Le Noisetier : Un Trésor Végétal aux Multiples Facettes

Dessin stylisé d'un noisetier avec des chatons mâles et des noisettes

Le noisetier, connu scientifiquement sous le nom de Corylus avellana, est bien plus qu'un simple arbuste ornant nos haies et sous-bois. C'est une plante emblématique, profondément enracinée dans l'histoire, la culture et l'alimentation humaine, et dont les multiples vertus sont reconnues depuis des millénaires. De ses origines préhistoriques à son rôle actuel en permaculture et en gastronomie, le noisetier fascine par sa résilience, sa générosité et sa polyvalence.

Voyage à Travers le Temps : Histoire et Origines du Noisetier

Le noisetier a accompagné l'humanité depuis la nuit des temps. Les archéologues ont retrouvé des coquilles de noisettes dans des sites préhistoriques datant de plus de 9000 ans, témoignant de son importance dans l'alimentation des hommes préhistoriques. Originaire d'Europe et d'Asie Mineure, le noisetier commun pousse spontanément dans les sous-bois clairs, les lisières forestières et les haies bocagères. Au début de l'ère tertiaire, les noisetiers constituaient de vastes taillis, sous les chênes et les pins sylvestres. En Europe, il a régressé lors des grandes glaciations. Puis, lors du réchauffement de notre climat et du recul des glaciers vers le nord (il y a environ 8000 ans), il est revenu comme pionnier des steppes, avant la réinstallation des forêts de feuillus. Aujourd'hui, les coudraies rencontrent dans tous les pays européens, sauf sur quelques îles méditerranéennes et de l'extrême Nord.

Les noisettes sont consommées et sont particulièrement recherchées depuis des temps immémoriaux (Préhistoire) : il faut reconnaître qu'il n'existe pas beaucoup de fruits sauvages d'une telle qualité en Europe : grosseur, abondance, richesse en éléments nutritifs, saveur, facilité de conservation car le fruit est sec (à l'époque, les seuls autres fruits secs intéressants étaient la faine du hêtre, la châtaigne et la noix - ces deux dernières introduites plus tardivement). Aussi, ne faut-il pas s'étonner que les fouilles archéologiques révèlent régulièrement de véritables lits de noisettes dans les niveaux d'habitat. Dans l'antiquité, les noisettes étaient ramassées à l'état sauvage chez les Grecs et les Romains (ville d'Abella, d'où vient le terme "aveline" qui désigne une variété de grosse noisette).

La culture proprement dite ne s'intensifia qu'à partir du XIVe siècle (Bohême, Lombardie). À la fin du XVIe siècle, le noisetier est naturalisé en Amérique. En France, la Charente, les Pyrénées-Orientales, le Var sont les départements à noisettes.

Description Botanique et Variétés de Noisetiers

Feuilles de noisetier avec des chatons mâles

Le noisetier appartient à la famille des Bétulacées, comme le bouleau et l'aulne. Il s'agit d'un arbuste caducifolié qui atteint généralement 3 à 5 mètres de hauteur, bien que certaines variétés cultivées puissent dépasser 6 mètres. Lors de nos sorties éco-touristiques et de nos balades dans la nature en Gironde, nous le reconnaissons immédiatement de loin à son port évasé : un faisceau de branches souples émergent directement du sol. L'écorce grisâtre ou brunâtre est lisse, parsemée de nombreuses lenticelles brunes. Les jeunes pousses sont hérissées de poils glanduleux rougeâtres. Les feuilles sont recouvertes de poils simples (ce qui explique leur douceur au toucher) et de poils glanduleux (ces derniers sont absents chez la feuille de l'aulne, plus molle, qui lui ressemble). Un autre aspect caractéristique de sa feuille est son acumen, cette pointe qui pare son extrémité. Un feuillage denté et poilu qui donne à l'arbuste un air sorcière s'il en est.

Le monde des noisetiers cultivés offre une diversité remarquable, fruit de siècles de sélection paysanne et horticole. Parmi les variétés les plus courantes, on trouve :

