Guide complet de la fertilisation azotée du blé : Optimisation des charges et des rendements

Introduction : Le défi de la fertilisation azotée dans un contexte de volatilité économique

Dans le paysage agricole actuel, caractérisé par des cours d'engrais en hausse et des difficultés d'approvisionnement, la gestion de la fertilisation azotée est devenue un enjeu majeur pour les producteurs de blé. Fin septembre, le cours de l’ammonitrate 33,5 % atteignait 975 €/t (départ usine), celui de l’urée, 857 €/t (départ port), et celui des solutions azotées, 695 €/t (départ Rouen). À cela s’ajoutent des difficultés d’approvisionnement : 70 % de la production européenne d’ammonitrate est à l’arrêt, faute de gaz, tandis que les importations sont en berne car une grande partie provenait de Russie.

Conséquence de ces tensions, selon des données provisoires, le cumul des livraisons d’engrais azotés en mai 2022 depuis le début de la campagne serait en baisse de près de 17 % sur un an (selon l'UNIFA). En parallèle, les cours du blé et du maïs se sont envolés, de même que celui du colza qui, après une courte stagnation, semble repartir à la hausse. Sur les marchés agricoles, le blé tendre se négocie ainsi autour de 350 € la tonne, le maïs grain, autour de 340 €/t, et le colza, autour de 630 €/t. Dans ce contexte, perdre en rendement en raison d’une sous-fertilisation pourrait sembler contre-productif à première vue, et décider du volume et de la forme de l’azote à apporter à ses cultures n’a jamais été aussi difficile. Ce guide propose des clés pour s'y retrouver et optimiser les charges d'engrais pour le blé, tout en maintenant des rendements et une qualité de récolte satisfaisants. Le raisonnement tenu pour le blé reste valable pour le maïs et le colza, à la différence près que ces cultures ne sont pas concernées par de possibles réfactions.

Champs de blé avec épandage d'engrais

L'efficience technique des formes d'azote : un critère de choix essentiel

Le choix de la forme d’azote impacte le rendement mais aussi la qualité de la récolte. De nombreuses études en céréales ont montré que, sur le plan de l’efficience de l’absorption de l’azote, l’ammonitrate sort gagnant devant l’urée et surtout devant les solutions azotées lorsque ces deux dernières formes sont sans adjuvant ni enrobage. En blé, par exemple, il n’y a pas d’écart de rendement significatif entre une fertilisation à base d’urée ou d’ammonitrate, mais l’urée est moins efficace pour gagner des protéines (-0,23 % point de protéines par rapport à un ammonitrate). L’ammonitrate est également préférable à l’urée pour le colza.

Les solutions azotées sont moins efficientes tant sur les plans du rendement que des protéines avec, en moyenne, 3,3 q/ha de rendement en moins qu’avec l’ammonitrate, et plus d’un demi-point de protéines en moins. Cette moindre efficience pourrait s’expliquer par une plus grande propension de l’azote de la solution azotée à être organisé par les micro-organismes du sol. En effet, "la solution azotée est moins efficiente que l’ammonitrate et l’urée et affiche des rendements en retrait de 3 à 3,5 q/ha."

Afin d’optimiser l’emploi de ces formes d’engrais, il est essentiel de respecter certaines conditions d’application : il est crucial de ne pas appliquer en cas de vent ou de chaleur sèche afin de limiter la volatilisation et d'apporter l'engrais seulement lorsqu’au moins 15 mm de pluie sont attendus sous quinzaine. Après apport d’un engrais azoté, 15 mm de pluie suffisent pour mettre l’azote à disposition des racines. On estime à 15 jours le délai permettant une utilisation correcte de l’engrais et satisfaire à temps les besoins des plantes.

