Dans le contexte actuel de pressions sociales sur l'utilisation des produits phytosanitaires et de l'augmentation des prix des engrais, l'optimisation du fonctionnement des plantes par un apport judicieux d'éléments nutritifs, notamment les oligo-éléments, est devenue une préoccupation majeure en agriculture. Une gestion avisée de ces éléments est cruciale, car des pratiques inappropriées peuvent, de manière contre-intuitive, aggraver les conséquences des carences au lieu de les atténuer. Cet article se propose d'explorer en profondeur le rôle de la fertilisation, en détaillant l'importance des macro-éléments, méso-éléments et oligo-éléments pour la croissance, la santé et la productivité des cultures.

I. Comprendre les Fondamentaux de la Nutrition Végétale
La nutrition végétale repose sur l'apport d'éléments minéraux essentiels à la croissance et au bon développement des végétaux. Ces éléments sont classés en différentes catégories selon la quantité dont la plante a besoin, bien que cette classification quantitative n'ait pas toujours un sens physiologique profond. Pour la plante, c'est toujours l'élément déficient qui aura le plus d'importance. Les besoins varient considérablement d'une espèce à l'autre, rendant la frontière entre macro-éléments et micro-éléments parfois ténue.
A. Classification des Éléments Nutritifs
Les éléments nutritifs sont généralement classés en trois catégories principales :
Macro-éléments (ou Éléments Majeurs) : Nécessaires en grandes quantités (plus de 0,1 % du poids sec de la plante). Ils comprennent l'azote (N), le phosphore (P) et le potassium (K), souvent appelés « principaux ». Le calcium (Ca), le magnésium (Mg) et le soufre (S) sont des macro-éléments secondaires, parfois désignés comme méso-éléments. Ils représentent en moyenne 7,4% du poids de la plante.
Micro-éléments (ou Oligo-éléments) : Présents en faibles quantités dans le sol et absorbés en faibles quantités par les plantes, de l’ordre de quelques grammes à quelques centaines de grammes par hectare. Ils constituent moins de 1% du poids de la plante en moyenne. En agriculture, on travaille généralement sur six oligo-éléments principaux : le fer (Fe), le manganèse (Mn), le zinc (Zn), le bore (B), le cuivre (Cu) et le molybdène (Mo). On peut y ajouter le cobalt (Co), le nickel (Ni), le silicium (Si) et le sélénium (Se) mais les besoins ne sont que de l’ordre du gramme, rendant les carences plus rares pour certains.
Éléments Utiles ou Bénéfiques : Des éléments qui ne sont pas indispensables à toutes les plantes mais qui peuvent apporter un effet positif, améliorant le rendement, la qualité ou la tolérance au stress. Le sodium (Na) est nécessaire pour les plantes de type photosynthétique C4 (maïs, sorgho, canne à sucre) et le silicium pour le riz. Le cobalt est également nécessaire à la bactérie Rhizobium, présente dans les nodosités des racines de légumineuses, permettant l'assimilation d'azote gazeux.
B. Rôle Essentiel des Oligo-éléments
Les oligo-éléments, jadis appelés éléments mineurs, jouent un rôle essentiel dans les mécanismes de croissance des végétaux et sont indispensables à la santé des plantes. Leur rôle principal est un rôle de catalyseur de nombreuses réactions chimiques : sans eux, la majorité des processus physiologiques de la plante ne peuvent se produire. Ils interviennent dans de multiples fonctions métaboliques des cultures, telles que la photosynthèse, la croissance, la fixation de l'azote, la synthèse des protéines. Ils sont les cofacteurs de nombreuses réactions enzymatiques. Comme une voiture sans clé ne peut démarrer, les enzymes sans oligo-éléments ne peuvent remplir leurs fonctions.
Teneurs en oligo-éléments dans les tissus végétaux...- Lionel Jordan-Meille - Bordeaux Sciences Agro
II. Rôles Spécifiques des Macro-éléments et Oligo-éléments dans la Plante
Au-delà de l’aspect massique, macro-éléments et oligo-éléments interviennent dans de nombreuses fonctions physiologiques importantes. Ils sont indispensables pour la croissance, le bon équilibre de la plante et sa bonne santé.
A. Les Macro-éléments et leurs Rôles
L'azote (N) : Constituant essentiel des acides aminés, des protéines, des acides nucléiques et des lipides. Il rentre aussi dans la composition d'hormones et de vitamines. À un niveau fonctionnel, il joue un rôle notamment dans la photosynthèse, la multiplication cellulaire ou encore, celle des chloroplastes.