  • Fertile de Coutard : Une variété productive et autofertile, idéale pour les jardins familiaux, dont les noisettes de calibre moyen arrivent à maturité fin septembre.
  • Merveille de Bollwiller : Connue pour ses noisettes volumineuses à coque mince, cette variété vigoureuse nécessite un pollinisateur pour une production optimale.
  • Segorbe : Très répandu dans le sud de la France, il offre des fruits allongés au goût fin et sa floraison tardive le protège des gelées printanières.
  • Noisetier sauvage ou franc : Avec ses fruits plus petits, il est apprécié pour sa rusticité exceptionnelle, sa vigueur et sa capacité à drageonner, ce qui en fait un excellent choix pour les haies nourricières.
  • Noisetier de Byzance (Corylus colurna) : Un cousin décoratif, plus grand (15 à 20 m), se différenciant par un plus long pétiole, des branches âgées sillonnées et liégeuses, et des noisettes dans un involucre bien plus long. Ses fruits, bien que très bons, sont petits (1-2 cm) et à la coque dure et épaisse (2 à 3 mm). Il est utilisé comme arbre d'alignement et porte-greffe.
  • Noisetier tubuleux pourpre (Corylus maxima "Purpurea") : Au feuillage pourpre et aux chatons bordés de rouge. Ses gros fruits oblongs/allongés et comestibles sont dans des involucres en tube deux fois plus long que la noisette.

Le Cycle de Vie Fascinant du Noisetier

La pollinisation des pins par le vent, vue de la grangette

La production de noisettes suit un cycle annuel fascinant qui commence au cœur de l'hiver. Les noisetiers sont abondants dans notre région, comme chacun d'entre nous peut s'en rendre compte quand les longs chatons des fleurs mâles (souvent par paires) apparaissent nettement dès janvier (mais ils étaient présents, quoique moins visibles, dès la fin de l'été). Ces fleurs mâles n'ont ni calice, ni corolle, mais simplement 4-8 étamines, protégées par trois écailles soudées entre elles à la base. Ces chatons, riches en pollen, au cœur de l'hiver, sont une vraie aubaine pour la survie des butineurs (abeilles), mais ces derniers n'assument pas la fécondation (c'est le vent). Un seul chaton peut disperser jusqu'à deux millions de grains de pollen.

La fleur femelle est sur le même arbuste, mais sur certains rameaux seulement, dissimulées à plusieurs dans une sorte de bourgeon écailleux ovoïde (comme chez beaucoup d'arbres) qui contient aussi les feuilles : de la fleur femelle, on n'aperçoit que les minuscules stigmates rouges qui dépassent et qui jouent le rôle de peigne dans la chevelure du vent. Les fleurs mâles font dans l'exhibition, les fleurs femelles dans la discrétion et font preuve d'une grande patience (elles peuvent attendre pendant trois mois la venue du pollen) ! Du cœur de l'hiver jusqu'à fin avril, la fleur femelle n'est pas prête (ovule non fabriqué), mais elle maintient prisonnier son partenaire mâle (pollen). La fleur femelle ne sera vraiment fécondée qu'en mai. Elle est capable d'évaluer la proximité génétique du pollen qui a atterri sur son stigmate : si la parenté est trop proche et dans la mesure où elle a le choix, la fleur préférera un autre grain de pollen au charme plus attrayant. Si le vent ne lui apporte aucun autre pollen d'un autre arbre, elle se fécondera finalement avec le pollen de son propre arbre.

Fin mai, les fruits sont bien visibles, serrés les uns contre les autres (on peut en trouver jusqu'à cinq ensemble : c'est peut-être là l'origine du symbole de la fertilité !) dans leur couette verte au col de dentelle (l'involucre foliacé). Lorsqu'elles sont trois dans leur involucre, on parle de "coquerelle" (terme d'origine héraldique). La maturation s'accélère en août. Les noisettes grossissent rapidement et leur coque durcit progressivement. L'involucre qui les entoure passe du vert tendre au brun.

De la Pépinière à l'Assiette : Cultiver le Noisetier

Plan de verger de noisetiers avec espacements optimaux

La plantation d'un noisetier constitue un investissement à long terme qui vous récompensera pendant plusieurs décennies. Un plant bien installé peut produire 3 à 5 kilogrammes de noisettes par an dès l'âge de 5 ans, et jusqu'à 10 kilogrammes ou plus une fois pleinement mature. Un verger peut être exploité environ 30 ans.

Choix du Sol et Plantation

Le noisetier apprécie les sols frais, profonds et bien drainés, avec une préférence pour les terres légèrement calcaires. Toutefois, sa grande plasticité lui permet de s'adapter à la plupart des terrains, même médiocres, à condition qu'ils ne soient ni trop secs ni excessivement humides. Pour une meilleure croissance, le noisetier a besoin d’un sol bien structuré. Pierre-Olivier, responsable de la gestion agronomique du verger, conseille même dans certains cas d’effectuer un sous-solage avant d’y installer la culture. La période idéale pour planter s'étend de novembre à mars, pendant la dormance végétative. Les plants en racines nues, moins coûteux et généralement plus vigoureux que ceux en conteneur, doivent être mis en terre rapidement après leur réception.

