Dominant la vallée de la Gartempe, le Château de Pruniers, situé à Pindray, est un édifice dont l'histoire se déploie à travers les siècles, témoignant de l'évolution architecturale et des lignées seigneuriales qui ont marqué la région. Bien que sa présence soit signalée par la signalisation routière touristique, le château n'est pas ouvert à la visite, préservant ainsi son mystère et son intégrité.

Des Origines Anciennes à l'Époque Médiévale
L'occupation du site de Pruniers remonte à l'époque gallo-romaine, comme en témoignent les vestiges archéologiques. Durant le Moyen Âge, le fief de Pruniers relevait de Montmorillon et jouissait des droits de basse, moyenne et haute justice, signe de son importance stratégique et administrative. L'hébergement de Pruniers est mentionné pour la première fois en 1290, mais l'édifice actuel est le fruit de trois campagnes distinctes de construction, s'étalant du XIIe au XVe siècle. Dès le XVe siècle, une enceinte fortifiée entoure l'édifice, renforçant sa vocation défensive. Des communs et une chapelle, reconstruite au XIXe siècle, complètent l'ensemble architectural.
La Via Cottia, une voie romaine reliant l'Italie à l'Espagne, traversait le sud de la Gaule et contournait la butte de Saint-Michel avant de passer à la Vière. C'est à cet endroit, favorable stratégiquement, que le château de Prunières fut bâti. Il est possible que des donjons dépendant des Rousset, propriétaires de Prunières à l'époque, aient également été présents sur ce site. Au-delà de sa fonction de pouvoir féodal, le château avait pour vocation principale de protéger la population, instaurant ainsi un lien étroit entre le seigneur et les villageois, un lien solidement ancré dans le terroir.
L'Évolution Architecturale et les Transformations
L'édifice actuel est le résultat de plusieurs phases de construction et de modifications. Si une ferme existait sur le site à l'époque mérovingienne, une tour de défense fut érigée au XIe siècle. Pruniers n'apparaît dans les textes qu'au XIIIe siècle, désignant alors un logis entouré de murailles. Au XVe siècle, le château est mentionné, et c'est à cette période que sont percées de grandes fenêtres, témoignant d'une évolution vers une architecture plus axée sur le confort résidentiel.
La structure, telle qu'elle se présentait au début du XIVe siècle, était un corps de bâtiment rectangulaire doté de tourelles d'angle, d'un chemin de ronde et d'une petite cour. Sous l'autorité des Gilliers à partir de 1372, le château fort fut largement réaménagé au début du XVe siècle pour améliorer le confort. Des fenêtres furent ouvertes et un étage supplémentaire fut réalisé. L'accès fut protégé par la création d'une enceinte et d'un fossé, aujourd'hui disparus. Une chapelle fut également érigée à cette époque, à l'emplacement de l'oratoire actuel construit en 1858.
En 1579, François de Fore rachète le château, alors en mauvais état, et entreprend des travaux de restauration entre 1580 et 1587. Un corps de bâtiment résidentiel fut ajouté à la place de la cour, un grand escalier fut construit pour desservir les étages, les portes et fenêtres furent transformées, de nouvelles salles furent créées à la place des salles d'époque médiévale, et les éléments défensifs furent supprimés.

