Le Binage de la Betterave Sucrière : Un Guide Pratique pour une Agriculture Durable

Le binage en culture de betterave sucrière est une technique agricole dont l'usage est en pleine expansion. Cette recrudescence s'inscrit dans un contexte mondial de réduction drastique des produits phytosanitaires. Pour maximiser l'efficacité du binage des betteraves, il est crucial de l'exécuter à des moments opportuns, spécifiques au stade de développement de la plante.

schéma de l'évolution des outils de binage

Principes Fondamentaux du Binage

Le binage implique le passage d'un outil de travail du sol superficiel entre les rangs de culture. Par conséquent, cette technique est la plus efficace lorsque la betterave est à un stade de développement jeune. L'évaluation de la couverture du sol par la culture constitue un indicateur fiable : si la culture dans votre parcelle est trop couvrante, il est trop tard pour biner, car le binage ne serait pas recommandé. Des outils d'aide à la décision (OAD) tels que Spotifarm - Le tour de plaine, peuvent faciliter l'évaluation du taux de couverture du sol. Il est important de noter que pour les semis les plus précoces de betterave, le binage peut devenir difficile en raison de la couverture foliaire déjà dense à cette période de l'année.

Pour optimiser l'efficacité du binage, il est vivement conseillé de le réaliser par temps sec. Cette condition météorologique permet d'avoir un impact significatif sur les adventices, car les mauvaises herbes auront beaucoup plus de mal à reprendre leur croissance. De plus, un examen attentif de l'état d'usure de la bineuse est essentiel. Des socs trop usés peuvent entraîner une largeur de travail trop étroite dans les inter-rangs, réduisant ainsi l'efficacité de l'opération.

La préparation du sol en pré-semis est une étape cruciale pour un binage réussi. Une préparation du sol bien nivelée et légèrement battante optimise le passage de la bineuse une fois la culture implantée. Un terrain trop motteux et inégal entravera les socs de la bineuse, ce qui accentuera l'usure des mécanismes de chaque élément et ne permettra pas un travail uniforme et optimal. Il est par ailleurs fortement déconseillé de biner dans des parcelles trop caillouteuses, car le binage serait peu efficace et risquerait d'endommager l'outil.

Choix de la Bineuse et Innovations Technologiques

Le choix de la bineuse et de ses options est déterminant et doit être adapté à la culture à biner. De nombreux constructeurs proposent des options pour faciliter et optimiser le binage. Le protège-plants, par exemple, permet d'éviter de recouvrir le rang de semis lors du passage de la bineuse, mais peut être retiré lors d'un passage à un stade plus avancé de la culture. L'option « roue à doigt » est également disponible pour cibler les adventices sur le rang, utilisable pour les betteraves du stade 4 feuilles à 10 feuilles. D'autres options, comme des éléments buteurs (disque ou sabot), sont aussi proposées par de nombreux fabricants.

différents types de bineuses et leurs options

Le désherbinage, une méthode très efficace, combine le traitement chimique avec le désherbage mécanique, offrant une approche intégrée de la gestion des adventices.

Le type de guidage de la bineuse est un facteur clé, souvent influencé par des considérations économiques. La bineuse « traditionnelle » avec guidage manuel, où une personne sur un siège à l'arrière de la bineuse la dirige à l'aide d'un système électro-hydraulique, est la plus économique. Cependant, les bineuses avec autoguidage par trace au semis ou avec caméra permettent de biner seul, offrant une autonomie accrue.

Avancées en Autoguidage et Précision

Les Chambres d'agriculture de Normandie, l'Institut Technique de la Betterave (ITB) et Saint Louis Sucre ont mené des essais sur trois campagnes pour comparer les itinéraires techniques minimisant le désherbage manuel en betteraves sucrières bio. L'objectif était de constituer des références locales avec le soutien financier de la région Normandie, en explorant comment produire de la betterave sucrière sans intrants de synthèse et avec peu ou pas de désherbage manuel.

