Le Cherradi : Une Mauvaise Herbe Incontournable et les Stratégies de Lutte

Le terme "Cherradi" fait référence de manière générique à diverses mauvaises herbes qui peuvent infester les cultures, posant des défis significatifs aux agriculteurs. Ces adventices, par leur capacité de nuisance et leur résilience, nécessitent des stratégies de gestion intégrées pour préserver les rendements et la qualité des récoltes. Parmi les "Cherradis" les plus problématiques figurent le ray-grass, le vulpin, la brôme, et des dicotylédones comme la lampourde. Comprendre leurs caractéristiques et les méthodes de lutte est crucial pour une agriculture durable.

Champ de céréales infesté par des mauvaises herbes

Le Ray-Grass et le Vulpin : Des Graminées Nuisibles aux Céréales

Le ray-grass (Lolium spp.) et le vulpin (Alopecurus myosuroides) sont des graminées adventices parmi les plus nuisibles sur céréales. Leur présence, tout au long du cycle de nombreuses cultures, nécessite une gestion sur l’ensemble de la rotation et pas seulement dans les orges ou les blés. Une densité de seulement 15 pieds de ray-grass par mètre carré suffit à nuire au rendement de la céréale. Sachant qu’un seul pied peut produire entre 1000 et 1500 graines, les infestations peuvent très vite se généraliser à l’ensemble de la parcelle. Cette prolificité, combinée à une forte capacité de dissémination, en fait des adversaires redoutables pour les cultures.

Les Impacts du Ray-Grass et du Vulpin sur les Cultures

Ces graminées concurrencent les céréales pour l'eau, les nutriments et la lumière, entraînant une diminution significative du rendement. De plus, leur présence peut compliquer la récolte, augmenter l'humidité des grains et favoriser le développement de maladies. Des agriculteurs, comme Samuel Feugère dans l’Eure, sont fortement confrontés à cette graminée sur toutes leurs cultures, allant jusqu'à se poser la question d'ensiler la parcelle en cas d'infestation massive en céréales. En betterave, le ray-grass et le vulpin constituent les troisièmes adventices responsables d’un désherbage insatisfaisant, derrière le chardon et le chénopode, selon Cédric Royer de l’Institut Technique de la Betterave (ITB). La pression est montante, et des départements comme l'Eure, dans le Bassin parisien, sont particulièrement touchés.

Stratégies de Lutte Contre le Ray-Grass et le Vulpin

La maîtrise du ray-grass et du vulpin ne peut reposer uniquement sur le désherbage chimique. Une approche combinant la chimie et l'agronomie est essentielle.

Lutte Chimique : Précautions et Alternatives

Depuis plusieurs années, les semis de céréales sont en grande partie suivis d’une ou plusieurs applications d’herbicides, positionnées en pré-levée ou en post-levée précoce (entre les stades 1 et 3 feuilles de la céréale). Ces applications visent en premier lieu à contrôler les graminées, ray-grass et vulpin en tête, voire brômes selon les secteurs.

La stratégie de désherbage passe par le recours à des spécialités phytosanitaires polyvalentes, en prenant soin d’alterner les modes d’action au sein des programmes pour limiter le développement des résistances, en progression ces dernières années. L’herbicide Trinity, qui allie trois modes d’action différents et complémentaires, permet un bon contrôle du ray-grass.

Dans le colza, il existe des solutions herbicides spécifiques pour gérer les graminées. La propyzamide (commercialisée sous les noms Kerb Flo/Zammo, Ielo/Yago/Biwix, Rapsol WG…) ou la carbétamide (Legurame PM) sont quasi incontournables pour une gestion durable du ray-grass et du vulpin à l’échelle de la rotation. Pour ces produits, il est crucial d'intervenir sur sol froid (température inférieure à 10°C) pour gagner en persistance d’action, car la dégradation se fait par voie microbienne. Sur gros colzas (plus de 1,7 kg/m²), les applications après les premières gelées significatives peuvent limiter l’effet « parapluie ». Si les repousses sont peu ou pas nombreuses, les racinaires peuvent suffire.

Dans la culture de maïs, en présence de ray-grass, l'application d'un herbicide en pré-levée avec une base de DMTA-P est indispensable. Il est inefficace de compter uniquement sur un passage de post-levée avec des herbicides à action foliaire, car leur efficacité est devenue très aléatoire sur cette flore difficile. Des essais ont montré une meilleure régularité d’efficacité en pré-levée qu’en post-levée précoce sur ray-grass.

