « Au crépuscule, quand le coq se tait, vient la nuit et son cortège de démons malfaisants : la nuit est noire, le coq est blanc ». On peut voir dans cette image la persistance d’une infime fraction lumineuse dans le plus sombre des abymes, un espoir et un courage qui subsistent quand tout paraît inextricablement compliqué.
Le Coq à Travers les Cultures et les Traditions
Le coq a été reconnu comme un symbole solaire dans maints lieux et époques. Par exemple, le dieu crétois Velchanos, apparenté à Zeus, possède un coq comme emblème. Lorsque Léto, enceinte des œuvres du même Zeus, accouche d’Artémis et d’Apollon, un coq se tient non loin, ce dernier étant un symbole de la lumière naissante. Au Japon, des offrandes, des incantations, le chant d’un coq sont censés rappeler la déesse du soleil Amaterasu qui est allée se terrer dans la grotte céleste Ame no Iwato. Cela assurerait le moyen de ré-insuffler de l’énergie au soleil au moment crucial du solstice hivernal, en quelque sorte, un sol invectus extrême-oriental.
Associer le soleil au coq, c’est assurément faire entrer la protection dans toutes les maisons : on disait de bon présage le fait de voir un coq se promener dans la salle commune des fermes, plus sûr garant de la joie et du bonheur des habitants. Et si pas de coq en chair et en os, l’image de cet animal dessinée sur la porte d’une maison la protège des énergies pernicieuses. Dans les pays slaves, lorsque l'on quitte le domicile, on fabrique de petites boîtes en écorce de bouleau, que l’on remplit de pois secs ou de graines de pin, et dont on orne ensuite le couvercle d’un coq. La fonction de cet objet, une fois passé au cou, est très simple : on l’agite dès qu’on se sent en proie à une émotion un peu trop pénible, le bruit provoqué par la boîte permettant de mettre en fuite les esprits malicieux. Les principaux symboles - coq et bouleau - n’ont pas été choisis au hasard : l’arbre tout comme l’animal sont des emblèmes de la lumière solaire. Aux deux symboles présents sur cet objet, l’on peut rajouter les deux couleurs que sont le rouge et le doré qui viennent davantage renforcer la valeur de protection de ce talisman. Il n’est pas étonnant qu’en Perse l’on ait laissé les coqs se balader en liberté dans les cimetières pour briser la nuque à quelque démon en goguette ou pour en chasser les vampires en Roumanie.
Dans le christianisme, le coq symbolise la résurrection de Jésus : il évoque le retour de la Lumière, il ouvre un jour nouveau. Le coq évoque aussi le reniement de Saint Pierre, rappelant la repentance. En franc-maçonnerie, le coq est représenté dans le cabinet de réflexion : le postulant le rencontre juste avant la cérémonie d’initiation. Le chant du coq indique l’heure du réveil après une période de long sommeil : la lumière va enfin pouvoir traverser l’obscurité. Le coq invite en outre au courage et à la vigilance : le vrai travail commence.
Le Coq, Animal de la Basse-Cour : Entre Fierté et Réalité du Fumier
Bien qu’il soit parfois considéré comme ridicule lorsqu’il grattelle son tas de fumier, ce n’est pas toujours qu’une bête occupation : en effet, on prétend que le coq y enterre ses perles, c’est-à-dire les œufs qu’il pond. Cette image du coq et du tas de fumier peut être lue comme une métaphore des réalités moins glorieuses mais essentielles de la vie, le terreau sur lequel tout croît. Le chant du coq n’est pas un signe de victoire définitive : il chante certes, mais les pieds enfoncés dans la boue.
Le coq
C'est à son jabot et à sa crête rouge qu’on reconnaît cet animal si hardi qu’il est admirable pour protéger ses poules - « dormez tranquilles ; après tout, je suis là pour vous défendre », les rassure Chantecler - en particulier contre plus fort que lui : les chroniques médiévales le croyaient assez puissant pour mettre en déroute le lion, mais aussi le loup. En vrai, un coq peut parfaitement réussir à mettre en fuite un renard ou un faucon. Courageux comme un coq, à l’inverse de la poule (mouillée) symbole de couardise. Si le coq agit ainsi, c’est non seulement en raison de l’affection qu’il porte à ses poules, sa largesse généreuse en faisant un symbole de la bonté. Mais c’est aussi qu’il a un rang à tenir : la poltronnerie ne peut se combiner à une crête arrogante irriguée de sang, des barbillons tout aussi écarlates, des ergots acérés, un plumage caudal qui ne manque pas de panache ! Sans cela, comment donc le coq pourrait-il être fier comme un pou ?
