L’Art du Palissage : Maîtriser le Fruitier Très Productif

La création et l’entretien d’un verger palissé relève à la fois de principes techniques et de savoir-faire particuliers. Le verger se dessine au fil des années. L’arboriculteur se doit d’être patient et très observateur. Au fil du temps, vous pourrez suivre article après article l’évolution de nos fruitiers palissés. Les fruitiers palissés permettent de transformer n’importe quel mur en jardin vertical ou de composer des clôtures verdoyantes, en donnant un cachet particulier aux petits comme aux grands jardins. Retrouver les bonnes saveurs d’autrefois, rendre attrayant un mur sans grâce, compartimenter un jardin de façon élégante, voilà quelques atouts des arbres fruitiers palissés.

Comprendre la structure : Charpentières et Coursonnes

Un arbre palissé comporte deux types de branches : les branches dites charpentières, et les coursonnes. Les charpentières donnent la structure de l’arbre (palmette, drapeau marchand). On les forme pendant la jeunesse de l’arbre, on va les laisser s’étendre mais en conservant la forme initiale. De petites branches vont prendre naissance sur les charpentières. On leur donne le nom de coursonnes. Elles vont porter les fruits. Par la taille et le palissage on va les répartir sur l’arbre de manière à avoir des fruits partout et non uniquement au bout des branches. Comme la sève élaborée descend par gravité, on va orienter les coursonnes d’un angle d’environ 45° pour ralentir la descente de cette sève et faciliter sa diffusion dans toutes les parties de l’arbre, les plus basses y compris. Les arbres fruitiers palissés quelle que soit leur forme finale, ont pour caractéristiques de comporter des branches charpentières sur un même plan qui vont porter des coursonnes bien réparties.

Schéma explicatif de la structure d'un arbre palissé montrant les branches charpentières et les coursonnes

La physiologie de l’arbre : Dominance apicale et circulation de la sève

Comment un arbre grandit-il ? Un arbre grandit par l’extrémité de ses branches, selon un schéma répétitif : un bourgeon, un bout de tige, une feuille, un bourgeon,… Seul le bourgeon au point le plus haut (donc souvent au bout) de la branche se développe, les autres ne reproduisent pas ce schéma : ils sont latents. Ce bourgeon qui se développe est appelé bourgeon apical. La tige qu’il va produire va permettre à l’arbre de capter la lumière solaire indispensable à la photosynthèse. Les arbres sont sensibles à la gravité, et à l’intérieur de l’arbre il s’établit un système de communication pour désigner le bourgeon apical (celui qui va faire de la pousse) et donner l’ordre aux autres bourgeons de rester en sommeil : c’est la dominance apicale.

Un arbre pour vivre a besoin d’eau, d’azote, de carbone et de quantité d’autres nutriments. L’azote et les nutriments minéraux se trouvent dans le sol et sont absorbés par les racines grâce à leur interaction avec champignons et bactéries. Le carbone est puisé dans l’air, grâce aux rayons du soleil, via le phénomène de photosynthèse. La sève brute véhicule l’eau, l’azote et autres nutriments puisés dans le sol. Elle part des racines vers le haut de l’arbre et circule dans le cœur des branches grâce à un phénomène de pression, les racines agissant un peu comme une pompe. La sève élaborée transporte entre autres les sucres fabriqués grâce à la photosynthèse. Elle se déplace dans un réseau situé sous l’écorce fine, distinct de celui de la sève brute. Elle se diffuse dans les organes de l’arbre par gravité. Ces derniers se servent au passage : plus on est en bas de l’arbre et moins la sève est riche en sucres. Ce qui explique que les fruits, qui ont besoin de ce sucre, vont se développer dans les parties hautes de l’arbre.

La sève brute et la sève élaborée

Le compromis entre croissance et fructification

Les bourgeons à fruit sont différents des bourgeons qui vont faire du bois. Ils apparaissent sur le bois anciens, mais pas très loin de la zone de pousse. Sur un arbre qui se développe librement on constate que les fruits se forment plutôt vers le haut, sur le dernier tiers de la branche environ. C’est entre autres pour permettre aux fruits de se développer à portée de main que l’on palisse les fruitiers. Le palissage tente de trouver un compromis entre respecter le besoin vital de pousse de l’arbre et le besoin humain d’avoir des fruits. A l’approche de l’hiver, la sève élaborée permet de stocker dans les racines des nutriments qui permettront la reprise printanière. La taille en vert, qui a lieu en été, permet elle aussi de drainer la sève vers les zones de production de fruits plutôt que vers les zones de production de feuilles et de bois.