Les agriculteurs doivent toujours s'assurer que l'utilisation des produits phytopharmaceutiques est indispensable et respecter scrupuleusement les instructions d’utilisation pour éviter les risques pour la santé humaine et l’environnement. Des exemples d'AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) soulignent des mises en garde importantes, telles que : H410 - Très toxique pour les organismes aquatiques, entraîne des effets néfastes à long terme ; H401 - Toxique pour les organismes aquatiques ; H317 - Peut provoquer une allergie cutanée ; H319 - Provoque une sévère irritation des yeux ; H315 - Provoque une irritation cutanée. Il est impératif de porter des gants de protection, des vêtements de protection, et un équipement de protection des yeux/du visage (P280). En cas de contact avec la peau, laver abondamment à l’eau (P302+P352). En cas de contact avec les yeux, rincer avec précaution à l’eau pendant plusieurs minutes et enlever les lentilles de contact si la victime en porte et si elles peuvent être facilement enlevées (P305+P351+P338). De plus, il faut recueillir le produit répandu (P391) et éliminer le contenu/récipient selon la réglementation en vigueur (P501).

Différents types d'herbicides pour le désherbage

Lutte Agronomique : Intégration des Pratiques Culturales

L’association de la chimie et de l’agronomie donne de très bons résultats. Le labour occasionnel - labourer suite à un échec de désherbage et ne plus labourer dans les trois ans qui suivent - combiné à l’alternance des périodes de semis et des modes d’action des herbicides appliqués dans les différentes cultures est essentielle pour limiter la progression de l’adventice.

Les faux semis, qui consistent à travailler le sol pour provoquer la levée des mauvaises herbes avant le semis de la culture principale, suivis d'une destruction mécanique ou chimique, se sont avérés efficaces. Des déchaumages précoces après la récolte permettent également de limiter la montée à graine des adventices. Des résultats concluants ont été obtenus avec des interventions mécaniques. En 2025, l'ITB a mentionné des résultats intéressants, avec un faux semis associé à du désherbage chimique (note de 6,5/10 en efficacité, meilleure que le seul désherbage chimique). L’ajout d’un passage de herse étrille au début de l’implantation et d'un binage a permis d’obtenir une efficacité de 8/10 dans l’essai.

Samuel Feugère recourt au binage tous les ans dans ses betteraves, à l’aide d’un équipement Garford avec caméra de guidage. Le passage est réalisé quand la betterave laisse encore un interrang non couvert de 15-20 cm. Il enlève les ray-grass qui sont passés au travers du désherbage chimique, à condition qu’il y ait plusieurs jours de sec après le binage. L’agriculteur a également adopté la technique du faux semis, après le labour qui est positionné début mars avant une betterave. Une préparation du sol suit avec un déchaumeur pour affiner la terre. Quand des ray-grass commencent à lever (stade filament blanc), il affine la préparation du semis par un travail du sol très superficiel qui détruit les adventices. Malgré ces interventions, l’agriculteur parvient difficilement à avoir le contrôle sur l’adventice. Il lui est même arrivé de devoir passer l’écimeuse sur ses betteraves pour éliminer les épis de ray-grass avant que les graines ne tombent au sol. Pour mieux gérer le ray-grass, l'agriculteur songe à introduire de nouvelles cultures de printemps comme le maïs ou la féverole, à condition qu’il y ait des marchés porteurs sur ces productions.

Désherbage du maïs : Les méthodes alternatives

La Lampourde : Un Défi Croissant pour le Tournesol

La lampourde (Xanthium strumarium) est une mauvaise herbe de printemps, très préjudiciable pour la culture du tournesol. Majoritairement présente dans le Sud-Ouest de la France, on la retrouve de plus en plus dans d’autres régions. Son pouvoir de multiplication élevé et ses levées échelonnées complexifient la lutte.

Reconnaître la Lampourde

Au stade plantule, les cotylédons de la lampourde sont très grands, charnus et lancéolés. Passé ce stade, les feuilles rappellent les feuilles de la vigne de par leur découpage. Le pétiole et la tige sont rouge violacé. Cette identification précoce est essentielle pour une intervention efficace.

