Le noisetier, cet arbuste apprécié pour ses fruits secs et son rôle ornemental, est parfois la cible d'attaques de divers ravageurs. Parmi ceux-ci, certaines "chenilles" noires ou à points noirs se distinguent, nécessitant une identification précise pour une gestion efficace. Comprendre le cycle de vie et les habitudes de ces hôtes indésirables est essentiel pour protéger la santé de votre noisetier et garantir des récoltes abondantes.

La Mystérieuse "Chenille" Verte à Points Noirs : Une Larve de Tenthrède
Lorsqu'on découvre une branche de noisetier dont toutes les feuilles sont réduites à leurs nervures, il est naturel de chercher le coupable. Souvent, on trouve une "chenille" d'une beauté certaine, arbore une livrée verte ponctuée de points noirs sur ses flancs, se déplace agilement sur les feuilles. Cette "chenille" se distingue par la présence d'au moins 6 à 8 paires de pattes et son comportement social, se tordant souvent pour former un "S" tandis qu'elle décapite, découpe puis dévore patiemment les feuilles.
Distinction Cruciale : Vraie Chenille vs. Larve de Tenthrède
Il est important de noter que cette gloutonne n'est pas une "vraie chenille" au sens entomologique du terme. Les "vraies chenilles", qui sont les larves de papillons (Lépidoptères), ne possèdent que 5 paires de pattes. L'insecte observé sur le noisetier est en réalité une larve de tenthrède, un insecte hyménoptère dont l'adulte est communément appelé la "mouche à scie". Ce type d'insecte se caractérise par un physique primitif où l'abdomen prolonge le thorax sans l'étranglement typique observé chez la guêpe, un autre hyménoptère plus évolué.
La vaste famille des tenthrèdes tire son nom de l'organe femelle en forme de scie, qui lui permet de déposer ses œufs à l'intérieur des végétaux en pratiquant une incision. Bien que l'adulte puisse parfois être prédateur, la larve est un redoutable phytophage, se nourrissant exclusivement de feuilles. Le noisetier n'est pas sa seule cible ; il est conseillé d'examiner attentivement d'autres plantes comme les rosiers, groseilliers, pommiers, ou choux-fleurs, car les larves de tenthrèdes se déclinent sous diverses formes et couleurs et ne se ressemblent pas toutes.

Mesures à Prendre en Cas d'Infestation par les Larves de Tenthrèdes
Face à une infestation de larves de tenthrèdes sur un noisetier, les actions à entreprendre dépendent de l'étendue des dégâts. Si l'attaque est localisée, il peut suffire de couper les branches très infestées du noisetier avant de les incinérer. Cette méthode permet de tuer les ravageurs et de limiter leur propagation. En revanche, dans le cas d'une attaque plus globale, il devient nécessaire de recourir à la pulvérisation d'un insecticide ou d'un répulsif à base de plantes pour éliminer plus sûrement tous les individus. Il est primordial d'agir rapidement pour préserver la vitalité des jeunes noisetiers.
Le Balanin du Noisetier : Un Ennemi Discret des Récoltes
Un autre ravageur bien connu des producteurs et amateurs de noisettes est le balanin, un charançon qui, malgré sa discrétion, peut causer de sérieux dégâts dans les vergers et compromettre les récoltes de ces fruits secs succulents. Le balanin, dont l'animal est beige à brun, ne dépasse pas 1 cm de longueur et porte de belles pièces buccales ainsi que de longues antennes.
Cycle de Vie et Dégâts Causés par le Balanin
En toute fin de printemps, après transformation, les balanins adultes émergent pour se reproduire. C'est généralement en début d'été que les problèmes commencent pour l'amateur ou le producteur de noisettes. La femelle, munie de son rostre, perce l'enveloppe (involucre) des tendres noisettes en croissance pour y pondre ses œufs. Les larves se développent alors bien à l'abri de ces fruits à coques, consommant tout l'intérieur avant d'en sortir. Pendant ce temps, les adultes percent d'autres noisettes pour les rendre accessibles aux larves. Cette espèce de charançon est totalement dépendante du noisetier, car celui-ci constitue sa seule plante hôte, contrairement aux autres espèces du genre Curculio.
Stratégies de Lutte Contre le Balanin
Il n'existe pas de traitement chimique efficace contre le balanin en culture biologique. Par conséquent, la mise en place de gestes préventifs et de méthodes de lutte biologique est essentielle. Les noisettes tombées prématurément contiennent souvent des larves. Retourner la terre sous les noisetiers en automne ou au début du printemps expose les larves et les nymphes aux prédateurs naturels comme les oiseaux et les insectes auxiliaires. Les oiseaux insectivores (mésanges, rouges-gorges, troglodytes) et certains insectes auxiliaires peuvent se nourrir des larves du balanin.
