Les bonsaïs, véritables œuvres d'art vivantes, requièrent une attention particulière pour préserver leur santé et leur esthétique. Parmi les menaces qui pèsent sur ces arbres miniatures, les chenilles vertes représentent un défi commun pour les passionnés. Ces larves voraces, issues des œufs pondus par différents papillons, peuvent rapidement envahir un jardin et causer des dégâts importants, non seulement aux bonsaïs, mais aussi à d'autres plantations.
Comprendre les chenilles vertes : identification et cycle de vie
Les chenilles vertes, bien qu'elles soient appelées ainsi, ne sont pas toujours uniformément vertes. Elles peuvent présenter des nuances allant du vert clair au vert foncé, et selon les espèces, des taches, des rayures, des bandes ou des points blancs, jaunes ou noirs. Leur corps est cylindrique, formé d’anneaux, et l’animal est doté d’une tête distincte. On les distingue aussi à leur comportement caractéristique : les chenilles vertes ont tendance à se recroqueviller si elles sont touchées et se sentent menacées.
Ces insectes appartiennent à la famille des lépidoptères, qui sont des papillons. Le stade de chenille correspond à une phase intermédiaire du développement, entre les œufs et le papillon à proprement parler. Les petites chenilles voient le jour au printemps. Les femelles pondent leurs œufs, souvent jaune-orange ou vert clair, sur la face inférieure des feuilles, dans des zones abritées. Ces œufs éclosent en larves, qui se transforment en chenilles dévorant tout sur leur passage. La chenille se développe du printemps à l'automne, et en hiver, les larves se transforment en chrysalide avant de devenir des insectes à la belle saison. Pour y parvenir, elles doivent s'alimenter, et plus elles grandissent, plus elles doivent manger.

Les dégâts causés par les chenilles vertes sur les bonsaïs et autres végétaux
L'appétit vorace des chenilles en fait de véritables ravageurs pour les massifs, les plantes en pots et, bien sûr, les bonsaïs. Si les adultes se nourrissent principalement de nectar, leurs larves se nourrissent essentiellement de feuilles, de tiges et parfois de racines, causant ainsi des dégâts considérables sur les plantes. Les dégâts varient en fonction de l'espèce de chenille. Parfois, ce sont les feuilles des plantes qui sont dévorées, parfois ce sont les fleurs qui en sont victimes. D'autres parties de la plante peuvent également être touchées.
Sur les bonsaïs, il est courant de constater des racines grignotées et des feuilles trouées. Les chenilles pénètrent dans les nervures de la plante en les perforant, puis creusent des galeries pour remonter dans le capitule, minant ainsi la tige. En rongeant le feuillage, certaines espèces de chenilles laissent des taches grises sur les feuilles. Les limbes deviennent alors flétris et secs, et les feuilles peuvent s'enrouler sur elles-mêmes afin de se protéger. Ces attaques affaiblissent les végétaux, rendant plus difficile leur croissance et leur floraison. Dans certains cas, la chenille peut même s’attaquer aux fruits, détruisant ainsi une partie de la récolte. Sa présence excessive peut également nuire à l’esthétique des massifs et des haies.
Outre les chenilles vertes génériques, d'autres espèces spécifiques peuvent affecter les bonsaïs ou d'autres plantes ornementales et potagères :
- La piéride de la rave : papillon blanc aux ailes tachées de noir, larve vert clair tachée de plaques noires et de bandes jaunes. Cette chenille mange les feuilles externes des crucifères.
- Les teignes : des chenilles communes et très différentes, s'attaquant à la betterave, la pomme de terre, le poireau, les crucifères, etc.
- Les noctuelles : papillons discrets et nocturnes, leurs larves sont parmi les ravageurs les plus sérieux des cultures légumières. La noctuelle du chou, par exemple, est une chenille défoliatrice qui peut faire de gros dégâts dans les rangs de crucifères.
- La cheimatobie ou phalène brumeuse : un ravageur que l’on trouve souvent dans les petits fruitiers, les arbres fruitiers et autres arbres. La chenille, vert pâle avec des bandes vert jaune, s’attaque aussi bien aux bourgeons qu’aux fleurs, feuilles et fruits selon son stade de développement.
- Les tordeuses et les carpocapses : ces chenilles se trouvent souvent enroulées dans les feuilles de leurs plantes-hôtes : vigne, arbres fruitiers, rosacées, plantes potagères, plantes ornementales, etc.
