Guide complet de la cueillette en pleine nature : lois, conseils et bonnes pratiques

Personnes cueillant des baies et des champignons dans une forêt

La cueillette en pleine nature est une activité à la fois ludique et gratifiante, offrant la possibilité de récolter des fruits, des plantes ou des fleurs. Cependant, cette pratique, bien que tentante et gratuite, est scrupuleusement réglementée. Il est essentiel de connaître les règles pour éviter les sanctions et préserver l'environnement. Cet article explore les aspects légaux, les précautions à prendre et les bonnes pratiques pour une cueillette responsable et sécurisée.

La cueillette sur les domaines privés : une interdiction formelle

Au regard de la loi, les fruits et légumes appartiennent aux propriétaires des lieux, comme le prévoit l’article 547 du Code civil. Cela signifie que si une forêt ou une parcelle de terrain est privée, toute cueillette doit impérativement faire l'objet d'un accord préalable avec les propriétaires. Le texte précise que "les fruits naturels ou industriels de la terre et les fruits civils appartiennent au propriétaire par droit d’accession". L'article 673 complète cette disposition en indiquant que même les fruits tombés "naturellement" de leurs branches appartiennent aux propriétaires du domaine. Cette interdiction est également valable pour les végétaux.

Il est important de noter que près de 75% des forêts françaises sont privées, selon l’Institut National de l’Information Géographique et Forestière. Par conséquent, il est primordial de se renseigner auprès de votre mairie, de votre préfecture ou de l'agence de l’Office national des forêts (ONF) la plus proche de chez vous afin de vérifier le statut des terrains.

En cas de non-respect de ces règles, votre récolte pourrait être considérée comme un vol. Les sanctions peuvent être sévères : une amende de 750 euros pour une récolte inférieure à dix litres. Pour une récolte supérieure à dix litres, la contravention peut atteindre 45 000 euros, en plus de trois ans d'emprisonnement. Le fait de ne pas avertir par un panneau « cueillette de champignons interdite » n'est pas une faute et n'autorise pas les ramasseurs à pénétrer sur la propriété, qu'il s'agisse d'un bois, d'un pré ou d'un champ. Ramasser des champignons chez autrui est assimilé à du vol, comme le stipule l'article 311-1 du code pénal qui définit le vol comme « la soustraction frauduleuse de la chose d'autrui ».

Panneau

Les forêts publiques : des règles spécifiques pour une cueillette limitée

Dans les forêts publiques, également appelées "domaniales" et gérées par l’Office national des forêts (ONF), la cueillette est limitée mais autorisée, à condition qu'elle n'ait pas un caractère commercial. Sauf arrêté municipal ou préfectoral contraire, il est généralement possible de ramasser jusqu’à cinq litres de baies, myrtilles et autres fruits par personne. Les cueillettes à caractère familial sont ainsi légales, à condition qu'aucun arrêté préfectoral ou municipal n'indique le contraire.

Cependant, les cueillettes excessives peuvent menacer des espèces, même courantes comme le muguet ou les jonquilles, et par principe, une autorisation préalable du propriétaire est nécessaire, comme le prévoit l'article 547 du Code civil. En effet, toutes les forêts publiques ont un propriétaire, qu'il s'agisse de l'État, d'une région, d'un département ou d'une commune.

En cas de dépassement du seuil autorisé de cinq litres, vous risquez une amende de 135 euros, comme le prévoit l'article R163-5 du Code forestier, pour une récolte située entre cinq et dix litres. Au-delà de dix litres, la cueillette est considérée comme du vol, et vous encourez jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende.

Cueillir de façon responsable : préserver l'environnement et les espèces

Cueillir ne signifie pas arracher. Il est essentiel de prélever les fruits ou les végétaux de manière responsable pour préserver la nature. L'ONF explique qu'une cueillette à la main n'abîme pas les pousses et préserve les cueillettes futures, contrairement à l'utilisation de râteaux ou de peignes, dont l'usage peut être limité ou interdit par des réglementations locales.

Le Centre national de la propriété forestière rappelle que des réflexes fondamentaux incluent le fait de ne pas piétiner les plantes, de ne pas perturber leur habitat naturel et de ne pas laisser de déchets derrière soi. Par ailleurs, l'utilisation de certains outils, comme des couteaux, peut être réglementée.

Survivre en forêt : le ramassage de fruits secs.

Attention aux espèces protégées

La cueillette de fleurs et de végétaux suit le même principe que celle des fruits, mais elle prend également en compte les espèces protégées qui bénéficient d’un statut particulier interdisant leur récolte. Près de 400 variétés sont concernées. Il est donc très important de se renseigner sur la liste des végétaux protégés. Vous pouvez vous tourner vers votre mairie, l'office du tourisme, l'ONF ou des associations de protection de la nature situées dans votre région. En cas d’infraction constatée par les agents de l’Office national des forêts ou ceux de l’Office français de la biodiversité (OFB), une contravention allant jusqu’à 750 euros peut vous être infligée.

Conseils pour une cueillette de champignons éthique et sécurisée

L'automne est une saison propice à la cueillette des champignons, une activité dont le succès n'est plus à prouver, mais qu'il faut pratiquer avec modération. Encadré par un mycologue passionné, vous pourrez découvrir ces joyaux de la nature. La saison des champignons est précieuse mais limitée, principalement de septembre à novembre, lorsque les conditions climatiques sont idéales. Les variations régionales, influencées par le climat et la végétation locale, offrent des expériences uniques.