Le trou de plantation doit mesurer environ 50 centimètres en tous sens. Ameublissez bien le fond sans pour autant créer un effet cuvette qui retiendrait l'eau stagnante. Mélangez la terre extraite avec du compost bien mûr, à raison d'un tiers de compost pour deux tiers de terre. L’implantation idéale pour les noisetiers est en 7 m (entre les lignes) par 2,5 m (entre les plants). Pour une haie fruitière, prévoyez 4 à 5 mètres entre chaque plant, ou 5 à 6 mètres pour des sujets isolés. Un bon précédent cultural est une prairie temporaire car elle procure une meilleure structure du sol et peut être conservée lors de la plantation. Le travail du sol sur 1 m suffit pour repiquer les noisetiers.

Multiplication des Plants

Le bouturage est la méthode utilisée pour multiplier les noisetiers. Ce type de reproduction est dit asexué, ce qui signifie que les plants obtenus ont la même génétique, identique à celle du parent. C’est d’ailleurs à partir d’un pied-mère, taillé chaque année, au niveau du sol, que seront obtenus les rejets. Ces derniers sont sélectionnés après un an sur le pied-mère, ensuite sevrés et remis en culture une année pour terminer leur développement et donner les plants qui seront placés dans les champs. Chaque plant possède un « pass » sanitaire qui garantit l’absence de maladies. Les plants de noisetier sont produits en Italie, chez un pépiniériste du Piémont, région reconnue pour son expertise et son savoir-faire, et considérée comme le leader mondial de la noisette.

Entretien du Verger : Taille et Fertilisation

Illustration d'un noisetier taillé en gobelet

Tailler le noisetier est une étape cruciale pour la production de fruits. Les branches ne porteront des noisettes que si elles sont exposées à suffisamment de luminosité. La forme idéale est dite en gobelet et se présente par un petit tronc de 50 cm et des branches formant « un vase vide » (sans branche dans le centre du noisetier). Tous les ans, en fin de saison, il est nécessaire de pratiquer la taille de formation pour dégager le cœur de l’arbre, dès la première année de culture. Lors de cette première année, la cime du noisetier est coupée à la hauteur du genou pour forcer la production des branches et de ramifications latérales.

La taille d’entretien consiste à couper les branches qui se croisent ou qui s’étendent un peu trop dans la ligne. Un autre type de taille est également indispensable : la taille des rejets. Celle-ci a lieu deux fois par an, l’une en saison de végétation (vers la mi-juin ou la fin juin) et l’autre en hiver. Les rejets sont des branches végétatives qui poussent aux pieds de l’arbre et qui ne porteront aucun fruit tout en consommant beaucoup d’azote pour leur croissance. Le rythme moyen de cette pratique est de 250 arbres taillés par jour. À savoir qu’un hectare contient 500 arbres, deux jours sont nécessaires par parcelle d’un hectare. « Tailler le noisetier n’est pas compliqué néanmoins il faut être rigoureux », nous explique Pierre-Olivier. En agriculture conventionnelle, l’emploi d’un herbicide de contact peut éliminer les rejets. Cependant, cette méthode est assez coûteuse et ne peut être réalisée qu’à partir de la quatrième année pour éviter d’impacter la production de noisettes. Une machine a également été conçue pour l’élagage des rejets mais est très lente. Dans de nombreux cas, il est plus avantageux de tailler à la main.

Concernant la fertilisation, le noisetier a également besoin d’azote. Tant que le verger ne produit pas, ses besoins restent faibles. Pour la première année de culture, Pierre-Olivier conseille d’amender uniquement en matière organique (fumier, lisier, fiente), notamment pour améliorer la structure du sol. La dose d’azote apportée devra augmenter d’années en années : 20 unités en deuxième année, 30 en troisième, 50 en quatrième… et ainsi de suite pour atteindre les 90 unités en septième année. Évidemment, la quantité doit être adaptée à la production de noisettes. En pleine production, un verger d’un hectare de noisetier peut donner 2 500 kg de noisettes. Le phosphore et le potassium sont aussi des éléments importants et sont respectivement conseillés à 25 et 40 unités. Ils peuvent être simplement appliqués sous forme de fumier mais en ce qui concerne l’azote, il doit être complémenté par de l’engrais. L’idéal est de disposer l’engrais de manière uniforme dans le verger les premières années et de le localiser dans la ligne durant les années de production.

