Le patrimoine religieux français, composé de milliers d'églises, de chapelles et d'oratoires, traverse une période critique. Si certains édifices bénéficient de restaurations exemplaires, une part importante du bâti ancien, particulièrement en Bretagne et dans d'autres régions, subit les outrages du temps, de l'abandon et des pressions urbanistiques. Ce constat souligne l'urgence d'une prise de conscience collective pour préserver ces témoins de notre histoire.

État des lieux : le patrimoine breton en péril
Faire l'état du patrimoine breton en péril : oui, mais comment ? De nombreux inventaires existants recensent le patrimoine dans diverses thématiques et divers lieux, mais aucun ne fait vraiment, à l'échelle de la Bretagne, le compte de ce qui tombe en ruine ou ce qui est délaissé. De surcroît, les raisons pour lesquelles le patrimoine est délaissé ne sont jamais - ou presque - évoquées. Ce cycle vise à faire connaître le patrimoine en péril et à en faire prendre conscience.
Si l'on faisait une carte des églises, chapelles, couvents etc. en péril, la plupart des sites se trouveraient dans les limites de la Loire-Atlantique. En Loire-Atlantique, département ravagé au sud par les colonnes infernales de Turreau en 1793 et 1794, au nord par les diverses répressions des révolutionnaires contre le peuple engagé dans la chouannerie, nombreuses sont les églises et chapelles qui étaient en si mauvais état au sortir de la Révolution qu'elles ont été reconstruites au XIXe siècle.
Le résultat à la fin du XXe siècle est sans appel : il faut restaurer, et comme les derniers travaux remontent au lendemain de la guerre, il faut le faire sérieusement. Actuellement, l'église du PETIT-AUVERNE (chutes de pierres, instabilité du bâti) est fermée au public suite à un arrêté de péril. À CASSON, la chapelle du cimetière est fissurée de partout tandis que la chapelle Sainte-Anne perd ses pierres et ses enduits. Toutes deux sont du XIXe. Au CELLIER, la chapelle saint-Méen a pâti de la mauvaise volonté du précédent propriétaire à restaurer son toit.
Les défis structurels : coûts et gestion
Le patrimoine privé - essentiellement des chapelles - concentre des monuments en mauvais état. Ce que des collectivités peuvent faire, c'est-à-dire rénover lourdement et longuement un patrimoine hérité du XIXe siècle et donc bâti avec de mauvais matériaux et sans se préoccuper du terrain choisi, un particulier ne peut.
Dans le Finistère, l'église de PLOUGOURVEST est fermée au public depuis mai 2011 à cause de l'état de la toiture qui menace de s'effondrer, le coût des travaux est estimé à 2 millions d’€ et est donc trop lourd pour la seule commune. Enfin, BOTMEUR abrite une église actuellement sans propriétaire connu, très dégradée, les derniers travaux de grande ampleur remontent à 1935 après un incendie. Le clocher est inaccessible (escalier pourri). C'est une des dernières églises du Finistère à avoir été construite en pierre, sur les fonds de quinze particuliers et après la loi de 1905.
Sarthe : il restaure une Chapelle à lui tout seul !
L'impact de l'urbanisation sur le patrimoine
Le département étant dynamique, le besoin de place des uns et des autres aggrave le problème. Quid en effet des chapelles de Praud ou de la Bottière dans l'agglomération nantaise cernées par l'urbanisation, ou encore des chapelles de la Hélardière, de Martigné et de Bonne Nouvelle en DONGES que menace l'étalement irrésistible des cuves de Total, toujours plus près du bourg que la raffinerie a déjà chassé ?
Autre problème : les maires bâtisseurs, qui suivent les modes, jadis les bibliothèques et les hôtels de ville, aujourd'hui les salles polyvalentes et autres multiplexes culturels. Ainsi, l'église de CARHAIX s'est vue accoster d'une massive salle polyvalente plus haute que l'église et deux fois plus vaste. Cela dit, un patrimoine connu est un patrimoine protégé. On ne casse pas avec la même facilité la Sainte-Chapelle de Paris et un oratoire inconnu sur le bord d'une route de Plessé.
Exemples de sauvetage et mobilisation citoyenne
Le 2 octobre, l’église Saint-Pierre de Notre-Dame-de-la-Mer, datée du XIIe siècle principalement, a été sauvée d’une démolition certaine grâce à la mobilisation de l’association Urgences patrimoine, qui œuvre pour la sauvegarde du patrimoine non-protégé, depuis 2014. Une campagne de promesses de dons, 25.000 euros, a été réalisée en un temps record (deux jours) et devrait permettre de lancer des travaux d’urgence rapidement, pour consolider un édifice dans un état critique.
À Trélissac, en Dordogne, l’ancienne église paroissiale de Notre-Dame de l’Assomption, abandonnée au XIXᵉ siècle, renaît peu à peu, par une grande opération de rénovation initiée par la Ville. “On pensait que c’était une petite chapelle un peu perdue, un peu isolée alors que nous sommes en fait face à une vraie église”, confie Patrick Palem. Le mois d’avril 2024 signe un tournant : l'église est lauréate de la collecte nationale de la Fondation du patrimoine en faveur des édifices religieux en péril.
L'aventure humaine de la restauration
Depuis le printemps 2018, Armelle et Raphaël Le Pelletier de Glatigny sont devenus les propriétaires de la chapelle Saint-Joseph, à Chemazé, dans le département de la Mayenne. « Notre projet consiste à la rénover pour qu’elle retrouve sa première destination. Nous souhaitons la rendre au culte catholique, puisque la chapelle était dédiée à saint Joseph », nous confie Raphaël. C’est un beau pari, une aventure familiale, un bel héritage qu’Armelle et Raphaël lègueront à leurs enfants.

