
Le fumier de cheval, comme tout type de déjection animale, est un élément naturel et souvent bénéfique dans les écosystèmes et l'agriculture. Cependant, il peut générer des odeurs qui sont perçues comme une nuisance par certaines personnes. Comprendre les causes de ces odeurs, leur composition et les meilleures pratiques de gestion est essentiel pour une coexistence harmonieuse entre les activités agricoles ou d'élevage et les zones résidentielles.
Qu'est-ce que le fumier et pourquoi sent-il ?
Les excréments sont les déchets de la digestion, mais ils sont bien plus que cela. Ils représentent une nouvelle source de nourriture dans le cycle des éléments nutritifs. Au cours de la digestion, le corps absorbe les nutriments assimilables de la nourriture, un processus appelé résorption. Ce qui reste, ce sont les aliments non résorbés et une grande quantité de bactéries, qui constituent approximativement 20 à 30 % des excréments. Ces bactéries, qui vivent dans l'intestin, aident à décomposer les aliments. L'odeur désagréable des excréments des omnivores provient des substances produites lors de la digestion des protéines. Pour les herbivores, comme les chevaux, les plantes contiennent plus de fibres non-digestes que les produits animaux, ce qui fait qu'ils produisent davantage de crottes.
Les matières fécales ne sont donc pas des déchets au sens strict. Dans le cycle des éléments nutritifs, elles jouent un rôle crucial. Les plantes, en tant que producteurs primaires, produisent de la biomasse à partir de matériel inorganique, d'air, de lumière et d'eau. Les consommateurs, qui se nourrissent de plantes ou d'autres animaux, décomposent et transforment le matériel organique. Les décomposeurs (champignons et bactéries du sol) transforment finalement les plus petits éléments de la masse organique en substances minérales inorganiques. Ces éléments nutritifs peuvent ensuite être assimilés par d'autres êtres vivants, bouclant ainsi le cycle. Par exemple, un renard digère une souris, élimine le reste dans ses crottes, et des vers, champignons et bactéries s'attaquent à ces crottes. Les bactéries et les champignons fractionnent les excréments en substances minérales qui restent dans le sol et sont absorbées par les végétaux.
Le fumier de vache, par exemple, est chimiquement un mélange d'ammoniac, de composés soufrés et d'acides gras volatils. Ces composants sont responsables des odeurs caractéristiques. Bien que puissant, le fumier de vache est souvent décrit comme relativement doux et terreux, ce qui peut expliquer pourquoi certains le trouvent plus tolérable que d'autres odeurs animales.
Les facteurs influençant l'odeur du fumier de cheval
L'odeur du fumier de cheval est influencée par plusieurs facteurs.
Composition du fumier
La composition du fumier est influencée par l'espèce animale, ainsi que par l'état de santé et les aliments que l'individu consomme. Un régime alimentaire riche en protéines peut, par exemple, intensifier l'odeur. Les quantités de fumier peuvent s'accumuler rapidement. Selon l'Université d'État du Michigan, un cheval de 450 kg produit 22 kg de matières fécales et d'urine par jour, ce qui correspond à 680 kg par mois. La quantité de litière est également à considérer : il doit y en avoir suffisamment pour assurer le confort des chevaux et les garder propres, et elle joue un rôle dans l'absorption des odeurs.
Gestion des déjections
Le ramassage régulier des crottins est un facteur majeur. Si les crottins ne sont pas ramassés, surtout dans des espaces restreints comme un pré d'hiver surpâturé ou un petit paddock, l'odeur peut devenir très forte, surtout par temps chaud. L'urine, en particulier, contribue fortement aux odeurs.
Conditions météorologiques et environnementales
Par 15°C, l'odeur peut déjà être jugée insupportable par certains. L'humidité et la température ambiante jouent un rôle important dans la dispersion et la perception des odeurs. Un temps chaud et humide peut amplifier les effluves. Le vent est également un facteur crucial, car il transporte les odeurs sur de plus grandes distances. Être "sous le vent" d'un pré où se trouvent des chevaux peut signifier une exposition plus intense aux odeurs.
Proximité des habitations
La distance entre les déjections et les habitations est un élément déterminant dans la perception de la nuisance. Des chevaux situés à 20 mètres des maisons, même si les crottins sont ramassés, peuvent générer des odeurs perceptibles. La présence d'une haie très dense peut aider à atténuer la dispersion des odeurs.