Gestion de l'Interligne

Quatre années sont nécessaires au noisetier avant la première récolte et la pleine production est seulement atteinte en septième année. L’intensivité de la conduite culturale influence la pérennité de la culture, ainsi la densité, l’entretien, la taille sont des paramètres qui favorisent potentiellement l’arrivée précoce de problèmes de production. Dans les premières années sans production, il est tout à fait envisageable d’implanter une seconde culture dans l’interligne. Pierre-Olivier cite par exemple une prairie ou encore des céréales, du potimarron, des haricots et des pommes de terre grenailles. Durant les quatre ou cinq premières années, la gestion de la ligne et de l’interligne est un élément important. Il faut notamment veiller à ne pas avoir de concurrence au niveau du pied de l’arbre. Pour ce faire, plusieurs moyens existent. En agriculture biologique, le désherbage mécanique reste le plus efficace, notamment à l’aide d’une fraise qui se replie devant chaque arbre. Ce passage à la fraise doit être réalisé quatre fois par an. Un autre avantage notable de cette pratique est qu’elle permet de casser la conductivité hydrique en ouvrant la terre et permet dès lors de diminuer l’évaporation, ce qui est un réel bénéfice pour les années sèches. Au-delà de ces premières années, il n’est plus indispensable de détruire le couvert aux pieds du noisetier puisque son système racinaire sera suffisamment développé. En agriculture conventionnelle, du glyphosate peut être appliqué au début puis être remplacé par un herbicide de contact.

Récolte et Conservation des Noisettes

Deux méthodes de récolte coexistent. La première consiste à cueillir les noisettes lorsqu'elles sont encore dans leur involucre mais que celui-ci commence à brunir. À ce stade, les fruits sont mûrs mais pas encore tombés. Cette récolte précoce présente l'avantage d'éviter la concurrence des écureuils, mulots et geais qui raffolent des noisettes. La seconde méthode, plus traditionnelle, attend la chute naturelle des fruits. On ramasse alors régulièrement les noisettes au sol, idéalement chaque jour pour éviter que l'humidité ne les fasse moisir et que les rongeurs ne les dérobent.

Le séchage constitue une étape cruciale pour la conservation. Les noisettes fraîchement récoltées contiennent encore 30 à 40 pour cent d'humidité. Étalées en couche mince dans un local aéré et sec, à l'abri du soleil direct, elles perdent progressivement leur eau. Les noisettes bien sèches se conservent facilement six mois à un an dans un endroit frais et sec, de préférence encore dans leur coque qui les protège de l'oxydation. Pour bien les conserver, on enlève les collerettes, mais on laisse les noisettes dans leur coque (on la cassera au dernier moment pour les manger), éventuellement stratifiées dans du sable bien sec ou de la sciure sèche en hiver.

Le Noisetier dans les Écosystèmes et la Permaculture

Vue aérienne d'une forêt comestible avec des noisetiers

Le noisetier est un champion méconnu de la permaculture en climat tempéré. Rustique, généreux, polyvalent et d'une facilité déconcertante à cultiver, il mérite une place de choix dans toute forêt comestible ou jardin agroforestier. Le noisetier s'inscrit merveilleusement dans le concept de guildes végétales, ces associations de plantes qui se soutiennent mutuellement. Au pied du noisetier, l'ombre légère créée par son feuillage permet la culture de nombreuses plantes de sous-bois. Les bulbes printaniers comme les narcisses, muscaris et perce-neige fleurissent avant le débourrement des feuilles, profitant de la lumière hivernale. Les plantes couvre-sol comestibles trouvent également leur place sous les noisetiers. La consoude de Russie constitue un excellent choix grâce à ses racines profondes qui remontent les nutriments et son feuillage riche en potasse qui, une fois coupé, constitue un paillage nutritif pour le noisetier. Les fraisiers des bois et fraisiers cultivés apprécient l'ombre légère et l'humidité préservée sous les noisetiers. Leur présence au sol limite l'érosion et crée une strate productive supplémentaire.

Sur le plan des arbres compagnons, le noisetier s'associe harmonieusement avec les arbres fruitiers à haute tige. Dans les vergers traditionnels, il occupait souvent les bordures et les zones intermédiaires. Sa floraison très précoce ne concurrence pas celle des pommiers ou poiriers qui fleurissent au printemps. L'association avec des légumineuses arbustives comme le cytise ou l'arbre de Judée enrichit encore le système. Ces plantes fixatrices d'azote améliorent la fertilité du sol au bénéfice de toutes les espèces environnantes. Astrid Bughin souligne qu'un arbuste qui produit des fruits délicieux pendant 80 ans, enrichit naturellement votre sol en azote, protège vos cultures du vent, nourrit les abeilles au sortir de l'hiver et vous fournit chaque année du bois idéal pour le paillage et les tuteurs est un végétal providentiel. Le noisetier vit en symbiose avec divers champignons dont la truffe.