Le phosphore (P) : Joue un rôle très important dans la fourniture d'énergie et son transport dans la plante. Il intervient également dans la photosynthèse, la respiration et aussi, dans la croissance racinaire, la floraison, la fécondation et la mise à fruit.

Le potassium (K) : Constituant important de la paroi végétale. À un niveau fonctionnel, il est un régulateur essentiel de la pression osmotique des cellules. Il intervient aussi dans le processus de photosynthèse, est un activateur enzymatique et favorise la synthèse et le stockage des glucides et des protéines. Il est essentiel pour l'adaptation de la plante au gel et à la sécheresse, en régulant l'ouverture et la fermeture des stomates. Enfin, il agit sur la croissance des racines et celle du fruit.

Le calcium (Ca) : Comme le potassium, le calcium est un constituant essentiel de la paroi cellulaire des plantes. Il entre également dans la constitution de la chlorophylle. À un niveau fonctionnel, il est un activateur d'enzymes. Il favorise la maturation du fruit et de la graine, neutralise les acides organiques formés par le métabolisme, influe positivement sur la croissance racinaire et régule les échanges de la cellule. Enfin, il est important dans la fixation de l'azote et dans le métabolisme et la formation du noyau cellulaire.

Le magnésium (Mg) : Un autre constituant de la chlorophylle et un élément de la pectine. À un niveau physiologique, c'est aussi un activateur d'enzymes. Il intervient dans la synthèse des protéines et des sucres (pour lesquels il joue un rôle aussi sur le transport et le stockage). Il prévient la toxicité aluminique en favorisant la synthèse d'acides organiques protecteurs et intervient dans le métabolisme du phosphore et dans la croissance racinaire. Enfin, il influence la turgescence de la cellule.

Le soufre (S) : Constituant important de nombreuses molécules dans la plante : acides aminés soufrés, vitamines, protéines, chlorophylle, cofacteurs enzymatiques. Du point de vue physiologique, il intervient dans la formation de la chlorophylle, le métabolisme des vitamines, ou encore la réduction des nitrates en acides aminés. C'est aussi un opérateur important dans les processus d'oxydo-réduction (échange d'électrons).

Le chlore (Cl) : À un niveau physiologique, le chlore est surtout connu pour jouer son rôle d'activateur dans la réaction de Hill, une réaction d'oxydoréduction se déroulant lors de la photosynthèse.

B. Les Oligo-éléments et leurs Rôles
Le cuivre (Cu) : Constituant important de nombreuses enzymes impliquées dans la synthèse de la lignine et dans le métabolisme des protéines et des glucides. Il intervient dans de très nombreux processus : photosynthèse, synthèse des protéines et de la chlorophylle, de la lignine et des glucides. Il favorise la fertilité du pollen, accroît le nombre de grains et améliore le remplissage des épis. Également, il régule les transferts d'électrons. Une carence retarde la floraison, nuit à la fertilité du pollen, et à la formation des parois cellulaires. L’application d’azote accentue la carence en cuivre. Il est un élément crucial pour les céréales, participant à la construction de l’épi et améliorant l'utilisation de l’azote. Il est facilement et vite bloqué par des excès de matière organique stable. Les apports sont à réaliser de manière précoce.

