La Forêt Francilienne et le Noisetier : Entre Patrimoine, Innovation et Défis Climatiques

La région Île-de-France, souvent perçue comme un grand centre urbain, recèle en réalité un patrimoine forestier d'une richesse insoupçonnée, s'étendant bien au-delà des périphériques parisiens. Ces forêts, gérées depuis des siècles par l'homme, sont aujourd'hui au cœur d'enjeux multiples, allant de la préservation de la biodiversité à l'adaptation au changement climatique, en passant par l'accueil du public et la production de bois. Parmi les espèces qui peuplent ces écosystèmes, le noisetier, avec ses diverses formes et utilisations, se profile comme un acteur clé, tantôt menacé par l'évolution du climat, tantôt source d'innovations pour une sylviculture plus durable.

Carte des forêts d'Île-de-France

Les Forêts d'Île-de-France : Un Poumon Vert Méconnu

En Île-de-France, où 51 % des habitants avouent mal connaître leur région, les forêts représentent un héritage naturel et culturel souvent sous-estimé. Les forêts publiques franciliennes couvrent une superficie équivalente à 91 000 terrains de foot au-delà du périphérique. Pour donner une idée de leur ampleur, celle de Rambouillet fait la taille de Paris, et le Vexin français s’étend sur sept fois Paris. Pourtant, quand les Parisiens cherchent où aller le week-end, ils s’entassent souvent sur les quais de Seine, ignorant la richesse forestière à portée de main.

Loin d'être des espaces sauvages, nos forêts franciliennes sont entièrement façonnées par la main de l’Homme depuis des siècles. Le châtaignier de Montmorency, par exemple, a été importé par les Romains, témoignant de cette longue histoire d'interaction entre l'homme et la forêt. Sans forestiers, on ne pourrait plus s’y promener.

Les Missions de l'Office National des Forêts (ONF) en Île-de-France

L’ONF gère ces espaces avec un triple objectif, parfois perçu comme contradictoire et rarement expliqué : produire du bois, préserver la biodiversité et garantir l’accès du public en sécurité. Ce n’est pas le seul malentendu qui pèse sur nos forêts. Depuis quelques années, le métier de forestier est devenu l’un des plus controversés du pays. Sur les réseaux sociaux, les agents de l’ONF sont parfois accusés de « massacre à la tronçonneuse ». La forestière Claire Nowak nous le disait sans détour : « Quand nous expliquons que les coupes sont dues à des maladies très graves, j’ai parfois le sentiment que nous ne sommes pas crus. » Pourtant, ces interventions sont souvent nécessaires pour la santé et la pérennité de l'écosystème forestier.

Journée Internationale des Forêts et Sensibilisation

La Journée internationale des forêts, instaurée par l'ONU en 2011 et célébrée le 21 mars, est l'occasion de rappeler que les arbres ne sont pas un décor. En Île-de-France, cet événement est propice à la prise de conscience que les habitants vivent entourés de forêts qu'ils ne voient pas et dont la gestion est souvent mal comprise. Des initiatives comme le Festival « Forêts en scène », organisé à l’Académie du climat et dans les bois de Boulogne et de Vincennes, visent précisément à éclairer le grand public sur les enjeux de la sylviculture moderne. Ce festival propose des balades en forêt, des projections dans des cinémas parisiens, et des ateliers, permettant de se reconnecter à la nature et de mieux comprendre le rôle des forestiers.

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Le Noisetier : Un Arbuste aux Multiples Facettes

Le noisetier, qu'il s'agisse de l'espèce commune (Corylus avellana) ou du majestueux Noisetier de Byzance (Corylus colurna), est un arbuste qui traverse les temps, résistant aux hivers les plus rigoureux. Cette qualité lui a permis de côtoyer les dinosaures ! Rustique, il est un élément familier de nos forêts et jardins, apprécié pour ses fruits et ses diverses utilisations.

Caractéristiques Botaniques du Noisetier

De janvier à mars, c’est la saison de la floraison pour le Noisetier. Ses fleurs mâles sont de longs chatons jaunes orangés et les fleurs femelles sont plus petites, de couleur verdâtre. Quant à son fruit, vous l’avez deviné, il s’agit de la noisette, un oléagineux très énergétique. Elle se récolte à partir du mois d’août et se déguste aussi bien fraîche que sèche. L’automne est arrivé, saison idéale pour ramasser des noisettes sur le sol. Il est conseillé de les récolter lorsque leur casque végétal (korus en grec) commence à se flétrir. Dans les forêts ou les jardins, cet arbuste de la famille des bouleaux (les Bétulacées) est le repère favori des écureuils et des oiseaux qui se délectent de ses fruits.