Engrais foliaires : une solution complémentaire mais limitée

Certaines spécialités s’appliquent en pulvérisation foliaire (action systémique). L’azote peut s’y trouver sous forme d’urée, de nitrate d’ammonium, d’amide et/ou d’urée polymérisée. Selon une étude d’Arvalis, à quantité totale d’azote identique (40 kg/ha) appliquée en fin de montaison au stade « dernière feuille » du blé, ces engrais foliaires ont été aussi efficaces que l’ammonitrate sur le plan du rendement mais obtiennent des teneurs en protéines inférieures de 0,5 % en moyenne. Toutefois, la plupart de ces engrais sont préconisés par les fabricants à des doses de 20 à 100 l/ha, ce qui correspond à des apports de 6 à 20 kg N/ha, insuffisants pour les besoins en fin de montaison. Ainsi, l’obligation de restreindre l’apport à de faibles quantités d’azote, pour éviter les brûlures et leur coût à l’unité fertilisante, limitent fortement l’intérêt technico-économique de ces produits.

Minimiser la volatilisation ammoniacale pour une meilleure efficience

La volatilisation de l’ammonium contenu dans les engrais en gaz ammoniac est une source de pollution et diminue la marge de production. Elle est favorisée par les sols de pH supérieur à 7,5, les conditions sèches et venteuses et un temps chaud durant les 6 à 48 heures suivant l’apport. Le phénomène est drastiquement réduit quand les engrais sont enfouis, même superficiellement (5 cm). L’enfouissement des engrais organiques préserve l'azote ammoniacal.

L'efficacité des inhibiteurs d'uréase et des urées enrobées

L’addition d’inhibiteur(s) d’uréase est également efficace. Cela explique que les performances des urées et des solutions azotées additionnées d’inhibiteurs d’uréase soient améliorées. Chez le blé, l’urée avec inhibiteurs s’avère même un peu plus efficace, en sols calcaires, que l’ammonitrate pour le rendement et les deux formes s’équivalent pour le taux de protéines. Limus® Perform, une association unique de 2 types d’inhibiteurs d’uréase (NBPT et NPPT), est par exemple plus efficace qu’un inhibiteur seul (NBPT) pour optimiser l’efficience de la solution azotée en conditions limitantes et augmenter le rendement des cultures. En colza, les comparaisons menées entre urée avec inhibiteurs d’uréase et ammonitrate ne mettent pas en évidence de différence significative de rendement ; cependant, en tendance, l’ammonitrate est toujours plus efficace. En revanche, les performances des solutions azotées restent très inférieures à celles de l’ammonitrate, même additionnées d’inhibiteurs d’uréase.

#1 - Fertilisation azotée - Pourquoi l'azote est-il indispensable en agriculture ?

Une autre voie pour contenir la volatilisation consiste à enrober l’engrais. Les urées enrobées, ou « engrais protégés », mettent progressivement à disposition l'azote minéral pendant le cycle de la culture. Cela peut permettre aussi de s’affranchir en partie du fractionnement et d’économiser ainsi un passage d’épandeur, et donc du carburant. Selon une synthèse de plus de 50 essais sur blé, l’urée enrobée testée (COTEN 3 41 N) apporte un gain de rendement par rapport à l’ammonitrate.

En colza, les essais menés de 2016 à 2020 montrent qu’en conservant un fractionnement « classique », l’urée enrobée réduit le rendement de 1 à 2 q/ha. En réduisant le fractionnement, les rendements obtenus sont similaires à l’ammonitrate mais s’accompagnent d’une petite baisse de teneur en protéines. Cependant, leur coût étant plus élevé que l’ammonitrate, leur utilisation n’est pas rentable sur colza, même en réduisant le fractionnement.

Sur maïs, l’intérêt économique de l’urée enrobée comparée à l’urée classique varie selon les produits : en moyenne, elle n’apporte pas de gain significatif de rendement mais permet d’économiser un passage d’épandeur. Cependant, il est crucial de bien choisir la date d’apport en fonction des caractéristiques techniques du produit (ratio urée enrobée/urée non enrobée et vitesse de libération de l’azote) afin de ne pas voir les résultats décrocher par rapport à une urée classique en deux passages. Enfin, la formulation revient plus cher que l’ammonitrate et que l’urée avec inhibiteur d’uréase.