L'implantation des betteraves s'est avérée être un levier essentiel pour réduire au maximum l'utilisation du désherbage manuel tout en assurant une qualité de désherbage satisfaisante. En Normandie, deux types d'implantations ont été étudiés : le semis classique et le semis en carré pour un binage intégral, reposant sur la technologie geoseed de Kverneland. Cette dernière permet de biner dans les deux directions (celle du semis et celle perpendiculaire), couvrant ainsi 90 % de la surface et réduisant considérablement le temps de désherbage manuel. L'espacement entre chaque plante peut être ajusté selon la bineuse disponible (par exemple, semis en 45 x 45 cm ou 30 x 45 cm). Dans les essais, un semis en 45 x 45 cm a été utilisé, résultant en une population de 45 000 pieds par hectare.

Durant ces deux années d'essais, l'utilisation du désherbage mécanique, avec des bineuses équipées ou non de moulinets et des herses étrilles de précision, a montré une efficacité satisfaisante à condition d'intervenir précocement sur des adventices jeunes (fil blanc à cotylédons). Il est impératif de passer le plus tôt possible, dès le stade cotylédons des betteraves. Le recours au désherbage manuel a représenté entre 39 h/ha (2020) et 110 h/ha (2021) de main-d'œuvre pour la modalité classique, une variabilité expliquée par la pression adventice de la parcelle et les conditions climatiques du printemps.

Si le binage réduit le nombre de traitements phytosanitaires de post-levée des betteraves sucrières, les mauvaises herbes présentes sur le rang restent complexes à éliminer. La bineuse Gardford Inrow, commercialisée depuis 2008 pour le binage des salades, offre une solution prometteuse. Ce constructeur britannique a développé un système de binage utilisant un demi-disque en forme de croissant qui pivote à l'approche de la betterave. Une image est transmise 30 fois par seconde à une console dans la cabine du tracteur, interprétée par des logiciels qui identifient la betterave par rapport aux mauvaises herbes, guident la bineuse sur le rang et commandent le mini-élément bineur. Lorsqu'une betterave est détectée, cet élément pivote à son aplomb avec une précision d'1 cm, préservant ainsi la plantule. L'élément bineur revient ensuite immédiatement sur le rang pour poursuivre son travail. Chaque élément est piloté individuellement par un moteur hydraulique. Cette bineuse compacte est placée à l'avant du tracteur, fabriquée sur mesure et disponible en 4, 6, 12 et 18 rangs. Le binage de l'inter-rang est assuré par des lames en V classiques. L'ensemble est positionné sur un châssis mobile qui s'aligne automatiquement sur le rang en cas de déviation du tracteur. Disponible en version hydraulique et électrique, la version électrique permet d'avancer plus vite, jusqu'à 4 km/h pour des betteraves implantées à 18 cm d'intervalle sur le rang.

Comment fonctionne le Garford Robocrop InRow eRotor - expliqué par Anthony Wypart

Stratégies de Désherbage et Gestion des Adventices

Le désherbage mécanique de la betterave sucrière bio est particulièrement exigeant. Le nombre d'heures de travail consacrées à l'éclaircissage et au désherbage sur la ligne influence de manière décisive le résultat économique de cette culture. L'objectif est de ne pas dépasser 150 heures de travail manuel par hectare. Même avec une mécanisation performante, deux interventions manuelles sont généralement nécessaires.

La betterave, caractérisée par une croissance initiale lente, ferme ses rangs tardivement. Il est donc primordial de tout mettre en œuvre pour qu'elle reste exempte d'adventices jusqu'au stade 6 feuilles. Cependant, la régulation des adventices dans la betterave commence bien avant le semis. Sur un lit de semence grossier, la betterave lève irrégulièrement, rendant très difficile le passage de la bineuse à doigts avant le stade 2 feuilles des adventices. Si la mauvaise herbe prend de l'avance par rapport à la plante cultivée, la régulation des adventices s'annonce très difficile et coûteuse.