Le Noisetier de Byzance, également appelé Noisetier de Turquie, est réputé être le plus grand de cette famille d'arbre, pouvant atteindre une vingtaine de mètres. « Quand on le regarde de loin, il a une silhouette un peu Chêne, il a des feuilles de Tilleul… Il est déroutant, mais quand on s’approche de plus près, on découvre le Noisetier de Byzance qui est très caractéristique avec cette écorce qui se desquame, qui part en lambeaux. Comme pour le Bouleau, l’écorce s’exfolie une fois par an. » Ses fruits sont petits et leurs coques épaisses, mais ils font le bonheur des écureuils ou des oiseaux.

Utilisations Traditionnelles et Modernes

Le bois très clair du noisetier est depuis longtemps utilisé dans les campagnes pour fabriquer des tuteurs, des clôtures en fascines et des paniers. Au-delà de ces usages traditionnels, le regain d'intérêt pour le noisetier tient en partie à la capacité de ses racines à se « mycorhizer », c’est-à-dire s’associer à un champignon, notamment la truffe, si recherchée pour ses qualités culinaires. Cette symbiose ouvre des perspectives intéressantes pour le développement de truffières et l'enrichissement de la biodiversité fongique.

Fruits du noisetier

Les Défis du Changement Climatique et l'Avenir du Noisetier

Directement impactées par le réchauffement climatique, nos forêts subissent des changements sans précédent avec des conséquences futures que les scientifiques ont encore du mal à évaluer. Certains arbres, comme le noisetier, pourraient disparaître de France avec le réchauffement climatique. Cela souligne l'urgence de prendre des mesures pour protéger et adapter nos forêts aux nouvelles conditions environnementales.

Comparaison avec la Déforestation Mondiale

Nos forêts françaises ne sont pas touchées par la déforestation comme l’Amérique du Sud ou l’Afrique, continents où les arbres sont coupés en masse afin de nourrir le bétail ou de produire des biocarburants. Mais les arbres de nos régions ne sont pas pour autant préservés des activités humaines et les paysages évoluent. Le changement climatique représente une menace diffuse mais puissante, modifiant les équilibres écologiques et mettant en péril la survie de certaines espèces indigènes.

Innovations et Projets Forestiers en Île-de-France

Face à ces défis, l'Île-de-France se distingue par une série d'initiatives visant à protéger, restaurer et développer ses espaces forestiers, tout en intégrant les enjeux de la biodiversité et de l'adaptation climatique.

La Nouvelle Forêt de Pierrelaye-Bessancourt

La création de la nouvelle forêt sur la plaine de Pierrelaye-Bessancourt dans le Val d’Oise a commencé. Dans les dix années à venir, un million d’arbres sera planté sur cette plaine polluée aux métaux lourds. La future forêt, dont l’avènement était attendu depuis quelques années, commence enfin à voir le jour. Le lundi 25 novembre 2019 a été planté le premier arbre de ce qui devrait être la plus grande forêt de feuillus plantée depuis Colbert.

C’est donc un érable champêtre qui a eu la primeur, et qui sera bientôt rejoint par des érables planes, des cormiers, des aulnes blancs, des chênes sessiles, des bouleaux… Une petite trentaine d’essences d’arbres sera plantée pour former le nouveau poumon vert de la région Île-de-France. Cet aménagement forestier s’étendra sur 1350 ha, dont 400 ha de bois déjà existants qui seront restaurés, comme l’indique le Syndicat Mixte d’Aménagement de la Plaine de Pierrelaye-Bessancourt (SMAPP).

Objectifs et Enjeux

Ce projet, labellisé Grand Paris et dont le coût est estimé à 84,5 millions d’euros, répond à plusieurs objectifs cruciaux. La première est l’enrichissement de la biodiversité en Île-de-France et la création d’un immense espace arboré pour absorber les émissions de Gaz à Effet de Serre, ainsi que 90 km de nouveaux chemins forestiers pour les promeneurs. La deuxième est l’aménagement de la plaine de Pierrelaye-Bessancourt, qui, polluée, n’était plus exploitable, et courait le risque de devenir une décharge. En effet, non seulement les eaux usées de Paris y ont été déversées pendant très longtemps, mais il était question d’y enfouir des déchets. Si les arbres ont gagné, il faudra encore lutter contre les dépôts sauvages qui restent malheureusement monnaie courante dans les forêts d’Île-de-France.

