
La permaculture, terme issu de la contraction des mots "permanent" et "agriculture", désigne une approche holistique pour une agriculture durable qui ne dégrade pas les sols. Formulée en Australie dans les années 1970 par Bill Mollison et David Holmgren, elle s'applique à l'ensemble des réalisations humaines, allant bien au-delà du simple jardinage. Ce concept représente une lueur d'espoir avec ses solutions écologiquement soutenables, économiquement viables et socialement équitables.
Le film "L'Éveil de la Permaculture", dont la musique originale a été composée par Robin Darlington, est une exploration cinématographique de cette philosophie. Le projet a fait l'objet d'une attention particulière, notamment avec une projection organisée le 9 août dans le cadre du Festival Atmosphères et de la REcyclerie, proposant 18 films du 18 juillet au 18 août 2018 dans le 18e arrondissement de Paris. Clément Fleith, co-auteur du film, s'est associé à ce projet, invitant le public à le soutenir.
Genèse et Inspiration du Film
L'aventure cinématographique de "L'Éveil de la Permaculture" a débuté à l'été 2014. Le narrateur du film a retrouvé son ami Clément Fleith dans l'Aude, lors d'une visite de la ferme d'un couple de permaculteurs. À cette époque, leurs trajectoires semblaient s'être éloignées : le narrateur travaillait à Paris comme technicien audiovisuel, tandis que Clément revenait d'un voyage en Australie où il avait pratiqué le wwoofing dans des fermes écologiques.
Quelques mois plus tard, ils ont vécu ensemble une expérience humaine très intense : un "cours de design en permaculture". Ces deux semaines d'apprentissage sur le fonctionnement des écosystèmes ont permis aux valeurs de partage et d'humanité de prendre tout leur sens. C'est pour mieux comprendre ce qui se jouait dans cet espace de réflexion et de liberté que le désir est né de parcourir le pays, de rencontrer des permaculteurs, des initiés et des apprentis afin de réaliser un film qui questionnerait notre relation à la terre et aux hommes.
Les personnes filmées, jour après jour, inventent et expérimentent des alternatives de vie. Sans forcément se connaître, elles cultivent des pratiques et des philosophies qui s'enrichissent mutuellement. Ce film cherche à montrer que chaque personne fait partie de la solution et que tout le monde peut être acteur du changement, révélant des alternatives concrètes qui offrent une autre perception de la réalité.
Principes Fondamentaux de la Permaculture
La permaculture est une philosophie de vie qui vise à reproduire un écosystème équilibré dans son potager, ou dans toute autre réalisation humaine, pour un jardinage durable. Elle repose sur plusieurs principes clés :
Le Respect du Sol et de la Vie
Un des piliers de la permaculture est l'arrêt de la préparation profonde du sol et l'abandon des engrais chimiques et des composts préparés. L'objectif est de ne pas dépendre de produits chimiques, privilégiant les processus naturels. En permaculture, une matière végétale est enfouie et se dégrade lentement. Cette matière est ensuite rendue soluble par l'eau de pluie et l'eau d'arrosage, offrant une nourriture progressive aux végétaux, au gré de leurs besoins et de leur capacité à s'alimenter. Cela diffère radicalement de l'épandage d'engrais solubles, où la plante absorbe ce qu'elle peut, avec le risque d'une overdose. Toute fertilisation excessive est perdue.

Il existe une volonté non polluante dans la permaculture qui n'est pas toujours suffisamment évoquée. C'est un aspect crucial aujourd'hui en raison de l'eutrophisation des bassins et des plans d'eau, une pollution bien plus agricole qu'horticole, mais néanmoins présente.
Le Rôle des Buttes et des Écosystèmes Équilibrés
En permaculture, les buttes servent à reproduire le cycle de la nature, en améliorant le sol pour les nouvelles plantes. Il existe plusieurs types de buttes, telles que la butte d’Emilia Hazelip, la butte sandwich de Robert Morez, la butte lasagne, ou encore la butte Hugelkultur de Sepp Holzer. Ces structures favorisent l'enrichissement du sol en matière organique et encouragent l'activité des insectes utiles.
