
Le Collège Pierre Mendès France se distingue comme un acteur majeur dans la promotion du compostage et de l'agriculture urbaine, avec des initiatives remarquables à Woippy et à Paris. Ces actions illustrent un engagement profond envers la réduction du gaspillage alimentaire, l'éducation environnementale et la transformation d'espaces urbains en lieux de vie productifs et pédagogiques.
La Lutte Contre le Gaspillage Alimentaire à Woippy
Le Collège Pierre Mendès France de Woippy a mis en place une opération anti-gaspillage à sa cantine qui s'avère particulièrement efficace. La poubelle de l'établissement est deux fois moins remplie que la moyenne nationale, témoignant d'un succès tangible.
Sensibilisation et Tri des Déchets
Une journée de sensibilisation a été organisée pour les élèves, visant à leur faire prendre conscience du poids des aliments produits, cuisinés mais finalement jetés. Les déchets après le repas ont été triés et pesés, offrant une mesure concrète du gaspillage. Le Conseil départemental de la Moselle, qui gère 70 cantines dans le département, avait estimé en 2017 qu'un tiers des aliments achetés pour les repas finissaient au rebut, ce qui représentait 2 millions d'euros. Cette initiative au collège de Woippy s'inscrit donc dans une démarche départementale plus large pour réduire ces pertes.

Des Astuces pour Réduire le Gaspillage
Plusieurs stratégies sont employées pour minimiser le gaspillage. Le personnel de la cantine est vigilant sur les quantités servies : "On préfère servir moins, sachant qu'à la fin du repas, les enfants qui ont fini leur assiette peuvent demander le "rab", et avoir une tournée supplémentaire", explique Alexandra Doradoux, la secrétaire générale du collège. Pour les entrées et les desserts en libre-service, les élèves se servent à leur guise, avec la supervision d'un adulte pour éviter les quantités disproportionnées.
Le chef cuisinier, Michel Ziehl, adapte également ses menus. Sans surprise, moins de nourriture est jetée les jours de frites ou de pâtes. Cependant, le chef n'hésite pas à innover : "La dernière fois, j'ai fait des salsifis à la crème. J'avais un gros doute ! Mais finalement c'est très bien passé". Il utilise aussi des astuces pour intégrer des légumes moins populaires : "Le brocoli seul, peu de jeunes en mangent. Mais mélangé avec du riz, ça leur plait mieux".
Le Rôle des Éco-délégués et le Compostage
À la fin du repas, les éco-délégués jouent un rôle crucial à la table de tri. Arthur, l'un d'eux, détaille la répartition des déchets dans les seaux : "Un pour l'eau qui n'a pas été bue, un pour le pain, un pour les œufs, la viande et les produits laitiers (les produits carnés, ndlr), un pour les légumes et les fruits, un pour les serviettes en papier, et le dernier pour les déchets inertes : emballages plastiques ou en métal".
Malgré ces efforts, des erreurs de tri persistent. Oscar déplore : "On a de la viande avec le chou, ou des serviettes dans les déchets inertes ! S'ils se trompent, ils plongent la main dans le seau pour récupérer leur déchet et le replacer au bon endroit". L'engagement des élèves est toutefois palpable, comme en témoignent les propos de Louis : "J'apprécie cette initiative, il y a trop de gens qui font du gâchis". Emma ajoute : "Ils savent qu'ils n'aiment pas ce plat mais ils se servent quand même, et après ils jettent". Hugo s'exclame : "Quand on jette, les agriculteurs ont travaillé pour rien !", et Sacha renchérit : "Il y a des gens pauvres qui n'ont pas à manger".
Bilan et Perspectives
Le bilan à la fin du repas est positif : seulement 60 grammes de pain ont fini au rebut, un peu moins de 4 kilos de déchets carnés, 5,8 kilos de déchets végétaux, 1,5 kilo d'emballages, et 12,5 litres d'eau récupérés. Pour 210 élèves demi-pensionnaires, cela représente seulement 6 centilitres de déchets par enfant. En comptant les déchets de préparation et la nourriture non servie, le total est de moins de 63 grammes de déchets par enfant, soit la moitié de la moyenne nationale (120 grammes).