Optimiser la dose totale d'azote : entre optimum technique et technico-économique

Au prix actuel des engrais et vu les risques de pénurie, il est désormais prudent de raisonner son choix d’engrais non seulement en fonction de son efficience technique mais aussi du seuil de rentabilité - et accessoirement, de sa disponibilité. Se pose alors la question : peut-on réduire la dose prévisionnelle d’azote jusqu'à perdre du rendement, mais ainsi économiser sur les charges d’engrais, de façon que le coût de la fertilisation reste soutenable et que la marge de l’exploitation soit maintenue ? Et si oui, de combien ?

La dose prévisionnelle est calculée pour assurer un rendement et une qualité optimale en fonction des objectifs de production de la culture. Elle tient compte des reliquats azotés qu’il faut, plus que jamais, estimer le plus précisément possible. Le COMIFER recommande de calculer cette dose prévisionnelle avec un outil d’aide à la décision afin de bénéficier des dernières avancées de la recherche.

Un compromis raisonnable doit être trouvé entre cette dose technique optimale et la dose d’azote maximisant la marge brute (optimum technico-économique). Un indicateur simple est le ratio « Prix de la tonne de la culture »/« Prix des 100 kg d’azote ». En dessous d’un certain seuil, l’optimum technico-économique est plus pertinent que l’optimum agronomique.

Cas du blé : ajustement de la dose selon le ratio prix

Concernant le blé, si le ratio « Prix de la tonne (en €/t, sans réfaction) »/« Prix des 100 kg d'azote » passe au-dessous de 1,2, il devient alors opportun de viser l’optimum technico-économique et de baisser la dose d’azote en conséquence. Si le prix de vente du blé inclut une rémunération de la teneur en protéines, la valeur du ratio à retenir est de 1,1 - voire 1 si la grille de réfactions proposée est très incitative. En effet, la prise en compte de ces réfactions conduit à moins réduire la dose d’azote pour préserver la teneur en protéines et éviter des malus sur le prix de vente du blé.

Des tables ont été produites par Arvalis pour estimer la réduction acceptable de la dose totale d’azote en fonction du contexte des prix, avec et sans prise en compte des réfactions « protéines ». Leur prise en compte conduit à moins réduire la dose d’azote pour préserver la teneur en protéines et éviter des malus sur le prix de vente du blé. Ces tables sont disponibles (avec leur mode d’emploi) dans des publications spécialisées.

Tableau de calcul de la dose d'azote optimale pour le blé

Cas du maïs : un ratio prix spécifique

Le ratio « Prix de vente du maïs (en €/t) / Prix de l’azote (en €/100 kg) » est un indicateur simple à calculer et assez fiable pour juger rapidement de l’intérêt ou non de réduire la dose totale d’azote à apporter au maïs. Si ce ratio est inférieur à 1,5, il devient plus avantageux, pour maximiser la marge, d’apporter une dose d’azote inférieure à la dose prévisionnelle (qui vise l'optimum technique) : la perte de produit brut générée par des rendements légèrement inférieurs au potentiel (de l’ordre de -1 à -2,5 q/ha) est alors compensée par la réduction des charges de fertilisation. Il peut s’avérer judicieux de contractualiser une partie de la récolte afin de sécuriser le prix de vente et la valeur du ratio.

Arvalis a publié une table estimant, pour divers contextes de prix, la réduction de dose acceptable pour amortir la hausse du prix de l’azote ; elle est disponible dans des articles dédiés. Par exemple, pour de l’azote acheté autour de 2,5 €/kg et du maïs négocié, en moyenne, autour de 260 €/t (soit un ratio de 1,04), il faudrait réduire la fertilisation azotée d’environ 25 kg N/ha par rapport à l’optimum technique. L’économie d’engrais est à répartir sur l’ensemble des apports ou uniquement sur le premier selon l’importance du reliquat azoté avant le semis. La bonne valorisation de l’azote apporté passe par l’enfouissement des engrais et leur fractionnement, et le choix des formes d’azote les moins sujettes à la volatilisation ammoniacale. Pour limiter cette dernière, il est conseillé de positionner les apports juste avant une pluie d’au moins 15 mm ou un tour d’irrigation.

