L'histoire de la cheminée est indissociable de celle de l'architecture intérieure. Témoin silencieux des évolutions sociales, techniques et artistiques, elle a traversé les siècles en mutant, passant d'un simple foyer utilitaire à un élément de décor monumental, véritable signature du pouvoir et du goût de ses propriétaires. En Belgique, comme dans le reste de l'Europe, ce patrimoine fragile, parfois délaissé, raconte une histoire complexe où l'art de bâtir rencontre l'art de vivre.

Les Racines de la Cheminée Murale
Donner l'origine de la cheminée telle que nous la connaissons aujourd'hui, à savoir adossée contre un mur, avec jambage, linteau et hotte, reste encore un mystère. Beaucoup de célèbres historiens et architectes se sont attaqués à trouver l'origine de la cheminée murale mais ne l'ont pas encore trouvée ! On se doute cependant de la nécessité de faire cuire les aliments et de se réchauffer. Dans un premier temps, les feux furent de plein air, puis dans les grottes, choisies par ailleurs parce qu'elles présentaient, entre autres, des ouvertures au plafond. Mais la recherche de tels abris se raréfiant, cela a conduit l'homme à se protéger des incommodités causées par la fumée et à créer ainsi la cheminée telle que nous la connaissons aujourd'hui.
Il faut attendre le XIIe siècle pour voir les cheminées que l'on connaît aujourd'hui, c'est-à-dire adossées contre un mur, avec jambage, linteau et hotte. L'histoire verra ensuite de nombreux styles se succéder jusqu'à nos jours. Il est intéressant de noter que le contre-cœur du foyer est souvent orné de belles plaques de fer qui portent en relief des armoiries, des écussons, des devises ou des emblèmes se rapportant au feu et à la flamme.
La Renaissance : L'Architecture Monumentale (XVIe Siècle)
Au XVIe siècle, la hotte assez disgracieuse qui surmontait les cheminées du Moyen Âge prend moins de place et devient plus décorative ; elle s’aplatit, devient quadrangulaire et se charge de sculptures. Le coffrage de la hotte devient parallélépipède. Les décors des meubles se retrouvent sur les cheminées de style Renaissance : feuilles d'acanthe, blasons, tête de chérubins, d'indiens, bestiaire réaliste ou fantastique.
Les cheminées de la Renaissance sont souvent d’une merveilleuse décoration : elles affectent volontiers la forme d’un monument à façade architecturale avec colonnes, arcades, fronton, statues, armoiries, devises ; nos musées et nos palais contiennent de splendides exemplaires datant de cette époque. Il faut citer en particulier la cheminée monumentale de la galerie Henri II au palais de Fontainebleau, celle du château d’Écouen au musée du Louvre, la fameuse cheminée du palais de justice de Bruges (1529) qui possède des sculptures en marbre blanc, en pierre noire ou pierre de touche, des statues en bois de Charles-Quint, de Charles le Téméraire, etc., en grandeur naturelle.

Les Styles Classiques et le Raffinement (XVIIe - XVIIIe Siècles)
Au XVIIe siècle, à côté de la grande cheminée d’apparat qui conserve un manteau décoratif prolongé jusqu’au plafond, mais dont la saillie sur le mur diminue peu à peu jusqu’à disparaître, on voit apparaître les petites cheminées à tablettes analogues au type actuel. Vers la fin du XVIIe siècle, le trumeau en saillie laisse la place à un conduit encastré dans le mur. Le linteau souvent en arc devient droit. Les jambages se galbent sur la partie supérieure.
Une cheminée Louis XIII en pierre dure, par exemple, présente des jambages en console supportant un linteau cintré. Le trumeau est orné d'un cadre mouluré flanqué de deux pilastres. Sous l'époque de Louis XV, les cheminées adoptent sans réserve le style rocaille en vogue : courbes et contre-courbes en C ou en S sur le linteau et les jambages. La tablette s'élargit pour servir de console. Le style Louis XVI est plus sobre, les cheminées s'inspirent de l'antiquité. Les jambages prennent l'aspect de colonnes cannelées rectilignes. Symétrie. Cheminée de petit modèle avec jambages amincis vers le haut.
Taille de Pierre: Création cheminée, entreprise Faugère
Le XIXe Siècle : Entre Pastiche et Innovations
Au XIXe siècle, les périodes Restauration et Louis Philippe apportent peu de modifications. Il faut attendre le Second Empire pour voir apparaître des cheminées au style très marqué. Le style Napoléon III multiplie les pastiches en mélangeant les styles passés les plus exubérants. Les créateurs s'inspirent de la nature. Une cheminée purement Napoléon III richement sculptée offre un très beau décor typique du style, tels que raies de cœur, frises d'oves, guirlandes de feuilles et fleurs.
D'autres types apparaissent, comme la cheminée Néo-Gothique, avec son linteau orné d'une frise de trèfles et ses jambages en colonnes surmontées de marmousets affrontés, souvent en terre cuite beige. Les progrès techniques ont également porté sur la construction des tuyaux. Gourlier les fit en briques à section intérieure circulaire noyées dans l’épaisseur des murs. Masson et de Sauges ont eu l’idée d’établir sur le point le plus élevé de la maison une chambre à fumée à laquelle aboutissent les tuyaux de toutes les cheminées de l’édifice pour s’en échapper ensuite par un orifice unique.
Le XXe Siècle : Pureté et Modernité
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les cheminées ne sont pas la priorité. Cependant, le style Art Déco émerge avec des lignes très pures typiques de cette époque. Le linteau à motif en éventail épouse la forme du foyer et repose sur des jambages droits. Parallèlement, le style Art Nouveau, vers 1900, propose un décor de branches et feuillages stylisés, souvent en céramique de couleur verte et rose, comme en témoignent les productions de la manufacture Perrusson à Écuisses.
Conservation et Patrimoine Industriel
Témoins d’une activité économique toujours en cours ou d’un passé florissant, les cheminées sont souvent les dernières traces d’une histoire industrielle révolue que l’on essaye d’oublier. Après le déclin industriel survenu dans le dernier quart du 20e siècle, de nombreuses cheminées ont été démolies. D’autres subsistent, fonctionnent encore ou sont intégrées dans des projets de réhabilitation. Cependant, beaucoup de cheminées sont à l’état d’abandon et constituent un patrimoine fragile qu’il faut protéger.
D’où l’intérêt de les recenser dans un inventaire initié par le Groupe de travail (GT) « Cheminées » du PIWB. Cet inventaire constitue la première étape d’une démarche de conservation et de protection permettant de déterminer pour chaque cheminée son état de conservation, sa rareté et sa valeur patrimoniale. Depuis 2 ans, le GT a répertorié plus de 600 cheminées encore debout en Wallonie et à Bruxelles, tant anciennes, le plus souvent en briques ou pierres, que récentes, en béton ou métaux divers.

Elles sont intégrées au fur et à mesure dans une base de données unique qui permet d’alimenter l’interface de ce site internet consacré aux totems de l’industrie. La carte ci-jointe vous permet de découvrir les cheminées déjà repérées par le GT. Il suffit de cliquer sur l’icône représentant une cheminée dans votre région, commune, et vous trouverez les informations liées à celle-ci ainsi qu’une photo la représentant, le tout consigné dans une fiche. Vous verrez que certaines fiches sont lacunaires et/ou ne sont pas encore illustrées car le travail est toujours en cours ; nous essayons de combler les lacunes au fur et à mesure de nos recherches mais aussi des vôtres. Car, dès maintenant, vous pouvez aussi nous aider à compléter les fiches des cheminées et même nous proposer une nouvelle cheminée non encore recensée !