Anne Stémart, vice-présidente du Département de la Moselle, souligne que "il y a même des collèges qui ont des poules, et à qui ont donne les déchets alimentaires". Le Département prépare 24 000 repas par jour dans les collèges mosellans et a lancé un concours anti-gaspi l'année dernière, remporté par le collège Gabriel Pierné de Sainte-Marie-aux-Chênes, incitant les établissements à améliorer leurs performances chaque année.
Réduire le gaspillage alimentaire
La Ferme Pédagogique du Collège Pierre Mendès France à Paris

Le Collège Pierre Mendès France, près de la Porte de Bagnolet à Paris, est le théâtre d'une transformation remarquable de ses espaces verts en une ferme pédagogique, grâce à l'association Veni Verdi. Cette initiative offre aux élèves une opportunité unique de se connecter à la nature en milieu urbain.
Une Transformation Agricole Urbaine
Fondée en 2014 par l'association Veni Verdi, cette ferme pédagogique a converti 5000 mètres carrés d'espaces délabrés en 3000 mètres carrés cultivés. On y trouve du maraîchage (salades, oignons, fèves, fraises, rhubarbe, artichauts, épinards, blettes), des plantes aromatiques (menthe, ciboulette, thym), des fruits (framboises, groseilles, cassis), des arbres et des fleurs. Ces installations permettent aux enfants de découvrir le principe d'une serre et ce qu'est le compost.
Des ingénieurs de Renault ont même participé à une après-midi de "team building" pour installer des canalisations d'eau dans le potager, creusant des tranchées de 40 cm de profondeur aux côtés des élèves.
Engagement des Élèves et Bénévoles
Les enfants sont au cœur de cette ferme pédagogique. Une trentaine d'inscrits viennent régulièrement piocher, arroser ou ramasser les œufs des poules, fiers de rapporter chez eux le fruit de leurs récoltes. Que ce soit en cours de SVT, à l'heure du déjeuner, le mercredi après-midi ou pendant les vacances, ils s'investissent pleinement. Camille Barkallah, en service civique à l'association, confie que "L'an dernier, deux collégiens ont passé leur été au jardin".
Nadine Lahoud, la fondatrice de Veni Verdi et ancienne professionnelle du marketing, est une passionnée. Sa motivation est de "Changer le monde! Pour cela, il faut changer notre alimentation et jardiner…". Elle partage sa passion en faisant visiter la ferme, montrant la menthe poivrée, d'anciennes variétés de blé, des fleurs de roquette, et les fleurs de Mohamed et Ernesto, deux des enfants les plus assidus.
Le site fonctionne également grâce à l'implication de 200 bénévoles du quartier et des alentours, qui donnent de leur temps pour entretenir le jardin et ses plantations, sous la coordination de l'équipe de Simon Ronceray et Camille Barkallah.
Financement et Impact sur la Communauté
Les sites parisiens fondés par l'association depuis 2014 (Collège Henri Matisse, Collège Pierre Mendès France, école primaire rue de Tanger, Enedis rue d'Aboukir) bénéficient d'un budget total de 108 000 euros, dont 60 millions (sic) pour le site du collège Pierre Mendès France. Ces projets sont subventionnés notamment par le Fonds social européen (FSE) et la Mairie de Paris.
Cette initiative a transformé l'espace vert en un véritable lieu de vie. En mars, deux cents habitants du quartier ont creusé une mare en un week-end lors des "48 heures de l'agriculture urbaine", où six cents arbres et deux cents arbres fruitiers (pommiers, poiriers, cerisiers) ont été plantés. Paco Friez, membre de Veni Verdi et coordinateur du projet, espérait en 2015 que "Peut-être un jour le collège pourra-t-il s'autoproduire en produits maraîchers".