Cas du colza : une approche similaire

Cinquante-deux essais « Courbes de réponse du rendement à la dose d’azote » conduits par Terres Inovia ont permis d’évaluer la dose d’azote optimale sur le plan technico-économique à apporter au colza, qui tient compte des prix des engrais et des graines de colza. La table calculant la réduction de dose d’azote à réaliser par rapport à l’optimum technique afin d’amortir la hausse des prix de l’azote (pour différents prix du colza et de l’azote) est disponible dans des publications spécifiques.

Il n’est pas nécessaire d’envisager une réduction de dose par rapport à la dose optimale calculée avec la « Réglette azote Colza » tant que le rapport entre le prix de la tonne de graines et le prix des 100 kg d’azote est supérieur à 2,7. En dessous de 2,7, une réduction d’au moins une vingtaine d’unités est possible (zone orange foncé de la table). La réduction de dose peut être portée à au moins 40 kg N/ha lorsque ce rapport devient inférieur à 1,9. Sur petits colzas, en cas de forte réduction de dose, il est conseillé de préserver le premier apport en sortie de l’hiver (env. 40 kg N/ha) afin de faciliter le démarrage de la croissance ; la réduction de dose totale sera répartie sur les autres apports.

Stratégies d'amortissement des pénuries et du choc des prix

Dans tous les cas, chaque unité d’azote apportée compte et doit être valorisée au mieux en l’apportant au bon moment. En blé, par exemple, les besoins en azote sont relativement faibles durant le tallage mais croissent fortement durant la montaison et restent élevés jusqu’à la fin de la phase de remplissage des grains. Il est donc déconseillé de réduire la dose d’azote du dernier apport et a fortiori de supprimer celui-ci, d’autant que cet apport tardif a un effet positif sur le taux de protéines, et donc sur la rémunération du blé. Mieux vaut répartir la diminution nécessaire sur les autres apports, voire supprimer le premier apport au tallage si le niveau de reliquats en sortie d’hiver est satisfaisant.

Leviers agronomiques pour réduire la dépendance aux engrais minéraux

Différents leviers agronomiques réduisant la dépendance aux engrais minéraux de synthèse peuvent également être mobilisés. On peut citer l’introduction dans les rotations de légumineuses a minima en couvert d’interculture, voire en culture principale. Les couverts végétaux en interculture piègent l'azote résiduel pour le restituer progressivement.

La comparaison de différentes formes d’azote a porté sur le rendement, la teneur en huile et l’efficience d’absorption de l’azote. Si l’on considère l’effet de la forme d’engrais apportée durant la campagne sans tenir compte de la forme apportée les années précédentes (effet annuel), l’apport d’ammonitrate conduit à un gain moyen de rendement de 1,2 q/ha par rapport à l’urée, liée à une moindre volatilisation de l’ammonitrate. À l’échelle « pluriannuelle », l’effet de l’apport répété d’ammonitrate sur cinq ans conduit à un gain moyen de rendement de 2,4 q/ha par rapport à l’urée, en raison d’une meilleure valorisation de cette forme d’azote par le colza : la quantité d’azote absorbée mesurée au stade G4 est en moyenne supérieure de 27 kg/ha pour l’ammonitrate. La teneur en huile du colza apparaît légèrement dégradée par l’utilisation d’ammonitrate par rapport à l’urée (-0,48 %) mais cette baisse est compensée par une augmentation de la production d’huile à l’hectare.

La cinétique de l'azote chez le blé : fractionnement et stades clés

Le raisonnement de la fertilisation azotée du blé doit intégrer trois critères : la dose totale, le fractionnement et la forme de l’engrais. La dose totale à apporter est calculée selon la méthode du bilan prévisionnel. Elle correspond à la différence entre les besoins de la plante et les fournitures du sol en azote. Ces fournitures comprennent principalement le reliquat d’azote en sortie d’hiver (RSH), la minéralisation des résidus du précédent et la minéralisation de l’humus du sol. L'analyse de sol reste l'outil indispensable pour ajuster finement l'apport azote blé. Le reliquat azoté sortie hiver, les teneurs en matière organique et le potentiel de minéralisation orientent les décisions. Le besoin total en azote se calcule à partir de l’objectif de rendement et du besoin unitaire du blé en azote qui varie selon les variétés. L'azote constitue le moteur principal du développement végétatif du blé. Cet élément nutritif participe directement à la synthèse des protéines et de la chlorophylle, permettant ainsi une photosynthèse efficace. Une carence en azote se manifeste rapidement par un jaunissement des feuilles les plus anciennes, un tallage réduit et des épis moins fournis. À l'inverse, un excès d'apport azote blé entraîne des problèmes tout aussi préoccupants. La verse devient un risque majeur avec des tiges trop développées et fragiles. Les maladies fongiques trouvent un terrain favorable dans une végétation luxuriante.