Le réseau naturaliste mycologie de l'ONF dispense plusieurs conseils pour une cueillette de champignons réussie et sécurisée :

  • Informez vos proches de votre destination : Chaque année, les secours sont déclenchés pour rechercher des cueilleurs de champignons égarés.
  • Équipez-vous d'un panier : Les champignons sont fragiles et pourraient s'abîmer et s'écraser s'ils sont transportés dans un sac plastique.
  • Renseignez-vous sur le lieu de cueillette : Vérifiez bien que vous avez l’autorisation de ramassage et quelles sont les quantités maximums autorisées.
  • Cueillez des champignons de taille adulte et en bon état : Laissez sur place les plus petits, ainsi que les vieux ou ceux qui sont abîmés ou ont subi le gel.
  • Arrachez le champignon en entier, ne le coupez pas : Contrairement aux idées reçues, le pied du champignon contient d’importantes informations (feutre mycélien, forme de la base du pied, morceaux de bois, couleur…) qui permettent son identification.
  • Respectez l’humus : Il s’agit de la couche de terre à la surface, d’environ dix centimètres de profondeur, essentielle à la vie du champignon. N’enlevez pas de grosses mottes en prenant un champignon, ne retournez pas la terre autour.
  • Séparez les espèces connues de celles que vous ne connaissez pas : Mieux vaut éviter de cueillir les champignons que vous ne connaissez pas.
  • Laissez sur place les champignons non comestibles, sans les abîmer.
  • Triez votre panier à la lumière et vérifiez votre récolte.
  • N’utilisez pas d’application sur téléphone pour identifier vos champignons.
  • Demandez l'avis d'un spécialiste : Si vous avez un doute sur la comestibilité d'un champignon, demandez l'avis d'un pharmacien ou d'un mycologue pour l'identifier. Avec près de 30 000 espèces en France, la plus grande prudence est de mise.

Différents types de champignons comestibles et non comestibles

Précautions sanitaires et identification des espèces

Comme le recommande la Fédération française de la randonnée pédestre, il est préférable d'éviter de cueillir les fruits qui se trouvent en bord de route en raison du taux de pollution. Le site spécialisé Le Chemin de la nature, fondé par un herbaliste/botaniste, explique que "les endroits les plus pollués sont les bords de routes, les chemins de fer, les abords des usines, des champs et jardins cultivés et des décharges". Cependant, il nuance en précisant que "ça n’est pas parce que le lieu est pollué que la plante va contenir le polluant. Dans le doute, on s’abstiendra de cueillir dans ces zones-là".

Veillez également à privilégier les espèces que vous êtes certain d'identifier pour éviter les variétés toxiques. Soyez vigilant et inspectez chaque fruit pour vous assurer qu'il ne présente aucune moisissure et aucun champignon indésirable. Certaines baies et quelques champignons peuvent être toxiques.

Des expériences de cueillette guidée et des ateliers d'identification

Le renouveau d'intérêt pour la cueillette d'aliments sauvages a conduit à l'émergence de séjours et d'ateliers dédiés. Par exemple, Elise propose un séjour reposant dans une maison d'hôtes à Vabre dans le Tarn, incluant une cueillette de champignons guidée et un atelier d'identification. Elle offre également un guide d'identification des champignons.

La Maison du Tourisme Cœur de Beauce organise des randonnées botaniques à l’arboretum d’Orgères-en-Beauce en compagnie d’Angélique Plédran, guide nature. Cet arboretum regorge de richesses végétales insoupçonnées, comme l'achillée millefeuille, le plantain, la carotte sauvage, le millepertuis perforé, l'aigremoine eupatoire, la pâquerette, le trèfle, le prunier, le coquelicot, le pissenlit commun, le cornouiller sanguin ou encore la brunelle commune. Ces plantes sauvages sont comestibles et dotées de vertus médicinales. Angélique Plédran, diplômée en ornithologie, botanique, gestion et protection de la nature, fondatrice du blog « Plume de Nature », formatrice et guide nature, apprend à les reconnaître, à les cueillir et à les utiliser, tout en révélant anecdotes et petites histoires à leur sujet. La balade se termine par une dégustation de jus et de gâteaux maison confectionnés à partir de plantes.

Ces initiatives offrent une initiation pleine de couleurs et de senteurs à la thérapie des fleurs. Elles permettent d'apprendre et de pratiquer sur le terrain avec des guides lors de stages de plusieurs jours.

Des lieux de cueillette organisée : quand la nature s'invite dans un cadre contrôlé

Certains jardins proposent des cueillettes organisées, où des panneaux affichent les produits disponibles le jour même, la liste variant en fonction des saisons, de la météo et des récoltes. À l'accueil, un "kit cueilleur" (sécateur, couteau, explications) est souvent prêté en échange d'une caution, comme des clés de voiture. Des panneaux jaunes localisent les parcelles ouvertes à la cueillette dans le jardin, et il est parfois possible de laver les légumes sur place. Il est recommandé de prévoir des cageots, caisses et cabas réutilisables pour transporter la récolte. Tout se passe alors sous vos yeux, dans la joie, la simplicité et le respect des plantes, permettant de découvrir l'oseille sauvage, le lierre terrestre, l'ail des ours, la berce commune (avec prudence, pour ne pas la confondre avec la dangereuse berce du Caucase) et l'ortie, riche, tendre et parfumée. Une fois la cueillette terminée, place à la préparation !

Panneau indiquant les plantes à cueillir dans un jardin

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