Le zinc (Zn) : Entre dans la constitution de nombreuses enzymes d'oxydation. À un niveau fonctionnel, il intervient dans de nombreux processus : développement des chloroplastes, régulation énergétique de la plante, synthèse et protection des hormones de croissance, transformation des sucres. Son rôle est également important dans la synthèse des protéines, de l'amidon et de la chlorophylle. C’est le micronutriment qui limite le plus souvent les rendements en cas de carence, et c’est l’anti-oxydant par excellence. Une déficience en zinc peut engendrer de nombreuses maladies. Il est facilement bloqué dans les sols organiques et un mauvais équilibre avec le manganèse, le fer ou le phosphore réduit son assimilation. Un manque de zinc en début de cycle provoque des accumulations de nitrates et d’ammonium, et par conséquence des attaques de pucerons et de cicadelles.

Le manganèse (Mn) : Composant essentiel de nombreuses enzymes et un constituant structurel des chromosomes. Il joue un rôle à de nombreux niveaux : synthèse des protéines et de la chlorophylle, réduction du nitrate dans la feuille, processus d'immunité de la plante, transformation des sucres. Il est essentiel dans le mécanisme de photosynthèse, en tant que catalyseur de la photolyse de l'eau (phase claire). Il permet une meilleure gestion de la rouille, du mildiou, de la septoriose, sclérotinia, et une bonne valorisation de l’azote, augmentant la résistance au froid et au sec. La carence peut apparaître surtout en sol léger bien aéré ou en sol alcalin riche en humus. La toxicité est possible en conditions anaérobies ou trop acides avec la formation d’ions Mn2+. L’excès de manganèse produit une perte de dominance apicale et la formation de « balais de sorcière ». Il est facilement bloqué dans des sols soufflés et dans des sols riches en matières organiques stables.

Le fer (Fe) : Entre dans la composition de nombreuses enzymes (notamment les cytochromes et les peroxydases). Il est aussi un constituant important de la ferrodoxine et de la nitrogénase. Du point de vue physiologique, il est le transporteur de l'oxygène dans les mécanismes de respiration et de photosynthèse. Il permet l'activation d'enzymes, régule la réduction des nitrites, intervient dans la synthèse de la chlorophylle et d'hormones, et dans la fixation de l'azote de l'air. Enfin, il favorise les échanges d'électrons dans les processus d'oxydo-réduction. Il stimule la fabrication de chlorophylles et intervient directement dans la réduction et la fixation de l’azote. Généralement assez élevé dans les sols, les carences sont plutôt rares sauf en sol calcaire. Son effet peut augmenter l’absorption du manganèse (Mn) jusqu’à des seuils toxiques. Des niveaux élevés en fer ne sont pas forcément signe de sa bonne assimilation, mais plutôt de dislocation des argiles.

Le bore (B) : Composant essentiel de nombreuses enzymes. Côté fonction dans la plante, il intervient à de nombreux niveaux : production de pollen, multiplication cellulaire des méristèmes, formation des parois cellulaires et des graines, métabolisme et transport des sucres dans la plante, ou encore, absorption de l'eau. Il joue aussi un rôle dans la synthèse des glucides, des acides nucléiques et des protéines. Il est indispensable pour la floraison et la fructification, maintenant l'intégrité de la paroi cellulaire et permettant une meilleure absorption du phosphore et du potassium. La carence est très répandue sous les climats très pluvieux favorisant le lessivage de l’acide borique dans les sols alcalins et argileux. À pH < 7, le bore est sous forme d’acide borique dans la solution du sol, la forme d’absorption dominante. Il est difficilement assimilable dans des sols organiques et est particulièrement important pour les crucifères et les légumineuses. On ne peut pas le chélater, mais on peut le complexer.