Cycle de vie du blé et besoins en azote

La cinétique d’absorption du blé en azote est loin d’être linéaire. Faible en début de cycle, les besoins en azote augmentent sensiblement à partir de la montaison pour atteindre un pic entre le stade « 2 nœuds » et le stade « floraison ». Par conséquent, l’intérêt du fractionnement de l’azote est manifeste. Il permet de suivre au plus près les besoins en azote du blé tout au long de son cycle. Les experts s’accordent pour dire que le fractionnement en trois apports est la stratégie la plus efficace pour viser à la fois des hauts rendements et des fortes teneurs en protéines. Le fractionnement est aussi important pour le rendement que pour la qualité du blé, notamment le taux de protéine. En matière d’apport d’azote, on a identifié quatre stades clés du développement de la céréale.

Les apports clés et leur importance

  • Premier apport au tallage (février-mars) : Il est généralement effectué au stade « tallage », ce qui correspond dans la plupart des régions à la sortie de l’hiver. Il se limite généralement à 40 kg N/ha car les besoins du blé en sortie d’hiver sont assez faibles. Cet apport permet de maintenir l’alimentation azotée de la culture jusqu’au moment du 2e apport. Il peut néanmoins être retardé, voire annulé, si les fournitures d’azote sont suffisantes. Des apports de 40 à 60 unités d'azote stimulent le démarrage végétatif et la formation des talles.

  • Deuxième apport à « épi 1 cm » (fin mars-début avril) : Le deuxième apport d'azote doit être positionné juste avant le début de la montaison, phase durant laquelle la production de biomasse est la plus importante. La plante absorbe alors 3 à 3,5 kg d'azote par hectare et par jour. Les essais historiques montrent qu'une dose pivot de 80 kg N/ha à épi 1 cm est un minimum. Au-delà de 100-120 kg N/ha, la dose sera fractionnée en deux apports encadrant le stade épi 1 cm, afin de limiter les risques de mauvaise efficacité en cas de conditions sèches. Les apports de 60 à 80 unités correspondent au pic de besoins. Un deuxième apport au moment où les besoins s’accroissent, jusqu’à devenir très importants à l’étape « épi 1 cm ».

  • Troisième apport à la montaison ou au stade de gonflement (fin avril-mai) : Enfin, le dernier apport est réalisé généralement entre le stade 2 nœuds et le stade gonflement. Entre ces stades, le blé peut absorber jusqu'à 7 kg d'azote par hectare et par jour. Ce troisième apport a deux objectifs, l’un est de poursuivre l’alimentation et la production de grains du blé, l’autre est d’augmenter la teneur en protéines des grains. Un apport de l’ordre de 40 à 80 unités améliore le rendement de 3-5 q/ha et la teneur en protéine des grains de 0,3 à 0,5 %. Ce 3e apport se révèle être très efficace car il intervient après la régression des talles inutiles. Les apports de 40 à 60 unités finalisent la nutrition azotée. Un troisième apport, à réaliser au stade du gonflement.

#1 - Fertilisation azotée - Pourquoi l'azote est-il indispensable en agriculture ?

Dans certaines situations - lorsque les conditions climatiques l’exigent - on peut même envisager un fractionnement en quatre apports. Pour une efficacité maximale, la période précise de l’apport devra être modulée en fonction de la météo. L’adaptation de la fertilisation azotée aux besoins de la plante par le biais du fractionnement est une des clés de la réussite pour la culture du blé. C’est aussi un point essentiel pour maîtriser les impacts de l’agriculture sur l’environnement.

