Le Rugby Français entre Émotions Olympiques et Hommages Légendaires

L'Épopée Olympique du Rugby à Sept : Des Rêves d'Enfants Devenus Réalité

Le rugby à sept a récemment offert un spectacle inoubliable, culminant par le sacre de treize professionnels émérites devenus champions olympiques. Cet accomplissement, fruit d'une préparation méticuleuse sur tous les plans et d'un projet mûrement mené, a transformé des rêves de gamins en une réalité éclatante. L'émotion a été palpable pour tous, des joueurs à leurs premiers éducateurs.

Cérémonie de remise des médailles de rugby à sept aux Jeux Olympiques

Les Premiers Pas des Champions : Témoignages Émouvants des Mentors

Derrière chaque athlète de haut niveau se cache un mentor, un premier éducateur qui a su déceler le potentiel et nourrir la passion. Ces entraîneurs, souvent anonymes, sont les témoins privilégiés des débuts de ces jeunes rêveurs, plus ou moins motivés, plus ou moins programmés.

Jean-Marc Barraque, le père et premier entraîneur de Jean-Pascal, n’a évidemment pu contenir « toutes les larmes de [son] corps » dans les travées du Stade de France, témoignant de l'intensité de l'émotion. Sur la piste, Stephen Parez a retrouvé son premier mentor, un moment de reconnaissance et de partage sincère. Depuis La Réunion, Jérôme Agenor a reçu, dans son canapé, un appel visio de Jordan Sepho depuis Saint-Denis, illustrant les liens indéfectibles qui unissent ces parcours.

Paulin : La Volonté d'Apprendre et de Progresser

L'entraîneur de Paulin le décrit comme un « poussin » qu'il a eu dans cette catégorie. Il était un enfant passionné, toujours à l'écoute, cherchant constamment à progresser. C'était un joueur exceptionnel pour son âge, le genre que chaque éducateur voudrait avoir tant il voulait apprendre. Sa discrétion et son sérieux le rendaient unique, lui permettant de rester concentré sur sa progression. Il possédait une très bonne vision du jeu avec de bons appuis, démontrant beaucoup d'efficacité. Sa volonté de toujours être parmi les meilleurs pour devenir capitaine de l'équipe ne l’a pas surpris. Ce leadership lui a permis de s’extérioriser. Malgré son succès, il est resté un garçon très simple et gentil, toujours disponible pour l'école de rugby.

Andy : Un Talent Athlétique Hors Normes et un Double Projet Délicat

Andy est athlétiquement « hors normes » ; il a toujours été plus grand, plus rapide et plus fort que les autres. Malgré une apparente désinvolture, qui a pu agacer certains de ses entraîneurs, il arrive toujours une minute avant l'entraînement et semble souvent dans la lune. Originaire de Bagneux, il a signé très tôt à Massy. Ses qualités dans le jeu courant et son excellence en touche en font un élément essentiel de l'équipe de France à 7. Son avenir à quinze semble également prometteur. Son entraîneur souligne que sa performance est intrinsèquement liée à la confiance du coach. Il pense que si Andy n'a pas encore « explosé » au Stade français, c'est parce qu'il était déchiré entre son objectif olympique et son club, un double projet difficile à gérer pour un jeune homme de 20 ans.

La Maturité Précoce d'un Futur Champion : Un Ballon Toujours à Portée de Main

Un autre champion est décrit comme un enfant aux capacités « un peu différentes » et aux « facilités en termes de gestuelle et d'intelligence sur le terrain ». Il avait déjà cet esprit compétiteur alors qu'il savait à peine marcher. Ayant débuté avec le club en accompagnant son frère à l'entraînement, il était trop petit pour avoir une licence mais ils ont été « obligés de le prendre » car ils n'arrivaient pas à s'en débarrasser. Il était tout le temps là, avec un ballon dans les mains. Sa grande maturité pour son âge, même par rapport à des enfants plus âgés, était frappante. À l'époque, ils avaient de nombreux gamins intéressants mais n'avaient pas conscience d'avoir « le futur meilleur joueur du monde » avec eux. Ils voyaient qu'il était plus doué, mais ils débutaient eux-mêmes leur parcours d'éducateurs.

