
L'alimentation des cochons, qu'ils soient de ferme ou nains, est un sujet souvent entouré d'idées reçues. La réputation de glouton des cochons n'est pas une légende, ce qui conduit fréquemment à penser que leur alimentation n'est pas un souci majeur. Or, il est crucial de connaître les bases de leur nutrition afin de leur fournir une ration équilibrée répondant à leurs besoins spécifiques. Une bonne alimentation est directement liée à la santé de ces animaux.
Les Fondamentaux d'une Ration Équilibrée
Les cochons mangent tant qu’il y a de la nourriture à disposition. Cependant, cela ne signifie pas que toutes les nourritures sont bonnes pour eux. Il est souvent dit que les restes de repas feront l'affaire, mais c'est faux. La santé des cochons, et particulièrement celle des cochons nains, est intrinsèquement liée à leur alimentation. Ils ont des besoins spécifiques concernant les vitamines et les sels minéraux, ainsi que les concentrations en protéines, lipides, glucides et fibres.
Vos cochons apprécieront certainement toute nourriture que vous leur présenterez, surtout si elle est riche, sucrée ou salée. Le sel, même à dose normale (0.4-0.7%), peut devenir toxique si les cochons n’ont pas d’eau en quantité suffisante. Ils peuvent ne pas présenter ou peu de signes extérieurs de mauvaise santé ou de carence au début, à l'exception peut-être d'une peau sèche et qui desquame ou de problèmes de transit, qui sont les deux premiers signes d’un mauvais équilibre alimentaire. Toutefois, tôt ou tard, une alimentation inadaptée finira par nuire à la santé de l'animal, entraînant obésité, mauvaise ossification, carences, problèmes rénaux ou de transit.
Les matières premières d’origine végétale sont fortement conseillées. Une alimentation composée de produits d’origine végétale répond parfaitement aux besoins des cochons nains, car elle est beaucoup moins riche en protéines et en lipides qu’une ration contenant des produits d’origine animale. Les cochons, comme les humains, sont omnivores, ce qui signifie qu’ils ont la capacité d’assimiler des protéines d’origines végétales ou animales. Il est important de rappeler que supprimer les aliments d’origine animale de l’alimentation d’un omnivore ne génère aucune carence en protéine, car les aliments d’origine végétale contiennent des protéines végétales. Une protéine, qu’elle soit d’origine animale ou végétale, reste une protéine, étant un assemblage d’acides aminés. La qualité d’une protéine reflète le type d’acides aminés qu'elle contient, tandis que le taux de protéine ne reflète que la quantité de protéines dans une nourriture, pas la diversité des acides aminés apportés. Le soja et le poisson sont deux sources de protéines, l'une végétale et l'autre animale, illustrant cette diversité.
Il est absolument impératif d'éviter les croquettes pour chien ou chat, car elles sont toxiques pour les cochons. Il est faux de penser qu’une poignée de croquettes pour chien mélangée à la nourriture habituelle du cochon est une bonne chose pour améliorer la sécheresse cutanée. Il ne faut évidemment pas nourrir les cochons avec des aliments « tout prêts » destinés à d’autres animaux, car les besoins nutritionnels sont très variables d’une espèce à l’autre.
L'Importance Cruciale de l'Eau
L’eau est l'un des nutriments les plus essentiels pour le cochon. Les cochons boivent souvent et en grande quantité, pouvant consommer de 7 à 10 % de leur poids par jour en eau. Ils mourraient très rapidement s’ils ne pouvaient pas boire ces quantités. S’ils n’ont pas d’eau en quantité suffisante, ils peuvent faire une intoxication au sel.