Afin d'éviter cette situation, plusieurs mesures ont prouvé leur efficacité :

  • Cure anti-adventices en pré-préparation : Effectuer un à trois passages avec une herse étrille, une herse ou une herse à dents avant la préparation du lit de semis, en respectant un intervalle de 10 à 14 jours entre les passages, selon l'état du sol et la météo.
  • Semis plutôt tardif : Privilégier un semis autour du 10 au 20 avril.
  • Augmentation de la densité de semis : Augmenter la densité d'environ 10 % permet de compenser les pertes dues au désherbage.
  • Étrillage à l'aveugle : Utiliser une herse étrille ou une fraise à lames avant la levée si le semis a été profond. Si la profondeur du semis était normale, il faut travailler de manière extrêmement superficielle pour ne pas déplacer les graines de betteraves.
  • Sarclage précoce avec protection : Sarcler le plus tôt possible avec des disques ou des tôles de protection pour éviter de recouvrir de terre les plantules de betterave.
  • Adaptation de la vitesse sans protection : Lors d'un sarclage sans disques ou tôles de protection, adapter la vitesse pour ne pas recouvrir de terre les plantules de betterave.

La herse-étrille est efficace pour éliminer les adventices au stade cotylédons situées sur la ligne de betterave, à condition qu'il y ait suffisamment de terre fine. À la mi-mai, il devrait y avoir au minimum 36 000 plantes par hectare, ce qui représente 18 plantes saines sur 10 mètres de longueur pour un interligne de 50 centimètres. Si cette densité minimale n'est pas atteinte, la poursuite de la culture devrait être discutée avec un conseiller.

photos des différents stades de développement des adventices

L'Émergence des Robots de Désherbage

Sur le domaine agricole de la famille Vetterli, la betterave sucrière est une culture importante. Pour maintenir la rentabilité, il est décisif de réduire le travail lié à la régulation des mauvaises herbes. Les Vetterli sont parmi les premiers à utiliser le robot autonome de semis et de sarclage Farmdroid dans leurs betteraves sucrières, marquant une étape importante dans l'automatisation du désherbage.

Traditionnellement, le binage est utilisé en fin de période de désherbage des betteraves pour compléter l'action des désherbants chimiques, comme le remarque Cédric Royer, responsable machinisme de l'ITB. Les planteurs de betteraves réalisent en moyenne quatre à cinq traitements herbicides pour couvrir la période allant jusqu'au recouvrement du sol. L'ITB s'efforce de répondre à la demande sociétale de réduction des produits phytosanitaires, conformément au Grenelle de l'environnement, mais uniquement lorsque cela est possible et sans compromis sur la propreté des parcelles. La betterave, une culture exigeante, ne tolère aucune concurrence avec les adventices ; un chénopode par mètre carré peut réduire le rendement de 3,7 tonnes/hectare.

Cédric Royer explique que l'objectif est de remplacer deux traitements chimiques par deux passages mécaniques en travaillant sur le rang des betteraves. Le remplacement d'un traitement chimique par un passage mécanique, comme la bineuse, peut constituer une première étape et réduire l'IFT (indicateur de fréquence de traitement) de 15 à 20 %. Dans les essais ITB menés depuis sept ans, le passage d'une bineuse équipée de moulinets a donné les meilleurs résultats techniques.

Une autre évolution majeure sur les bineuses est l'installation de caméras. Cette technologie permet de réaliser le passage avec une seule personne au lieu de deux auparavant, et surtout, d'atteindre une vitesse de binage de 12 kilomètres/heure, soit deux fois plus vite que les anciennes bineuses. Cédric Royer met en garde : la caméra détecte le vert de la ligne de betteraves. Pour débuter le désherbage mécanique sur le rang, l'ITB conseille de commencer au stade « 4 feuilles » vraies des betteraves, sur une parcelle propre, c'est-à-dire après les deuxième et troisième passages herbicides, afin d'assurer une bonne sélectivité pour la betterave. Il est également crucial de travailler sur des adventices au stade cotylédon. « Il n'y a pas de rattrapage en betterave », avertit Cédric Royer, ou alors très limité. Le remplacement d'un traitement chimique par un mécanique sera d'autant plus facile que la parcelle est propre. En revanche, si les conditions météorologiques ne le permettent pas, il faut revenir immédiatement au chimique. Par exemple, en Picardie, deux jours de temps séchant (soleil et/ou vent sec) ou au moins quatre jours sans pluie sont nécessaires, sans quoi les risques de repiquage de certaines plantules s'avèrent trop importants.