Antoine Zeghdar : Gentillesse, Assiduité et Victoire Collective

Le sacre olympique a plongé ses anciens mentors dans une joie immense. Un spécialiste du rugby à sept est « heureux pour tout le monde dans cette équipe », des joueurs au staff technique et à tous ceux qui les ont accompagnés. Il se souvient de 2009, année où Antoine Zeghdar a commencé le rugby à Monaco, un peu par hasard. Antoine se distinguait déjà par sa taille, mais ce qui l'a « tout de suite marqué », c'est sa gentillesse et son assiduité. C'était un « super gamin » et c'est toujours un « super mec ». Aujourd'hui encore, Antoine vient visiter le club ou téléphone pour prendre des nouvelles, incarnant la phrase « ne jamais oublier d’où l’on vient ». Lors de la finale, son canapé a « énormément souffert », mais au coup de sifflet final, l'explosion de joie fut totale. C'est la victoire d'une équipe, avec des titulaires qui ont commencé le travail et des remplaçants qui l'ont « parfaitement fini ». Voir Antoine sur le podium, rempli de joie, a récompensé ses sacrifices. Sur le tournoi, il a été un des joueurs les plus réguliers, sans surprise.

Aaron : Un Talent Précoce et une Carrière Prometteuse

Un professeur et entraîneur de rugby se souvient d'Aaron lors d'un entraînement de présaison en 2016. Aaron avait attrapé le ballon « au-dessus de sa tête, avec une détente incroyable et, au moment d’atterrir, il avait pivoté pour éviter un contact ». C'est le genre de compétences « que l’on ne voit pas très souvent chez qui que ce soit, encore moins chez un étudiant de 16 ans ». Il s'est dit qu'il était « spécial » et est « incroyablement fier de son parcours ». Ils discutent encore régulièrement. Son arrivée à Pau est très excitante et devrait lui offrir l'opportunité de jouer régulièrement à XV. L'entraîneur lui a dit qu'il n'avait « aucune limite à se mettre » dans ce domaine non plus.

Varian : L'Esprit Créatif et la Persévérance Face aux Épreuves

Le souvenir de Varian, côtoyé au Pôle Jeunes du PUC, évoque avant tout son esprit créatif. Sur le terrain, il était déjà capable de développer une belle action à partir d'une miette et excellait dans le jeu en défense. Il a toujours été un très bon régulateur de ligne. Varian est également une « très bonne personne, dotée d’un caractère affirmé ». Il n'a jamais rechigné à la tâche et a toujours accepté la nécessité de s'entraîner très fort. De ce qu'il a confié il y a quelques mois, Varian souhaite aller au bout de son projet olympique avant de probablement tenter l'aventure en rugby à XV. Il a les qualités pour réussir, et ferait un « superbe cinq-huitième », un vrai numéro 12, pas très rapide mais doté d'une vision et d'une gestuelle rares. Ces Jeux Olympiques sont un formidable accomplissement pour lui, après une série de blessures ayant ralenti sa progression après son départ du PUC pour le Stade français. Il a choisi de relancer sa carrière en s'engageant dans le projet à 7, et ce fut un succès retentissant.

William : Un Parcours Exceptionnel d'Intégration et de Découverte du Rugby

Un entraîneur se souvient de William comme d'un « être humain d’exception », un « mec heureux par excellence ». Arrivé du Rwanda avec sa famille à l'âge de 13 ans, il a découvert le rugby en Afrique du Sud, une étape de leur exil avant leur arrivée en région parisienne, à Verrières-le-Buisson, en Essonne. Le rugby est devenu un moyen pour lui de s'intégrer.

Stephen Parez me raconte leur victoire en finale olympique de Paris 2024 avec France 7 rugby !

Nelson : Vitesse, Dextérité et un Caractère Bien Trempé

Nelson est arrivé à l'école de rugby vers 5-6 ans. Au départ, il a fallu « canaliser le personnage (rires) », mais sa vitesse et sa dextérité étaient déjà là. À l'époque, il était facile de dire « donne le ballon à Nelson et il va marquer ». Il a été très vite « au-dessus du lot » grâce à la qualité de ses appuis et sa vitesse, qui sont toujours ses principales qualités. C'était un « véritable bout en train », et il pense que c'est toujours le cas. Il avait à Saverdun une très bonne bande de copains, et il est champion olympique tandis que deux de ses amis sont devenus champions de France avec Saverdun. Ce sont des « potes d’enfance » qui ont tout fait ensemble. Nelson était l'un des rares à pouvoir atteindre le très haut niveau. L'entraîneur était heureux de le voir entrer en finale et a « versé une larme » en le voyant sur le podium.