- La pyrale du buis : originaire d’Asie orientale, cette espèce est invasive car elle a peu de prédateurs. Les femelles pondent plusieurs fois leurs œufs sur les feuilles du buis. Plusieurs générations peuvent se succéder entre mars et novembre. À la fin de l’automne, les jeunes chenilles se mettent en diapause entre deux feuilles, protégées par un petit cocon de soie.

Certaines chenilles, comme les processionnaires du pin et du chêne, sont particulièrement redoutables. La processionnaire du pin est spécifique de ces arbres et construit de gros cocons blancs et soyeux. Son corps est brun sombre, marqué de taches rouges. La processionnaire du chêne préfère les feuillus, principalement les chênes. Ces chenilles sont nuisibles pour l’Homme et les animaux domestiques, car elles sont urticantes. Dès la fin du troisième stade, la chenille processionnaire présente sur sa face dorsale des micro-poils qui sont projetés en cas d’attaque et libèrent une toxine urticante, la thaumétopoéine, qui peut déclencher d’importantes réactions allergiques. Le danger est le même pour les animaux que pour les humains : troubles respiratoires, fortes démangeaisons, troubles oculaires, etc.
La chenille processionnaire du chêne : comment la reconnaître et se protéger
Stratégies de lutte et de prévention contre les chenilles vertes
Agir rapidement est crucial pour éviter que l’infestation ne prenne trop d’ampleur. Une action préventive consiste à contrôler régulièrement les plantes susceptibles d’être atteintes, en particulier les choux, la capucine, la roquette, la moutarde et le colza. Il est important de surveiller la quantité d'adultes présents dans le jardin, surtout à la fin du printemps et au début de l’été, moment où les femelles pondent leurs œufs.
Méthodes naturelles et biologiques
De nombreuses solutions naturelles et respectueuses de l’environnement existent pour lutter contre les chenilles vertes sans recourir à des produits chimiques nocifs.
Ramassage manuel : Si vous avez repéré des chenilles vertes au jardin et que l'infestation est peu importante ou déjà bien installée, enlevez les chenilles à la main (munissez-vous de gants, surtout si les chenilles sont urticantes), ou utilisez un sécateur pour couper les parties infestées. Les chenilles ramassées ne devraient pas être relâchées ailleurs, à moins que le jardin ne soit très grand et qu'elles ne causent aucun dommage au nouvel endroit.
Macérats et infusions répulsives :
- Un macérat froid de feuilles de tomates devrait empêcher les chenilles vertes de pondre leurs œufs. Les feuilles de tomate placées entre les plantes sont également d’une certaine efficacité.
- La bouillie de tanaisie est un remède éprouvé pour lutter contre la piéride du chou, mais elle se révèle également efficace sur d’autres types de chenilles vertes, ainsi que sur les poux. Cueillez la tanaisie au bord des chemins ou sur un terrain en friche. La plante est particulièrement active lorsqu’elle est en fleurs.
- Le purin d’ortie ou d’absinthe : ces préparations naturelles renforcent les défenses des plantes tout en éloignant les insectes nuisibles, y compris les chenilles vertes.
- Infusion d’ail : faire infuser de l'ail dans de l'eau chaude puis pulvériser la solution sur les plantes attaquées peut repousser les chenilles grâce à l’odeur forte.
Solutions à pulvériser :
- Le vinaigre blanc : un mélange simple d’eau et de vinaigre blanc pulvérisé sur les feuilles peut aider à repousser les chenilles. Cette solution est sans danger pour les plantes et constitue un bon répulsif naturel.
- Le savon noir : dilué dans de l’eau tiède, le savon noir bio peut être utilisé comme spray pour dissuader les chenilles de s’installer sur vos plantes. Une dilution à 5% de savon noir est très efficace contre les chenilles du chou.
- L’huile essentielle de menthe poivrée : mélangée à une huile végétale neutre, cette huile essentielle est un excellent répulsif naturel à appliquer sur les feuilles des plantes.
- Les produits anti-chenilles naturels doivent être appliqués à l’aide d’un pulvérisateur par temps sec, sans pluie ni vent. Le principe est de pulvériser une solution liquide sur les branches, les feuilles et les tiges visées par les chenilles.