Le molybdène (Mo) : Constituant de la nitrate réductase et du complexe de la nitrogénase. Il remplit plusieurs rôles physiologiques : métabolisme du phosphore et du fer, activation de la nitrogénase dans le mécanisme d'absorption de l'azote de l'air, activation de la nitrate réductase. Enfin, il est déterminant dans la croissance de plantes telles que les cucurbitacées notamment. Contrairement aux autres oligo-éléments, la disponibilité du Mo augmente avec l’augmentation du pH du sol. La carence se manifeste surtout chez les légumineuses et les crucifères. L’absorption du Mo augmente avec l’humidité du sol et certains sols mal drainés peuvent provoquer un excès de Mo dans les fourrages.

Le cobalt (Co) : Constituant du noyau métallique de la vitamine B12, indispensable pour la bonne fixation symbiotique de l'azote de l'air. Du point de vue des récoltes, il améliore leur qualité et leur rendement et permet une conservation prolongée des fruits.

Le nickel (Ni) : Surtout connu pour agir comme catalyseur de l'enzyme de l'uréase, qui hydrolyse l'urée en ammoniac.

Le sélénium (Se) : Joue un rôle substitutif du soufre dans la constitution des protéines.

Le silicium (Si) : Joue un rôle dans l'élaboration de la paroi des cellules.

Au regard de ce panorama, les rôles des macro-éléments et oligo-éléments sont nombreux et essentiels pour la plante et sa croissance, quatorze d'entre eux intervenant notamment dans le mécanisme primordial de la photosynthèse. Dans ce contexte, leur bonne absorption est importante pour permettre une nutrition optimale du végétal.
III. Mécanismes d'Absorption des Éléments Minéraux par la Plante
Les plantes se nourrissent d’abord et surtout par leurs racines. L’absorption foliaire est une voie secondaire, intéressante à considérer dans le cadre de l’amélioration de la nutrition de la plante et des pratiques culturales.
A. Absorption Radiculaire : La Voie Prédominante
L'absorption des minéraux dissous dans l'eau est rendue possible par le mécanisme de transpiration foliaire. La perte d’eau par évaporation au niveau des feuilles va créer un mouvement d’eau ascendant. La différence de pression qui en résulte permet l’entrée dans la plante de l’eau et des minéraux dissous. Ce phénomène concerne principalement l’azote, la magnésie, le calcium, le soufre, le bore et le molybdène.
Il existe trois mécanismes complémentaires d’absorption non exclusifs l’un par rapport à l’autre :
Le Mass Flow (Flux de Masse) : C’est le mouvement de l’eau et des éléments de la solution du sol vers l’intérieur de la racine, au niveau des poils absorbants. Il est rendu possible grâce au différentiel de pression entre les racines et les feuilles grâce au phénomène d’évapotranspiration. Il concerne préférentiellement l'azote, le magnésium, le calcium et le molybdène.
La Diffusion : C’est la différence de concentration en un élément entre l’intérieur de la plante et la solution du sol : l’élément entre dans la plante si sa concentration y est plus faible. C’est un phénomène passif qui ne demande pas de dépense d’énergie à la plante. C’est le cas du cuivre et du fer.
L'Interception : Il s’agit du prélèvement des ions fixés sur le complexe argilo-humique. C'est la voie dominante pour le cuivre et le fer.
Plusieurs facteurs influencent ce processus essentiel :
- Le régime hydrique du sol (très difficile dans les situations extrêmes comme la sécheresse ou des situations d’hydromorphie).
- La teneur en matière organique et en argile du sol.
- L’équilibre entre les éléments minéraux du sol (antagonisme).
- La température du sol.
- L’activité biologique, responsable de 80 à 85% de la nutrition de la plante.