Ennemis et Maladies du Noisetier

Illustration d'une noisette attaquée par le balanin

Le noisetier se révèle globalement peu sensible aux maladies et ravageurs, surtout lorsqu'il pousse dans des conditions naturelles au sein d'un écosystème diversifié. Cependant, quelques menaces existent :

  • Balanin des noisettes (Curculio nucum) : C'est le ravageur le plus redouté. Ce charançon pond ses œufs dans les jeunes noisettes en juin. La larve se développe en consommant l'intérieur du fruit, puis sort en perçant un trou dans la coque avant de s'enterrer pour se transformer en nymphe. Les « noisettes punaisées » ont une coque d’apparence normale, mais renferment un amandon déformé et non comestible (amertume et goût acide). Une manière d’empêcher sa prolifération est de récolter les noisettes tombées (celles infestées sont les premières à tomber) et de les brûler. Après la récolte, il est également possible d’injecter dans le sol une bouillie contenant des nématodes, parasites du balanin.

  • Phytopte (Phytoptus avellanae) : Ce petit acarien détériore les bourgeons, créant des galles qui finiront par tomber et ne donneront pas de branches ni de feuilles. Un moyen de lutte consiste à pulvériser du soufre sur les parties foliaires de l’arbre.

  • Pucerons : Ils colonisent parfois le jeune feuillage printanier, provoquant un recroquevillement des feuilles. Ces attaques restent généralement bénignes et se régulent naturellement avec l'arrivée des coccinelles et autres auxiliaires. Ce puceron est globuleux, de couleur vert pâle à légèrement rosé. Le dépistage de sa présence est assez difficile à réaliser car il se fond dans son environnement. Il colonise presque exclusivement les extrémités en train de se développer et les rameaux fructifères. Les organes végétaux qui sont attaqués par le puceron ne sont généralement pas déformés mais ils seront souillés par un abondant miellat qui favorise le développement de la fumagine.

  • Tenthrède du bouleau (Croesus septentrionalis) : Les feuilles sont rongées par les chenilles de cette tenthrède (tête noire, corps vert tacheté de noir). Elles vivent collectivement sur la tranche de la feuille.

  • Cigarier : Si vous trouvez une feuille de noisetier à demi-enroulée, c'est l'œuvre d'un charançon : le cigarier (rouge ; 4-7 mm) qui y dépose 1 à 3 œufs.

  • Anthracnose (Sphaceloma coryli) : C'est une des maladies du noisetier les plus courantes, due au champignon Sphaceloma coryli. Elle se développe très vite et affaiblit la plante qui ne produit plus correctement. On peut l’observer sur les tiges et les feuilles sous forme de grandes taches beiges à brunes, presque translucides avec des bords jaunes à pourpre. Les taches sont couvertes de gouttes orangées d’une sorte de mucus qui contiennent les spores du champignon. Cette maladie est reconnaissable par des taches sur les fruits couleur fauve. Sur les feuilles, on voit des taches jaunâtres se recouvrant par la suite d'un feutrage blanchâtre. En fin de saison, on remarque des ponctuations noires disséminées au niveau des taches. C’est un champignon qui se propage plus facilement dans les cas de blessure, notamment à cause des piqûres de Balanin. Il survit ensuite dans les bourgeons dormants. Sur les jeunes fruits, on observe des taches brunes qui se couvrent d’un feutrage gris. Il est possible d’agir préventivement en appliquant du cuivre pour prévenir de l’anthracnose en année humide.

  • Oïdium : Il peut blanchir le feuillage en fin d'été lors des années chaudes et sèches. Cette maladie affaiblit l'arbuste mais cause rarement des dégâts graves.

  • Pourridié : Ce champignon racinaire attaque parfois les sujets plantés sur d'anciennes souches infectées. Le dépérissement progressif de l'arbuste signale cette maladie pour laquelle il n'existe pas de traitement curatif.