Théo : Un Potentiel Introverti Révélé par ses Mentors

Un entraîneur a repris le groupe en cadet avec Jérôme Gendre (décédé en 2020). Ils ont découvert un garçon avec un « véritable potentiel » même s'il était très introverti. En deux saisons, ils ont réussi à le développer, surtout Jérôme qui « croyait fort en lui » et était devenu son mentor. L'émotion est vive en évoquant ce souvenir. Il a pensé à Théo bien sûr, mais aussi à Jérôme et à d'autres personnes disparues. C'était très intense et très dur de voir Théo avec la médaille d'or. Avec eux, il jouait surtout à l'ouverture et parfois à l'arrière, possédant une bonne vision du jeu et une bonne gestion des événements. Ils ont été champions du Roussillon à 7 et cinquièmes de l'Occitanie. C'étaient ses débuts dans cette discipline, et il avait déjà des qualités. Dans la vie, il était très timide quand il ne connaissait pas les gens, mais c'est quelqu'un d'adorable et un « bout en train » une fois intégré à un groupe. Avant la saison, il se demandait s'il devait arrêter le seven pour se lancer définitivement à XV, mais l'entraîneur lui avait conseillé de poursuivre à 7, de s'amuser, et qu'il aurait toujours l'occasion de jouer ensuite à XV.

Stephen Parez : Le Leadership par l'Exemple et la Sérénité sur le Terrain

Un professeur d'EPS et entraîneur au PUC se souvient d'un stage rugby-vacances au CNR de Marcoussis où Stephen, qui pratiquait alors l'athlétisme et le rugby au collège, s'est illustré. Bourré de qualités pour le rugby, il lui a dit à la fin d'une journée d'entraînement : « Viens faire un essai au PUC, ça va te plaire ! » Stephen a ensuite intégré le club et était « très drôle », déjà « hyperautonome » à 12 ans, portant sa gourde et s'échauffant seul. C'était un « leadership par l'exemple ». Stephen a quitté le club en Crabos et a rapidement explosé au rugby à 7. Ce qui a été apprécié chez lui lors des JO, c'est la « sérénité qu’il amène à ses coéquipiers à son entrée sur le terrain ». Il fait du bien à l'équipe. L'entraîneur le verrait bien un jour basculer à XV.

Jeff : Un Surdoué du Sport aux Multiples Talents

Jeff est avant tout un « surdoué de sport ». Au début, il faisait du VTT et finissait toujours sur le podium. Il est ensuite venu au rugby, où il était « tellement facile, à l’aise dans tout, la technique, les courses ». Il partait pourtant d'une « feuille blanche » dans ce sport, mais son potentiel est tel qu'il aurait réussi dans n'importe quelle discipline. Dès ses débuts, il avait « le rugby dans la peau » et c'était un « gamin adorable, très à l’écoute ». Sa situation familiale n'était pas facile, étant arrivé des Antilles avec sa mère qui tenait une épicerie, mais il s'est accroché. C'est un grand plaisir de le voir réussir autant.

Rayan Rebbadj : Humilité, Joie et un Beau Cadeau pour son Club Formateur

Voir Rayan Rebbadj avec une médaille d'or est « quelque chose de très spécial », une « immense fierté ». Son club formateur à Port-de-Bouc ne s'attribue pas tout, mais voir un gars comme lui commencer chez eux et devenir champion olympique est forcément marquant. Rayan est quelqu'un de « très humble », issu d'une famille exceptionnelle et respectée de tous. Il est toujours joyeux et sympa. Comme un symbole, les 60 ans du club seront célébrés cette année, et c'est un « beau cadeau » qu'il leur a fait. Une belle fête est en préparation pour célébrer cet événement.

Jean-Pascal : La Voie du Professionnalisme et la Découverte du Circuit Mondial

L'entraîneur de Jean-Pascal, qui l'a amené au club à 5 ans, avait déjà l'objectif de lui ouvrir une voie de joueur professionnel si ses qualités le lui permettaient. Jean-Pascal était « taillé pour ça ». Étant un centre de 85 kg, il pensait qu'il était plus dans le profil du 7 que du XV. Après son passage à La Rochelle, il a exprimé le désir de « voir autre chose ». Malgré une belle proposition de Castres, il a choisi de s'engager avec la Fédé. Ce fut « extraordinaire pour lui de découvrir la vie sur le circuit mondial, avec des voyages partout autour du monde ». Certains disaient que le 7 n'avait pas plus d'avenir que le curling, le qualifiant de « voie sans issue ». Mais l'entraîneur et Jean-Pascal y croyaient.

Le Cosmopolitisme comme Atout Majeur

Rayan Rebbadj a souligné la force du cosmopolitisme de l'équipe : « Il y a des joueurs de partout, de Paris, de « Perpi », de Toulouse et d’ailleurs, c’est ce qui fait notre force. » Ce mélange de cultures et d'origines diverses a manifestement contribué à la cohésion et à la richesse de l'équipe. La victoire contre les Fidji en finale a été un « bonheur indescriptible ».