B. Absorption Foliaire : Une Solution Complémentaire
La capacité de la plante à absorber des éléments minéraux au niveau des feuilles est intéressante à considérer pour éviter les phénomènes de blocage du sol, tels que des conditions pH-rédox défavorables ou la forte teneur d’un élément minéral (facteur favorable à une carence induite). L’absorption foliaire est une voie rapide pour corriger tout déséquilibre apparent. Pour répondre aux besoins métaboliques des plantes, l'absorption racinaire est parfois limitée ou incomplète en raison de divers facteurs comme le pH du sol, le taux d'argile et/ou de matière organique, l'antagonisme entre éléments, l'hydromorphie ou la sécheresse, les températures, ou une faible activité biologique. Pour pallier ces carences, qu'elles soient induites (l’élément est présent mais n’est pas absorbable) ou vraies (l’élément n’est pas présent), le recours aux engrais foliaires est une solution complémentaire aux engrais racinaires. L’enjeu n’est pas de les apporter en quantité, mais d’assurer leur absorption par la plante. Plusieurs stratégies sont alors possibles :
- Augmenter le pouvoir « mouillant » et « collant » des gouttelettes d’oligo-éléments favorise leur contact avec la surface des feuilles. Leur pénétration jusqu’au vaisseau de transport dans la plante est ainsi facilitée.
- Associer ces oligo-éléments à des composés natifs végétaux améliore leur transport dans la plante. Reconnus par la plante, ces chélates naturels rentreront ensuite directement dans les cellules végétales après avoir joué ce rôle de transporteur.
- Favoriser la conduction de la sève à travers le végétal revient à améliorer l’effet de pompe.
C. Nutrition par les Mycorhizes : Une Symbiose Bénéfique
Les mycorhizes désignent les associations entre un champignon et une plante. C’est une relation au bénéfice mutuel dans la mesure où elle profite aux deux partenaires. Dans les faits, le champignon pénètre dans la plante plus ou moins superficiellement en fonction du type d’association. La plante fournit au champignon des sucres (produits par la photosynthèse) et de la vitamine B12 ; en retour, le champignon lui offre de l’eau, des oligo-éléments, des acides aminés, de l’azote, du potassium, du phosphore et des hormones utiles pour sa croissance. La relation mycorhizienne permet à la plante de multiplier par cent son volume d’exploration pour un coût énergétique cent fois moins important. Elle est d'autant plus soutenue et répandue que les pratiques mises en place sont favorables au développement d'une vie du sol diversifiée. A contrario, une fertilisation minérale déséquilibrée affaiblit ce système de relation : la plante trouvant alors facilement des ressources dans son milieu, elle ne trouve plus d'intérêts à céder une partie des produits de sa photosynthèse aux champignons.

IV. Carences, Interactions et pH du Sol
La base de l’alimentation des plantes reste la fertilisation en macro-éléments et une bonne structure de sol avec des constantes physico-chimiques équilibrées (dont le pH en particulier). Les oligo-éléments ne règlent pas des problèmes de sol. Il ne faut pas confondre la sensibilité des plantes à la carence et la quantité nécessaire au bon fonctionnement des réactions biochimiques : suivant les espèces voire les variétés, les quantités nécessaires varient et les carences peuvent être plus ou moins impactantes.
A. Carence, Optimum et Toxicité
Carence, optimum de nutrition et toxicité sont en réalité trois facettes différentes de la nutrition de la plante.

Carence : La croissance de la plante est proportionnelle à la teneur de l'élément. Si la nutrition est insuffisante, le développement est freiné, et des symptômes de carence deviennent visibles.
Optimum : C'est la situation idéale pour garantir une croissance optimale.
Toxicité : La concentration de l'élément augmente, mais le niveau de croissance stagne, voire décline. L'élévation de la teneur de l'élément dans le milieu devient contreproductive pour la plante, elle entre dans un cycle de dégénérescence.
B. Types de Carences
Il existe quatre types de carence :
Carence Vraie : La teneur de l’élément dans le milieu proche de la plante est à un niveau bas, la plante ne peut satisfaire ses besoins. L'exemple ci-contre montre une carence vraie en zinc sur maïs.

Carence Induite : La teneur de l’élément dans le milieu proche de la plante semble suffisante au regard de l’analyse de sol, mais la concentration élevée d’un autre élément rend difficile l’absorption du premier. C’est, par exemple, le cas de la carence induite en zinc dans un milieu riche en phosphore.