Une façon de contrôler l’apport d’eau journalier est de mouiller la nourriture. Les granulés de nourriture spéciale cochon nain doivent être mouillés abondamment afin d’obtenir une consistance similaire à celle d’une purée. Une gamelle d’eau fraîche doit donc toujours être à disposition au moment des repas. Un bon apport d’eau entre les repas peut être assuré en laissant l'animal brouter plusieurs heures par jour. L'herbe mouillée par la pluie ou la rosée n'est pas mauvaise, au contraire. Si vous trouvez que votre cochon ne boit pas assez, vous pouvez verser une petite quantité de jus d’orange sans sucre ajouté, ou mieux, du jus de cranberries (comme la marque OCEAN SPRAY), dans sa gamelle d’eau, en raison de la teneur en sucre. Pour éviter que le cochon ne joue au football avec sa gamelle d’eau et se retrouve sans eau pendant des heures, veillez à ce que celle-ci soit très lourde et ait des bords peu élevés, comme un plat allant au four.
L’hydratation : essentielle au corps humain (1er cycle)
Friandises et Compléments Alimentaires
L’éducation et la méthode d’apprentissage du cochon sont basées sur la récompense. On leur donne des « friandises » pour chaque bonne action de leur part. Des exemples de friandises appropriées incluent des bouts de concombre, de courgette ou de pomme.
Si vous donnez un aliment spécifique pour cochons nains, vous n’avez pas besoin de fournir de vitamines ou de compléments alimentaires, car ils sont déjà inclus dans l'aliment. Si vous nourrissez votre animal avec une ration ménagère, ce qui est déconseillé, des cures de vitamines peuvent être nécessaires.
Même avec une nourriture parfaitement équilibrée, il est important de surveiller le poids des cochons, qui peuvent rapidement en prendre.
Le Pain Sec : Un Aliment à Éviter pour de Nombreux Animaux
Le pain sec n’est pas une nourriture appropriée pour de nombreux animaux. Au Parc zoologique de Berne, le point de collecte de vieux pain a été fermé en raison de son inadaptation aux besoins des animaux sauvages. Le pain a une teneur énergétique élevée, entrave le processus de digestion de nombreux animaux sauvages et n’est donc pas un aliment sain pour eux. De plus, les ours, les ruminants, les canards ou les sangliers, qui consacrent une bonne partie de leur journée à la recherche de nourriture, peuvent couvrir rapidement leurs besoins énergétiques avec le pain sec, ce qui les laisse désœuvrés le reste du temps.
De façon générale, le pain ne convient pas aux pigeons urbains, aux cygnes, aux canards et à d’autres oiseaux vivant en liberté. Le sucre, le beurre et la farine contenus dans le pain sont même mauvais pour leur santé. En revanche, le pain sec fait le bonheur des rats et des souris, contribuant ainsi à l'augmentation de leur population. Il est donc recommandé d'utiliser le pain sec différemment pour éviter le gaspillage alimentaire.
L'Élevage Porcin : Pratiques, Bien-être et Innovation
L'élevage porcin produit uniquement de la viande. La truie met bas pour la première fois autour d'un an et est élevée en groupe. La durée de gestation est de 3 mois, 3 semaines et 3 jours. En France, les porcelets sont sevrés au plus tôt à l’âge de 21 jours et généralement à l'âge de 28 jours. Pendant la période de lactation, la truie n’est pas féconde. Après le sevrage de ses porcelets, la truie est remise à la reproduction. Pour les porcelets, deux phases suivent : une phase dite de post-sevrage pendant 2 mois, puis une phase d'engraissement jusqu'à 6 mois d'âge.
La France est le 3ème producteur européen de viande de porc, avec 2,2 millions de tonnes produites en 2017. Un Français consomme en moyenne 28 kg de porc par an, et la viande de porc est la deuxième viande la moins chère pour le consommateur.

Le Bien-être Animal et les Mutilations
L'élevage intensif ne tient pas toujours compte des instincts naturels des porcs. Le porc a besoin d'exprimer le fouissage, c'est-à-dire d'explorer avec le groin, et le mâchonnement. Il lui est donc nécessaire d'avoir à disposition des matériaux manipulables qui lui permettent de fouir et de mâchonner. Comme la plupart des espèces domestiques, le porc est une espèce sociale qui vit en groupe organisé selon une hiérarchie. Toutefois, il peut avoir tendance à l'agressivité, notamment en cas de stress (densité forte, changement de groupe, variation brutale de température, etc.). Ces agressions se traduisent par des morsures entre porcs, souvent la queue (caudophagie) ou les oreilles. L'origine de ce comportement est multifactorielle et difficile à corriger. C'est pourquoi l'éleveur peut être amené à réaliser la coupe de queue (caudectomie) avant 7 jours de vie des porcelets, le plus souvent entre 2 et 4 jours.