Dessin de la plante de lampourde (Xanthium strumarium)

Les Caractéristiques de Nuisibilité de la Lampourde

Cette adventice est très redoutable de par ses différentes caractéristiques :

  • Levée très échelonnée : La lampourde lève de manière très échelonnée de mai jusqu’à septembre, ce qui complexifie la lutte car elle n'est pas présente uniformément au même moment.
  • Fort pouvoir de multiplication : La lampourde a une capacité de production de graines importante, plus de 500 graines par pied, à forte persistance dans le sol. Cette caractéristique lui confère un pouvoir de dissémination relativement important, contribuant à la généralisation des infestations.
  • Nuisibilité à la récolte et au stockage : La lampourde gène la récolte du tournesol et apporte des impuretés, notamment avec les débris de feuilles ou de tiges. Ces derniers génèrent de l’humidité au niveau du stockage, ce qui complexifie le séchage et la conservation des lots de tournesol, affectant la qualité et la valeur marchande.

Stratégies de Lutte Contre la Lampourde

Le moyen de lutte le plus efficace contre la lampourde est de combiner la lutte prophylactique, la lutte mécanique et la lutte chimique.

Lutte Prophylactique

La lutte prophylactique vise à prévenir l'installation et la dissémination de la lampourde :

  • Allonger les rotations : La lampourde est une adventice de printemps. Le fait d’allonger la rotation en introduisant notamment des cultures d’hiver va perturber le cycle de la plante, réduisant ainsi sa présence.
  • Nettoyer soigneusement le matériel : Afin d’éviter de disséminer les graines d’une parcelle à l’autre, il est essentiel de nettoyer le matériel de récolte. De plus, en cas d’infestation, il est recommandé de récolter les parcelles les plus touchées en dernier pour limiter la propagation.

Lutte Mécanique

Les interventions mécaniques sont particulièrement efficaces sur les jeunes stades de la lampourde :

  • Herse étrille et houe rotative : Le passage est possible jusqu’au stade 2 feuilles (maximum) de la lampourde. Au-delà, ces outils sont moins efficaces.
  • Bineuse : Le passage de la bineuse est possible sur des lampourdes relativement jeunes (2 feuilles, 4 feuilles grand maximum). Cette intervention doit être complétée par une intervention chimique avec le Passat® Plus à 2 l/ha au stade 4-6 feuilles des lampourdes, ou en deux passages de 1 l/ha au stade 2-4 feuilles pour le premier passage, puis un deuxième passage 8 à 10 jours après.

Lutte Chimique

Contrairement à d'autres adventices, les herbicides de pré-levée ne sont pas efficaces sur la lampourde. Il est donc nécessaire de construire un programme pour lutter à la fois contre la flore classique et la lampourde en post-levée.

  • Post-levée : Le Passat® Plus à 2 l/ha au stade 4-6 feuilles des lampourdes les plus développées a montré une efficacité de 100% (selon deux essais). Une application en deux fois, à savoir 2 x 1 l/ha au stade 2-4 feuilles des lampourdes, est également une option.

Schéma des étapes de désherbage du tournesol

Évolution du Désherbage du Tournesol et Autres Adventices

Jusqu’à l’arrivée des variétés tolérantes aux herbicides (VTH), le désherbage du tournesol était basé exclusivement sur des interventions en pré-levée de la culture. Les limites de cette technique ont conduit à un déclin de la culture du tournesol dans certaines régions, notamment en raison de la difficulté à contrôler les adventices coriaces.

Désormais, les VTH autorisent le désherbage en post-levée, solution qui permet de mieux contrôler les adventices difficiles comme l'ambroisie, le datura et la lampourde, et offre une plus grande souplesse d’intervention. Cette avancée technologique a revitalisé la culture du tournesol, offrant aux agriculteurs des outils plus efficaces pour gérer la flore adventice.

Outils et Ressources pour les Agriculteurs

Des plateformes comme AgAssist mettent à disposition gratuitement le catalogue complet des solutions phytosanitaires disponibles en France, ainsi que des services personnalisés (alertes météo, actualités, aides à la décision…) afin d'aider les agriculteurs à préserver leurs cultures. Les prévisions météorologiques régionales à 8 jours sont également un outil précieux pour planifier les interventions.

Il est primordial de rappeler que l’utilisation des produits phytosanitaires est fortement encadrée et elle doit suivre les bonnes pratiques agricoles, en visant la préservation de l'environnement et de la biodiversité.

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