Cette situation fait plus largement référence à la notion de synergie et d’antagonisme entre les éléments minéraux du sol. Le diagramme de Mulder présente les multiples interactions entre éléments. Deux éléments sont en synergie (flèche verte) quand leur présence conjointe favorise leur absorption respective, tandis qu'ils sont en antagonisme (flèche rouge) quand l'excès de l'un nuit à l'absorption de l'autre.

C. Effet du pH du Sol sur la Disponibilité des Oligo-éléments
Le pH influence directement les différentes formes chimiques dans lesquelles vont se trouver les ions. Or, la plante a ses formes privilégiées et pourra avoir des difficultés à prélever certaines formes ioniques. La capacité de la plante à absorber un élément ne dépend donc pas seulement du contenu du sol mais aussi de la forme chimique sous laquelle se retrouve cet élément.

Ce graphique permet de visualiser que le pH optimum à rechercher est aux environs de 6 où la grande majorité des éléments sont disponibles en quantité suffisante. Seul le molybdène est peu disponible à ce pH, il convient alors d’y être vigilant. En cas de pH élevé (argilo-calcaire par exemple), le fer, manganèse et zinc peuvent manquer : la pulvérisation foliaire sera adéquate pour une alimentation rapide de la plante.
Impacts Spécifiques du pH :
- Manganèse (Mn) : La disponibilité du Mn diminue à mesure que le pH augmente. Dès que le pH dépasse 6,3, le Mn devient insoluble.
- Cuivre (Cu) : Carence surtout avec un pH élevé. Des conditions légèrement basiques peuvent gêner l’absorption du cuivre.
- Zinc (Zn) : Carence surtout dans les sols dont le pH est > 7.
- Bore (B) : À pH < 7, le bore est sous forme d’acide borique dans la solution du sol, la forme d’absorption dominante.
- Fer (Fe) : Les carences sont plutôt rares sauf en sol calcaire.
- Molybdène (Mo) : Contrairement aux autres oligo-éléments, la disponibilité du Mo augmente avec l’augmentation du pH du sol.
V. Gestion des Oligo-éléments et Spécificités des Systèmes de Culture Simplifiés (ACS)
Les pressions sur l’utilisation des produits phytosanitaires et l’augmentation des prix des engrais poussent à optimiser le fonctionnement de la plante en lui apportant des oligo-éléments. Des erreurs de pratiques peuvent accentuer les conséquences des carences au lieu de les diminuer. Plutôt qu’une véritable carence en oligo-élément, la cause d’un manque dans la plante provient souvent d’un sol dont le fonctionnement n’est pas optimum. Il vaut donc mieux corriger le problème plutôt que de traiter les symptômes.
A. Impact des Pratiques en ACS sur l'Absorption des Oligo-éléments
Dans les systèmes de culture simplifiés (ACS), l'évolution du sol peut impacter l'absorption des oligo-éléments. Ce sont surtout les problèmes de structure du sol et donc les phénomènes d’oxydo-réduction qui sont en jeu.
Sol "soufflé" : Un sol trop soufflé (excès de vie biologique par exemple), surtout après quelques années d’ACS bien menée, peut réduire l'absorption de manganèse. Le roulage après semis est indispensable aussi bien pour faciliter le contact terre-graine que pour favoriser l’absorption des éléments.
Sol compacté : À l’inverse, un sol compacté va limiter le développement racinaire et donc la surface de prospection (avec, en plus, des problèmes de réduction des éléments minéraux).
Enrichissement en matière organique de surface : L’enrichissement de la matière organique en surface, avec des apports conséquents de matières organiques exogènes (fumier, déchets verts, etc.), peut, si le sol n’est pas encore en bon état biologique (début ACS), provoquer des blocages, principalement en cuivre.
Acidification de l'horizon de surface : L’acidification de l’horizon de surface est aussi régulièrement constatée : cela peut impacter l’assimilation du molybdène.