Le coût du matériel reste un facteur. Une bineuse 12 rangs coûte environ 25 000 euros, dont 6 000 euros pour les moulinets. L'équipement d'une caméra ajoute 5 000 euros. De plus, la technique est très dépendante des conditions météo. Les années 2013 ou 2014, où le chimique était très efficace, le mécanique a eu peu d'efficacité. Contrairement aux années de printemps sec, comme 2011, où le mécanique a surpassé le chimique. Il faut également intégrer que les journées longues et ensoleillées de juin permettent d'intervenir plus facilement qu'en mai, où le sol se ressuyant plus lentement. Au final, l'ITB estime que remplacer deux désherbages chimiques par deux mécaniques est légèrement moins coûteux que quatre passages chimiques. L'institut technique s'intéresse à élargir le désherbage mécanique à d'autres outils que les bineuses.

L'Importance de la Structure du Sol et l'Aération

Pour le guidage d'une bineuse, le signal RTK est une solution efficace mais inadaptée dans les dévers, car la console de guidage s'adapte au passage du tracteur et non à celui de la bineuse. Adapter une console de guidage sur la bineuse serait trop coûteux. La vitesse du binage avec guidage RTK oscille entre 6 et 10 kilomètres/heure.

L'intérêt principal du binage inter-rang ne se limite pas à la destruction des mauvaises herbes, mais réside aussi dans sa capacité à briser la croûte de battance qui se forme quelques heures après une averse. Les pluies torrentielles étant malheureusement de plus en plus fréquentes dans l'agriculture moderne, cette fonction est primordiale. Le régime hydrique du sol, une fonction très importante, peut être amélioré par l'utilisation d'un décompacteur Terraland en automne, puis pendant la croissance par l'utilisation d'une bineuse inter-rang. Biner aère le sol et met à disposition plus d'oxygène pour les betteraves, ce qui explique le retour de nombreux agriculteurs au binage.

schéma de l'impact du binage sur la structure du sol

Lors de la conception de nouvelles bineuses, les retours des agriculteurs sont essentiels. Les fermes ZS Slovec (400 hectares de betterave à sucre) et Palomo Lostice (350 hectares de betterave à sucre), d'importants producteurs de betteraves tchèques, ont partagé leurs exigences : une machine légère et compacte, capable de réaliser de hautes performances quotidiennes avec un tracteur de 100 CV. « Nous pouvons biner 60 hectares par jour avec notre Row-Master 18 rangs et le système optique d'autoguidage. Nous pouvons donc travailler toute notre surface de betterave sucrière en une semaine », explique Jiri Sobota, chef de culture et copropriétaire de la ferme ZS Slovec.

Le ROW-MASTER de BEDNAR peut être équipé d'un scanner optique CultiCam pour détecter la végétation. La CultiCam est capable de guider la machine dès l'apparition de deux feuilles sur les plants de betteraves, permettant ainsi d'intervenir et d'ameublir le sol très tôt, juste après la germination de la betterave sucrière. La caméra CultiCam scanne 3 rangs, évalue la croissance ainsi que la trajectoire du rang, et envoie les informations à un système électronique qui communique avec la direction hydraulique de la bineuse. Le système de direction guide les unités de travail du Row-Master pour opérer directement entre les rangs de végétation. « L'autoguidage du Row-Master est pour nous une très bonne surprise, il fonctionne parfaitement. Nous pouvons biner 18 rangs en un seul passage sans aucun dommage sur les plantes », précise Jiri Sobota. Les unités de travail sont soutenues sur un parallélogramme. Grâce au placement unique d'un silent bloc sur chaque unité de travail, une pression est constamment exercée sur les pièces d'usure. Le Row-Master pénètre facilement la croûte de battance et maintient une plus grande précision sur la profondeur de travail. Une pointe de 60 mm de large, montée sur une dent rigide avec versoir, peut recouvrir les racines des betteraves de terre avant la récolte, réduisant ainsi les dommages sur les tubercules.