Les Lignées Seigneuriales qui ont Façonné Pruniers
Plusieurs familles ont laissé leur empreinte sur l'histoire du Château de Pruniers. En 1269, les noms de Jean de la Béreaudière et Rose son épouse apparaissent, suivis de Pierre de La Roche et de sa descendance. La famille Gillier a profondément marqué l'histoire du château du XIVe au début du XVIe siècle. D'origine modeste, elle a joué un rôle important pendant la Guerre de Cent ans et a été anoblie, marquant l'âge d'or du château.
En 1625, la seigneurie passe des Rousset aux Estienne de Saint-Jean, par l'intermédiaire de Philippine, dernière héritière des Rousset. Cette famille a donné de nombreuses illustrations au barreau et à l'épée, parmi lesquelles François d'Estienne de Saint-Jean, Président à mortier au parlement d'Aix. Le Comte Antoine d’Estienne De St Jean de Prunières, figure marquante, a mené en 1870 la compagnie de mobiles du canton de Chorges à l’armée de l’Est. Il représenta l'arrondissement d’Embrun, fut élu à la Chambre des députés en 1877 et conseiller général pendant trente ans. Sa fidélité à ses principes politiques et religieux et son dévouement désintéressé lui valurent l'estime de tous. L'attachement de sa famille à la foi lui valut d'être nommé Camérier de leurs Saintetés Pie IX à Benoit XV et Chevalier de Saint Grégoire le Grand.
François de Fore, qui racheta le château en 1579, fut une figure clé de sa transformation. Après lui, deux familles se succèdent : les Jacques et les de Moussy. Au début du XXe siècle, le château est acquis par Aimers de La Chevalerie, qui le lègue à son gendre, le général du Haÿs.
Pourquoi tant de familles seigneuriales s'éteignent au XIIe siècle ?
Les Vestiges Héraldiques et les Décors Peints
L'intérieur de l'édifice conserve des vestiges héraldiques significatifs. Dans la salle sud-ouest du premier étage, des pans d'un palimpseste pictural datant de la fin du Moyen-Âge ont été restaurés en 1978. La première strate, datée de la première moitié du XIVe siècle, présente une tapisserie peinte formée de losanges à redents de couleurs jaune, rouge et azur alternées, séparées par des carreaux blancs cernés de noir. Un bandeau contenant une frise végétale bordait ce décor. Ces peintures appartenaient probablement à l'ornementation d'une seule grande pièce située au rez-de-chaussée de l'édifice, haute de 6,60 mètres, partagée en son hauteur en deux salles superposées au cours des travaux réalisés au XVe siècle.
Une tapisserie héraldique alignant des lions rampants d'argent, posés sur un fond de gueules parsemé de trèfles, recouvrit intégralement le premier décor géométrique. L'identification de cette armoirie au lion demeure incertaine, bien que des familles comme les Montendre ou les Antoing aient porté des armes similaires.
La Résilience et la Restauration du Château
Le Château de Pruniers a connu des périodes difficiles, ayant été brûlé trois fois dans son histoire (en 1580, 1692 et 1925). De taille relativement modeste, « la maison » a vu son architecture modifiée au fil des événements et des restaurations.
Dans les années 1970, le château, alors une ruine, fut acheté par Louise Schmitt et son mari Paul pour un franc symbolique. Le général du Haÿs souhaitait en effet que le château soit restauré. Sans aucune subvention à l'époque, le couple a investi toutes ses ressources pour mener à bien ce projet ambitieux. Les gros travaux ont été réalisés entre 1969 et 1979, mais des travaux de restauration sont encore nécessaires aujourd'hui. En 1973, le château a été classé monument historique.
Parmi les éléments remarquables mis au jour, une grande fresque de motifs géométriques rouges, noirs et jaunes, avec une frise d'animaux ressemblant à des léopards, a été découverte en 1978. Ce décor d'inspiration arabisante, datant du XIVe siècle, est la seule fresque civile de la vallée de la Gartempe.
Un autre élément remarquable est le pigeonnier semi-enterré, qui compte 1 024 boulins (nichoirs pour pigeons). L'importance du domaine à l'époque est suggérée par le calcul : à raison de 42 ares de terre par boulin, on imagine l'ampleur des terres cultivées. Malheureusement, ce pigeonnier menace de s'écrouler et sa restauration, bien qu'inscrite à l'inventaire des Monuments historiques, n'est pas financée par la retraite de la propriétaire actuelle.
Sous le château existe également un réseau important de souterrains, constituant une partie du système défensif. Une trappe dans une chambre s'ouvre sur un escalier à vis qui servait à fuir en cas d'attaque.
Anecdotes et Légendes Locales
Le château est également connu sous le nom de "château des quatre pots de chambre". Au XVIIIe siècle, les de Moussy firent refaire la toiture. Les ouvriers, mal payés, protestèrent en posant des pots de chambre sur le sommet des tourelles, un signe d'infamie. Ces tourelles emblématiques contribuent à l'aspect de "château de conte de fée" qui fascine les enfants. La légende locale parle aussi du fantôme Arthur, une âme tourmentée qui se manifesterait parfois la nuit.

Le Château de Pruniers dans le Contexte Régional
La destruction du château de Savines lors de la mise en eau du lac de Serre Ponçon a fait du Château de Pruniers l'un des derniers témoignages de l'emprise des familles seigneuriales dans la vallée. La porte d'entrée du château est ornée d'un écusson armorié de remploi, placé lors des travaux de restauration des années 1970. L'origine de cette pierre armoriée n'étant pas connue, il est difficile de déterminer quel personnage ou famille elle identifiait.
Le Château de Pruniers, bien qu'inscrit aux monuments historiques en 1973, reste un lieu privé, gardant jalousement son histoire et ses secrets. Sa restauration progressive témoigne de l'attachement de ses propriétaires à préserver ce patrimoine exceptionnel, tout en soulignant les défis financiers et logistiques que représente la conservation d'un tel édifice. L'histoire de Pruniers est une invitation à explorer les strates du passé, où se mêlent architecture, lignées familiales, légendes et la résilience de l'homme face au temps.