Poudre de roche : La poudre de roche empêche les papillons de pondre sur les plantes. Par temps sec, il est utile d'humidifier les plantes avec de l'eau. La poudre de roche est ensuite appliquée sur le dessus et le dessous à l'aide d'un pulvérisateur à poudre.
Biocontrôle et auxiliaires du jardin :
- Dans un jardin naturel, les insectes utiles et les insectes nuisibles ont tendance à s’équilibrer. Même si peu d’oiseaux mangent les chenilles vertes, ces parasites ont quelques ennemis naturels, comme différentes espèces d'ichneumons, mais aussi de carabes.
- Les chenilles vertes ont plusieurs prédateurs naturels qui peuvent vous aider à réduire leur population dans votre jardin. Les prédateurs comme Orius spp. et les chrysopes ainsi que les parasitoïdes Trichogramma et Apanthellae sont efficaces contre les chenilles Helicoverpa spp., armigera, H..
- Les syrphes, chrysopes, guêpes sont des prédateurs qui raffolent des œufs et des chenilles. Les ichneumons, mouches tachinaires, Apanteles glomeratus, Chalcidiens sont des parasites qui vont s’attaquer aux chenilles.
- Les oiseaux sont de bons agents de lutte biologique contre les chenilles de toutes sortes. Les mésanges notamment sont particulièrement efficaces contre les noctuelles et autres chenilles, pouvant en ingurgiter une quarantaine par jour qu’elle va piocher directement dans le nid. Installer de nombreux nichoirs pour les attirer est une excellente stratégie.
- Les rongeurs, araignées et hérissons feront également un travail remarquable.
Micro-organismes bénéfiques :
- Bacillus thuringiensis kurstaki (Bt) : cette bactérie naturellement présente dans le sol est un insecticide biologique très efficace contre les chenilles de lépidoptères. Elle agit en paralysant leur système digestif, les empêchant ainsi de se nourrir et les tuant une fois ingérée. Il est recommandé de pulvériser des solutions à base de Bacillus thuringiensis kurstaki sur le feuillage attaqué.
- Nématodes : pulvériser une solution contenant le nématode Steinernema feltiae ou Steinernema carpocapsae. Ils parasitent les chenilles qui meurent.
- Les virus : les baculovirus sont des virus spécifiques aux lépidoptères que l’on peut utiliser comme insecticide biologique. Le virus du carpocapse a permis la fabrication d’un autre insecticide bio, la carpovirusine, utilisé pour lutter contre le carpocapse des pommes.
Mesures préventives et culturales
Culture mixte et rotation des cultures :
- Pratiquer la culture mixte est l’une des mesures les plus importantes pour limiter les chenilles vertes. Les papillons ont en effet plus de mal à trouver leurs plantes hôtes. Les herbes aromatiques ou les plants de tomates sont si odorants qu'ils font fuir les papillons. Planter des végétaux qui plaisent aux prédateurs des chenilles du chou est également bénéfique.
- Au potager, pratiquer la rotation des cultures : les chenilles peuvent être spécifiques de certaines plantes, ainsi, cette rotation permettra de perturber leur cycle de développement.
- Certaines plantes ont un effet répulsif sur les piérides : sauge, thym, mélisse, absinthe, aneth peuvent être plantés à proximité et parmi les rangs de Brassicacées pour les protéger du ravageur.
Protections physiques :
- Les filets de protection pour cultures sont efficaces contre de nombreux ravageurs. Ils empêchent les femelles des insectes nuisibles de pondre leurs œufs sur les plantes hôtes. Poser des voiles sur les cultures sensibles juste avant les pontes pour empêcher les papillons de s’y poser est une méthode simple et efficace.
- Installer des bandes engluées sur les troncs des fruitiers fréquemment attaqués pour piéger les chenilles lors de leurs déplacements.
- Contre la processionnaire du pin, des Ecopièges peuvent être installés sur les troncs à partir du mois de décembre pour piéger les chenilles qui descendent pour s’enterrer dans le sol. Une gouttière est placée autour d’un arbre où sont installées des colonies de chenilles. Lorsque celles-ci se déplacent, elles peuvent être récupérées dans un sac pour être incinérées.
Pièges à phéromones :
- Disposer des pièges à phéromones au printemps ou en été suivant l’espèce, qui attirent et piègent les papillons mâles. Les phéromones à placer sont spécifiques de chaque espèce de papillon. Ces dispositifs attirent les mâles adultes, perturbant ainsi leur reproduction.