  • Bactériose : L’infection causée par la bactériose est détectable sur les feuilles par de petites taches brunes huileuses qui sont entourées d’un halo vert tirant sur le jaune. Les lésions des feuilles finissent par se fondre vers leur extrémité. Si les coques des fruits sont touchées, la maladie se manifeste par l’apparition de taches brun foncé ou noires. La maladie provoque aussi des chancres mauves plus ou moins enfoncés qui peuvent encercler une branche et la faire mourir. Lors de fortes humidités, un liquide collant suinte des tissus infectés.

Actuellement, aucun produit phytosanitaire n’est homologué pour la culture du noisetier mais certains le seront certainement à l’avenir, autant pour l’agriculture conventionnelle que pour la biologique. Cependant, il est possible d’agir préventivement en employant par exemple des algues en application foliaire pour renforcer la plante face aux stress d’ensoleillement.

Propriétés et Usages de la Noisette

Infographie sur les bienfaits nutritionnels de la noisette

La noisette mérite largement sa réputation de super-aliment. Très nutritive (62 % d'huile, 15 % de protéines), la noisette est le plus riche de tous les oléagineux en lipides et protides. Sa valeur énergétique est supérieure à celle de la noix. Henri Ferdinand Van Heurck et Victor Guibert nous apprennent que les noisettes fournissent par expression plus de la moitié de leur poids d'une huile douce, agréable, un peu odorante très bonne à manger ; elle est plus légère que l'eau et n'est pas siccative. Elle sert à préparer des émulsions. Alfred Chabert confirme que la noisette, Corylus avellana, est le seul fruit sauvage qui soit récolté pour en tirer de l'huile. Dans certaines montagnes, à Pragondran par exemple, quelques paysans n'en consomment pas d'autres pendant l'hiver.

Bienfaits Nutritionnels

Avec environ 650 calories pour 100 grammes, les noisettes constituent une source d'énergie dense, principalement sous forme de lipides de haute qualité. Ces graisses sont majoritairement insaturées, particulièrement riches en acide oléique, le même acide gras bénéfique qui fait la réputation de l'huile d'olive. Les protéines représentent 15 pour cent du poids de la noisette sèche, un taux remarquable pour un fruit. Bien que ces protéines ne contiennent pas tous les acides aminés essentiels en proportions idéales, leur association avec des légumineuses ou des céréales permet d'obtenir un profil protéique complet.

Sur le plan des micronutriments, les noisettes brillent particulièrement. Elles figurent parmi les sources végétales les plus riches en vitamine E, puissant antioxydant qui protège nos cellules du stress oxydatif. Les noisettes apportent également des quantités significatives de vitamines du groupe B, notamment B6 et B9, essentielles au métabolisme énergétique et au système nerveux. La présence de fibres, à hauteur de 10 pour cent, favorise un bon transit intestinal et contribue à la satiété. La noisette contient également de la provitamine A, des vitamines B1 (facteur d'équilibre nerveux), B2 (facteur de croissance et d'utilisation nutritive), PP, C (cette dernière disparaît au séchage) et E, du magnésium (excellent pour lutter contre le stress) et autres sels minéraux, des tanins et des oligoéléments. Bien avant les barres énergétiques, l'homme se déplaçait avec ce garde-manger minuscule dans ses poches.

Utilisations en Phytothérapie et Médecine Traditionnelle

Chez le noisetier, toutes les parties ont des applications médicinales.

  • Feuilles, écorce et graines sont récoltées. Les feuilles sont arrachées manuellement de mai à juin par temps sec, l'écorce est prélevée au printemps (fin mars) sur les rameaux jeunes. Toutes ces parties sont séchées sur des claies, exposées à un courant d'air.
  • Les feuilles ont des effets vasoconstricteurs (excellent tonique veineux), cicatrisants, dépuratifs et astringents grâce aux tanins et aux dérivés flavoniques qu'elles contiennent. Elles sont employées pour la préparation de tisanes diurétiques, pour les soins des varices et des troubles circulatoires ; extérieurement pour des bains soulageant les hémorroïdes et les lavages des plaies suppurantes.
  • Les chatons sont sudorifiques.
  • Les graines et l'huile ont des propriétés vermifuges. On a retiré du bois une huile empyreumatique qui est odontalgique et vermifuge à la dose de quelques gouttes. L'écorce passe pour fébrifuge. Le pollen a été préconisé contre l'épilepsie.
  • L'huile de noisette renferme 85% d'acides gras insaturés (très efficace pour soigner les irritations des peaux sèches et sensibles afin de retrouver souplesse et élasticité, notamment la peau du visage). Plus fluide que l'huile d'amande douce, elle pénètre rapidement et profondément la peau et agit sur les rides. Elle est astringente et elle ferme les pores de la peau.

