La clôture mitoyenne végétalisée par du lierre : entre charme et contraintes légales

Lierre grimpant sur une clôture mitoyenne

Le lierre grimpant, souvent perçu comme une plante indomptable, suscite de nombreux débats lorsqu'il s'agit de clôtures mitoyennes. Si certains y voient un atout esthétique et écologique, d'autres y perçoivent une source de désagréments et de conflits de voisinage. Cette plante, capable de se développer dans diverses conditions, offre une couverture végétale dense qui peut protéger les murs des intempéries et des variations de température. Cependant, son caractère envahissant peut rapidement transformer une vision bucolique en un véritable casse-tête, notamment lorsque le lierre franchit les limites de propriété.

Il est essentiel de comprendre que le lierre grimpant, bien que souvent accusé à tort d’abîmer les murs en bon état, les protège en réalité de l’humidité et de l’érosion. Cependant, lorsqu'il pousse sans contrôle, il peut devenir une source de problèmes importants. Les racines et les tiges du lierre ont la capacité de s'insinuer dans les moindres interstices, causant des dégâts non négligeables. Par exemple, il peut obstruer des canalisations, empêchant l’évacuation correcte des eaux pluviales. Ses racines peuvent soulever des tuiles, entraînant des infiltrations d’eau. De plus, son poids, surtout lorsqu'il est gorgé d’eau ou recouvert de neige, peut faire pencher ou casser une clôture, en particulier si elle est en treillis ou en bois, car il exerce une contrainte physique considérable sur la structure. Pour cette raison, un petit coup d’œil préventif de temps en temps reste toujours le meilleur allié pour éviter l'aggravation de la situation.

La responsabilité de l'entretien du lierre du voisin

La question de l'entretien du lierre devient complexe lorsque celui-ci provient du terrain du voisin et déborde sur votre propriété. La loi française est très claire à ce sujet : l’article 673 du Code civil est formel et impose au propriétaire de la plante d’en assurer l’entretien. Cela signifie que si le lierre appartient à votre voisin, il doit veiller à ce qu’il ne dépasse pas les limites de son terrain. Cette disposition légale stipule que « celui sur la propriété duquel avancent les branches des arbres, arbustes et arbrisseaux du voisin peut contraindre celui-ci à les couper ».

Schéma expliquant l'article 673 du Code Civil

Il est important de noter que si les racines, ronces ou brindilles du lierre avancent sur votre héritage, vous avez le droit de les couper vous-même à la limite de la ligne séparative. Cependant, une règle souvent ignorée est que la loi vous interdit de couper vous-même ce qui dépasse de votre côté, si cela concerne les branches, sans l’accord du propriétaire. C’est à lui de prendre le sécateur. Intervenir directement chez votre voisin pour arracher le lierre à la source est également proscrit.

Un cas concret illustre bien cette problématique. Danielle, une habitante de Sainte-Marie-de-la-Mer, dans les Pyrénées-Orientales, est confrontée à une situation où le lierre de son voisin obstrue les canalisations de sa maison, soulève les tuiles de son toit et envahit un mur. Malgré ses demandes, le voisin n’a pas agi. Dans ce cas précis, l’article 673 du Code Civil est sans ambiguïté : c’est au voisin de Danielle de faire le nécessaire, même s'il s'agit d'une résidence secondaire et qu'il n'habite pas la maison à l'année. Son absence ne le dispense absolument pas d’entretenir son jardin.

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Les démarches à suivre en cas de refus du voisin

Face à un voisin qui refuse de couper son lierre envahissant, il est préférable de privilégier une approche amiable avant d’engager des démarches administratives ou judiciaires. Les solutions amiables permettent souvent de résoudre rapidement et à moindre frais les petits différends de ce genre.

Voici les étapes à suivre pour faire valoir vos droits :

  1. En parler directement : La première étape, avant toute procédure, consiste à essayer d’en discuter calmement avec votre voisin. Il se peut qu’il n’ait même pas remarqué l’ampleur du problème, comme le suggère l'expérience de certains, où le voisin n'avait pas remarqué qu'un lierre poussait à cet endroit.
  2. Envoyer un courrier recommandé : Si la discussion directe ne mène à rien, envoyez-lui une lettre en recommandé avec accusé de réception. Dans ce courrier, il est conseillé de mentionner l’article 673 du Code civil et de joindre des photos montrant l’invasion sur votre terrain. Cette mise en demeure d'agir est une étape cruciale pour formaliser votre démarche.
  3. Faire appel à un conciliateur de justice : Si le voisin fait la sourde oreille ou ne réagit pas suite au courrier, saisissez un conciliateur de justice. Cette démarche est gratuite et, depuis le 1er octobre 2023, elle est obligatoire avant d’entamer une procédure judiciaire pour les litiges civils portant sur des petites sommes (inférieures à 5000€). La conciliation vise à rechercher une solution amiable et équitable. Pour que la conciliation échoue, il faut que les parties n'aient pas trouvé d'accord ou que votre voisin ne se soit pas présenté.
  4. Alerter la mairie : Si le jardin du voisin est laissé à l’abandon et cause une nuisance avérée (olfactives, sonores ou visuelles), la mairie peut intervenir. L’article L2213-25 du Code général des collectivités publiques lui permet d’exiger un entretien du terrain par un arrêté.
  5. Saisir la justice en dernier recours : Si toutes les démarches amiables échouent et que des dégâts sont constatés sur votre propriété, vous pouvez porter l’affaire devant le tribunal judiciaire. Le tribunal de proximité compétent est celui du domicile de votre voisin. À ce stade, vous pourrez non seulement demander à ce que votre voisin soit contraint de couper son lierre, mais aussi réclamer la réparation des dommages causés à votre habitation par son inaction, comme la réparation du toit. Il est crucial de ne pas attendre trop longtemps avant d’agir, car si vous tardez, les juges pourraient considérer que vous avez été négligents et réduire l’indemnisation.

