La Clématite Sauvage : Une Beauté Rustique à Domicile et dans nos Campagnes

Les clématites sont des plantes très attachantes, et pas seulement pour leur côté volubile ! Elles séduisent par leur floraison généreuse, leurs coloris profonds et variés, et leurs fleurs somptueuses, parfois même parfumées. Leur succès n’a rien d’usurpé. Il est intéressant de noter que ces belles grimpantes à l’aspect exotique sont, pour nombre d’entre elles, issues de simples plantes de nos campagnes. Pas moins de six espèces de clématites sauvages se rencontrent en effet en France.

Illustration de diverses espèces de clématites sauvages en France

La Clématite des Haies : La Force de la Nature

La plus commune des espèces sauvages en France est la Clématite des Haies, connue scientifiquement sous le nom de Clematis vitalba. Elle est également appelée "clématite vigne-blanche", "herbe aux gueux", ou encore "bois de pipe" ou "herbe à fumer". Ce dernier surnom vient du fait que son bois poreux pouvait être fumé, bien qu’il provoque dans la bouche d’insupportables irritations.

L'Origine du Surnom "Herbe aux Gueux"

Le surnom "herbe aux gueux" trouve son origine au Moyen Âge. À cette époque, les mendiants se frottaient avec ce végétal caustique pour simuler des plaies ulcéreuses. Ces blessures apparentes suscitaient la pitié des passants, entraînant l’octroi de quelques piécettes. En effet, la clématite libère une substance, la protoanémonine, qui présente des effets irritants, rubéfiants (dilatant les capillaires sanguins) et vésicants (produisant des vésicules, des gonflements sur la peau).

Caractéristiques Botaniques et Croissance

La Clématite des Haies s’affiche comme une liane caduque pleine de vigueur, dont la fructification la rend très reconnaissable en hiver. Ses fruits sont des akènes, des fruits secs qui restent fermés et contiennent une seule graine, prolongés par une queue plumeuse. Groupés, ils forment des cocons blancs argentés, très plumeux et légers, qui persistent sur la plante tout au long de l’hiver avant d’être dispersés par le vent.

Les feuilles, opposées, sont composées de 3 à 7 folioles en forme de cœurs allongés. Leurs pétioles sont volubiles et se vrillent, permettant à la plante de s’accrocher à divers supports comme un arbre, un grillage, une arche, ou une haie. La floraison estivale (de juin à août), de couleur blanc-vert, est typique des clématites, avec un grand nombre d’étamines longues et hérissées entourées par des pétales recourbées, qui sont en réalité le calice.

La Clématite des Haies vit longtemps, entre 25 et 30 ans, et sa croissance est rapide. C’est pourquoi les lianes formées par cette clématite sauvage s’étendent considérablement, pouvant atteindre jusqu’à 25 mètres, voire 30 mètres dans des conditions idéales. Elles se ramifient en de nombreuses tiges latérales cannelées. Tout d’abord souples et vertes, les lianes se lignifient progressivement. Elles restent cependant assez souples pour pouvoir être travaillées et sont pour cette raison parfois utilisées en vannerie. L’écorce de ces lianes, lisse dans sa jeunesse, se détache ensuite en longues lanières. Cette écorce qui se détache en longues lanières est une caractéristique typique de cette liane pérenne.

Gros plan sur les akènes plumeux de la Clématite des Haies en hiver

Habitat et Écologie

Cette espèce de clématite sauvage est très commune en France, comme dans toute la zone froide et tempérée de l’hémisphère nord. Elle s’épanouit dans les fourrés d’arbustes en pleine ou basse montagne, dans des milieux assez riches en nutriments, notamment en azote. Elle se plaît dans des sols relativement secs, caillouteux, ou bien argileux et limoneux. Elle aime le soleil bien que son pied soit généralement à l’ombre, une particularité qui favorise son développement optimal. On la trouve dans les forêts humides, les haies ensoleillées, les halliers, les bois clairs, les buissons, les prairies, et sur le tronc des arbres ou des arbustes. C'est une liane grimpante, vivace et pérenne, aux tiges flexibles, non creuses, ressemblant à des sarments (du grec Klêma = "sarment"). La clématite des haies est une plante bio-indicatrice qui révèle la présence d'azote dans le sol.

Attrait pour la Biodiversité et Utilisation Culinaire

La Clématite des Haies attire de nombreux insectes pollinisateurs et nectarifères : papillons (dont la laventie des clématites), bourdons et autres abeilles se pressent autour de ses cymes fleuries, tout comme les perce-oreilles, certaines mouches, et des coléoptères. C'est une plante mellifère qui favorise la biodiversité.

La clématite sauvage est comestible. On en cueille les toutes jeunes extrémités au printemps pour les faire cuire comme des asperges. Il est important qu’elles soient jeunes car elles sont bien moins irritantes.

Toxicité et Utilisations Médicinales Traditionnelles

La Clématite des Haies renferme de la protoanémonine, ainsi que des alcaloïdes et des saponosides triterpéniques, mais en plus faibles quantités. Ces substances confèrent à la plante ses propriétés irritantes. Les intoxications humaines sont très rares et plus occasionnelles chez les animaux. Dans le foin, ces plantes sont inoffensives car la protoanémonine se transforme en séchant en dimère d'anémonine, dépourvu d'effet toxique.

