L’Industrie Semencière au Bénin : Vers une Révolution Agricole par la Structuration et l’Innovation

Introduction : Les Enjeux de la Souveraineté Semencière

Le secteur agricole demeure le pilier fondamental de l’économie des pays d’Afrique sub-saharienne, et le Bénin ne fait pas exception. Au cœur de cette dynamique, la production végétale, dominée par les cultures vivrières, assure la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations. Parmi ces cultures, le maïs (Zea mays L.) occupe une place hégémonique, couvrant près de 70 % des superficies céréalières emblavées. Toutefois, malgré son rôle crucial de subsistance et d’échange commercial, la production nationale reste souvent en deçà des besoins, appelant à une transformation profonde des pratiques.

La qualité des semences - incluant la pureté variétale, le pouvoir germinatif et l'état sanitaire - constitue un levier majeur influençant jusqu’à 40 % de l’accroissement des rendements. C’est dans cette perspective que le gouvernement béninois a pris une décision stratégique : la création de la Société béninoise de développement des semences végétales et plants (SoDeSeP S.A.), officialisée par le décret n° 2024-723 du 24 janvier 2024.

Schéma illustrant la pyramide de production semencière, de la recherche fondamentale à la distribution aux agriculteurs

Un Système en Mutation : De l’Informel vers le Formel

Historiquement, le système semencier béninois a été marqué par une prédominance de l’informel. Les producteurs, par habitude, prélèvent directement des semences et plants sur le stock existant dans les champs pour la campagne agricole suivante. Ces méthodes d’approvisionnement présentent des limites structurelles majeures. Près de 80 % des semences végétales utilisées dans les exploitations agricoles proviennent de ces circuits, ce qui impacte négativement le niveau des rendements.

Pour corriger le tir et accroître le niveau de performance agricole, l’État a décidé d’instaurer un « système semencier formel ». La mission régalienne de l’État est ici de garantir la qualité des semences et des plants, qu’il s’agisse des filières vivrières, horticoles, fourragères, fruitières ou forestières. Cette structuration vise à renforcer le dispositif national pour gérer avec efficacité la production, l’agrégation, l’importation et la distribution.

Historique et Évolution des Politiques Semencières

Le profil historique des politiques de production et de distribution des semences au Bénin a connu plusieurs phases. Dès 1978, l’État central a pris en charge la production via huit fermes semencières. Après diverses restructurations, notamment les Plans Nationaux Semenciers des années 1990, la responsabilité de la production et de la commercialisation a été progressivement transférée aux organisations de producteurs, comme les Unions Sous-Préfectorales des Producteurs (USPP).

Cependant, des dysfonctionnements liés à la gouvernance, notamment dans la filière cotonnière, ont affecté tout le système, conduisant à des impayés de crédits intrants et à une fragilisation de l’approvisionnement en semences certifiées. Ce n’est qu’avec la création de l’Association Nationale des Semenciers du Bénin (ANASEB) en 2006 et la réinstallation de la Société Nationale pour la Promotion Agricole (SONAPRA) que la filière a entamé une phase de relance.

ARCHIVES : Anciennes méthodes – nouvelles technologies (DVD Semence Z Edition 2010)Céréales

Les Acteurs du Système Semencier Maïs

La filière semences de maïs, en tant qu’exemple représentatif, mobilise plusieurs acteurs publics et privés. La coordination est assurée par le Service des Semences et Plants (SSP) de la Direction de l’Agriculture (DAGRI). L’Institut National des Recherches Agricoles du Bénin (INRAB) se charge de la recherche et de la production de semences de pré-base.

La Direction de la Promotion de la Qualité et du Conditionnement des produits agricoles (DPQC) joue un rôle crucial de gendarme, veillant à l’application de la réglementation et à la certification. Enfin, la SONAPRA assure la logistique de distribution via les Centres Régionaux (CeRPA) et Communaux (CeCPA) de la Promotion Agricole. Cette chaîne de valeur, bien que théoriquement articulée, a longtemps souffert d’un manque de relations programmatiques claires entre les acteurs comme la FUPRO et l’ANASEB.

La SoDeSeP S.A. : Une Nouvelle Ère de Gouvernance

La Société de Développement des Semences et des Plantes du Bénin (SoDeSeP S.A.) est instituée pour répondre aux défis de sécurité alimentaire et contribuer à l’autosuffisance nationale. Son objectif premier est d’assurer la disponibilité constante de semences de qualité. À travers des partenariats stratégiques et des initiatives de recherche et développement, l’entreprise aspire à moderniser les techniques de production et à favoriser l’innovation.

La gouvernance de la SoDeSeP S.A. est structurée pour garantir la transparence et l’efficacité. Le Conseil d’Administration veille au respect des normes nationales et internationales, assurant ainsi que les investissements et les savoir-faire du secteur privé soient mis au service d’une agriculture compétitive.

Organigramme de gouvernance de la SoDeSeP S.A. et ses interactions avec les centres de recherche

Défis et Goulots d’Étranglement

Malgré une législation bien fournie, comme l’arrêté 2010 n°176/MAEP/DCAB/SGM/DRH/DPQC/SA, le pays reste confronté à des obstacles persistants. Parmi ces derniers, on note :

  • Le faible investissement des secteurs public et privé dans la filière.
  • Le manque de connaissance de la réglementation semencière par les acteurs de terrain.
  • Le fonctionnement non optimal du Comité National des Semences Végétales, notamment pour l’inscription des variétés.
  • L’incapacité de la recherche agricole à assurer une disponibilité suffisante de semences de pré-base et de base.
  • L’insuffisance des infrastructures pour l’assurance de la qualité.

L’ambition de la SoDeSeP est de lever ces barrières en mettant l’accent sur la garantie de la disponibilité, de l’accessibilité et du prix abordable des semences de qualité pour les utilisateurs finaux en temps opportun.

Vers une Agriculture axée sur la Technologie et la Durabilité

La transition vers l’utilisation généralisée de technologies améliorées est essentielle. Dans les zones productrices comme Lokossa, Zè et Kétou, les producteurs utilisent des variétés améliorées comme le EVDT 97 STR W ou le QPM, avec des cycles végétatifs allant de 75 à 90 jours. La SoDeSeP S.A. s’engage à accompagner ces agriculteurs en unissant l’expertise technique et le respect des traditions agricoles.

En renforçant le taux d’utilisation des semences certifiées, le Bénin se donne les moyens de transformer son agriculture. L’accent est mis sur la durabilité et l’innovation, afin que chaque campagne agricole soit plus performante que la précédente, garantissant ainsi la prospérité des exploitants et la sécurité alimentaire de la nation. La création de cette société marque non seulement une étape administrative, mais le début d’une transformation profonde du paysage agronomique national.

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