Les jeunes coqs savent attirer tous les regards, les vieux un peu moins. Et il est vrai qu’à cette fierté s’associe souvent la séduction, parce que plus que la concupiscence, ce que recherche le coq, c’est surtout la convoitise qui peut dégénérer en jalousie en cas de concurrence : le coq, généralement non partageur, est prêt à défendre bec et ongles son harem face à la prétention d’un autre coq, d’où les combats fréquents, humiliants quelquefois, mortels de temps en temps. Quand le coq voit rouge, il développe effectivement une énergie de feu ! Normal, puisque le coq ardent qu’on livre aux combats est fort souvent dédié au dieu Mars (Arêos neottos). Ainsi sacrifiait-on un coq au dieu de la guerre afin de s’assurer la victoire dans la bataille. Les Lacédémoniens procédaient de la sorte. Peu avant la victoire de Marathon remportée par les Athéniens en 490 avant J.-C., Miltiade le Jeune fit assister les soldats à des combats de coqs afin d’en enflammer l’ardeur. Selon Johannes Goropius (1519-1573), les Danois emportaient deux coqs à la guerre, dont l’un d’eux avait pour fonction préliminaire d’exciter les hommes au combat. Parce qu’ils étaient particulièrement farouches à la bataille, les Cariens, ancien peuple d’Anatolie, étaient surnommés « coqs » par les Perses. Les combats de coqs, dont l’Angleterre, l’Inde, l’Extrême-Orient sont très friands, étaient fort prisés également en France durant le XVIIe siècle, ce qui n’est pas rien à l’époque du Grand Siècle.

Le Coq, Emblème National et Républicain
Le jeu de mots aisé entre gallus (le coq) et Gallia (la Gaule) était facile et remonte à l’époque des Romains, mais ce n’est que plus tardivement, à la fin du Moyen Âge, que le coq devint un des emblèmes des rois de France (et plus largement de la France elle-même). Plusieurs rois de France furent surnommés gallus : Charles VII (1403-1461), Louis XII (1462-1515) et Charles VIII (1470-1498). Au début du XVIe siècle, le coq se place, emblématiquement parlant, aux côtés de la couronne et de la fleur de lys. En France, le coq est utilisé à partir de la Renaissance comme emblème de la nation et devient un symbole de plus en plus important à partir de la Révolution.
Le coq-girouette surmonte beaucoup de clochers d’église et de cathédrales : il est un point de repère, une source, en même temps que le gardien des fidèles. Il agit comme un paratonnerre spirituel protecteur. Suite à l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris (avril 2019), le coq reliquaire de la flèche a été retrouvé quasi intact, alors qu’il culminait à 96 mètres de hauteur. Ce symbole fort rappelle que le coq a autant à voir avec le temps - il joue le rôle d’horloge de par sa fonction de marqueur temporel, mais aussi avec l’espace : sa position élevée oscille au gré des vents. On peut le croire jouet des vents facétieux, ce qui ferait du coq un animal inconstant, mais cela ne lui permet-il pas d’embrasser le paysage d’un seul coup d’œil circulaire ? La girouette (le weathercock anglais souligne bien le rapport que possède cet instrument avec la météo) surmontée d’un coq, permet donc à ce dernier de diriger son regard perçant dans toutes les directions. En tous les cas, il est de bonne compagnie avec la cloche dont l’airain sonore joue peu ou prou le même rôle que lui.
Le Coq dans l'Art et l'Imaginaire
Sur une toile du peintre Marc Chagall (1887-1985), l’on voit un motif crucial et récurrent dans son œuvre : un coq. Cette toile de 1944 nous le montre rouge vif et flamboyant, en train de pondre un œuf. Le coq de Chagall est la représentation de l’énergie universelle, celle-là même que la médecine traditionnelle chinoise fait circuler en partie dans le méridien du Rein, canal à la base de la force vitale et de l’énergie reproductrice. À ce méridien, régi par le principe de l’Eau, les Chinois ont fait correspondre le coq de l’astrologie chinoise. Ainsi, le coq astrologique et le méridien énergétique véhiculent-ils une commune énergie yang, l’autorité, le courage, le plein d’assurance.
Cependant, l'image du coq peut aussi être pervertie. On ignore que lorsqu’il arrive à un coq de pondre un œuf… hum… il peut, si jamais cet œuf vient à être couvé par un crapaud ou un dragon, en naître un basilic, c’est-à-dire une terrifiante bestiole chimérique, coq serpentiforme à crête blanche. Le basilic, qui n’est jamais que l’antithèse du coq, est une redoutable créature à côté de laquelle il est préférable d’avoir affaire à la coquecigrue, créature burlesque forgée par Rabelais à partir de morceaux de coq, de grue et probablement de cigogne.
Le Coq et ses Expressions dans la Langue Française
Le coq n’est pas de reste dans la langue française, qui est généralement considéré comme vaniteux mais aussi hardi et fier chanteur. Ainsi "faire le coq" est-il se pavaner comme un mâle au milieu de sa basse-cour. Mais l’homme peut aussi bien finir "comme un coq en pâte", c’est-à-dire gavé de nourriture sans faire d’effort. André Gide note dans son journal qu’il a trouvé son ami Francis Jammes très "coqempâté" par le mariage. Quand nos propos sont incohérents ou sans queue ni tête, c’est que nous "passons du coq à l’âne".