En cas de contact direct, toutes les parties de la plante renferment un suc irritant, rubéfiant et vésicant qui peut engendrer la formation de vésicules, voire de pustules. Dans la bouche, on observe une stomatite avec des brûlures localisées, voire des ulcérations. Des troubles digestifs, dus à l'irritation locale, peuvent apparaître et se manifester par des colites et des diarrhées. Des troubles neurologiques, des paralysies et des néphrites peuvent parfois être observés. Autrefois, l'alcoolature de clématite était utilisée en friction comme anti-rhumatismal, voire dans les névralgies localisées. La clématite des bois est utilisée en usage externe en tant qu'analgésique, pour calmer les contusions et les douleurs rhumatismales.

La clématite blanche : une liane de chez nous !

La Clématite des Haies au Jardin

La clématite vigne-blanche s’invite souvent au jardin lorsqu’elle y trouve les bonnes conditions, notamment s’il s’agit d’un jardin naturel qui se veut riche en biodiversité. Cependant, il est important de contrôler son expansion, car elle peut vite devenir envahissante. Si elle est mêlée à un autre végétal, elle peut l’empêcher de respirer et de se développer. Un jardinier a pu constater le culot de cette Clematis vitalba qui, après quinze jours de vacances estivales, avait crapahuté partout, conquis l’arbre de soie, étouffé les crocosmias et poussé de plusieurs mètres. Malgré des tailles quasi à la base, elle montrait chaque année une vigueur et une obstination impressionnantes.

Bien que très ornementale, cette clématite indigène est souvent délaissée au profit d'hybrides plus légers. Pour un développement optimal, il est conseillé de planter la grimpante seule. La clématite des haies adore les emplacements ensoleillés ou légèrement ombragés, se développant mieux lorsqu'elle est exposée au minimum 6 heures par jour à la lumière.

Lors de la plantation, creusez un trou deux fois plus grand que le pot de racines. Placez la plante dans le trou de manière à ce que le haut du pot soit au niveau du sol, puis remplissez le trou avec de la terre. Il est crucial que la base de la plante soit plus profonde que la motte, ce qui aidera la plante à pousser plus de tiges et à devenir plus épaisse. Privilégiez un emplacement au pied d'une pergola ou d'un grillage et assurez-vous de lui fournir un support solide pour lui permettre de s'accrocher, comme un treillis ou un mur.

La clématite est assez résistante une fois bien établie, mais un arrosage régulier est nécessaire. Il est inutile d'inonder ou de trop arroser la clématite, car la plante grimpante serait noyée et finirait par mourir. De plus, un sol trop mouillé favorise les maladies. Plutôt autonome, la vitalba n'a généralement pas besoin d'une fertilisation excessive. Une application une fois par an au début du printemps est suffisante.

Bouturer cette clématite sauvage est très facile : en juillet-août, récupérez des morceaux de tiges (entre 2 nœuds) que vous installerez dans du sable humide. En quelques semaines, vous obtiendrez de jolis petits plants que vous pourrez installer au printemps suivant. Si la Clematis vitalba a pris trop d'ampleur ou étouffe certaines plantes, il peut être pertinent de s'en débarrasser. Il faudra alors arracher la souche de la plante et bien retirer ses racines, sinon elle repartira.

Plant de Clématite des Haies grimpant sur un treillis de jardin

La Clématite Odorante : Parfum du Sud

La Clématite Odorante, Clematis flammula, pousse plutôt dans les régions méridionales de l’Europe, mais on la trouve également le long de la côte Atlantique, jusqu’en Bretagne, voire en Normandie dans les zones bien protégées. Elle pousse dans les haies et les buissons. Son nom "flammula", qui signifie "petite flamme", lui a été donné à cause du suc brûlant qu’elle sécrète. Elle est volubile, grimpant sur n’importe quel support auquel elle peut s’accrocher grâce à ses pétioles.

Ses feuilles sont divisées en 3, chaque partie étant composée de 13 folioles légèrement coriaces. Sa floraison tardive, entre mai et août, est très parfumée, groupée en cymes lâches de fleurs blanches dont les 5 sépales entourent des étamines hérissées.

La Clématite Odorante au Jardin

Cette clématite sauvage a été déclinée en variétés horticoles encore peu nombreuses mais très originales avec leurs longs sépales très écartés. Elle aime les climats doux car elle est frileuse et devra être protégée dans les régions aux hivers froids. Par contre, elle ne craint pas la sécheresse et les sols secs et pauvres. À la fin de l’hiver, vous pourrez rabattre ses rameaux à 30 centimètres du sol.

