Gestion et Valorisation du Fumier dans la Drôme : Enjeux Techniques et Contextes Politiques

L'agriculture, pilier économique et paysager du département de la Drôme, repose sur une gestion rigoureuse des effluents d'élevage. Qu'il s'agisse de respecter les normes environnementales strictes ou de valoriser la matière organique pour optimiser la fertilité des sols, la maîtrise du cycle du fumier est un impératif pour l'éleveur moderne. Cette gestion s'inscrit dans un cadre réglementaire complexe, souvent au cœur des tensions entre le monde agricole et les décideurs politiques.

Outils de dimensionnement des capacités de stockage

La question du stockage des effluents d'élevage est centrale, notamment pour prévenir les pollutions diffuses. La conversion des capacités de stockage minimales requises en mois de production d'effluents d'élevage en volume ou en surface de stockage est réalisée à l'aide du "Pré-DeXeL" ou du "DeXeL". Ces outils permettent de répondre aux exigences de la politique agricole commune comme au titre de la police de l'environnement.

Le Pré-DeXeL utilise le même moteur de calcul et les mêmes références techniques que le DeXel. Ces simplifications sont rappelées au lancement du Pré-DeXeL et lors de l'affichage des résultats. Leurs impacts sur les résultats (sous-estimation ou sur-estimation du volume ou des surfaces de stockage dans certains cas) sont indiqués en même temps que les résultats. Enfin, des conseils à destination des éleveurs pour lesquels ces simplifications ne sont pas pertinentes sont donnés.

Pour les élevages pour lesquels les simplifications ne sont pas pertinentes, le recours à l'outil DeXeL peut-être nécessaire. Il est alors nécessaire pour l'agriculteur de faire appel à un technicien. Le volet « capacités forfaitaires » du DeXeL permet en effet de réaliser un calcul des capacités « forfaitaires » requises sur une exploitation en application du programme d’actions national « nitrates » (conversion des durées forfaitaires de stockage fixées par cette réglementation en volume ou en surface de stockage) en prenant en compte l'ensemble des spécificités de l'exploitation.

Schéma illustrant le fonctionnement des outils de calcul DeXeL pour les exploitations agricoles

Le DeXeL peut également être utilisé pour réaliser un calcul des capacités « agronomiques » nécessaires sur l'exploitation (en confrontant la production des effluents au cours de l'année et leur utilisation tant à l'épandage que sous d'autres formes - traitement ou transfert) ; ce calcul est reconnu réglementairement dans le cadre du programme d'actions « nitrates » dès lors que l'exploitant peut justifier de son adéquation avec le fonctionnement de l'exploitation (assolement et périodes d'épandages retenus, effectif, type de fumier).

Lorsque l'agriculteur choisit d'utiliser le DeXeL (pour le calcul des capacités « forfaitaires » ou pour celui des capacités « agronomiques »), il devra tenir à disposition des services de l'État des copies des états de sortie de cet outil, et justifier de la pertinence des données saisies et de leur adéquation avec le fonctionnement de l'exploitation (en particulier par comparaison avec le cahier d'enregistrement des pratiques). Ces documents seront utilisés en cas de contrôle du respect des capacités de stockage du programme d'actions « nitrates ». Un éleveur peut présenter un calcul individuel type DeXeL des capacités de stockage pour justifier de capacités de stockage inférieures à celles des tableaux. Les capacités de stockage calculées doivent alors être suffisantes pour respecter les périodes d'interdiction d'épandage et tenir compte des risques supplémentaires liés aux conditions climatiques.

Réglementation et bonnes pratiques de stockage au champ

Le stockage au champ est strictement encadré pour éviter tout risque de ruissellement ou d'infiltration polluante. Pour les fumiers compacts non susceptibles d'écoulement, le stockage peut se faire sur prairie ou sur parcelle portant une culture implantée depuis plus de 2 mois ou CIPAN bien développée ou un lit d'environ 10 cm d'épaisseur de matériaux absorbant (C/N>25, comme la paille). Le tas doit être constitué en cordon et ne doit pas dépasser 2,5 m de hauteur.

Pour les fumiers de volailles non susceptibles d'écoulement, le tas doit être conique et ne pas dépasser 3 mètres de haut. Pour les fientes de volailles issues d'un séchage à 65% de matière sèche, le tas doit être couvert par une bâche imperméable à l'eau mais perméable aux gaz.

Fabrication de compost, à l'échelle locale !

Il est impératif de respecter des distances minimales : 10 m des voies de communication et 100 m des tiers ; 35 m des puits, forages, rivières, zones humides. Il est conseillé de changer la localisation des andains tous les ans pour empêcher l'accumulation d'éléments nutritifs (temps de retour de trois ans minimum). La durée maximale de stockage au champ est de neuf mois. Attention en zone vulnérable nitrates : faire un suivi hebdomadaire de la température avec un enregistreur dans un cahier spécifique, la température devant se maintenir au-dessus de 50°C pendant six semaines ou au-dessus de 55°C pendant deux semaines. De plus, l'andain doit être dimensionné pour pouvoir être épandu sans dépasser les quantités d'azotes réglementaires sur les parcelles situées dans l'îlot cultural ou les îlots culturaux à proximité.