Les essences ont été sélectionnées par les agents de l’Office national des forêts (ONF) selon plusieurs critères : leur capacité de croissance rapide, afin que, d’ici une douzaine d’années, l’on puisse parler de forêt au sens commun du terme ; leur résistance à certains sols pollués ; et enfin, leur adaptation et leur résilience au changement climatique.

Protection de la Forêt de Montmorency

Dans le même temps que la naissance de cette nouvelle forêt, le préfet du Val-d’Oise a lancé la procédure de classement de la forêt de Montmorency en forêt de protection. Ce massif forestier attend cette décision depuis 2003, mais à présent, la procédure devrait aboutir dans les deux années qui viennent. Ce statut permettrait notamment à la forêt, qui jouxtera bientôt celle de Pierrelaye-Bessancourt, d’être préservée de la pression foncière, qui se fait pesante. Si la forêt de Montmorency est plantée à 90% de châtaigniers, elle est également un exemple de la nécessité de protéger les massifs existants.

Forêts Comestibles : L'Innovation de l'Association Noisette

L'association Noisette, créée par Anna et Alexis de Courson à Chars (Val d'Oise), œuvre à la mise en valeur des classiques de la forêt comme les noix, mûres, ail des ours, en créant une forêt dite comestible. « C'est un grand jardin, qui imite le fonctionnement d'une forêt avec des végétaux bons à manger », détaille Anna de Courson.

Sur une parcelle de 6 000 m2 acquise en juillet dernier, l'association a invité les habitants à planter avec eux. Bêche à la main et bottes aux pieds, 80 Charsiens et Charsiennes, répartis sur 4 demi-journées, ont participé à la plantation d'environ 300 arbres et arbustes les 13 et 14 novembre. Amateurs de jardinage, novices, familles, jeunes et personnes âgées ont suivi les conseils botaniques d'Anna et Alexis de Courson. « Le week-end s'est très bien passé, et comme on l'espérait, on a vu se créer des liens intergénérationnels mais aussi campagne ville », explique le couple de fondateurs, vivant à Paris.

Une Structure à Trois Étages

Trois étages apparaîtront bientôt sur le terrain charsien : la canopée, avec de grands arbres comme des noyers et des pommiers ; des arbustes (cassis, framboisiers…) ; et finalement un couvre-sol avec des herbes aromatiques qui seront plantés l'année prochaine. Selon Anna de Courson, les avantages de cette structure imitant la forêt sont nombreux : « Elle est abondante, quasi-autonome, résiliente et c'est un creuset de biodiversité. » Pour acheter les 150 espèces différentes de végétaux, l'association a obtenu le soutien de la région Île-de-France grâce au budget participatif écologique et solidaire.

À Chars, la forêt sera plus pédagogique que nourricière, mais le concept a de quoi séduire même à grande échelle. Ces jardins-forêts augmenteraient les rendements, permettraient aux agriculteurs des économies phytosanitaires, limiteraient l'érosion des sols et pourraient stocker plusieurs tonnes d'équivalent carbone par an. Cependant, les difficultés de récolte associées à la faible consommation des produits de la forêt ne poussent pas les agriculteurs français à se lancer. Les forêts comestibles restent donc pour l'instant rares en Europe, mais sont historiquement très présentes en zone tropicale.

Un Lieu d'Apprentissage et de Partage

L'objectif du week-end était double pour l'association Noisette : obtenir de l'aide pour planter, mais surtout tester leur modèle. Anna et Alexis de Courson souhaitent en effet pouvoir transmettre leur passion, et faire de leur forêt comestible un lieu d'apprentissage. « Le terrain a vocation à être ouvert ponctuellement au public. L'idée serait de faire deux visites par mois », indique le cofondateur. Pour rendre le lieu accessible et didactique, un parcours pédagogique a été créé et chaque arbre est accompagné de son panneau descriptif. En parallèle d'événements ponctuels, l'association souhaite ouvrir le portail de la forêt comestible aux écoles voisines.

La mairie, invitée à découvrir le jardin, espère le voir fleurir au côté de ses habitants : « Nous allons suivre avec attention l'évolution du site au fil des saisons », déclare Nicolas Belangé, adjoint au maire de Chars, en charge de l'environnement. Les premiers fruits du travail des jardiniers bénévoles de ce week-end seront cueillis dès le printemps prochains, même s'il faudra attendre quelques années avant de voir mûrir les premières pommes.