Clématite Odorante en pleine floraison, mettant en valeur ses fleurs blanches et son feuillage

La Clématite Dressée : L'Exception Non Grimpante

La Clématite Dressée, Clematis recta, tranche parmi ses cousines car elle n’est pas grimpante. Elle forme une touffe dressée d’environ 1 mètre de haut, au feuillage délicat. Ses feuilles opposées sont ovales et pointues, vert clair, composées de 2 à 3 paires de folioles. Sa floraison se produit entre mai et juillet. Elle est formée de cymes terminales de petites fleurs blanches très odorantes. Elle se trouve dans les clairières, les haies et lisières de sous-bois de basse altitude (moins de 1300 mètres), en sol léger et frais. Elle est spontanée dans toute l’Europe méridionale et centrale, jusqu’en Asie.

La Clématite Dressée au Jardin

Il existe une variété horticole répandue issue de cette clématite sauvage, Clematis recta ‘Purpurea’, qui affiche un feuillage pourpre à sa naissance, très décoratif. Elle peut être tuteurée pour soutenir ses tiges grêles ou bien la laisser au sol. Elle se plaira au soleil, dans un sol riche et frais. Il n’est pas nécessaire de tailler cette espèce.

Clématite Dressée 'Purpurea' avec son feuillage pourpre distinctif

La Clématite des Alpes : Beauté Montagnarde

La Clématite des Alpes, Clematis alpina, est également une liane, que l’on trouve uniquement dans les Alpes (entre 1000 et 2400 mètres) escaladant les arbres et arbustes. Elle est de taille modeste, entre 30 centimètres et 2 mètres. Ses fleurs solitaires à 4 longs sépales pendent telles des clochettes d’une teinte bleu clair parfois tirant sur le mauve. Elles apparaissent en début d’été.

La Clématite des Alpes au Jardin

La plus sauvageonne s’est acclimatée à des zones "civilisées", en l’occurrence nos jardins, après quelques sélections qui ont donné naissance à de belles variétés. Elle y fleurit précocement, dès la fin de l’hiver. Offrez-lui un sol drainé, du soleil, et un bon support sur lequel vous l’aiderez à s’accrocher au début. Une taille sévère des tiges de l’année précédente sera réalisée avant la reprise de végétation, en les rabattant à une vingtaine de centimètres du sol, au-dessus d’une paire d’yeux.

Clématite des Alpes en fleur, montrant ses clochettes bleues

La Clématite Cireuse : La Fleur d'Hiver

La Clématite Cireuse, Clematis cirrhosa, est une clématite qui fleurit en hiver. Cette liane montre un feuillage persistant, denté et luisant, qui grimpe dans les haies et buissons. Sa floraison est composée de petites fleurs solitaires en clochettes blanches dont l’intérieur est piqueté de pourpre. C’est une plante méditerranéenne, aimant le soleil et les sols rocailleux et secs des maquis.

La Clématite Cireuse au Jardin

C’est la fameuse "clématite de Noël", dont on peut trouver de nombreuses variétés à l’approche des fêtes, certaines étant même discrètement odorantes. Une fois en place, vous pourrez la tailler légèrement au printemps pour provoquer l’apparition de nouvelles ramifications et donc de nouvelles branches fleuries.

Clématite Cireuse en floraison hivernale, mettant en avant ses fleurs en clochettes

La Clématite Fausse-Vigne : La Bleue Italienne

La Clématite Fausse-Vigne, Clematis viticella, est aussi appelée "clématite italienne" ou "clématite bleue". Petit arbuste grimpant qui ne dépasse pas 4 mètres de hauteur, cette clématite sauvage bleue présente elle aussi des tiges cannelées qui deviennent ligneuses avec le temps. De grande longévité, environ 50 ans, la Clématite Fausse-Vigne possède des feuilles caduques composées de pennes ou de folioles irrégulièrement dentées. Elle fleurit en été, de petites fleurs bleu mauve à 4 sépales vrillés groupées en cymes bipares.

La Clématite Fausse-Vigne au Jardin

Cette espèce a beaucoup intéressé les horticulteurs et pépiniéristes, avec pour résultat de nombreux cultivars très variés en formes et en coloris, du blanc au pourpre en passant par toutes les nuances de rose et de mauve, des fleurs très simples aux clochettes ou aux fleurs très doubles. Très florifère, elle est de culture facile, idéale pour les débutants.

Clématite Fausse-Vigne avec ses fleurs bleu-mauve caractéristiques

La Magie des Clématites Sauvages

On y réfléchit peu souvent, mais ce sont des espèces spontanées qui ont donné naissance à toutes les merveilles que l’on peut installer dans nos jardins. Certaines se trouvent tout simplement dans nos champs et l’on a du mal à reconnaître en ces plantes toutes simples les variétés plus raffinées que l’on achète en jardinerie. Que ce soit les "boutons d’or", nos jolies renoncules, les "coucous", petites primevères pourtant assez proches des variétés horticoles, ou donc nos fascinantes clématites, l’homme n’a fait que révéler la magie dont elles étaient déjà empreintes. Visible au cœur de l’hiver grâce à ses pompons argentés semblables à de petites plumes, la clématite sauvage intrigue autant qu’elle fascine. Derrière son apparence délicate se cache pourtant une plante robuste, chargée d’histoires, de surnoms pittoresques et parfois… d’un potentiel envahissant.

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