L'Héritage d'Éric de Cromières à l'ASM Clermont Auvergne

Parallèlement à ces célébrations olympiques, le monde du rugby a également rendu hommage à une figure marquante, Éric de Cromières, l'ancien président de l'ASM Clermont Auvergne, dont le décès a suscité une vive émotion. Benjamin Kayser, ancien joueur de l'ASM et consultant, a partagé son témoignage sur l'homme qui a dirigé le club de 2013 à 2019.

Portrait d'Éric de Cromières, ancien président de l'ASM Clermont Auvergne

Un Président Impliqué et Proche de son Club

Benjamin Kayser exprime une « grande tristesse » et une « grosse perte ». Éric de Cromières était un « bon président de l’ASM », qui a mis « tout son sang et sa sueur » dans le club de Clermont, où Benjamin a fini sa carrière. Ils avaient une relation « assez proche ». Éric de Cromières était très proche des joueurs, adorait le club, le rugby et le monde de l'entreprise. C'est pourquoi il se « régalait dans son job de président », donnant toute son énergie pour que le club soit fièrement représenté.

Un Homme d'une Force et d'une Dignité Remarquables

La perte de l'homme est immense. Benjamin Kayser se souvient avoir discuté avec son père, qui comme Éric de Cromières avait été à HEC, et quand il lui a appris sa maladie, il s'est senti touché. C'était quelqu'un de « tellement fort, qui ne se plaignait jamais ». Dans ses interviews, il racontait qu'il y avait pire que d'avoir le cancer en France car on est « très bien suivi » et qu'il n'avait « pas le droit de se plaindre ». Benjamin a trouvé cela « hyper fort », à l'image du personnage. Éric de Cromières a toujours été présent lors des soirées caritatives organisées à titre personnel par Benjamin Kayser.

Une Relation de Partage et une Vision Ambitieuse

Benjamin Kayser décrit une « vraie relation de partage » avec Éric de Cromières. C'était quelqu'un qui aimait être proche des joueurs. Ils s'entendaient toujours bien car Benjamin s'intéressait à la gestion du club, et Éric aux perspectives de Benjamin. Quand Benjamin a demandé au club de l'accompagner dans sa reconversion et ses études, Éric a toujours eu une « oreille attentive ». Surtout, il voulait inscrire au palmarès de l’ASM « tous les titres que l’on pouvait et voulait avoir ! »

Un Parcours Semé d'Épreuves et de Succès

Depuis son arrivée au club, Éric de Cromières a fait partie de cette nouvelle génération, avec Franck Azéma, qui a dû se construire pour finalement arriver à un titre. Benjamin Kayser parle d'un « énorme travail », tout un parcours avec des « défaites cruelles et dures » (l'ASM a perdu la finale de TOP 14 en 2015 ainsi que celles de Champions Cup en 2015 et 2017). Il a vécu tous ces grands moments.

Un « Super Soldat de l'ASM » au Service du Club

Éric de Cromières était « très digne », et tous les gens du club sont d'accord pour dire que c'était un « super soldat de l'ASM » qui avait comme unique intérêt de « tout lui donner pour qu’il soit fièrement représenté et qu’il puisse imposer son autorité au sein des grandes instances du rugby ».

Une Approche Équilibrée de la Gestion du Club

Benjamin Kayser ne connaît pas tous les présidents intimement, mais il est sûr qu'aujourd'hui, il y a plus de présidents entrepreneurs qui apportent un « apport financier ultra-important » que de simples salariés. Il ne sait même pas si Éric de Cromières était salarié du club ou simple bénévole, mais son seul intérêt était de créer un club équilibré, avec une économie réelle pour que le club soit prospère. Benjamin Kayser le décrit comme un président « dur, costaud et qui attachait beaucoup d’importance à son club ».

Un Héritage Indélébile

La disparition d'Éric de Cromières est une « perte immense pour l'ASM ». Benjamin Kayser envoie toute sa force à sa famille, convaincu que sa mémoire restera gravée dans le club.

Le rugby, qu'il soit à sept ou à quinze, continue de susciter des passions intenses, des larmes de joie aux hommages émus, prouvant une fois de plus sa place singulière dans le cœur des Français.

Scène d'un match de rugby à XV avec le logo de l'ASM Clermont Auvergne

tags: #club #rugby #clermont #disparition #jose #jardinier