Le noisetier, également connu sous le nom de coudrier (Corylus avellana L. et Corylus maxima Mill. en France), est un arbre à la fois courant et surprenant, porteur de particularités botaniques fascinantes. Parmi elles, la présence simultanée de fleurs mâles et femelles sur le même individu, une caractéristique qui le classe parmi les arbres monoïques. Cependant, malgré cette cohabitation florale, un noisetier est généralement incapable de s'autoféconder, nécessitant une pollinisation croisée pour assurer la production de noisettes. Son cycle de vie, étalé sur plus d'un an, ajoute une couche de complexité à l'étude de cet arbuste remarquable.

Les Chatons Mâles : Des Structures Élaborées Annonçant le Printemps Hivernal
La fleur mâle du noisetier est appelée châton. Ces inflorescences, généralement pendantes et dépourvues de pétales ou de sépales, commencent leur développement dès le mois de juin et se poursuivent jusqu'à l'automne. Elles entrent ensuite en dormance avant de connaître leur floraison spectaculaire entre mi-décembre et mars, période pendant laquelle elles se balancent gracieusement au bout des branches.
Au printemps, les chatons sont connus pour leur aspect pendulaire, émettant un pollen très volumineux, de couleur blanche ou jaune, qui forme de véritables nuages au moindre coup de vent. Après avoir libéré leur pollen, ils sèchent et tombent en mars/avril.
Organisation Anatomique d'un Châton Mâle
L'examen d'un châton mâle en coupe révèle une structure complexe et symétrique. Sur la coupe, le châton est formé de trois structures disposées en rayons de roue, l'axe central étant le pétiole de l'inflorescence. Chaque structure est un empilement de fleurs simplifiées.
Une analyse plus poussée montre la présence d'une fleur simplifiée insérée à l'aisselle des bractées, sans périanthe (ni pétale, ni sépale), que l'on pourrait désigner par le terme d'écaille. À l'intérieur de chaque écaille et soudée à elle, on trouve une seconde écaille bilobée sur laquelle sont insérées les étamines.
Les fleurs mâles sont dépourvues de pétales et de sépales, à moins de considérer l'écaille du dessous comme un calice rudimentaire. Les étamines sont sub-sessiles (avec un filet très court), bifides (bifurquées) et barbues (le sommet des sacs polliniques est pourvu de poils). Chaque étamine bifurquée porte une anthère constituée de quatre sacs polliniques. Ces derniers sont répartis en deux loges, chacune contenant deux sacs polliniques, et chaque loge est portée par une des deux bifurcations terminales de l'étamine.
Certains ouvrages botaniques, en particulier anciens, mentionnent 6 ou 8 étamines par écaille. Cette observation pourrait s'expliquer par le fait que l'auteur visualise les étamines par le dessus et considère comme une étamine chacune des deux branches de l'étamine bifurquée. L'observation de 6 ou 8 loges d'anthères par certains auteurs, et non strictement 8, a été également relevée sur des photographies et des planches botaniques anciennes, comme celle de Gustav Albert Peter (1853-1937), sans qu'une explication définitive ne soit toujours trouvée.
Les chatons mâles sont portés sur le bois de l'année précédente, en bout de rameau. Ils sont les premiers diffuseurs de pollen de l'année, jouant un rôle crucial pour la pollinisation et le redémarrage des ruches au printemps, fournissant une ressource protéinée essentielle à la croissance des larves d'abeille.

Les Fleurs Femelles : Une Discrétion au Service de la Fructification
La fleur femelle du noisetier est beaucoup plus discrète et constitue une curiosité botanique. Elle se présente sous la forme d'un bourgeon, souvent appelé glomérule bien que ce terme soit impropre, avec de petits épis rouges à l'extrémité, les stigmates. Ce que l'on observe n'est pas l'inflorescence elle-même, mais le bourgeon mixte qui la contient, ainsi que des ébauches de feuilles.