Usages Culinaires

La noisette fraîche est nutritive, d'un goût fin et agréable. La noisette est souvent incorporée au chocolat au lait. Les noisettes sont déconseillées aux hypertendus (car elles font monter un peu la tension). Attention : elles rancissent vite et leur digestion est alors assez pesante. Pour bien les assimiler, il faut bien mâcher (ou les piler) les noisettes. Elles se prêtent à un grand nombre de fantaisies culinaires. Simplement concassée ou pilée, elle peut accompagner aussi bien les plats sucrés que les plats salés.

  • Noisettes grillées : Les noisettes grillées sur une plaque régulièrement secouée (pour les tourner) dans un four à 180° (jusqu'à ce qu'elles soient dorées) sont non seulement plus parfumées, mais sont aussi le plus digeste et le plus savoureux des oléagineux.
  • Sauces : L'une des plus célèbres sauces espagnoles (la salsa romesco) est un mélange de noisettes grillées et pilées avec tomate, ail, poivron, pain et huile.
  • Spécialités : Tout un lot de spécialités est basé sur les noisettes (muesli). Les confiseurs en font des dragées.
  • Pâtisserie : En Suisse, le fond du moule est tapissé de noisettes pilées avant d'y mettre la pâte à tarte aux fruits. En Hongrie, le gâteau lui-même serait fait à partir de la farine de noisettes !
  • Assaisonnement : Original ! Un assaisonnement piquant aux chatons mâles (ils n'ont aucun goût, mais ils sont riches en protéines).

Pour fabriquer de l'huile de noisette maison (60% d'acides gras monoinsaturés), réduire en fine poudre les noisettes au mixer. Puis, éventuellement chauffer quelques instants à 60° pour éliminer l'humidité. Mettre la poudre dans un torchon qu'il faudra torsader avec beaucoup d'énergie aux deux extrémités pour en extraire l'huile. Naturellement, le mieux est de pouvoir utiliser une presse montant à 150 bars ! Laisser décanter une semaine. Filtrer ensuite sur un buvard. Cette huile nutritive ne doit pas être chauffée. On l'utilisera à froid, pour confectionner des vinaigrettes par exemple.

Le Noisetier dans les Croyances et Symboliques

Dessin d'une baguette de sourcier en noisetier

Le noisetier est un arbre riche en symboles et croyances à travers les âges. Pour les Celtes, le noisetier est symbole de vie, de fertilité et il est associé à l'éloignement des mauvais esprits. Sainte-Hildegarde, elle-même, recommandait de manger des noisettes pour lutter contre l'impuissance ! Bien que de petite taille, le fruit est devenu l'étalon des quantités minimes, surtout quand le produit est précieux ou efficace. Le goût de cette même noisette est la référence la plus éminente quand on veut donner d'un aliment la louange la plus flatteuse. Que signifie un beurre, une poire, un vin au goût de "noisette" ? Il symbolise l'enseignement secret dont seuls les initiés sont dignes, la noisette étant le savoir contenu.

Symboles de Fertilité et de Luxure

Avec son air innocent et bien sage, qui se douterait que la symbolique du noisetier est celle d'un arbre de débauche, de luxure et de fécondité. Cela provient probablement d'un certain nombre de caractéristiques de la noisette qui ont frappé les populations primitives : pleine, enfermée et défendue par sa coque dans laquelle on l'entend bouger, résultat d'une gestation mystérieuse pour nos ancêtres, ce petit monde clos ne pouvait que susciter des rêveries d'intimité. La noisette ronde, dans sa double enveloppe, rappelle l’enfant dans le ventre de sa mère, d’où son lien avec la fécondité. Fin mai, les fruits sont bien visibles, serrés les uns contre les autres (on peut en trouver jusqu'à cinq ensemble : c'est peut-être là l'origine du symbole de la fertilité !)

Dans le langage argotique et paillard, LA noisette désigne le clitoris et LES noisettes les testicules. Et casser les noisettes est une métaphore de l'acte amoureux ! D'où l'expression : "Années de noisettes, années de bâtards" : les filles s'en vont au bois avec leur galant pour ramasser des noisettes, mais elles ne peuvent cacher neuf mois plus tard que leur activité n'a pas été uniquement celle avouée ! d'où l'expression : "Elle a croqué la noisette !". Un grand nombre de coutumes nuptiales et prénuptiales consistent à offrir des noisettes qui font parfois partie des grains, symbole d’abondance, que les invités lancent à la sortie de l’église sur les mariés. En Bretagne, on pose des noisettes près de la couche des nouveaux époux. On dit aussi que le garçon qui se marie une année où la récolte de noisettes est abondante aura beaucoup d’enfants (Basse-Bretagne).