En 2014, de nombreux producteurs ont exprimé le désir de pouvoir changer le nombre de rangs de leur bineuse, particulièrement entre 12 et 18 rangs, afin de pouvoir utiliser le Row-Master chez plusieurs producteurs de betteraves à sucre utilisant des semoirs de différents nombres de rangs. BEDNAR FMT a connu une période intense en 2024/2025, présentant de nouvelles solutions comme le semoir DIRECTO pour le semis direct et le SONIQ ON, un combiné de semis porté axé sur la précision, la polyvalence et la performance.

Évolution de la Gestion Chimique et Alternatives Durables

Avec les difficultés croissantes de gestion des graminées en végétation, les pratiques ont évolué ces dernières années vers l'utilisation de solutions chimiques de prélevée. Cependant, l'homologation de la plupart des molécules utilisées a été retirée récemment (S-metolachlore avec le Mercantor Gold depuis le 23 juillet 2024 et triallate avec l'Avadex 480 depuis le 29 mars 2025). Désormais, en prélevée, seules les spécialités à base d'éthofumésate et de métamitrone (ex : Goltix Duo / Tornado Combi) peuvent apporter une efficacité sur les graminées (vulpins). Par conséquent, il sera nécessaire de mettre en place tous les leviers du désherbage durable (rotation, gestion du travail du sol) car les interventions en post-levée restantes avec des produits de la famille des FOPs ou DIMs sont parfois insuffisantes lors de conditions d'applications non optimales (météo défavorable) et surtout en présence de graminées résistantes.

En ce qui concerne la gestion des dicotylédones en post-levée, toutes les spécialités commerciales à base de triflusulfuron (Safari, Safari Duoactive…) sont interdites cette année. Ces spécialités étaient très utilisées pour la gestion de nombreuses flores dicotylédones, y compris les repousses de crucifères. Cette année, la métamitrone et le lénacile pourront avoir une efficacité sur les crucifères, et notamment les repousses de colza, mais seulement s'il y a de l'humidité, car ce sont des produits racinaires. Un nouveau produit, Rinskor (nouvelle famille chimique avec un nouveau mode d'action) de la société Corteva, est attendu cette année. Ce produit de post-levée sera particulièrement efficace sur les chénopodes. La Chambre d'agriculture de la Somme a mis en place des essais de désherbage cette année afin d'apporter de nouvelles solutions dans la gestion des adventices, dont les résultats seront communiqués prochainement.

Pratiques Actuelles et Recommandations de Désherbage

Les semis de betteraves se terminent, et les betteraves semées depuis mi-mars sont en cours de levée ou au stade cotylédons. Certains agriculteurs ont effectué un désherbage de prélevée avec les prévisions de pluies (les produits racinaires ayant besoin d'humidité pour être efficaces) pour les situations à risque, comme les graminées (Avadex 480 pour les agriculteurs qui en détenaient encore), les chénopodes/matricaires (Goltix 70 UD) ou encore les ombellifères (Kezuro ou Goltix Silver). Malheureusement, les pluies ont souvent été en faible quantité sur le département, hypothéquant la pleine efficacité de ces applications. En terres profondes, la fraîcheur est encore présente en grattant le sol, contrairement aux terres plus séchantes (terres superficielles et biefs). L'optimisme est de mise concernant le développement des betteraves en terres profondes. Cependant, une graine semée dans le sec devra attendre la pluie pour germer.

infographie sur les différents produits de désherbage

Quelques règles essentielles pour le désherbage de post-levée :

  • Délai d'intervention : Envisager le premier désherbage quinze à vingt et un jours maximum après le semis.
  • Observation des parcelles : Avant toute intervention, il est crucial d'inspecter vos parcelles. Chaque situation est unique. Gratter le sol avec un couteau pour observer la présence de « fils blancs », signe d'adventices. Plus l'intervention est précoce sur une adventice jeune, meilleure sera l'efficacité.
  • Adaptation des doses : Lorsque les adventices sont plus développées (à partir de 2 feuilles), il faudra augmenter la dose de produit foliaire (ex : Fasnet SC…) à 1,2 l/ha.
  • Gestion en temps sec : Si le temps sec persiste, l'efficacité des désherbages s'orientera principalement sur des produits foliaires : Phenmédiphame (« Betanals » = Fasnet SC), éthofumésate (« Tramats » = Boxer SC 500). Il ne faudra pas augmenter la dose du racinaire et le choisir en fonction de la flore présente dans la parcelle. Le renfort des racinaires (« Goltix 70 UD, Venzar ») n'interviendra qu'à la faveur d'une ré-humidification du lit de semences.