Localisation et Apparence des Bourgeons Mixtes à Fleurs Femelles
Les bourgeons mixtes à fleurs femelles apparaissent, comme les chatons mâles, sur le bois de l'année précédente. Ils ont l'aspect des bourgeons à feuilles et à bois et ne s'en distinguent qu'au moment de l'anthèse, lorsqu'ils sont surmontés par les stigmates rouges des fleurs qu'ils contiennent. C'est uniquement par cette houppe rouge de stigmates à leur sommet que l'on peut les repérer.
Ces bourgeons sont très petits, de 5 à 8 mm de long, et ne sont pas faciles à identifier pour un œil non exercé. Ils se trouvent très souvent à la base des pédoncules des chatons mâles, à la pointe des rameaux (position apicale) ou le long des rameaux.
Le bourgeon mixte est composé d'écailles brun verdâtre serrées les unes contre les autres, qui protègent l'inflorescence. Le bord des écailles est rougeâtre et présente des cils blancs appressés.
Structure Interne de l'Inflorescence Femelle
L'inflorescence femelle, contenue dans le bourgeon mixte, est un épi court, voire tassé sur lui-même, constitué de 5 à 6 bractéoles (rarement plus et en moyenne 4) attachées le long d'un axe central. Ces bractéoles sont verdâtres et peuvent paraître blanches selon l'incidence de la lumière.
À l'aisselle de chacune des bractéoles se trouvent deux fleurs femelles sessiles, chacune entourée par un involucre à deux ou trois lobes ou lacinié. Cet involucre est accrescent et deviendra l'involucre des futures noisettes si elles se forment.
Les fleurs femelles sont dépourvues de pétales. Le périanthe, réduit à un calice rudimentaire, est très petit et soudé à l'ovaire, qui est infère. Son limbe est très court et irrégulièrement denticulé. Il entoure la base du style, qui est divisé en deux longues branches stigmatifères rouges, faisant saillie au sommet du bourgeon. En général, un des deux ovules est avorté.

Évolution Post-Pollinisation
Les bourgeons mixtes à fleurs femelles sont sessiles et nus jusqu'à la fin de l'anthèse. Après cette période, leur support s'allonge et donne naissance aux feuilles. Le bourgeon s'élargit, les écailles s'écartent, laissant apparaître en haut du bourgeon des masses vertes et poilues, qui sont les feuilles en début de développement. Les stigmates restent présents, parfois avec des grains de pollen collés.
Les feuilles issues des bourgeons mixtes se développent en même temps que celles issues des bourgeons à feuilles. Elles naissent en dessous de l'inflorescence femelle et commencent à s'allonger sur les côtés de celle-ci, restant très près de l'inflorescence. Les écailles initiales sont très écartées et l'on aperçoit des stipules (écailles tendres vert clair) qui protègent les feuilles naissantes.
Pollinisation et Fécondation : Un Processus Délicat et Retardé
La pollinisation du noisetier est anémophile, c'est-à-dire qu'elle est assurée par le vent et non par les insectes. De janvier à fin mars, lors de la floraison, les chatons jaunissent et leurs écailles s'ouvrent pour libérer le pollen qui sera transporté par le vent.
En quelques jours, le pollen déposé sur les stigmates de la fleur femelle progresse à l'intérieur du bourgeon pour permettre la croissance du tube pollinique. Cependant, cette croissance est stoppée et ne reprend que plusieurs semaines après la pollinisation, à la faveur de températures élevées à la fin du printemps.
Si la noisette a été pollinisée durant l'hiver, la coque entame son développement. Le tube pollinique reprend sa croissance et féconde l'ovule, donnant naissance à l'amandon (plus rarement deux amandons), la partie comestible de la noisette. Au début de l'été, une fois que l'amandon a fini sa croissance, la coque revêt sa robe brune et se lignifie.