Minéralisation réduite : La moindre minéralisation de la matière organique par l’absence de travail du sol va moins libérer d’éléments minéraux dont les oligo-éléments. Dans des sols comme les argilo-calcaires qui ont déjà tendance à retenir les minéraux, la vigilance doit être renforcée.
B. Stratégies d'Apport d'Oligo-éléments en Pratique
L'utilisation d'engrais à base d'oligo-éléments est nécessaire pour favoriser une croissance saine des plantes, améliorer la qualité des récoltes, renforcer la résistance aux stress et améliorer l'environnement du sol.
Choix en fonction des besoins : Différentes cultures ont des besoins différents en oligo-éléments. Il est donc très important de choisir des engrais qui contiennent des quantités appropriées d'oligo-éléments. Les engrais appropriés peuvent être sélectionnés en fonction des résultats des analyses de sol et de la demande en oligo-éléments de la culture.
Contrôle du dosage : Seule une quantité appropriée d’engrais oligo-éléments est nécessaire. Une application excessive entraînera une augmentation de la teneur en oligo-éléments du sol, ce qui aura un impact négatif sur les cultures et l'environnement du sol.
Application raisonnable : Les engrais à oligo-éléments peuvent être appliqués par pulvérisation foliaire ou traitement du sol.
C. Témoignages d'Agriculteurs et Conseils d'Experts
Témoignage 1 : Un apport systématique pour des plantes plus saines
Un agriculteur qui apporte des oligo-éléments de façon systématique sur toutes ses cultures depuis 4 ans, est pleinement satisfait.
- Sur blé et orge : Au stade épi 1 cm et au stade 2 nœuds, il apporte 5 éléments différents : cuivre (36g), manganèse (31g), bore (38g), zinc (36g) et soufre, sous forme chélatée en liquide. Il réalise son propre mélange et ajoute de la résine de pin pour une meilleure pénétration. Les cultures sont plus homogènes avec des rendements corrects, sans zones jaunâtres ou en souffrance.
- Sur colza : Il apporte 4 éléments : phosphore, potasse, cuivre (36g) et zinc (36g), le tout en liquide à montaison en mars. Le poids spécifique est systématiquement plus élevé.
- Sur sorgho : Un mélange de bore (190 g), molybdène (12 g) et zinc (180 g) est apporté à 4-5 feuilles, au moment du sevrage, évitant les à-coups à ce stade.L'objectif est d'avoir des plantes en meilleure santé et plus résistantes. Pour l'avenir, il souhaite quantifier les besoins réels par des bandes sans apport et des analyses de jus de tige, ainsi que l'impact économique.
Témoignage 2 : Des apports ciblés pour des rendements satisfaisants
Un autre agriculteur gère ses apports d'oligo-éléments avec des stratégies spécifiques par culture :
- Sur colza : Bore classique (450 g/Ha) en foliaire à la reprise de végétation, avec un herbicide.
- Sur tournesol : Bore chélaté (150 g/Ha) en liquide en post-semis pré-levée, avec un herbicide.
- Sur pois d’hiver : Mélange de bore (320 g/Ha) et molybdène (36 g/Ha) juste avant floraison, avec un fongicide.Ces pratiques ont conduit à des plantes en bonne santé et des rendements satisfaisants, souvent supérieurs à ceux des voisins. Le coût supplémentaire est limité au prix du produit, car les apports sont combinés à d'autres passages.
Témoignage 3 : Une approche globale pour la santé du sol et des plantes
Un agriculteur qui utilise des oligo-éléments systématiquement sur toutes ses cultures, suivant les préconisations d'une société avec un complexe de 7 éléments (Magnésium, Bore, Zinc, Manganèse, Cuivre, Molybdène, Sélénium). Les raisons principales sont d'obtenir des plantes en meilleure santé, plus résistantes aux maladies et insectes, et de compenser le stockage d'oligo-éléments dans le sol en phase de stockage de matières organiques, surtout avec une CEC très faible.
