Optimisation de la fertilisation : Stratégies et dosages par culture

Calculer le bon dosage d’épandage pour votre exploitation est important à la fois pour l’efficacité de votre épandage sur la culture et son optimisation en termes de coûts et de temps. La culture constante de cultures, sans application supplémentaire de nutriments au sol, épuise ses sources naturelles et affecte les rendements.

Schéma illustrant le cycle des nutriments dans le sol et l'absorption racinaire

I. Comprendre les types d'engrais et leur composition

Les dosages vont dépendre du type d’engrais utilisé. Il est absolument nécessaire de connaître la composition de l’engrais, qu’il soit d’origine végétale, animale ou industrielle.

Les solutions azotées et soufrées

  1. La solution Azotée UAN : Solution de nitrate, d’ammonium et d’urée. Elle est constituée à 50 % d’azote sous forme uréique N, et à 25 % respectivement de nitrate et d’ammonium. Le nitrate et l’ammonium sont absorbés directement par les racines et les feuilles, mais l’Urée N ne l’est que plus tard, après plusieurs jours.
  2. Le Sulfate d’ammonium liquide : Il présente une teneur en soufre élevée, contenant en règle générale au moins 22 % de soufre soluble dans l’eau.
  3. Le Thiosulfate d’ammonium liquide : Il assure une libération progressive de sulfate. L’incorporation de thiosulfate ralentit le processus de nitrification et limite ainsi les pertes d’azote au printemps. Le Thiosulfate joue sur la réaction d’hydrolyse de l’urée et limite sa transformation en ammoniac et en CO2, agissant comme un inhibiteur d’uréase.

Les solutions NPK et engrais organiques

Une solution NPK contient N (azote), P (phosphore) et K (potassium). Selon les fabricants, les dosages peuvent varier. Pour calculer la quantité d’élément, on cherche sur un tableau, en fonction de ce que contient déjà le sol, pour déduire la quantité à apporter en Unités (Kg par hectare).

Il faut tordre le cou à une vieille croyance, qui dit qu’un engrais estampillé « bio » est forcément moins nocif qu’un engrais dit « chimique ». 10 Kg de fumier frais par m² pollueront toujours plus les sols que 2 grammes d’ammonitrate sur la même surface.

Décryptage d'étiquette d'engrais | NPK et oligo-éléments, à quoi servent-ils ?

II. Stratégies de fertilisation selon les cultures

La dose d’azote apportée est fonction de l’objectif de rendement mais dépend aussi fortement de la culture.

Le blé et les céréales à paille

Le raisonnement de la fertilisation azotée du blé doit intégrer trois critères : la dose totale, le fractionnement et la forme de l’engrais. La dose totale à apporter est calculée selon la méthode du bilan prévisionnel. Elle correspond à la différence entre les besoins de la plante et les fournitures du sol en azote.

Le fractionnement en trois apports est la stratégie la plus efficace :

  • Premier apport (tallage/sortie d'hiver) : limité généralement à 40 kg N/ha pour maintenir l’alimentation.
  • Deuxième apport (début montaison) : une dose pivot de 80 kg N/ha à épi 1 cm est un minimum.
  • Troisième apport (2 nœuds à gonflement) : 40 à 80 unités pour poursuivre la production de grains et augmenter la teneur en protéines.

Le colza

Pour la culture du colza, les dosages se situent entre 180 et 220 unités d’azote par hectare en deux apports. Le soufre participe à la formation de la chlorophylle dans les feuilles, il est donc indispensable d’en apporter dès la sortie de l’hiver sur les cultures exigeantes.

III. Critères d'influence sur les dosages

Le calcul de quantité d’engrais à utiliser est assez simple, mais il ne faut pas prendre ces règles d’arithmétique à la légère.

Outils et précision

Le dosage va être influencé par vos outils de travail. Selon la précision de l’outil d’épandage, votre dosage sera plus ou moins précis. Les épandeurs à rampe avec des coupures de tronçon multiples permettent d’épandre très précisément le long des bordures, contrairement aux apports solides qui sont beaucoup moins précis. Pour l’agriculture dite de précision, existent les capteurs N Sensor.

Environnement et réglementation

Les quantités d’engrais autorisées dépendent directement de la parcelle et de sa destination (zone vulnérable ou non). En zone vulnérable, la quantité moyenne d’azote organique apportée par hectare de l’ensemble de l’exploitation ne peut dépasser 170 kg/ha.

Carte des zones vulnérables et règles d'épandage

IV. Approche en Agriculture de Conservation des Sols (ACS)

Un sol non travaillé et toujours couvert a un fonctionnement très différent. Les trois piliers de l’ACS (non travail du sol, sol toujours couvert, diversité des cultures) impactent le fonctionnement du sol.

En ACS, les agriculteurs laissent des résidus au sol. Les bactéries et autres microorganismes vont mobiliser de l’azote pour décomposer ces résidus (environ 30 à 50 kg d’azote pour 5 tonnes de paille). Par conséquent, les apports d’azote doivent être précoces. Les apports en végétation doivent avoir lieu plus tôt qu’en conventionnel (d’environ 2 semaines).

La localisation de la fertilisation autour de la ligne de semis permet d’augmenter significativement la fertilité au niveau des racines des cultures sans avoir à augmenter les apports.

V. Fertilisation au potager : La méthode de la poignée

Si vous êtes un jardinier qui ne souhaite pas se lancer dans de grands calculs, retenez qu’une poignée au mètre carré suffit pour couvrir à peu près les besoins de votre culture.

  • Azote : Pour la tomate, qui demande environ 20 grammes par mètre carré, une petite poignée d’engrais organique suffit.
  • Potasse et phosphore : C’est un peu plus délicat. Les légumes racines apprécieront des apports riches en potasse comme la cendre, et les légumes feuilles apprécieront des apports azotés comme l’urine ou le sang.

En maîtrisant cet ordre de grandeur de poignée plutôt que de pelletée, vous ne risquez aucun excès.

VI. Dynamique des nutriments dans le sol

La forme amide est l’effet le plus prolongé de l’azote dans le sol. Ce processus dépend de la température, de l’humidité et des micro-organismes présents dans le sol.

Phosphore et Potassium

Le phosphore disponible est la partie du phosphore total qui peut être absorbée par les plantes pendant la saison de croissance. Sur les sols acides, caractérisés par une forte fixation du phosphore, l’application de phosphore soluble dans l’eau à l’avance, avant le semis, entraînera une diminution significative du coefficient de son utilisation.

Le potassium échangeable est lié par les colloïdes du sol. Si les plantes ont absorbé tout le potassium de la solution du sol, celle-ci est reconstituée avec de nouveaux apports de ce nutriment, qui proviennent des colloïdes.

Nutrition foliaire

La nutrition foliaire permet d’ajuster les éléments de la plante pendant que les éléments du sol sont temporairement indisponibles. Les doses d’engrais foliaires sont inférieures aux engrais pour le système racinaire. À des concentrations supérieures à 0,2 %, la capacité d’absorption de l’eau et des nutriments de la plante ralentit fortement, ce qui entraîne une perte de turgescence. Il est important de se rappeler que le dépassement des doses d’engrais peut entraîner une pollution de l’environnement et une diminution de la qualité du produit.

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