L'arrivée des premières dents chez un nourrisson est une étape marquante, souvent accompagnée de diverses manifestations qui poussent les parents à chercher des solutions pour apaiser leur bébé. Parmi les remèdes populaires, les colliers de dentition, et plus particulièrement les colliers d'ambre, ont regagné une popularité significative ces dernières décennies, promus par les médecines douces et les approches alternatives. Cependant, derrière cette image rassurante de "remède naturel", se cachent des réalités complexes, mêlant croyances ancestrales, arguments marketing et, surtout, des risques avérés pour la santé et la sécurité des tout-petits.
Des origines anciennes à la popularité moderne
L'utilisation de colliers pour soulager les désagréments liés à la poussée dentaire remonte à l'Antiquité. À une époque où les connaissances scientifiques et médicales étaient rudimentaires, ces objets pouvaient être associés à des pratiques ésotériques, voire religieuses. L'idée était d'offrir une protection ou un apaisement par le port d'objets censés posséder des vertus spécifiques. Historiquement, on trouve mention de colliers fabriqués à partir de graines de ricin, de perles de buis, de noisetier, ou encore d'ambre. Ces pratiques s'inscrivaient dans une logique de protection accrue des nourrissons, période souvent associée à une plus grande fragilité, notamment en raison d'une mortalité infantile élevée.

De nos jours, cette tradition a été ravivée, avec une mise en avant particulière des colliers d'ambre. Les fabricants et les partisans de ces colliers avancent que l'ambre, une résine fossilisée, contiendrait de l'acide succinique. Cet acide serait libéré au contact de la chaleur de la peau, agissant comme un anti-inflammatoire naturel et un analgésique, capable ainsi de calmer les douleurs liées à la poussée dentaire, de réduire les irritations cutanées et même de favoriser un sommeil plus paisible. Le mécanisme invoqué repose sur la capacité de l'ambre à se charger en ions négatifs, supposés avoir un effet apaisant. L'ambre, souvent décrit comme un trésor anti-douleur, fascine par sa texture et sa couleur, et sa réputation quasi magique perdure, alimentée par des témoignages et des croyances populaires.
Les bienfaits supposés des colliers d'ambre : entre science et marketing
Les bienfaits attribués aux colliers d'ambre sont variés, bien que leur fondement scientifique soit largement contesté.
- Soulagement des douleurs dentaires : C'est le bénéfice le plus fréquemment cité. L'idée est que l'acide succinique contenu dans l'ambre, libéré par la chaleur corporelle, agirait comme un anti-inflammatoire et un antidouleur. Cependant, des études suggèrent qu'même si l'ambre contient de l'acide succinique, la quantité libérée et sa capacité à être absorbée par la peau du bébé sont très limitées, voire nulles. Une recherche approfondie dans la littérature scientifique ne retrouve aucune étude probante sur l'efficacité des colliers d'ambre contre les désagréments de la pousse dentaire.
- Amélioration du sommeil : Les propriétés apaisantes de l'ambre sont également invoquées pour favoriser un sommeil plus paisible chez les bébés. Là encore, aucune preuve scientifique ne vient étayer cette allégation.
- Réduction des irritations cutanées : L'ambre serait également associé à une diminution des irritations de la peau. Cette hypothèse repose sur des propriétés anti-inflammatoires supposées, dont l'efficacité sur la peau du bébé n'est pas démontrée.
Il est important de noter que les allégations concernant les bienfaits pour la santé des colliers d'ambre ont été la cible de régulations. Par exemple, en mars 2012, une société a été contrainte de retirer une publicité affirmant que "l'ambre est reconnu pour soulager les douleurs dentaires des bébés" suite à une décision de la Commission de contrôle de la publicité de la DGCCRF. En 2011, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a également interdit plusieurs publicités pour des colliers d'ambre en raison d'allégations de bénéfices pour la santé dont la preuve ne pouvait être établie.
Les risques indéniables : danger de strangulation et de suffocation
Malgré les discours rassurants des fabricants et les croyances des parents, le port de colliers par les nourrissons, y compris les colliers de dentition en ambre ou en noisetier, présente des dangers bien réels et documentés.
Le risque d'étranglement et de strangulation
Le danger le plus grave et le plus fréquemment souligné est celui de l'étranglement ou de la strangulation. Un collier, quelle que soit sa matière ou sa conception, peut représenter un risque mortel pour un bébé. Si le collier ne se rompt pas, l'enfant peut s'accrocher à une branche lors d'une promenade, à un montant de lit pendant son sommeil, ou à tout autre objet. L'enfant étranglé, souvent incapable de crier à l'aide, risque des conséquences dramatiques, allant de blessures graves au décès, particulièrement chez les enfants âgés de 0 à 2 ans.