- La confusion sexuelle : des phéromones de synthèse attirent les mâles et les capturent afin qu’il n’y ait pas de procréation.
Entretien du sol :
- Biner la terre en hiver pour que les formes hivernantes soient exposées au froid et à découvert pour être mangées par leurs prédateurs.
- Amender régulièrement le sol est crucial pour fournir aux plantes les nutriments dont elles ont besoin pour résister aux attaques des chenilles.
Mesures spécifiques pour la pyrale du buis :
- Le piégeage des papillons grâce à des diffuseurs de phéromones donne également de bons résultats.
- L’étude de moyens efficaces est en cours depuis la prise de conscience de la menace que représente la pyrale pour les buis.
Mesures spécifiques pour les chenilles processionnaires :
- Lutte mécanique : on enlève les nids à la main qui seront incinérés. Un équipement de protection est nécessaire pour éviter les poils urticants.
- Planter des bouleaux : cet arbre semble avoir un effet répulsif sur les chenilles processionnaires.
- Installer des haies défensives : installer des feuillus devant et parmi les groupements de pins pourrait perturber les chenilles qui du coup ne pourraient pas repérer leur refuge garde-manger.
- En cas d’observation de nids ou de procession, il est possible de la signaler sur la plateforme « Signalement Chenille processionnaire ».
Autres parasites et maladies affectant les bonsaïs
Prendre soin d’un bonsaï, ce n’est pas seulement arroser, tailler ou transplanter, c’est aussi savoir quels problèmes peuvent les affecter. Les bonsaïs sont des plantes, et en tant que tels, ils ont également le risque de souffrir de parasites et de maladies. Un bonsaï en bonne santé est moins susceptible d'être attaqué. Il faut s’assurer que ses arbres soient conditionnés avec le mélange de substrat adéquat, que l’on sache comment et combien arroser, bien doser l’engrais, et que les arbres soient placés au bon endroit.
Puceron lanigère : très similaire à la cochenille, de couleur brune et se couvre d’une couche de cire. Il se nourrit des pousses les plus tendres, des branches les plus petites et les plus fines et des nouvelles feuilles. Il attaque principalement les bonsaïs qui ont des fruits et des fleurs et apparaît généralement au printemps et en été. Pour l’éliminer, utiliser un insecticide systémique, par pulvérisation. Il est également possible d'essayer de l’éliminer avec un coton imbibé de térébenthine minérale.
Mouche blanche : petit insecte qui affecte le bonsaï en produisant une paralysie de la croissance et la ségrégation de mélasse dans les feuilles. Elle arrive avec les températures les plus élevées. Elle est éliminée avec un insecticide spécifique pour la mouche blanche.
Acariens : ces petits parasites se trouvent dans les feuilles adultes et provoquent une défoliation généralisée. Ils apparaissent de la fin du printemps à la mi-automne. La meilleure façon de les traiter est d’utiliser des acaricides synthétiques.
Cochenille farineuse : insecte qui se caractérise par la création d’une enveloppe de cire blanche et l’attaque des bonsaïs en les affaiblissant rapidement. Elle est située sur le tronc et les branches, et peut parfois affecter les racines. Dès le premier symptôme, appliquer de l’alcool méthylique avec un peu de coton.
Araignée rouge : petit acarien qui attaque les bonsaïs de divers types, à l’intérieur et à l’extérieur.
Capsides : insectes de très petite taille et de couleurs jaunes et vertes, dévorent de nouvelles fleurs et feuilles et attaquent surtout en hiver. Pour les éliminer, la meilleure option est de tremper une boule de coton dans de l’alcool méthylique et de retirer les insectes et leurs œufs.
Fourmis : n’apparaissent généralement que s’il y a des pucerons dans le bonsaï car ils se nourrissent de la substance sucrée qu’ils produisent. Bien qu’elles puissent attaquer l’arbre de plusieurs manières, elles ne causent pas de dommages directs graves. Pour les éliminer, il faut trouver et détruire les nids qu’elles ont créés, qui se trouvent généralement près du tronc d’arbre.
Maladies virales : les virus peuvent être repérés par des feuilles décolorées et un dépérissement soudain de branches. Il faut isoler l’arbre infecté des autres arbres pour éviter une contagion. Les feuilles jaunies et qui tombent subitement sont souvent le résultat d’un manque soudain d’eau.