La perception des odeurs : Entre subjectivité et réalité
La perception des odeurs est très subjective et peut varier considérablement d'une personne à l'autre. Ce qui est une "odeur pestilentielle" pour l'un peut être à peine perceptible pour l'autre.
Réévaluation hédonique et dimension culturelle
Les neuroscientifiques parlent de réévaluation hédonique : si une odeur est associée à un souvenir positif (comme une ferme familiale ou un paysage de montagne), notre perception change. Il y a aussi une dimension culturelle et géographique. Dans les zones de montagne, le fumier n'est pas qu'une odeur, c'est un repère. Au printemps, il signale la reprise de l'activité agricole, l'épandage sur les prairies et la préparation des alpages. Dans des régions comme les Bauges, le Vercors, le Chablais ou les Aravis, les sentiers de randonnée croisent régulièrement des exploitations d'élevage, et les habitants sont souvent plus habitués et moins dérangés par ces odeurs.
Sensibilité individuelle
Certaines personnes sont plus sensibles aux odeurs que d'autres. La présence d'allergies ou de sensibilités respiratoires peut également exacerber la perception d'une nuisance.
Facteurs psychologiques
La notion de "nuisance" peut également être influencée par des facteurs psychologiques, comme des conflits de voisinage préexistants ou une réticence générale à la présence d'animaux. Une personne adepte de la théorie du complot, par exemple, pourrait être difficile à convaincre que les chevaux ne présentent aucun danger, même en l'absence de preuves objectives de nuisance.
Le fumier comme ressource précieuse : Utilisation et précautions
Le fumier, loin d'être un simple déchet, est un engrais précieux aux multiples atouts pour le jardinage et l'agriculture. Cependant, son utilisation requiert des précautions pour éviter les risques sanitaires.
Atouts du fumier
Le fumier est un excellent enrichisseur de sol. Il apporte de l'azote, du phosphore, du potassium, des minéraux et des oligoéléments essentiels à la croissance des plantes. De plus, il stimule l'activité biologique du sol et apporte de la matière organique, ce qui améliore la rétention d'eau et des substances fertilisantes. Les agriculteurs ramassent d'ailleurs le fumier et le purin de leurs animaux pour en faire des engrais pour leurs champs. Les excréments humains peuvent également servir d'engrais après un traitement thermique rigoureux pour détruire les résidus de médicaments, les hormones et les micro-organismes dangereux.
Risques sanitaires et précautions d'utilisation
Les fumiers frais (déjections de bœuf, de mouton, de cheval, de volailles…) contiennent de nombreux germes généralement inoffensifs, mais parfois pathogènes (bactéries telles que salmonelles, listeria, certaines souches d'E. coli), ainsi que d'éventuels virus et parasites. Ces micro-organismes peuvent contaminer les productions, surtout les légumes, salades ou fruits poussant près du sol (comme les fraises). La crise sanitaire de 2011 en Allemagne, liée à la contamination par des graines germées, a rappelé ces risques.
Pour une utilisation sécuritaire du fumier, plusieurs méthodes sont conseillées :
- Fumier composté ou vieilli : Il est fortement conseillé de composter le fumier frais avant utilisation, ou de se procurer directement du fumier composté. Le processus de compostage génère une chaleur importante qui détruit les bactéries, virus et parasites (température d'au moins 50°C pendant au moins 6 semaines pour un assainissement efficace). Le temps de compostage doit être suffisant (plusieurs mois) et le tas doit être retourné au moins deux fois à six semaines d'intervalle. Le fumier doit également comporter une fraction végétale (paille par exemple) pour un meilleur équilibre des matières fertilisantes. Si le fumier est trop sec, il faut l'arroser au démarrage du compostage. L'alternative est le fumier vieilli, où le fumier est laissé "vieillir" sans retournement, disposé en tas sur un lit de branchage et recouvert de paille pour éviter le lessivage. Il faut attendre au moins 6 mois avant de l'utiliser.
4 utilisations du fumier frais + compostage du fumier en 20 jours - permaculture
- Épandage en surface avant la plantation : Si l'on tient à utiliser du fumier frais, il faut le disperser soigneusement lors de l'épandage, au moment de la préparation du sol pour les cultures potagères, bien avant la plantation. Il est crucial d'éviter les apports de fumier frais lorsque les plants sont déjà installés. De plus, le fumier frais ne doit pas être enfoui, car sa fermentation produit des substances toxiques pour les racines des plantes.