Optimisation de la fertilisation et compostage

Bien valoriser sa fertilisation est un enjeu important qui a des conséquences sur le rendement des cultures et la qualité des productions. En polyculture-élevage, cela passe notamment par une réflexion sur la bonne répartition des fumiers. Techniquement, pour bien composter son fumier, il est essentiel que sa composition soit propice, c'est-à-dire composé d'au moins 20 à 25 % de matière sèche. Cela nécessite d'apporter au minimum 5 kg/UGB/jour de paille au total, l'idéal étant de l'ordre de 7 kg. Le produit obtenu est compact et pailleux.

Le fumier doit être stocké à l'abri afin qu'il ne soit pas humidifié par la pluie et éviter la dilution des jus. Avant la mise en andain au champ, le fumier doit être bien égoutté. En effet, la réglementation oblige à ce qu'il ne provoque pas d'écoulement. La localisation de l'andain est à réfléchir ; il est souhaitable de ne pas choisir une zone en pente et de favoriser les endroits un peu protégés du vent (haies, etc.).

Le compostage consiste à mettre le fumier sous forme d'andain au champ quelques jours avant le premier retournement qui sera effectué par une composteuse. Le second retournement aura lieu deux à trois semaines après ce premier passage. Ces retournements, qui aèrent l'andain, sont essentiels au bon déroulement du processus de compostage. Il est impératif de bien couvrir le tas afin d'éviter le lessivage par le biais des pluies. Ce lessivage pourrait occasionner une perte des éléments fertilisants. On peut utiliser des bâches géotextiles pour couvrir le compost, car tous les types de bâche ne sont pas utilisables. Lors du processus de compostage, l'andain monte en température, ce qui en fait un produit assaini au niveau des pathogènes et exempt de graines d'adventices.

Il y a deux types de composts : le compost « jeune » qui a entre un et deux mois, et les composts « vieux » ou « mûrs » qui ont plus de deux mois. À noter qu'un compost « vieux » a un effet principalement amendant (c'est-à-dire qu'il agit principalement sur l'amélioration de la structure du sol, sur son activité microbienne et sa rétention en eau), alors qu'un compost « jeune » a un effet principalement fertilisant (disponible pour la plante).

Retours d'expérience et gestion agronomique

Les agriculteurs, comme Alexis Venet et Vincent Guillot dans la Loire, témoignent des bénéfices du compostage. Pour Alexis Venet, « le compostage me permet d'épandre mes effluents d'élevage quand je le souhaite sur mes prairies et donc de les valoriser sur prairies pâturées. Comme il s'émiette mieux que du fumier et qu'il n'a pas d'odeur, c'est un produit qui ressemble un peu au terreau. Il n'y a pas de problème d'appétence. Un autre intérêt de composter, c'est que les volumes diminuent de moitié durant le processus de compostage : on a moins de produit mais il est plus concentré. »

Vincent Guillot souligne également l'aspect pratique : « Le compost, par rapport au fumier, me permet de mieux répartir mes effluents d'élevage sur l'exploitation. J'ai pu apporter de la matière organique sur des prairies qui n'avaient pas reçu de fertilisation depuis longtemps et ça me permet également d'épandre en sortie d'hiver en zone vulnérable, en favorisant une dégradation assez rapide avant l'ensilage ou le pâturage. C'est à mi-chemin entre un engrais et un compost maturé. »

Graphique montrant l'évolution de la concentration en nutriments durant le processus de compostage

La mesure 3, relative à l'équilibre de la fertilisation azotée, stipule que les quantités de fertilisants épandus doivent respecter un équilibre entre les besoins prévisibles des cultures et tous les apports azotés. Les références techniques nécessaires à la mise en œuvre du bilan prévisionnel sont fixées dans l'arrêté du Préfet de Région. Le plan de fumure (PF) et le cahier d'enregistrement des pratiques (CEP) permettent d'aider l'agriculteur à mieux gérer sa fertilisation azotée. L'épandage est par ailleurs strictement interdit sur sols enneigés ou gelés en surface.

Contexte sociopolitique : le fumier comme outil de contestation

Dans la Drôme et l'Ardèche, la gestion du fumier a récemment dépassé le cadre agronomique pour devenir un symbole de la colère agricole. Face à ce que les syndicats (FDSEA et Jeunes Agriculteurs) considèrent comme une instabilité politique préjudiciable à leur secteur, des actions spectaculaires ont été menées. Le déversement de fumier devant les permanences de députés est devenu une méthode d'expression politique forte.

Les agriculteurs reprochent aux parlementaires d'avoir voté la censure du gouvernement. Vladimir Gauthier, président des JA de la Drôme, explique : « Jusque-là, nous attaquions le gouvernement. Mais aujourd'hui, il n'y a plus de gouvernement et c'est à cause des députés, donc on change de cible. » Les syndicalistes soulignent que les promesses de simplification administrative et de soutien financier ont été fragilisées par le renversement du gouvernement, craignant une perte de temps de plusieurs mois.

Cette tension illustre le fossé entre les réalités du terrain - où la gestion quotidienne des effluents est une contrainte permanente - et les jeux politiques nationaux. Le fumier, outil essentiel de la fertilité des sols drômois, est ainsi devenu, par son odeur et sa consistance, le messager d'une profession qui se sent sacrifiée au profit des calculs partisans. Les actions symboliques, comme le murage de permanences ou le déversement devant les sièges de partis politiques à Valence ou Privas, témoignent d'une frustration profonde face à l'instabilité législative, alors que les agriculteurs attendent des mesures concrètes pour pérenniser leurs exploitations.

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