Une telle ambition nécessite de l’argent ainsi que du temps, mais pour le mari d’Armelle, « c’est d’abord la volonté » qui prime plus que tout le reste. Au commencement, il faut défricher, arracher les ronces, pour que l’édifice respire enfin à nouveau. Valoriser le patrimoine religieux de notre pays rend vivant l’héritage culturel et religieux. Le père Gauthier Mornas, secrétaire des États généraux du Patrimoine religieux, se réjouit d’une telle initiative. Un pari exemplaire et porteur d’espérance, qui prouve aussi l’importance de l’initiative personnelle.
La chapelle Saint-Pierre-ès-liens : un modèle de résilience
Le 13 mai 1992, l’historien Reynald Secher, passionné d’archéologie et originaire de La Chapelle-Basse-Mer, la rachète et décide de la restaurer. Il fonde pour ce faire une association qu’il intitule : Mémoire du futur. Le premier travail consiste donc à dégager le bâtiment tant des immondices, dont deux carcasses de voitures, que des herbes folles et des arbres qui ont pris possession des lieux.
Ce chantier exceptionnel est l’incroyable réussite d’une jeunesse qui a appris à se faire confiance, d’une jeunesse enthousiaste qui décide d’aller de l’avant, d’une jeunesse généreuse qui décide de rebâtir son passé pour construire l’avenir. En apportant vous aussi, et à votre façon, votre pierre à cet édifice, vous participez à cette chaîne qui unit le passé à l’avenir. Demain, dans dix ou dans trente ans, lorsque vos petits-enfants, visitant la région, passeront à La Chapelle-Basse-Mer, ils pourront, avec une fierté légitime, dire à leurs propres enfants : « Tu vois cette chapelle ? » Et, devant leurs yeux émerveillés, ils leur raconteront comment vous aurez participé à cette construction de la mémoire du futur.
Éléments historiques et symboliques du petit patrimoine
La cloche de la chapelle, baptisée le 30 novembre 1716, a été nommée Bonaventure, Janne, Élisabeth. Bonnaventure de la Rocherouxe chevalier, seigneur de Poullouars, Penanrun et autres lieux, en est le parrain et Janne Dondel, Dame de Kermallec, Kerminaouët, Kerven, Kermadoué et autres lieux, la marraine. Une autre cloche de la chapelle, datant de 1740, a été récupérée. Les Amis du Patrimoine de Trégunc ont pris en charge, avec l’accord du maire et du comité paroissial, la restauration de cette cloche.

La statue en bois polychrome de sainte Élisabeth, citée dans un article de Robert Sellin, a été restaurée en 1999, elle se trouve au fond de l’église Saint-Marc. Élisabeth surnommée « la stérile » est étrangement devenue la patronne des femmes enceintes, elle était la femme de Zacharie. En contre-bas de la chapelle se trouvent une fontaine et un petit lavoir. Ces éléments, bien que modestes, constituent une composante essentielle de l'identité locale et de la mémoire vivante de nos campagnes.
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