Schéma d'une forêt comestible

La Diversité des Paysages Forestiers Franciliens

L'Île-de-France offre une mosaïque de paysages forestiers, chacun avec ses particularités et ses trésors cachés, invitant à l'exploration et à la contemplation.

La Forêt Régionale de Ferrières et ses Séquoias Géants

Nul besoin de traverser l’Atlantique pour admirer les séquoias géants du parc du Yosemite dans le Nevada ! À 34 km de Paris, la Forêt régionale de Ferrières (3 157 hectares) abrite l’Allée des Lions : une allée majestueuse de séquoias géants, regroupant sur près d’1 km de long, près de 100 individus centenaires. Vous pourrez ainsi flâner au beau milieu de ces géants de 35 mètres de haut et de près d’un mètre de circonférence. Une expérience immersive qui rappelle la grandeur de la nature.

La Forêt Régionale de Bondy : Des Faux Airs de Canada

De petits pontons en bois qui parcourent les rives des étangs… Des pêcheurs qui aiment à se retrouver dès l’aube ou sous un ciel orageux pour taquiner le poisson… La Forêt régionale de Bondy affiche de faux airs de Canada ! Ne manquent à l’appel que les saumons et les orignaux. Mais côté faune, la forêt n’est pas en reste pour autant et n’a pas à rougir de son cousin outre-Atlantique. Elle recèle une diversité ornithologique peu commune en Île-de-France : des Martins pêcheurs, des Pics mars, des grands Pics noirs, des Hérons… Ils évoluent dans un cadre enchanteur, mêlant chênes rouvres et pédonculés, érables, frênes, charmes, bouleaux ou encore trembles et robiniers.

La Forêt Régionale de Rougeau - Bréviande et l'Art Contemporain

Parce que les forêts franciliennes sont aussi naturellement des lieux de patrimoine, la Forêt régionale de Rougeau - Bréviande accueille depuis 2013 Le Gardien, une œuvre de l’artiste Gloria Friedmann, au carrefour de la nature et de l’art contemporain. Ce géant de 10 mètres de haut, qui n’est pas sans rappeler les célèbres moaïs de l’Île de Pâques, perdus en plein Pacifique, nous invite à la contemplation. Par le jeu des proportions, le spectateur lève les yeux et découvre tour à tour, sur cette tête d’homme totémique et irréelle, cinq cerfs à taille réelle, puis le feuillage de chênes majestueux hauts de 25 mètres.

Des Paysages Calcaire et une Forêt Primaire à Proximité de Clichy-sous-Bois

De nombreux coteaux de 200 mètres de haut jalonnent les méandres de la Seine sur plusieurs kilomètres. Cette couleur blanche, propre au calcaire, et les fleurs qui habillent le pied des falaises rappellent les paysages naturels de la Suisse. Une impression de forêt primaire à seulement 15 km de Clichy-sous-Bois… Les immenses clématites d’une trentaine de mètres de haut s’accrochent aux frênes et aux érables de cette forêt. Ces figures végétales peuvent être confondues avec les lianes qui abondent dans les forêts tropicales. Un chemin en bordure de cette végétation luxuriante est accessible aux promeneurs et aux cyclistes. Pour enrichir sa balade, Balade Branchée propose gratuitement des contenus ludiques (audio, photo, vidéo et jeux) se déclenchant automatiquement à proximité des éléments remarquables.

La semaine verte | Investir dans la forêt urbaine

L'Exposition « Voyage dans les Espaces Naturels d’Île-de-France »

Si le temps vous manque pour visiter nos espaces naturels régionaux, l’exposition « Voyage dans les espaces naturels d’Île-de-France » vous offre un concentré de nature, permettant de découvrir la diversité et la richesse de ces écosystèmes sans quitter la ville.

La Forêt Domaniale de Carnelle

La forêt domaniale de Carnelle est un autre exemple de ces massifs franciliens qui contribuent à la richesse écologique et paysagère de la région. Comme les autres forêts gérées par l'ONF, elle s'inscrit dans cette triple mission de production, de préservation et d'accueil, et participe à la diversité des écosystèmes régionaux. Vianney Delourme pour Enlarge your Paris a mis en lumière cette forêt, soulignant son rôle dans le tissu vert de l'Île-de-France.

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