- Résidus de médicaments : Les fumiers du commerce sont généralement contrôlés pour la présence de résidus de médicaments (antibiotiques, vermifuges…). Si le fumier est récupéré auprès d'un éleveur ou d'un centre équestre, il est recommandé de se renseigner sur les pratiques vétérinaires du fournisseur. L'idéal est d'opter pour un fumier "bio", provenant d'une exploitation en agriculture biologique.
- Mesures d'hygiène : D'une manière générale, pour écarter tout risque de contamination microbiologique, les légumes consommés crus (concombre, tomate, carotte…), les salades, les herbes aromatiques et les fraises doivent être bien lavés avant consommation, qu'ils aient été cultivés avec ou sans engrais d'origine animale. De nombreux germes pathogènes sont ubiquistes, présents un peu partout, notamment dans la terre.
Gestion des nuisances olfactives liées au fumier de cheval
La gestion des nuisances olfactives est un aspect important de la cohabitation entre l'élevage équin et les zones résidentielles.
Ramassage régulier des crottins
Ramasser les crottins, notamment à proximité des habitations, est la première mesure à prendre pour réduire les odeurs et les mouches. La propreté du pré ou du paddock a un impact direct sur l'intensité des effluves. Des voisins qui ramassent régulièrement les crottins de leurs chevaux constatent une réduction significative des plaintes.
Localisation du stockage du fumier
Le Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP) stipule que l'amas de fumier doit être situé minimalement à 30 m d'un puits d'approvisionnement en eau sur la propriété et à 100 m de celui d'un voisin. Dans certaines situations, ces distances doivent être augmentées. Le type de sol influence également le choix du site d'entreposage. Les sols sableux, avec leur perméabilité rapide et leur faible capacité de rétention, présentent un risque de contamination des eaux souterraines plus élevé, car les nitrates peuvent se déplacer rapidement (phénomène de lessivage). Les sols limoneux ou argileux, avec une perméabilité plus lente et une meilleure capacité de rétention, aident à retenir les nitrates dans le profil du sol. Le compostage du fumier permet de limiter la perte des nutriments et d'en augmenter la stabilité.
Communication et conciliation
Face à une plainte de voisinage, une approche conciliante est souvent la plus efficace. Proposer de ramasser les crottins qui pourraient gêner, même si ce n'est qu'une petite quantité, peut montrer une bonne volonté. Offrir un "supplément" aux chevaux pour rendre l'odeur des crottins plus agréable, même si cela relève du bluff, peut désamorcer une situation tendue.
Cadre légal des nuisances de voisinage
La jurisprudence rappelle que la responsabilité pour troubles anormaux de voisinage peut être mise en jeu même sans faute ou intention de nuire, dès qu'une gêne à autrui est constatée. Il est permis de procéder à l'épandage de matières fertilisantes du 1er avril au 1er octobre inclusivement. Cependant, il n'existe pas de règlement universel qui interdise la détention d'un animal en fonction du type de terrain, tant qu'il ne s'agit pas d'installations "en dur" comme des boxes. La conciliation ou la médiation peuvent être des recours préalables à la saisine du tribunal de grande instance.
Propagation par les crottes : Un rôle écologique et sanitaire
Les excréments jouent un rôle important dans la propagation de la vie, mais aussi de maladies.
Dispersion des graines
De nombreuses plantes disséminent leurs graines via les excréments des animaux. Elles emballent leurs graines dans des fruits appétissants pour les mammifères ou les oiseaux, qui les mangent. Les graines retombent ensuite sur le sol à un autre endroit avec les crottes, qui contiennent de surcroît un stock d'éléments nutritifs favorisant la germination.
Propagation des micro-organismes
Beaucoup de virus, bactéries et parasites se multiplient dans l'appareil digestif d'autres animaux et se propagent dans l'environnement par le biais des excréments. Ils sont alors absorbés par un nouvel hôte. Certains de ces virus et bactéries sont les agents de maladies graves. Si les excréments ne sont pas traités dans de bonnes conditions d'hygiène, ces maladies peuvent se propager rapidement. C'est pourquoi la gestion adéquate du fumier, notamment par le compostage, est essentielle pour la santé publique et environnementale.