Des données américaines ont mis en évidence ce danger : entre 1975 et 1978, les sucettes montées sur collier auraient été responsables de plus de 200 décès de nourrissons. Plus récemment, une enquête de la DGCCRF menée en 2015 a identifié 28 bracelets et colliers dangereux en raison d'un risque d'étranglement ou de suffocation, la majorité étant en perles d'ambre. Les essais réalisés visaient à vérifier si le fermoir cédait sous une force de traction suffisante pour éviter la strangulation. Cependant, une étude menée en Nouvelle-Écosse a révélé que sur 15 colliers d'ambre testés, seulement 8 se sont détachés sous une force de 7 kg, démontrant que les mécanismes de sécurité ne sont pas toujours fiables.
Le risque de suffocation par ingestion de perles
Un autre danger significatif est lié à la rupture du fil ou du fermoir du collier. Si le fil cède, les perles peuvent se détacher et être portées à la bouche par le bébé. L'ingestion de ces petites pièces peut entraîner un risque de suffocation, un accident domestique malheureusement fréquent et particulièrement terrifiant. Les fabricants tentent de minimiser ce risque en affirmant que la solidité de leur collier diminue les risques, ou que la taille des perles et la présence de nœuds entre elles empêchent leur détachement. Cependant, des cas où des bébés ont dû consulter un médecin après avoir avalé un fermoir magnétique, s'être étranglés avec le collier, ou s'être étouffés avec les perles sont rapportés.
L'évolution des colliers de dentition et les recommandations actuelles
Face à ces dangers, une prise de conscience a émergé, conduisant à une évolution des produits et à des recommandations plus strictes.
Depuis 2010, une nouvelle génération de colliers de dentition a vu le jour, spécifiquement conçus pour le soulagement des poussées dentaires. Ces colliers proposent souvent une texture douce et hygiénique, et les perles sont conçues pour ne pas se déformer. Une différence majeure réside dans leur mode d'utilisation : certains de ces colliers ne sont plus portés par le bébé, mais par l'un des parents, notamment les mères allaitantes, lors des moments de câlins avec l'enfant. Cette approche vise à éloigner le risque de strangulation et de suffocation du nourrisson tout en conservant un contact avec le matériau supposé apaisant.

Cependant, il est crucial de rappeler que le risque lié au port d'un collier de dentition en ambre est généralisable à tout type de collier chez le nourrisson. C'est d'ailleurs ce danger qui a amené les pédiatres à déconseiller fortement d'attacher la sucette du nourrisson autour de son cou.
Les services de pédiatrie de deux hôpitaux à Toulouse et Montauban ont mené une étude entre mars et juillet 2011, distribuant des fiches d'information sur les dangers des colliers de dentition. Les résultats ont révélé que plus de 90 % des parents interrogés n'avaient pas été informés des risques lors de l'achat de ces colliers. Malgré la connaissance d'un cas récent de décès accidentel, certains parents ont continué à faire porter un collier à leur nourrisson, tant ils redoutaient la souffrance de leur enfant. Les auteurs de cette étude ont recommandé l'interdiction de la vente de ces colliers dans les pharmacies et de toute publicité vantant leurs mérites.
La Société française de pédiatrie alerte également les parents sur les risques liés au port de ces colliers. Il est important de souligner que les poussées dentaires ne nécessitent généralement pas de traitement médical spécifique.
Pourquoi les colliers d'ambre « sont dangereux pour les enfants »
Alternatives sûres pour soulager bébé
Face aux doutes quant à l'efficacité et aux dangers avérés des colliers de dentition, il existe des alternatives plus sûres et recommandées par les professionnels de santé pour soulager bébé lors des poussées dentaires.
- Anneaux de dentition réfrigérés : L'utilisation d'un anneau de dentition, fabriqué dans un matériau élastique et apte à être réfrigéré (sans aller jusqu'au congélateur pour éviter les brûlures par le froid), est une méthode efficace et sans danger. La fraîcheur aide à engourdir la gencive et à réduire l'inflammation et la douleur.
- Massages doux des gencives : Un massage délicat des gencives de bébé avec un doigt propre peut apporter un soulagement.
- Médicaments antidouleur adaptés : En cas de douleur importante, un pédiatre peut recommander l'administration de paracétamol ou d'ibuprofène, à la posologie adaptée à l'âge et au poids de l'enfant.
Il est primordial pour les parents de s'informer auprès de sources fiables et de privilégier la sécurité de leur enfant avant de succomber aux sirènes du marketing ou aux traditions dont l'efficacité n'est pas prouvée et les dangers, bien réels. Les colliers de dentition, qu'ils soient en ambre, en noisetier ou d'une autre matière, ne sont pas une solution miracle et présentent des risques inacceptables pour les nourrissons. Le bien-être de bébé passe avant tout par sa sécurité.