Stratégies pour une Pollinisation Croisée Efficace
Pour donner naissance à une descendance en bonne santé, les arbres monoïques comme le noisetier développent des stratégies qui les empêchent de se féconder eux-mêmes. Le pollen du noisetier est généralement auto-incompatible, ce qui signifie qu'il ne féconde pas les fleurs femelles portées par l'arbre qui le libère. Il est donc nécessaire de planter au moins deux variétés de noisetier pour obtenir une bonne fructification.
De plus, ce pollen est parfois inter-incompatible, le pollen d'une variété ne fécondant pas toutes les autres variétés. La fécondation se complique encore par le fait que beaucoup de variétés de noisetier sont protandres, c'est-à-dire que les fleurs mâles libèrent leur pollen avant que les fleurs femelles ne soient réceptives. Il est alors essentiel de planter des variétés dont les fleurs mâles des unes et les fleurs femelles des autres arrivent à maturité en même temps.
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Les Chatons dans le Règne Végétal : Au-delà du Noisetier
Les chatons ne sont pas une exclusivité du noisetier. D'autres arbres à chatons, comme l'aulne, le bouleau et le noyer, préparent également le printemps dès l'automne. Sur certains d'entre eux, le plus curieux étant l'aulne, on peut observer simultanément à l'extrémité des branches les fruits de l'année précédente (les strobiles), ceux de l'année présente et les chatons en cours de formation.
L'aulne, comme le noisetier, aime les terrains humides. Ses chatons mâles pendouillent, tandis que les épis femelles sont dressés et encore fermés, et les cônes femelles secs de l'année précédente restent sur l'arbre pendant deux ans. Dès le mois de mai, la fleur femelle, une fois fécondée, se transforme en strobile, une structure porteuse de sporanges densément regroupées le long d'une tige. Les strobiles restent fermés de nombreux mois et ne s'ouvrent que sous l'effet du gel, libérant deux graines, les akènes, qui sont des fruits secs, indéhiscents, à graine unique.
D'autres arbres comme les peupliers, les chênes, le Taxodium, les frênes et les ormes suivent les premiers diffuseurs de pollen. Le châtaignier, quant à lui, clôt la marche en plein été avec ses très longs chatons en forme de cure-pipe, également précieux pour les abeilles et producteurs d'un miel corsé délicieux.
Le Châton et l'Allergie
Pour les personnes sujettes au rhume des foins, les chatons de nombreuses espèces d'arbres, y compris le noisetier, sont une source majeure de pollen allergisant. Leur abondance et la facilité avec laquelle le vent les disperse en font des coupables récurrents des allergies saisonnières.
Utilisations et Curiosités du Noisetier
Outre ses noisettes, le noisetier, ou coudrier, était autrefois très répandu pour ses perches droites, flexibles et solides. Sa floraison très précoce est d'une grande importance pour le redémarrage des ruches au printemps, car les abeilles y récoltent de grandes quantités de pollen pour fabriquer le "pain d'abeilles", nourriture essentielle pour les larves.
Dans les jardins, le noisetier tortueux (Corylus avellana 'Contorta') est apprécié pour sa silhouette particulièrement attrayante en hiver. Les chatons du noisetier peuvent également être utilisés pour des recettes ludiques, comme des farines, des sablés ou des chatons enrobés de chocolat, bien que l'aspect gastronomique soit souvent secondaire à l'expérimentation.
Une autre curiosité est l'arbuste Garrya elliptica, surnommé "silk tassel bush" ou buisson aux pampilles de soie. Ce persistant, moins courant, se couvre de remarquables chatons gris argentés très précoces, pouvant atteindre 30 cm de long pour la sélection 'James Roof'. Très présent dans les jardins anglais, il gagne en popularité sur le continent grâce à des hivers moins rigoureux. Son feuillage coriace, gris-vert et ondulé, ressemble à celui d'un chêne vert, offrant un intérêt hivernal le long des murs des jardins de ville.