Une Alternative aux Sanctions Disciplinaires
Le Collège Pierre Mendès France, qui avait auparavant une "mauvaise réputation", a mis en place une approche innovante pour la discipline : remplacer les heures de colle par des travaux de jardinage. Cette initiative, portée par Veni Verdi, a transformé les 4500 m² d'espaces verts du collège en une ferme urbaine où les élèves apprennent à semer, planter et récolter.
Selon Nathalie Couegnas, principale adjointe, "Au total, une trentaine d’élèves a pu être rattrapée". Cette méthode vise à donner du sens aux sanctions, loin des punitions classiques jugées inefficaces. Les élèves indisciplinés effectuent ces travaux en dehors des heures de cours, avec l'accord des parents. Ils s'essayent au bêchage, au désherbage, à la plantation et même à la gestion d'un poulailler. "Les collégiens ont un rapport carencé à la terre et à leur environnement", explique Nathalie Couegnas. "Pour beaucoup, l'école n'est qu'une obligation. Leur redonner du plaisir et envie de venir est prioritaire."
Cette approche a des effets inattendus, avec des enfants qui se portent volontaires chaque semaine pour aider. Rambharath, 12 ans, confie : "Venir au jardin me calme". Simon Ronceray, ingénieur agronome salarié de Veni Verdi, guide les élèves, débordant d'une énergie communicative. L'association encadre également des élèves faisant l'objet d'une mesure de responsabilisation, offrant ainsi l'occasion de valoriser leurs compétences.
Depuis avril, le collège a deux poules, et ramasser les œufs est un rituel que les enfants adorent. La ferme urbaine est décrite comme une "généreuse et touchante aventure humaine, qui redonne de l’espoir aux jeunes des quartiers difficiles et sur la problématique environnementale".
Le Compostage Individuel et Collectif dans la Communauté Urbaine de Caen la Mer

Au-delà des initiatives spécifiques aux collèges, la Communauté urbaine de Caen la mer a également déployé des efforts significatifs pour promouvoir le compostage.
Campagne de Sensibilisation et Distribution de Composteurs
Depuis 2005, Caen la mer a initié une démarche de sensibilisation en porte-à-porte pour encourager le compostage individuel. Deux médiateurs sont présents pour informer les habitants et les accompagner dans cette pratique. Au total, 23 217 composteurs individuels ont été distribués, équipant aujourd'hui 36,60% des foyers concernés.
Sites de Compostage Partagé et Points d'Apport Volontaire
En plus des composteurs individuels, la Communauté urbaine accompagne l'installation de sites de compostage partagé pour habitations collectives, favorisant ainsi une gestion des biodéchets à l'échelle de quartiers ou de résidences.
Des points d’apport volontaire sont également déployés pour collecter les déchets alimentaires des habitants. Ces points se présentent sous forme d'abris-bacs avec une trappe d'ouverture sur le dessus pour le dépôt des déchets. Une fois collectés, ils sont acheminés vers une plateforme de compostage industrielle, assurant ainsi une valorisation à grande échelle.
Le Réseau compost citoyen, quant à lui, lance chaque année l'opération "Tous au compost" pour inciter les citoyens à mieux trier leurs biodéchets, même si, comme dans le quartier de Vallières à Metz, les vieilles habitudes ont parfois la vie dure.
Réduire le gaspillage alimentaire
La Gestion des Déchets et l'Environnement en Moselle
Le Conseil départemental de la Moselle, au-delà de ses initiatives dans les collèges, est également confronté à des défis environnementaux plus larges. Chaque année au printemps, les équipes techniques procèdent au nettoyage des bords de route, mais le constat est "déplorable : trop d'usagers jettent leurs déchets dans la nature, sans se préoccuper des hommes qui les ramassent, ou de l'environnement."
En décembre, dix hommes sont jugés à Lille pour des centaines de tonnes de déchets déversés dans la nature à divers endroits de Lorraine, avec plusieurs collectivités locales frontalières parmi la trentaine de parties civiles. Ces événements soulignent l'importance des actions de sensibilisation et des initiatives de réduction des déchets comme celles menées au Collège Pierre Mendès France.