Désherbage du Lin Textile de Printemps : Un Cas Similaire

Le désherbage du lin textile de printemps, une culture avec des solutions chimiques en retrait et peu de méthodes de substitution, présente des défis similaires.

  • Désherbage des graminées : Comme pour la betterave, la perte de l'Avadex 480 remet en question la gestion des graminées dans la culture du lin. Cette solution de pré-levée, utilisée pour la gestion des ray-grass, des vulpins mais également de la folle avoine, avait l'avantage de limiter les applications de rattrapage en végétation qui apparaissent nettement moins sélectives sur la culture. Homologuée en pré-levée, mais encore en essai, la spécialité Colzamid (Napropamid) déjà connue sur colza pour la gestion des graminées et des coquelicots semble apporter une réponse, mais son efficacité sur graminées et sa sélectivité sont encore à évaluer. Dans plusieurs essais, Arvalis-Institut du Végétal a montré un ralentissement de la croissance du lin comparable à celui pouvant être généré par une application d'herbicide en végétation. Il reste donc les solutions anti-graminées traditionnelles de la famille des FOPs et DIMs en application foliaire pour gérer les graminées. Ces solutions doivent être appliquées en conditions poussantes entre 5 et 10 cm du lin pour maximiser leur efficacité et assurer une bonne sélectivité sur la culture. Les spécialités du type Fusilade Max (Fluazifop) ou Agil (Propaquizafop) sont à privilégier sur les repousses de céréales, tandis que les spécialités comme Ogive VXT/Select (Cléthodime) ou Serac/Stratos Ultra (Cycloxydime) sont plus adaptées sur vulpins et ray-grass et peuvent dans certains cas être associées pour renforcer l'efficacité.
  • Désherbage des dicotylédones : Une application au semis est incontournable à base de Sulcotrione (Rikki) ou de Mésotrione (Calliprime Xtra) pour gérer les chénopodes, arroches, pensées, véroniques. Cette application de produit racinaire est particulièrement délicate cette année avec le printemps sec et l'absence de pluie. Il est primordial de ne pas laisser dessécher les terres entre la préparation et le semis. Dans les conditions actuelles, il est recommandé de réaliser les désherbages le soir, dès que le vent tombe et que l'hygrométrie remonte avec un volume d'eau suffisant (200 l/ha) pour profiter de l'humidité résiduelle du sol. Un complément anti-dicot peut être réalisé en végétation dès le stade 5 cm du lin pour gérer les renouées liserons, crucifères, coquelicots, gaillets et vivaces du type chardons ou laiterons. Pour les rattrapages de chénopodes, renouées liserons et gaillets, privilégier l'emploi de Chekker à 180-200 g/ha. En présence de renouées liserons, crucifères et vivaces, l'Allie SX à la dose de 15-20g/ha est plus adapté (seule cette spécialité dosée à 200 g/kg de metsulfuron méthyle est homologuée sur lin). Dans tous les cas, s'assurer que les lins sont bien enracinés à plus de 5 cm de profondeur et en absence de précipitation importante annoncée en post-application pour éviter les problèmes de sélectivité. Pour ces interventions de rattrapage, il conviendra d'utiliser un volume d'eau suffisant (150-200l/ha) et de réaliser les applications avec une bonne hygrométrie (de préférence le soir). Il est important de respecter un intervalle de 7 jours entre deux désherbages et de bien identifier l'intervention prioritaire (anti-graminée ou anti-dicot).
  • Gestion des vivaces : Il est important de juger le niveau de pression pour adapter son programme de rattrapage, soit à base de Metsulfuron méthyle (Allie SX) ou de Clopyralid (Lontrel 100). En cas de forte présence de laiteron ou de chardon, il convient d'intervenir tôt (dès le stade 5-10 cm du lin) afin de bloquer la croissance des vivaces et limiter leur concurrence vis-à-vis du lin et de ne pas perturber la récolte. Une bonne gestion des adventices en linière est une clé de réussite de la culture du lin textile.

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