Facteurs influençant l'efficacité des apports

Les conditions météorologiques dictent l'efficacité de chaque apport azote blé. Une période pluvieuse suivant l'épandage favorise l'assimilation, tandis qu'un temps sec prolongé limite l'absorption. Pour une bonne valorisation du troisième apport, il faut tenir compte de la disponibilité en eau du sol. Le fractionnement des apports azotés permet d'éviter les problèmes de surfertilisation en début de cycle, ce qui limite les risques d'apparition des maladies foliaires du blé tendre.

Les sols argileux retiennent mieux l'azote mais nécessitent des apports anticipés. Les terres sableuses, plus filtrantes, demandent un fractionnement plus poussé pour limiter les pertes par lessivage. L'historique cultural et le précédent influencent aussi les besoins : après une légumineuse, les doses peuvent être réduites de 20 à 30 unités.

Calcul de la dose totale d'azote et ajustement pour la qualité

La dose totale d’azote se calcule principalement par la méthode des bilans. Cette méthode intègre des informations propres à la parcelle telles que le type de sol, le précédent de culture, les reliquats en sortie d’hiver… mais aussi des informations de la culture comme le rendement attendu. Plus de la moitié des agriculteurs utilisent cette méthode.

Mesurer le reliquat azoté sur 3 horizons dans les sols profonds, et sur 1 à 2 horizons dans les sols superficiels, est indispensable en sortie d’hiver. Établir un plan prévisionnel de fertilisation azotée pour chacune des parcelles de votre exploitation. Définir l’objectif de rendement pour chaque parcelle. Il tient compte du potentiel de la parcelle, de l’état végétatif du blé en sortie hiver et des aspects réglementaires (directive nitrates et GREN). En zones vulnérables pour les céréales, l’objectif de rendement doit être égal à la moyenne olympique des 5 derniers rendements de la parcelle en retirant le plus faible et le plus élevé.

Arvalis - Institut du végétal met à jour annuellement les besoins unitaires des variétés : coefficient b qualité appelé « bq » adapté à chaque variété et présenté dans le tableau ci-dessous. Dans l’objectif de produire un blé avec une teneur en protéines de 11,5 % l’utilisation du coefficient b est primordiale.

Tableau des coefficients b qualité pour différentes variétés de blé

Blés améliorants ou de force : des besoins spécifiques

Pour les variétés biscuitières comme ARKEOS, COSMIC, GLASGOW, GALLIXE, KWS FIREFLY, SU ECUSSON, où l’objectif de teneur en protéines est de 10,5 % (11 max.), il est conseillé d’indiquer le coefficient B de 2,8. Le pilotage de fertilisation azotée permet d’optimiser pour chaque parcelle le rendement et la teneur en protéines.

L’estimation de la dose totale d'azote à apporter sur blé tendre dans la méthode du bilan prévisionnel repose sur la prise en compte du besoin unitaire en azote (ou coefficient « b »). Ce besoin correspond à la quantité d’azote nécessaire pour produire 1 quintal et s’exprime en kilogramme d’azote par quintal. Sur blé tendre, il est lié à la variété. Lorsqu’elles sont fertilisées à l’optimum pour la production de grain, les variétés de blés améliorants ou de force (BAF) ont en moyenne des besoins unitaires de l’ordre de 3,5 kg N/q. Ces besoins sont à compléter selon la variété et la région. Les bq sont propres à chaque variété car celles-ci n’ont pas la même aptitude à élaborer des protéines. Les doses se doivent donc d’être appropriées et le timing précis, notamment pour le blé, et ce, quel que soit l’objectif poursuivi - rendement ou teneur en protéines des grains.

Un objectif de 80 q/ha nécessite théoriquement 240 unités d'azote. Les variétés modernes présentent des besoins variables en azote. Les blés de force, destinés à la panification, requièrent 20 à 30 unités supplémentaires pour atteindre les 13% de protéines exigés. L'azote et le taux de protéines : le mode d’apport de l’azote peut jouer sur le taux de protéines du grain (jusqu’à 2 points). Des essais Arvalis-Institut du végétal ont comparé les écarts de rendement et de teneur en protéines entre urée, solution azotée et ammonitrate à même dose totale. Résultat : l’ammonitrate offre la meilleure efficacité du fait de moindres pertes d’azote par volatilisation ammoniacale.