Baguette de Sourcier et Pouvoirs Magiques

Le noisetier a joué un certain rôle au temps où florissait la magie ; ses jets flexibles s'appelaient baguettes divinatoires. Jadis, Apollon avait une baguette de noisetier capable de réconcilier les pires adversaires. Adolphe de Chesnel rapporte que la baguette divinatoire, faite avec une de ses branches les plus légères, et que les charlatans appelaient encore caducée, verge d'Aaron, bâton de Jacob ; puis verge luisante, ardente, transcendante, tremblante, etc. Cette baguette devait tourner d'elle-même dans la main, pour indiquer des sources cachées, des trésors, des mines, etc. La baguette du noisetier, quand elle se cabre entre les mains d'un sourcier, indique la présence de l'eau aussi bien et parfois mieux que n'importe quelle étude géologique. Les fourches à deux branches servent de fourches pour faner ou de tressaillantes baguettes de détection aux sourciers (et les radiesthésistes) - il n'y a pas loin du sourcier au sorcier ! On lui a aussi prêté maintes qualités divinatoires et autant de vertus contre l'impuissance, la calvitie, les ensorcellements, les luxations, les fractures, la phtisie, l'épilepsie… Aucune de ces propriétés traditionnelles n'a été confirmée.

Selon Marie-Charlotte Delmas, le noisetier fleurit à toutes les fêtes de la Vierge, mère du Christ, selon une légende relevée en Ille-et-Vilaine et en Loire-Atlantique. Le matin de la Saint-Jean, avant le lever du soleil, les bergers de la Vienne coupent des branches de noisetier dont ils font brûler les feuilles dans le feu traditionnel. Ils conservent les verges dont ils touchent chaque bête de l’étable neuf jours durant afin de faire prospérer les troupeaux. Pour que la vache que l’on a menée au taureau soit féconde, il faut lui frapper trois fois le flanc avec une baguette de noisetier (Orne).

Parmi les pouvoirs magiques qu'on attribuait autrefois au noisetier, il y a celui d'éviter de devenir cocu dans l'année. Sébillot rapporte que, pendant la nuit de Noël, une branche se change en or le temps des coups de minuit.

Le Bois de Noisetier : Un Matériau Polyvalent

Outre ses fruits, le noisetier se révèle un producteur prolifique de biomasse utilisable de multiples façons. Son bois est blanc, d'un grain égal, moyennement dur et lourd. Jadis, les tourneurs en ont fait des étuis, des boîtes, des gobelets… C'est un bon bois de chauffage.

Le noisetier drageonne naturellement, émettant de nouvelles tiges depuis sa souche. Cette caractéristique, parfois perçue comme un défaut, devient un atout lorsqu'on la gère intelligemment. La technique traditionnelle consiste à gérer le noisetier en cépée, c'est-à-dire à laisser se développer plusieurs troncs depuis la base. Chaque année ou tous les deux ans, on supprime les tiges les plus anciennes, généralement celles de plus de 7 à 8 ans qui produisent moins. Les tiges récoltées trouvent de nombreux usages. Les plus droites et vigoureuses, d'un à deux centimètres de diamètre, constituent d'excellents tuteurs pour les tomates, haricots à rames et autres plantes grimpantes. Leur durabilité naturelle permet plusieurs années d'utilisation. Le bois de noisetier possède également une excellente valeur calorifique une fois sec. Les branches plus grosses, d'un diamètre supérieur à 5 centimètres, peuvent être débitées pour le chauffage. Les amateurs de vannerie trouvent dans le noisetier un matériau de choix. Ses tiges droites et flexibles, particulièrement celles issues de rejets vigoureux, permettent de réaliser paniers, claies et autres objets tressés. Jadis, il existait une vannerie de noisetier. Même les déchets de taille trouvent leur utilité. Broyés finement, ils constituent un excellent paillage qui se décompose lentement en enrichissant le sol. Cette gestion en têtard ou en cépée présente un autre avantage considérable : elle maintient l'arbuste dans une taille gérable, facilitant la récolte des noisettes et l'entretien général. Quant les principales tiges cessent de grandir, les noisetiers produisent des rejets et des drageons non loin des pieds. Nous utilisons ces derniers comme gaule de canne à pêche et comme tuteur au jardin de la biodiversité de Mérignac. Ceux de dix ans servent de pieux pour guider les vignes.

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