Déployer un filet sous les noisetiers en fin d'été permet de capturer les larves lorsqu'elles quittent les noisettes. Tôt le matin, lorsque les températures sont encore fraîches, il est possible de secouer les branches des noisetiers pour faire tomber les balanins adultes sur un tissu clair. Certaines plantes, comme la tanaisie ou l'absinthe, auraient un effet répulsif sur les insectes ravageurs. De récentes études, conjointement menées par le laboratoire entomologique de l'ANPN (Association des producteurs de noisettes) et l'INRAE de Versailles, tendent à prouver que le balanin est guidé vers les noisettes par son sens olfactif. Ces recherches ouvrent des pistes sur l'identification des molécules responsables de cette attraction et donc un espoir de traitement en lutte biologique grâce à des composés odorants. En mettant en place ces bonnes pratiques, il est possible de limiter significativement l'impact du balanin et d'assurer une récolte de noisettes plus abondante et saine.
Le cycle biologique du balanin de la noisette (Curculio nucum, L)
Autres Ravageurs du Noisetier : Chenilles et Papillons
Le noisetier peut également être la cible de diverses chenilles de papillons, chacune avec ses caractéristiques propres et ses stratégies de défense. L'identification précise de ces espèces est cruciale pour une gestion appropriée.
Le Petit Papillon Brun Roux (Tordeuse du noisetier)
Un petit papillon de couleur brun-roux, caractérisé par l'aspect réticulé de ses ailes antérieures, est commun dans les jardins boisés. Une bande médiane plus sombre et inclinée forme un V sur le dessus des ailes antérieures. Cette espèce, très commune, est présente en Europe centrale et du nord. Il n'y a qu'une génération par an. Les œufs sont pondus sur l'écorce de différentes espèces d'arbres feuillus, principalement le noisetier, mais aussi le frêne, le chêne, le cornouiller et le prunus. La chenille, pour se protéger, fabrique un rouleau avec les feuilles, ce qui la classe dans la famille des Tortricidae (tordeuses). Ce sont ces chenilles qui passent l'hiver et reprennent leur développement au printemps. Elles sont vertes et mesurent jusqu'à 25 mm.
Distinguer les Chenilles Urticantes des Inoffensives
De nombreuses chenilles peuvent être rencontrées dans les jardins, et il est important de savoir distinguer celles qui sont potentiellement dangereuses pour l'homme et les animaux domestiques (dites "urticantes") de celles qui sont inoffensives. Les chenilles processionnaires sont souvent mises en garde, mais leur identification peut être complexe.

Les Chenilles Processionnaires
En France, on peut rencontrer trois espèces de chenilles processionnaires, mais seules deux d'entre elles sont courantes dans les jardins. La troisième, la Processionnaire pinivore (Thaumetopoea pinivora), est rare et localisée dans certains départements du sud de la France.
La Processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa) :
- Habitat : Exclusivement dans les Pins (Pin sylvestre, Pin maritime, Pin parasol), et parfois dans les Cèdres ou les Sapins de Douglas.
- Période d'observation : Les chenilles tissent des nids de soie aux extrémités des branches, visibles tout au long de l'hiver. Au début du printemps (février-mars), elles quittent leur nid en formant une procession pour descendre au sol et s'y enterrer pour la nymphose.
- Dangerosité : Son contact peut provoquer de vives réactions allergiques. Elle ne doit pas être manipulée ni approchée.
- Reconnaissance : S'observe rarement seule. Sa face dorsale est orange barrée de noir, et elle possède de longs poils gris clair sur les côtés. Toujours à proximité immédiate des résineux.
- Procession : Les processions ont lieu au tout début du printemps, lorsque les températures commencent à remonter.
La Processionnaire du chêne (Thaumeotopoea processionea) :
- Habitat : Exclusivement dans les chênes (Chêne pédonculé, Chêne sessile).
- Période d'observation : Plus tard dans l'année que la Processionnaire du pin, de mai à juillet environ.
- Dangerosité : Tout comme la Processionnaire du pin, son contact peut provoquer des réactions allergiques et des irritations. Il ne faut ni s'en approcher, ni la toucher.
- Reconnaissance : S'observe rarement seule. Sa face dorsale est noire et ses côtés sont gris. Elle possède de longs poils blancs partant d'un petit point orange. Toujours à proximité immédiate des Chênes.
- Procession : La procession n'est pas systématique, car la nymphose a lieu dans les bourses de soie tissées contre les troncs et les grosses branches des chênes.
Points clés pour distinguer les chenilles processionnaires :
- Si les chenilles se nourrissent d'autres plantes que les pins, cèdres, sapins ou chênes, il ne s'agit pas de processionnaires.