Gérer le lierre envahissant : méthodes et précautions

Une fois la décision prise d'éliminer le lierre envahissant, il est important d'adopter des méthodes efficaces tout en prenant les précautions nécessaires, surtout si la clôture est mitoyenne ou proche d’autres plantations. L’utilisation de produits chimiques trop agressifs est déconseillée dans ces situations.

Pour se débarrasser efficacement du lierre, voici les étapes à suivre :

  1. Couper les racines et tiges principales : La première action consiste à couper toutes les racines et tiges principales au ras du sol. Cette opération empêche la plante de se nourrir, la privant ainsi de sa source d'énergie essentielle.
  2. Laisser sécher les tiges : Une fois les principales connexions coupées, laissez sécher les tiges encore accrochées au mur ou à la clôture. Le lierre perdra alors sa vitalité et sera plus facile à retirer.
  3. Retrait des restes de lierre : Une fois sec, le lierre est moins adhérent et peut être arraché plus facilement. Pour les endroits difficiles d'accès ou les résidus tenaces, un nettoyage au jet d’eau peut aider à y voir plus clair et à éliminer les dernières traces.
  4. Inspection et réparation des structures endommagées : Après l'arrachage du lierre, il est crucial d'inspecter l'installation, en particulier la clôture. Si des dégâts sont constatés, il peut être nécessaire de remplacer les éléments endommagés. Par exemple, si la clôture est bonne à changer, il est judicieux de profiter de l'occasion pour repartir sur des bases solides. L'utilisation de poteaux à sceller robustes et de panneaux rigides, comme ceux en aluminium, est recommandée pour leur capacité à encaisser une vraie contrainte physique et leur résistance à la corrosion (souvent avec une garantie de 10 ans).

Outils pour enlever le lierre

Il est important de garder à l'esprit qu'aucune structure n’est invincible face à la nature. Un entretien régulier et une vigilance constante sont les meilleurs alliés pour prévenir de futures invasions de lierre.

Clôture privative ou mitoyenne : des distinctions importantes

La nature de la clôture joue un rôle crucial dans la détermination des responsabilités concernant le lierre. Une clôture est considérée comme « privative » si elle se trouve entièrement sur votre terrain. Dans ce cas, votre voisin n’a absolument pas le droit d’y faire courir ses plantations. Vous avez l'entière responsabilité et le contrôle sur ce qui s'y développe.

En revanche, si la clôture est posée exactement sur la ligne qui sépare vos deux terrains, elle est mitoyenne. C'est dans ce cas que les articles du Code civil relatifs aux clôtures mitoyennes et aux plantations prennent toute leur importance. L’article 673 du Code civil, comme mentionné précédemment, est formel : si les plantations du voisin dépassent chez vous, vous pouvez l’obliger à les couper.

Les conflits peuvent également surgir lorsque des accords tacites ont été établis avec d'anciens voisins. Par exemple, des voisins peuvent avoir donné leur accord oral pour planter du lierre à une distance légale et le mener sur un grillage à hauteur légale, en l'entretenant régulièrement pour alléger son poids. Cependant, le décès ou le déménagement des voisins peut entraîner l'arrivée de nouveaux propriétaires qui ne reconnaissent pas ces accords. Des situations peuvent alors se créer où le nouveau voisin, par exemple, ayant planté un potager le long du mur mitoyen, ne veut plus des racines du lierre dans son terrain, ou s'énerve de la présence d'un laurier adulte, vieux de 40 ans, planté trop près du mur selon lui, causant des problèmes de racines et de feuilles.

Représentation visuelle d'une clôture mitoyenne

De plus, des actions unilatérales peuvent être prises, comme la coupe de branches par le voisin qui tombent dans le terrain de l'autre, arguant que "les racines sont chez vous". Pire encore, passer la scie à travers le grillage pour couper des branches maîtresses, alors que beaucoup ne touchaient même pas ce grillage, pose des questions sur les droits et les limites d'intervention. L'adage "l'usage vaut loi" n'a pas de valeur juridique en soi, et la nécessité d'un accord préalable est primordiale pour éviter des dégâts ou des atteintes à l'intimité, comme une "vue imprenable sur notre jardin et fin de notre intimité visuelle" suite à une coupe sauvage.

Ces situations soulignent l'importance de formaliser les accords, même pour des questions de voisinage, et de se référer à la législation en vigueur pour protéger ses droits et son environnement de vie.

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