D'autres pratiques cruelles sont courantes dans l'élevage intensif :
- La caudectomie (coupe de la queue) : Réalisée avec un fer électrique chaud pour prévenir les morsures de la queue, un trouble du comportement provoqué par l'élevage intensif. Bien que la caudectomie systématique soit interdite dans l'Union européenne depuis 1994, elle est encore pratiquée dans 99 % des exploitations porcines et tolérée par les autorités. QUATRE PATTES exige une interdiction générale de cette pratique, car dans des élevages porcins fournissant des conditions appropriées, l'amputation de parties du corps n'est pas nécessaire.
- La castration : Réalisée pour prévenir l’« odeur de verrat ». La peau des testicules est ouverte à l'aide d'un scalpel, les testicules sont sorties et coupées. QUATRE PATTES exige que la castration des porcs mâles soit effectuée par un vétérinaire, sous anesthésie et avec un traitement de suivi contre la douleur.
- La coupe des canines : Les canines sont coupées à l'aide de pinces pour empêcher les porcelets de se blesser au pis de la truie ou entre eux. QUATRE PATTES demande l'interdiction de cette pratique, et en cas de blessure, un nettoyage/traitement adapté doit être effectué.
- Le percement des oreilles : Les oreilles sont percées pour fixer les marques auriculaires, servant à l'identification. QUATRE PATTES suggère le remplacement des marques auriculaires par des marques d'identification alternatives telles que des puces.
- Les anneaux de nez : Un anneau métallique est inséré dans la partie supérieure du museau du porc à l'aide d'une pince pour éviter le fouissement dans les élevages en plein air. Le museau du porc possède 5 000 fois plus de terminaisons nerveuses que le bout d'un doigt humain. QUATRE PATTES exige l'interdiction des anneaux de nez.
La directive européenne 2008/120/CE du Conseil du 18 décembre 2008, transposée en droit français, renforce la protection des porcs en élevage. Des contrôles des services vétérinaires sont réalisés pour vérifier les conditions d'hébergement des animaux, la qualité de l'identification, le bon état général des animaux et les soins vétérinaires. La France s'est dotée fin 2017 d'une stratégie visant à arrêter la pratique de la caudectomie systématique et de la castration à vif.
Utilisation des Co-produits et le Projet "Donner un Visage à la Viande"
Le porc mange en partie ce que ne mange pas l’homme. De nombreux co-produits de l’alimentation humaine, tels que les tourteaux, les sons de céréales, le petit lait, les produits brisés (riz, semoules, pains, biscuits), sont récupérés pour l’alimentation des porcs. Depuis le néolithique, l’homme a su tirer parti de la capacité du porc à valoriser ce que nous ne pouvons pas consommer, pour en faire une source de protéines à haute qualité nutritionnelle. La tradition charcutière permet d’utiliser et de transformer une quantité importante des viandes, abats et gras issus du porc. C’est bien pour cela que l’on consomme le porc à 75% sous forme de charcuterie.
Par ailleurs, le gras et les os des porcs peuvent servir à la fabrication d’aliments pour animaux de compagnie, de gomme et de gélatine ; les boyaux à la confection de cordes d’instruments de musique ou de fils de ligature chirurgicaux ; les poils des porcs (soies) au façonnage de brosses et de pinceaux. Si l’on suit de plus près le parcours d’une carcasse, il y a très peu de pertes : on consomme en alimentation humaine 83% du poids vif d’un cochon, et 5% sont destinés à l’alimentation des animaux de compagnie. Les déjections des porcs sont utilisées comme engrais naturel, ce qui permet de limiter le recours aux engrais chimiques azotés, dont la production nécessite l’utilisation de ressources non renouvelables. Dans certains élevages, des stations de traitement permettent de transformer le lisier en engrais sec ou en compost.