Précautions et entretien : La fragilité du système

Le palissage est une technique qui fragilise les arbres puisqu’on limite leur développement. Le système racinaire est moins profond et rend l’arbre plus vulnérable à la sécheresse. Les tailles répétées sont autant de portes d’entrées pour les maladies. Si l’on veut prolonger au maximum la durée de vie de ces arbres, quelques précautions s’imposent. L’arrosage, surtout en période de sécheresse, est crucial : trop d’eau empêche l’oxygène d’aller dans les racines. Il se produit alors une asphyxie racinaire, les racines ne peuvent pas se développer ni absorber correctement les minéraux et l’azote du sol et les feuilles jaunissent par manque de nourriture. Il faut certes un sol humide mais aussi un sol qui respire : un bon couvert végétal avec une bonne vie microbienne qui crée des poches d’air ; et laisser sécher entre deux arrosages. Toute taille produit une ouverture par laquelle la sève peut s’écouler et les maladies pénétrer dans l’arbre : il vaut mieux tailler souvent et tailler de petites sections.

Les formes palissées : Diversité et esthétique

Il existe plus de deux cents formes palissées, dont les principales sont : le U simple, le U double, la palmette Verrier, la palmette oblique, le cordon à un bras, le cordon à deux bras, la forme colonnaire. Le U simple est idéal pour les petits jardins. La technique de la palmette double U consiste à faire pousser à la verticale jusqu’à 3 m de hauteur environ, côte à côte, 4 branches charpentières espacées de 25 à 30 cm les unes des autres. Familièrement nommée « un U dans un U », la palmette verrier est particulièrement décorative. La technique du cordon vise à palisser chaque branche charpentière à l’horizontale, sur un fil tendu, à une cinquantaine de centimètres du sol.

Infographie illustrant les différentes formes de palissage (U simple, U double, Palmette Verrier, Cordon)

Plantation et mise en place

La plantation d’un arbre fruitier palissé ne diffère pas de celle d’un fruitier dans le verger. Il convient de creuser un trou de plantation suffisamment vaste (40 à 50 cm de diamètre), en fonction des besoins de la plante. Au fond du trou, la terre doit être ameublie, de manière à ce que les racines puissent bien s’ancrer dans le sol, au contact d’une terre meuble et filtrante. L’ajout de terreau à la terre de jardin, au moment de planter l’arbre fruitier palissé, fera du bien à la plante et optimisera sa reprise. Pour des fruitiers en contre-espaliers, préférez une orientation nord-sud afin de bénéficier d’une luminosité maximale. Installez le système de palissage : poteaux et câbles positionnés à la hauteur des branches horizontales des palmettes ; câbles fixés solidement sur le mur en respectant 20 cm d’éloignement pour favoriser une bonne aération.

Espèces adaptées au palissage

Si les fruitiers à pépins, pommiers et poiriers, sont des classiques du palissage, quelques autres espèces se prêtent également à cette technique. Le pommier est très rustique et propose de nombreuses formes. Les poiriers offrent également une belle floraison printanière blanche. Les pêchers sont disponibles en palmette oblique ou en palmette U, avec une belle et précoce floraison printanière rose tendre. Les cerisiers sont disponibles en palmette oblique. Le mur permet de réfléchir la lumière et retient la chaleur la nuit. Ces deux paramètres permettent à un arbre en espalier de croître dans un climat froid où un arbre « normal » ne pourrait pas survivre.

La taille : Un savoir-faire exigeant

L’hiver qui suit la plantation, renforcez la charpente de votre sujet palissé en taillant les prolongements des rameaux. Respectez le principe de raccourcir de 2/3 les rameaux verticaux et de 1/3 les horizontaux. La taille hivernale des fruitiers à pépins est utile pour encourager leur fructification. Elle est dite trigemme, elle se déroule sur trois ans : la coupe au-dessus du 3e œil d’un rameau va générer la formation d’un dard qui deviendra un bouton à fleurs la troisième année. La taille en vert, qui concerne les rameaux de l’année, a lieu fin juin, début juillet. En raccourcissant ces rameaux, elle permet de rapprocher les bourgeons à fruit des charpentières et de limiter le développement du bois « inutile ». Avant de placer un sécateur sur une branche, il faut savoir d’avance, pourquoi je veux la couper et quelle en sera la conséquence. C’est ainsi qu’on va arriver à former un arbre fruitier.

Schéma détaillant la taille trigemme (coupe au-dessus du 3e œil)

Les avantages du fruitier palissé

Les fruitiers palissés présentent de nombreux avantages : leur faible encombrement qui permet de les accueillir dans un espace réduit, leur fructification dès l’année qui suit la plantation, une récolte à portée de main de fruits goûteux qui ont bénéficié d’un ensoleillement maximal, et leur fort potentiel décoratif. L’espacement des branches permet une très bonne circulation de l’air et de la lumière autour des fruits, ce qui limite la persistance de l’humidité et augmente la résistance aux maladies. Les fruitiers palissés permettent de transformer n’importe quel mur en jardin vertical ou de composer des clôtures verdoyantes. La culture en espalier est également une solution idéale pour cultiver arbres fruitiers et petits fruits dans des espaces restreints comme une terrasse ou un balcon, car ces fruitiers se cultivent très bien en pot. Enfin, la forme palissée rend la taille, les traitements et la récolte beaucoup plus accessibles.

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