- Sur blé et féverole : Deux apports (3L/Ha) fin mars-début avril et 3 semaines plus tard, avec un traitement fongicide si nécessaire.
- Sur colza : Une seule application fin mars.
- Sur maïs : Des apports d'azote liquide, kiésérite, carbonate au 15 mars, un starter au semis, et 3 applications de Mg, S, Zn et Mn à 2 feuilles, tous les 5 à 7 jours. Cela aide le maïs à mieux passer le stade sevrage.Ces apports sont considérés comme un plus dans un système ACS en transition, avec le souhait de cibler davantage les besoins par des analyses de sève.
Témoignage 4 : Vers l'autonomie et la qualité des récoltes
Un nouvel exploitant dans une ferme laitière, cherchant à réussir l'ACS sur l'ensemble de la ferme et à éviter l'utilisation de fongicides tout en augmentant la qualité des récoltes, s'est intéressé aux oligo-éléments et aux produits à base d'extraits d'algues.
- Sur blé : Application de bore (300 g/Ha), molybdène (30 g/Ha), zinc, fer et cuivre, avec des extraits d'algues, vitamine C et acides aminés. Les plantes sont restées saines jusqu'à la moisson sans fongicide.
- Sur méteil : Plus difficile de conclure, nécessitant des analyses de valeur alimentaire.
- Sur maïs : Travail sur la qualité du lisier pour une meilleure disponibilité et éviter les pertes par évaporation.L'objectif est de construire un système performant en mettant toutes les chances de son côté.
Recommandations de Novalis Terra (Paul Robert, fondateur et dirigeant)Il est crucial de rappeler que la base de l’alimentation des plantes reste la fertilisation en macro-éléments et une bonne structure de sol avec des constantes physico-chimiques équilibrées (dont le pH en particulier). Les oligo-éléments ne règlent pas des problèmes de sol ! Il ne faut pas confondre la sensibilité des plantes à la carence et la quantité nécessaire au bon fonctionnement des réactions biochimiques : suivant les espèces voire les variétés, les quantités nécessaires varient et les carences peuvent être plus ou moins impactantes. La stratégie consiste à définir un budget oligos global et de comparer son coût à des niveaux de risques : plus le risque est élevé, plus la prime de risque est élevée. L’objectif est de se mettre à l’abri des problématiques difficilement contrôlables par la pétrochimie : la prévention est votre meilleure alliée ! La vraie question à se poser est : "est-ce prudent de s’en passer ?". Le premier outil est l’analyse de sol pour établir une stratégie, édifier les niveaux de fertilité et identifier ce qu'il faut compenser, et mettre en lumière les grands risques maladies.
D. Stratégies pour une Absorption Maximale
Les besoins des plantes en oligo-éléments sont très faibles mais vitaux, l’enjeu n’est pas de les apporter en quantité, mais d’assurer leur absorption par la plante. Plusieurs stratégies sont alors possibles et peuvent se compléter :
- Augmenter le pouvoir "mouillant" et "collant" : Favorise le contact des gouttelettes d'oligo-éléments avec la surface des feuilles, facilitant leur pénétration jusqu'aux vaisseaux de transport.
- Associer à des composés natifs végétaux : Améliore le transport dans la plante. Ces chélates naturels, reconnus par la plante, pénètrent directement dans les cellules végétales.
- Favoriser la conduction de la sève : Améliore l'effet de pompe, essentiel pour le transport des nutriments.
Une gestion efficace des oligo-éléments est essentielle pour optimiser les rendements et la qualité des cultures, tout en favorisant la durabilité à long terme des systèmes agricoles. La prévention des carences, basée sur une compréhension approfondie des interactions sol-plante et des besoins spécifiques des cultures, est la clé du succès.
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