Dennis Buchmann, un étudiant berlinois, a lancé le projet "Donner un visage à la viande" avec son site meinekleinefarm.org. Ce projet étrange, provocateur et perturbant, vise à amener les gens à consommer de manière plus consciente et plus respectueuse. Les consommateurs peuvent voir la tête de l’animal qu’il a fallu sacrifier pour la confection de leur saucisse, avant de la savourer, et se rassurer que ce cochon aura eu une belle vie. Buchmann, journaliste et biologiste, veut rendre le monde meilleur et faire évoluer notre regard sur la viande que nous mangeons. Il propose un "cochon qui donne bonne conscience". Avec l'éleveur bio Bernd Schulz, ils vendent leur charcuterie le double des prix habituels. Le cochon n°1 s’est vendu en quelques jours, les deux suivants aussi. Prochaine étape pour Buchmann : installer une webcam pour que ses clients puissent voir leurs futures saucisses grandir sous leurs yeux.
Jean-Baptiste Galloo, éleveur dans les Yvelines, a développé une approche originale pour l'alimentation de ses porcs. En partenariat avec un grand supermarché local, il récupère et trie les invendus alimentaires pour nourrir ses cochons. Cette initiative a permis au supermarché de réduire ses déchets de 70%, et les porcs sont engraissés jusqu'à neuf mois avant d'être vendus en vente directe à la ferme ou dans le rayon boucherie du même supermarché.
L'Abattage des Cochons : Des Méthodes Controversees
Le gazage au dioxyde de carbone (CO2) ou à un mélange de gaz concerne environ 15 % des cochons abattus en France, ainsi que le même pourcentage d’oiseaux. Cette technique d’« étourdissement » plonge les cochons dans une longue et douloureuse asphyxie avant leur perte de conscience. Par groupes de deux ou plus, les cochons sont contraints d’entrer dans des nacelles métalliques, parfois au moyen d’aiguillons électriques. Les nacelles sont alors abaissées dans un puits à teneur élevée en un gaz nocif (principalement du dioxyde de carbone, utilisé pur ou bien mélangé à d’autres gaz comme l’argon ou l’azote), qui provoque leur perte de conscience après plusieurs dizaines de secondes.

Ce qui rend cette technique particulièrement cruelle réside dans le fait que la perte de conscience n’est pas instantanée. Contrairement à l’électronarcose, qui provoque une perte de conscience immédiate lorsqu’elle fonctionne, celle induite par le gazage ne survient que dans les 30 secondes suivant le début de l’exposition au gaz. Durant ces 30 secondes, les cochons subissent une asphyxie particulièrement insoutenable, caractérisée par des mouvements de recul, des tentatives de fuite, des convulsions, de la suffocation et des vocalisations importantes (hurlements), comme documenté par des caméras installées dans les abattoirs d’Alès en 2015 et de Houdan en 2016.
Depuis 2004, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) recommande l’abandon de cette pratique. Cette recommandation officielle n’a pourtant pas été retenue dans le règlement (CE) 1099/2009 du conseil du 24 septembre 2009, pour des raisons d’ordre purement économiques. L’analyse d’impact a révélé que ces recommandations n’étaient pas économiquement viables à l’heure actuelle dans l’Union européenne. À l’abattoir d’Alès, des durées d’exposition au gaz insuffisantes pour garantir l’inconscience des animaux jusqu’à leur mort ont également été constatées.
Il est à noter que le gazage est considéré par les experts comme la méthode d’étourdissement à privilégier pour les oiseaux, ne nécessitant pas de suspension en pleine conscience et moins de manipulations, ce qui le rendrait moins douloureux que le bain d’eau électrifié. Cependant, pour les cochons, les méthodes électrique et mécanique sont instantanées lorsqu’elles fonctionnent, tandis que la perte de conscience provoquée par le gazage ne survient qu’après une douloureuse phase d’asphyxie.