- Les processions de la processionnaire du pin ont lieu en fin d'hiver/début de printemps (février-mars). Celles de la processionnaire du chêne se rencontrent de mai à juillet.
- Les chenilles processionnaires vivent en groupe et se déplacent les unes derrière les autres en "procession". Elles sont toujours à proximité immédiate de leur plante hôte spécifique.
Le Bombyx Cul-brun (Euproctis chrysorrhoea)
- Habitat : Très nombreuses espèces d'arbres, souvent Chênes, Aubépines, Églantiers, arbres fruitiers. C'est une chenille polyphage.
- Période d'observation : Les jeunes chenilles hivernent dans un petit nid de soie. Elles sont essentiellement visibles d'avril à juin après avoir repris leur développement au printemps.
- Dangerosité : C'est une chenille urticante, tout contact doit être évité. Elle peut provoquer la défoliation de nombreux arbres lors de pullulations.
- Reconnaissance : Le critère essentiel est la paire de points rouges qu'elle possède à l'arrière du corps. Sa couleur générale est le brun sombre, avec une ligne de points blancs sur les côtés et le corps couvert de longs poils orange.
La Livrée des arbres (Malacosoma neustria)
- Habitat : Nombreux arbres : Prunelliers, Aubépines, arbres fruitiers. Les jeunes chenilles tissent une toile de soie dans laquelle elles restent groupées.
- Période d'observation : Dès le mois d'avril et durant tout le printemps.
- Dangerosité : Totalement inoffensive, ne possède pas de poils urticants.
- Reconnaissance : Possède sur la face dorsale plusieurs lignes parallèles : la ligne centrale est blanche (pas toujours visible aux premiers stades), et les autres sont oranges et bleues. La tête est bleue avec deux points noirs.
Le Bombyx disparate (Lymantria dispar)
- Habitat : Chênes, Charmes, Hêtres, Prunelliers et de nombreux autres arbres (jusqu'à 400 espèces).
- Période d'observation : D'avril à juillet.
- Dangerosité : Totalement inoffensive pour les humains, elle ne possède pas de poils urticants. Cependant, elle est considérée comme un ravageur des forêts lors de pullulations.
- Reconnaissance : Très simple à reconnaître : grosse tête orangée avec deux traits noirs ressemblant à des yeux. Porte sur la face dorsale plusieurs paires de points rouges et bleus disposés en ligne, qui ternissent au dernier stade.
La Laineuse du cerisier (Eriogaster lanestris)
- Habitat : Aubépines, Prunelliers, Aulnes, Saules et certains arbres fruitiers.
- Période d'observation : Avril à juin.
- Dangerosité : Le contact peut provoquer de légères réactions chez les personnes à peau sensible. Éviter de les manipuler sans nécessité.
- Reconnaissance : Tisse très tôt un grand nid de soie. De couleur gris bleuté très sombre, elle possède des lignes latérales de petits motifs blancs formant des U ou des O. En grandissant, développe de petites touffes de poils oranges courts.
La Laineuse du prunellier (Eriogaster catax)
- Habitat : Aubépines et Prunelliers principalement.
- Période d'observation : Plus tôt que la Laineuse du cerisier, dès mars jusqu'à fin avril.
- Dangerosité : Non dangereuse, mais à ne pas déranger car c'est une espèce protégée sur l'ensemble du territoire français et inscrite en annexes II de la Convention de Berne et annexes II et IV de la Directive Habitats-Faune-Flore.
- Reconnaissance : Vit dans une grande toile de soie durant les premiers stades.
Le Gazé (Aporia crataegi)
- Habitat : Arbres de la famille des Rosacées : Prunellier, Aubépine, Prunier, Sorbier des oiseleurs, arbres fruitiers.
- Période d'observation : Généralement avril-mai, parfois juin.
- Dangerosité : Totalement inoffensive.
- Reconnaissance : Vit en groupe dans un nid de soie. Légèrement poilue, gris clair à foncé sur les côtés et orange sur le dessus, avec une ligne médiane plus sombre. Autrefois commun, le Gazé a connu un fort déclin en France.
La Bucéphale (Phalera bucephala)
- Habitat : Saules, Aulnes, Tilleuls, Peupliers, Ormes, Chênes.
- Période d'observation : Été, de juillet à septembre. Les chenilles sont grégaires, surtout aux premiers stades, et peuvent former d'impressionnants rassemblements.
- Dangerosité : Non, inoffensive. Ses poils ne sont pas urticants.
- Reconnaissance : Jaune avec des motifs noirs et blancs. Sa tête est noire avec une tache jaune en forme de Y inversé (surtout visible chez les individus développés).
La Grande tortue (Nymphalis polychloros)
- Habitat : Cerisiers, Ormes, Saules, Peupliers, certains arbres fruitiers.