Les interactions des plantes entre elles, y compris celles que l'on plante et celles qui viennent spontanément, doivent être respectées. Dans un potager permacole, il est possible d'accepter une très large partie du mouvement, une sorte de cacophonie apparente, avec l'arrivée de plantes non prévues se mélangeant à celles qui ont été plantées ou semées, en ne gardant que ce qui peut être utile. Par exemple, une plante peut servir d'accueil à un prédateur d'un parasite, ou être simplement ornementale, comme une euphorbe ou un pavot ayant besoin d'un sol remué pour germer. Ainsi, dans un terrain destiné aux aliments, il peut y avoir d'autres éléments que des aliments, sans gêner les plantes cultivées.
Dans un potager permacole, les lignes de légumes traditionnelles disparaissent au profit d'une figure mouvante. Ce changement est encore plus marqué en permaculture, où une multiplicité d'espèces interagissent, ne gênant pas la production, mais offrant un résultat paysager qui ne correspond pas à l'idée traditionnelle du potager en sillons, souvent perçue comme "militaire".
Le Jardin en Mouvement de Gilles Clément
Gilles Clément, une figure emblématique de la pensée du jardin, développe le concept du "jardin en mouvement". Ce principe n'est pas "contre la nature". Un de ses aspects particuliers est le déplacement physique des plantes sur le terrain. Beaucoup de plantes annuelles et bisannuelles ont un cycle court et meurent après avoir fait leurs graines, se ressemant alors ailleurs. Bien que cela ne concerne pas la majorité des plantes cultivées dans un potager, la philosophie "faire avec et non contre" est une leçon tirée du jardin en mouvement. Les plantes "vagabondes" ont inspiré cette approche, incitant à respecter leur déplacement et, par extension, toutes leurs interactions : comment elles réagissent aux insectes, à quoi elles servent, etc.
Entretien avec Gilles Clément
Gilles Clément est l'auteur de plusieurs ouvrages fondamentaux, disponibles à la Bibliothèque de la Société Nationale d’Horticulture de France (SNHF), tels que "Les Libres Jardins de Gilles Clément" (1997), "Le Jardin planétaire" (1997), "Le Jardin en mouvement" (1991), et "Où en est l’herbe ? Réflexions sur le jardin planétaire" (2006).
La Question des "Mauvaises Herbes" et la Biodiversité
Le langage utilisé pour décrire les plantes est crucial. Le terme "adventice" signifie "advenir". Les herbes ne sont ni "mauvaises", ni "indésirables", elles "sont". Connaître leur nom est important, car dès qu'on nomme une herbe, elle existe avec son cycle de vie. Parfois, il s'agit d'une plante hôte pour un animal ou un insecte qu'on souhaite protéger. Ces plantes jouent un rôle essentiel dans l'écosystème. Même si certaines sont enlevées, cela n'est jamais fait intégralement, afin de préserver la diversité, car le rôle de toutes les espèces sur le terrain n'est pas toujours connu. L'éradication d'une espèce peut entraîner des perturbations inattendues dans l'écosystème.
Le terme "adventice" est d'ailleurs employé à l'imparfait, car ces plantes existent de moins en moins. Des plantes qui poussaient pendant les moissons, à cycle court et ayant besoin d'un sol retourné pour germer avec des levées de dormance favorisées par la lumière et l'eau (comme les bleuets), ont pratiquement disparu des sols cultivés en raison des intrants. Le sol est transformé en un substrat où seule la nourriture pour la plante cultivée est apportée, tuant tout le reste, y compris la vie du sol. La diversité est en péril partout, notamment dans l'herbe tondue, où les plantes ont beaucoup de mal à germer. C'est pourquoi le rôle de la taupe, animal qui remue le sol, est important dans les jardins, car elle contribue à maintenir et sauvegarder la diversité avec la présence de plantes adventices.