Le Coq en Astrologie Chinoise et ses Caractéristiques
Selon l’astrologie chinoise, le type coq est doué de franchise (on n’imagine pas un coq timoré, le matin, au moment de sonner le réveil) et donc à une certaine forme de liberté (qui confine, il faut le dire, à la témérité parfois). Très intelligent, capable de beaucoup de vivacité pour se tirer d’affaire, le coq chinois est reconnu pour son aptitude à la mémoire (sauf lorsque, vieillissant, affublé d’une mémoire de vieux coq, il devient oublieux au point de sauter du coq à l’âne). Comme il aime l’apparat, il étale sa vanité en "faisant son coq". Par son caractère changeant (girouette, tiens !), il passe pour inconséquent. Par exemple, « prendre l’image du coq, qui manifeste sa superbe et vit au milieu d’un harem, est une façon de souligner qu’une fois l’hommage rendu à l’une de ses poules il se désintéresse totalement des conséquences de ses actes ». Il n’est donc pas étonnant qu’on ait fait du coq un animal guerrier, car « notre agressivité, notre réactivité, notre fuite (adrénaline) ou bien notre calme [NdA : toutes qualités requises au combat] sont gérés par le Rein ».
Quand le coq ne se bat pas, il met tout son caractère fougueux au service de sa grande ardeur sexuelle, cet animal polygame étant vu comme largement sensuel, au point, parfois, d’en devenir lubrique. Certains auteurs médiévaux allèrent jusqu’à imaginer que, à l’issue d’un combat, le vainqueur s’autorisait à « couvrir » le vaincu pour finir d’asseoir sur lui sa domination. Mais ce que l’on retient, c’est avant tout la fécondité et la fertilité dont il est capable de faire preuve (d’ailleurs, par magie sympathique, les testicules de coq ont pour vocation, quand on les invite dans la confection d’une recette aphrodisiaque, de rendre à l’homme sa prime vigueur). Mais qu’il fasse chou blanc, et c’est l’explosion : ce non assouvissement du désir peut mener à une colère agressive et frustrée. C’est pourquoi, au Tibet, le coq, en particulier lorsqu’il est rouge, représente avec le serpent et le porc, l’un des trois poisons : ce coq rouge désigne l’excessif attachement, l’entrave du désir et de la convoitise, la soif inextinguible. Le coq correspond au mercure alchimique, élément féminin, changeant. Les Trois Poisons figurent au centre de la roue des existences et la font tourner.
Les Présages et Symboles du Coq : Entre Bonheur et Malheur
Aux véritables détraquements symboliques, l’on peut ajouter les autres suivants : la poule qui chante comme un coq est de très mauvais présage, tandis que le coq qui pousse son cri, non pas à l’aube mais au crépuscule, annonce le décès d’une personne du voisinage, quand il ne se fait pas le relais de phénomènes météorologiques désastreux (grêle, tempête, etc.). C’est un coq tout pareil que décrit la mythologie nordique : Gullinkambi (« Crête d’or ») chante à une seule occasion : pour avertir de l’imminence du désastre, c’est-à-dire le Ragnarök. Symbole de vigilance guerrière, il est juché sur les plus hautes branches d’Yggdrasil et observe, au loin, d’où viendront les géants. Un coq au fait de l’arbre cosmique alertant des dangers est une représentation assez similaire à celui que l’on fiche au sommet des églises : c’est un symbole de protection de la vie, ce qui apparaît de même dans ce conte des pays slaves, Le coq d’or, sentinelle vigilante : « Aussi longtemps que tout sera tranquille alentour, il restera coi ; mais dès qu’une menace de guerre se fera sentir, d’où qu’elle vienne, qu’il s’agisse d’une invasion ou de tout autre péril, mon petit coq aussitôt dressera sa crête, jettera un cri, et, battant des ailes, se tournera du côté d’où menace le danger ». Dans la mythologie grecque, on voit aussi au coq cette fonction de guetteur : Alectryon, compagnon d’Arès, faisait le guet à chaque fois que le dieu de la guerre désirait passer la nuit avec son amante Aphrodite.

Le coq est considéré comme un animal-totem ou une divinité dans beaucoup de cultures et de religions à travers le monde : cultes africains, vaudou, shintoïsme, etc. En Chine, il est de bon augure et porteur de vertu. Dans la Materia medica, Dioscoride écrivait que « la décoction de coq dissout les humeurs noires, crues, grosses, visqueuses ». En Chine, l’idéogramme ki signifie tout à la fois « coq » et « de bon augure ».