Le soufre, un allié essentiel pour la qualité des protéines

Le soufre est un élément constitutif des protéines, il est donc à ce titre indispensable pour les céréales.

Pilotage de la fertilisation azotée : outils et technologies

Pour s’adapter au contexte climatique de l’année, de plus en plus variable, un raisonnement basé sur l’évaluation en continu du besoin en azote au cours du cycle de la culture s’impose. À l’optimum de fertilisation, la quantité totale d’azote contenu dans la plante entière est couramment appelée « besoins ». La plante est rarement capable d’absorber la totalité de l’azote disponible du sol durant tout son cycle de développement. À maturité physiologique, l’absorption s’arrête, et l’azote minéralisé tardivement reste dans le sol (« reliquat d’azote » après récolte). La quantité d’azote contenue dans les grains est proportionnelle à l’azote absorbé par la plante entière durant tout son cycle végétatif.

Le fractionnement de l'azote permet d’ajuster la dose et la date de fertilisation afin d’optimiser l’efficience de l’azote apporté tout en respectant l’environnement.

Ajustement du troisième apport avec des outils de diagnostic

Le troisième apport est modulé en fonction de la variété, du type de sol mais aussi en fonction des besoins de la plante. Il permet d’augmenter la teneur en protéine. Il est à adapter en fonction des variétés et des débouchés. Le pilotage du troisième apport s’effectue grâce à l’utilisation d’outils de diagnostic qui permettent de :

  • connaître le niveau de la nutrition azotée à un moment déterminé ;
  • moduler la dose de l’apport d’azote en fonction des besoins de la céréale.

xarvio® Field Manager : l'agriculture de précision au service de la fertilisation

xarvio® Field Manager est l’outil de pilotage des cultures de BASF. Il permet, à l’échelle de chaque zone de la parcelle, de diagnostiquer l’état de nutrition azotée des plantes en cours de montaison et d’ajuster la dose prévisionnelle à la hausse comme à la baisse pour s’approcher de la dose optimale. Du semis à la récolte, la solution digitale xarvio® FIELD MANAGER accompagne les agriculteurs dans le suivi sanitaire de leurs cultures de blés d'hiver, orge d'hiver et colza, ainsi que dans la planification de leurs travaux agricoles. L’outil analyse la situation des parcelles et donne des recommandations claires pour mieux gérer l'exploitation.

L'impact économique de la volatilité des prix des engrais

La volatilité des prix des intrants, en particulier des engrais azotés, a un impact significatif sur les résultats économiques des exploitations de grandes cultures. 40 à 55 % des charges de production sont concernées par la hausse des prix. Les principaux postes qui ont subi (récolte 2022) ou subissent (récolte 2023) une augmentation en rapport avec le prix de l’énergie et/ou la disponibilité des intrants sont les engrais, le carburant, l’irrigation, le séchage, le stockage, ou encore les produits phytosanitaires. On peut y ajouter l’entretien/réparation (prix des pièces, logistique transport…) ou encore les travaux à façon (carburant).

Depuis l’automne 2021, les prix des engrais, notamment azotés, n’ont cessé d’augmenter : multipliés par 3 ou 4 au pic de la crise, ils sont restés sur un niveau élevé au cours de l’été (multiplié entre 2,5 et 3). Selon les Observatoires des exploitations de grandes cultures gérés par Arvalis, les postes engrais, produits phytosanitaires, carburant, énergie pour l’irrigation et séchage représentaient, en moyenne sur 2018/2021, 30 à 35 % du total des charges complètes pour les céréales à paille (12 à 15 % pour l’azote, 10 % pour les produits phytosanitaires et 4 % pour le carburant), 30 à 40 % pour du maïs « sec ou irrigué », et 27 à 30 % pour des pommes de terre en sec.