Le Cas de la Grande Berce du Caucase
Une question controversée concerne la Grande Berce du Caucase, parfois qualifiée d'"organisme nuisible réglementé" par la technocratie. L'idée de décider qu'une plante venue d'ailleurs doit être éliminée est jugée "lamentable" et "très triste". Cette élimination coûte beaucoup de temps et d'argent. L'absurdité de cette approche est soulignée par la comparaison avec les chênes, arrivés il y a 10 000 ans, un temps très récent dans l'histoire de la planète, et qui pourraient être considérés comme des invasives selon cette logique.
C'est une négation des mécanismes de l'évolution. Le brassage planétaire a toujours existé, avec des rencontres entre les plantes arrivantes et celles déjà présentes. L'argent est souvent dépensé pour des "bêtises", alors qu'il faudrait plutôt lutter contre la pollution des écosystèmes et empêcher ce qui tue réellement. Les plantes exogènes, selon ce point de vue, ne tuent pas ; elles s'installent et créent des écosystèmes émergents. En revanche, la pollution, la suppression des habitats et la pollution chimique sont des facteurs de mortalité massifs.
Dans le cas de la Grande Berce du Caucase, même si elle se trouvait dans un passage étroit, l'intention était de la préserver car elle était jugée intéressante. Le fait qu'une plante change de place ne la rend pas "mauvaise herbe". C'est une plante qui a contribué à l'acceptation du mouvement comme une contrainte dans la construction de l'espace, et son jardinage pour éviter l'envahissement n'est pas difficile.
Le Projet Vignes en Transition
Dans la continuité de la philosophie de la permaculture, le projet "Vignes en transition" explore d'autres manières de conduire la vigne. Son objectif est d'accompagner et d'encourager la transition agro-environnementale des vignes méditerranéennes. Ce projet illustre l'application des principes de la permaculture à des domaines agricoles spécifiques, montrant comment des pratiques plus respectueuses de l'environnement peuvent être mises en œuvre à plus grande échelle.
L'Accessibilité et l'Impact de la Permaculture
La permaculture est accessible à tous et peut être mise en œuvre partout. Des hommes et des femmes se rencontrent et expérimentent cette alternative crédible. La transition "permacole" est en marche.Le film "L'éveil de la permaculture" a été un outil didactique pour de nombreux "ignorants curieux", prêts à apprendre. Il présente une introduction, des définitions, des exemples, des témoignages et une fin ouverte. Les images, bien que belles et souvent ensoleillées, peuvent laisser planer quelques interrogations sur les failles d'un système qui semble n'en pas présenter, ou sur la nécessité d'un investissement originel.

Des termes comme zonage, design ou écoconstruction deviennent familiers pour le spectateur. On apprend l'intérêt d'enterrer des arbres morts ou de respecter les couches du sol, avec des illustrations théoriques et pratiques. Les expériences menées un peu partout en France, bien que l'origine soit australienne et que d'autres pays la pratiquent, sont complémentaires et s'enrichissent mutuellement. Le film permet de comprendre que la permaculture n'est pas un simple hobby réservé à quelques individus, mais un mode de vie transférable à grande échelle.
Le documentaire est nécessaire et important, car il révèle la part de responsabilité des "consommateurs-enfants irresponsables" et propose des solutions concrètes. Cependant, il est important de noter que la critique radicale du système ne doit pas jeter "le bébé avec l'eau du bain". Par exemple, opposer le musée à la contemplation de la nature peut paraître réducteur. La décroissance, si elle est mal interprétée, peut porter son lot d'intolérances et de systématisations gênantes.
Ressources et Actualités
Pour ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances, des ressources sont disponibles, notamment une nouvelle plateforme sur les insectes pollinisateurs. L'adage "La bonne plante au bon endroit" est familier aux adeptes du jardinage autrement, insistant sur le choix de plantes dont les exigences sont adaptées à l'environnement. Les Bulletins de santé du végétal (BSV) offrent une veille précieuse pour la santé des plantes au jardin.
L'association Humus-Sapiens Pays d’Oc, avec Clément Feith, est également active dans la promotion de la permaculture, notamment à travers des émissions locales comme ICI Hérault, qui propose des contenus et informations certifiés 100% locaux.Des lieux comme ceux près de Ganges offrent des opportunités de se "couper du monde" le temps d'un week-end ou plus, pour s'immerger dans les pratiques permacoles.
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