- Période d'observation : Avril à juillet.
- Dangerosité : Totalement inoffensive.
- Reconnaissance : Couleur générale noire. Dos traversé d'une ligne brune, porte des rangées de soies épineuses de la même couleur. Tête assez petite et bien détachée.
Les Hyponomeutes (Yponomeuta spp.)
- Habitat : Souvent sur les Fusains, mais certaines espèces peuvent consommer le Sorbier des oiseleurs, le Cerisier de Sainte-Lucie, les Saules, ou certains arbres fruitiers.
- Période d'observation : Mai et juin.
- Dangerosité : Totalement inoffensives pour l'homme. Peuvent défolier sévèrement les Fusains, mais ils s'en remettent généralement.
- Reconnaissance : Remarquables par les énormes tentes de soies qu'elles tissent, dans lesquelles elles passent la totalité de leur stade larvaire.
Les Tenthrèdes (Larves)
- Habitat : Diverses essences de ligneux selon les espèces. Dans les jardins, on peut en observer sur les Rosiers et les Saules. D'autres espèces sont solitaires sur les plantes basses.
- Période d'observation : Tout au long du printemps et de l'été.
- Dangerosité : Totalement inoffensives.
- Reconnaissance : Ressemblent à des chenilles, mais possèdent une seule paire d'yeux et au moins 6 paires de fausses-pattes abdominales. Couleurs et motifs varient selon les espèces. (Comme la "chenille" verte à points noirs sur le noisetier mentionnée précédemment).

Le Paon du jour (Aglais io)
- Habitat : Exclusivement sur les Orties.
- Période d'observation : Printemps et été, d'avril à août environ. Plusieurs générations.
- Dangerosité : Pas du tout.
- Reconnaissance : Corps d'un noir profond, constellé de petites taches blanches. Les fausses pattes sont orangées.
La Petite tortue (Aglais urticae)
- Habitat : Exclusivement sur les Orties.
- Période d'observation : Printemps et été, d'avril à août environ. Plusieurs générations.
- Dangerosité : Pas du tout.
- Reconnaissance : Corps gris avec plusieurs lignes dorsales et latérales jaunâtres.
La Mélitée du plantain (Melitaea cinxia)
- Habitat : Plantains et Véroniques, parfois d'autres plantes basses.
- Période d'observation : Généralement début printemps (février-avril), avec une seconde génération en été (juillet-août).
- Dangerosité : Pas du tout.
- Reconnaissance : Corps noir, avec de petites soies épineuses de la même couleur.
Autres Livrées Inoffensives
Dans certaines régions de France, on peut observer deux autres espèces de Livrées, inoffensives : la Livrée alpine (dans les Alpes et le Jura, à partir de 1000 mètres d'altitude) et la Franconienne (plutôt dans le midi de la France et sur la façade atlantique).
La Piéride du chou (Pieris brassicae)
- Habitat : Choux et autres Brassicacées, parfois Capucines.
- Période d'observation : Surtout en été dans les jardins, entre juin et août, mais plus largement entre avril et septembre.
- Dangerosité : Pas du tout.
- Reconnaissance : Chenilles d'un jaune verdâtre, couvertes de taches noires.
Le Bombyx du chêne (Lasiocampa quercus)
- Habitat : Contrairement à son nom, se nourrit plutôt de Ronces, Prunellier.
- Période d'observation : Facilement observable dans les jardins de mai à juillet. Hiverne à l'état larvaire.
- Dangerosité : Peut être déplacée sans problème. Son contact n'est pas dangereux, mais les personnes sensibles doivent éviter de la toucher. Le cocon peut provoquer des démangeaisons.
- Reconnaissance : Possède des poils bruns assez courts sur tout le corps, et roux sur les côtés et aux extrémités. Bandes noires entre les segments abdominaux. Tête assez grosse et velue.
Le Bombyx de la ronce (Macrothylacia rubi)
- Habitat : Plutôt dans la végétation basse.
Le cycle biologique du balanin de la noisette (Curculio nucum, L)
Ressources pour l'Identification
Pour une identification plus approfondie, plusieurs ouvrages de référence peuvent être consultés :
- Chinery, 2005. Insectes de France et d'Europe Occidentale.
- Leraut, 2008. Le guide entomologique.
- Sterling & Parsons, 2012. Field guide to the micro-moths of Great Britain and Ireland.
En se basant sur ces informations, il est possible d'identifier les diverses "chenilles" et ravageurs qui peuvent affecter le noisetier et d'autres végétaux, et ainsi mettre en place les mesures de protection adéquates pour un jardin sain et productif. La vigilance est de mise, et un examen régulier des plantes permet d'intervenir avant que les dégâts ne soient trop importants.