Chaque exploitation a des niveaux de charges, de rendements, ainsi qu’une politique d’achat des intrants qui lui sont propres. Pour donner un ordre de grandeur des enjeux, voici quelques exemples basés sur les Observatoires gérés par Arvalis, exprimés hors taxe :

  • Une augmentation de 1 € du prix de l’unité d’azote (sans modifier les pratiques et les rendements moyens) entraîne, pour les céréales à paille, une augmentation du coût à la tonne de 23 à 26 €, jusqu’à 35 € pour un blé dur.
  • Pour le maïs, l’augmentation de 1 €/kg N entraînera une augmentation moyenne entre 19 et 23 €/t.

Rappelons que le prix d’une unité d’azote sur les campagnes 2018-2021 toutes formes confondues était environ de 0,8 €. Sur la campagne de récolte 2022, il a évolué entre 0,9 et 2,9 €/kg N.

  • À 0,80 € l’unité d’azote (€/uN) pour un blé tendre à 8 t/ha avec 190 u N/ha, la charge d’azote à l’hectare est de 150 € et son coût à la tonne de 19 €.
  • À 2,9 €/kg N, la charge d’azote à l’hectare est de 550 € et son coût à la tonne de 69 €.

Les enjeux d’augmentation des charges sont très importants avec une hiérarchie entre postes qui est fonction de leur poids dans le coût de production à la tonne et de l’augmentation de leur prix : d’abord les engrais, viennent ensuite l’énergie pour le séchage, l’irrigation et le carburant, puis les produits phytosanitaires. Une telle situation a de fortes incidences sur le coût de production des cultures.

Pour chiffrer l’augmentation globale des coûts de production, différents scénarios de prix des intrants, du carburant et de l’énergie pour les récoltes 2022 et surtout 2023 ont été étudiés par Arvalis (tableau 1). Il s’agit d’exemples qui permettent d’imaginer des cas de figure sur le blé tendre proches de la réalité. Les chiffres obtenus sont éloquents et montrent l’importance d’effectuer ses propres calculs. Les trois scénarios sont comparés à la moyenne des prix 2018/2021. Le prix de l’azote étudié va donc de 1,7 (scénario Intrants/Energie +) à 3 €/kg (scénario Intrants/Energie +++). Le carburant évolue quant à lui entre 1,6 et 2,1 €/l GNR HT.

Tableau des scénarios d'augmentation des coûts de production

Le scénario Intrants/Energie + se rapproche du contexte de la récolte 2022, un peu élevé pour le carburant, encore incertain pour l’énergie. C’est l’exemple du blé tendre qui est présenté ici. Deux situations sont proposées, issues de l’Observatoire Arvalis - Unigrains : la situation moyenne nationale, avec un rendement moyen historique à 8t/ha et la situation d’un département avec un plus petit potentiel, avec un rendement moyen historique à 6,6 t/ha.

Pour la situation moyenne nationale, selon les scénarios, la hausse des charges d’engrais, phytos et carburant par hectare va de 260 à 610 €/ha. Dans le cas de la situation à plus petit potentiel, l’augmentation du coût de production à la tonne est supérieure et se situe entre 37 à 87 €/t selon les scénarios. L’étude des autres charges susceptibles d’augmenter, (semences, entretien réparation, travaux par tiers…) est moins aisée, car elle dépend de la situation de chaque exploitation.

Dans notre exemple, le coût de production complet moyen France, qui propose une rémunération minimale du producteur au salaire d’un chauffeur de tracteur, se situait à 192 €/t (moyenne 18/21). Il évolue entre 224 et 268 €/t selon les scénarios de prix des charges. Le prix d’intérêt, c’est-à-dire le coût de production auquel on ôte les aides, évolue entre 197 et 240 €/t pour un rendement moyen historique. Dans le cas du département à plus petit potentiel, le coût de production situé à 213 €/t historiquement, évolue entre 250 et 300 €/t. Les prix de marché sont très volatiles, avec une variation de plus de 200 € depuis le début de la campagne 2022. Le 19 juillet 2022, le prix spot de la récolte 2022 se situait autour des 300 €/t, celui de la récolte 2023 autour de 260 €/t.

#1 - Fertilisation azotée - Pourquoi l'azote est-il indispensable en agriculture ?

tags: #charge #engrais #pourle #ble