Les chefs-d’œuvre de la préhistoire : l’art pariétal de Lascaux

La grotte de Lascaux, située dans la région du Périgord en France, est un ensemble composé de salles et de galeries souterraines dont plusieurs secteurs sont ornés de peintures murales que l'on situe généralement entre 20 000 et 17 000 av. J.-C. Les peintures et gravures de Lascaux comptent parmi les plus grands chefs-d’œuvre de l’art pariétal. Découverte en 1940 en Dordogne, la grotte originale réunit près de 2 000 représentations animales et signes abstraits sur 230 mètres de galeries. Une nouvelle et plus complète reproduction de la plus célèbre grotte ornée du monde a ouvert ses portes à Montignac, en Dordogne, à 500 m de l’originale. Cette réplique, connue sous le nom de Lascaux 4, permet une immersion totale dans ce monument majeur de l'humanité.

Vue d'ensemble de la salle des Taureaux dans la grotte de Lascaux

La découverte fortuite d’un trésor archéologique

Le 8 septembre 1940, des adolescents se promènent dans les bois de Lascaux quand leur chien disparaît dans un trou. L'un d'eux descend pour le récupérer et découvre un passage étroit qui semble ouvrir sur une grotte. Il revient quatre jours plus tard avec trois copains pour l'explorer. Ces jeunes gens, les premiers à entrer en ces lieux depuis près de 20 000 ans, découvrent Lascaux. « J’avais 13 ans et j’étais en vacances à Montignac (Dordogne), se souvient Simon Coencas, dernier “inventeur” encore vivant de la grotte. Un “grand”, Marcel Ravidat, nous a proposé, à Jacques Marsal, Georges Agniel et moi, de descendre avec lui dans un trou qu’il avait repéré. On espérait découvrir le trésor d’un manoir, mais on a trouvé toutes ces peintures. »

L’instituteur du village est prévenu. Puis l’abbé Henri Breuil, le grand préhistorien de l’époque, est appelé pour authentifier les lieux. Dans la foulée, le classement aux monuments historiques est officialisé. Et, dès 1948, l’espace est ouvert au public.

La structure et l’organisation de la grotte

La grotte, parfois étroite, mesure 235 m de long. Les adolescents en parcourent les galeries tantôt en marchant, tantôt en rampant. Partout, ils distinguent des fresques multicolores et des gravures. La salle des Taureaux doit son nom aux quatre immenses aurochs qui s'y trouvent peints. Mesurant jusqu'à 5 mètres de long, ils dominent deux troupeaux qui se rejoignent et regroupent une trentaine d'animaux plus petits, enchevêtrés et superposés les uns aux autres : d'autres taureaux, des chevaux, des cerfs… caracolant dans une cavalcade bien organisée.

En suivant le « Passage », on accède à la « Nef », où se croisent bouquetins, cerfs et bisons. Nous voici dans le « Diverticule axial », où domine la gravure. En revenant sur ses pas, on peut rejoindre l'« Abside » aux centaines de gravures, en majorité chevaux et aurochs. Enfin, après quelques mètres de descente, on atteint le « Puits » pour découvrir la fameuse représentation d'un chasseur qui semble succomber à l'attaque d'un bison.

La grotte de Lascaux : le temple secret des étoiles de plus de 17 000 ans

Techniques de création et matériaux utilisés

Pour peindre dans la grotte au-dessus de la corniche, les hommes de la Préhistoire y ont transporté des troncs d'arbre, grossièrement dégrossis, dont les branches assez solides ont pu leur servir d'échelles. Pour s'éclairer, ils ont utilisé des lampes à graisse et des torches. Pour fabriquer la peinture, ils ont trouvé dans les environs de la grotte des pigments présents dans certaines roches : des oxydes de fer provenant de l'ocre pour les rouges et les jaunes, et des oxydes de manganèse pour le noir.

Les pigments sont des oxydes métalliques, fer et manganèse, mais aussi du charbon de bois. L’analyse des pigments montre que les rouges sont des hématites, les jaunes des goethites. Pour les couleurs (noir, ocre, rouge), ils ont utilisé des oxydes de manganèse et de fer, broyés et mélangés à de la graisse animale, puis appliqués au doigt, à la sarbacane ou au crachis. À Lascaux, le travail sur les couleurs de certaines figures comme le cheval rouge et noir du panneau de la Licorne est unique et particulièrement frappant. Sur cette figure, on observe aussi la technique de la réserve : elle permet de rendre les différents plans et d'inscrire les figures dans l'espace.

L’art pariétal comme sanctuaire et expression spirituelle

Il est probable que ces peintures aient eu une signification rituelle ou religieuse, servant peut-être à conjurer la réussite lors de la chasse ou à communiquer avec des esprits surnaturels. La grotte de Lascaux n'était pas un simple abri mais plus certainement un sanctuaire, un espace sacré. « La grotte était probablement un lieu de cérémonies religieuses, pense le spécialiste. Pas au sens où l’on entend la religion aujourd’hui, mais plutôt comme dans les sociétés traditionnelles, où elle fait partie du quotidien. »

Les animaux représentés jouaient un rôle essentiel dans la vie des chasseurs paléolithiques. On a longtemps pensé que cet art était lié à la chasse, voire à l’envoûtement des proies, pour en faciliter la prise. Mais les animaux qui sont peints ne sont pas forcément les plus chassés pour servir de nourriture. Si Lascaux n'a pas encore livré tous ses secrets, l'homme du Paléolithique a trouvé avec l'art le moyen de s'exprimer, de s'approprier l'espace et d'exister au-delà de la mort.

Les défis de la conservation et la naissance des fac-similés

La cavité connaît un succès phénoménal après son ouverture au public en 1948. Mais elle accueille trop de monde. Après seulement quelques années, le dioxyde de carbone dégagé par les centaines de visiteurs commence à stagner. Il faut installer d’énormes machines à ventiler pour éviter les évanouissements. La grotte elle-même résiste mal à cette fréquentation massive. Des algues apparaissent et la concentration de CO2 provoque des taches blanches sur les parois. En 1963, André Malraux, alors ministre d’État chargé des Affaires culturelles, prend une décision radicale : il ordonne la fermeture de Lascaux. C’est alors le seul moyen de sauver la grotte.

Face à cet engouement, la création de fac-similés est devenue la solution pour permettre au public de découvrir ces chefs-d’œuvre sans mettre en péril l’original. En 1983, Lascaux 2, le premier fac-similé d’art pariétal du monde, ouvre ses portes. Plus récemment, Lascaux 4, le Centre international de l’art pariétal, propose une reproduction intégrale et immersive, utilisant des techniques de pointe pour recréer l’atmosphère, la température et les détails infimes des parois originales.

Schéma explicatif des techniques de numérisation 3D pour la reproduction de Lascaux

Lascaux 4 : une prouesse technologique et artistique

La construction de Lascaux 4 a nécessité un travail de précision millimétrique. Entre 2012 et 2013, des dizaines de milliers de relevés laser et de photographies ont été réalisés pour concevoir un clone numérique des lieux. À partir de ce « moule virtuel », il a été possible de façonner les parois en résine et les structures métalliques capables de les soutenir. L’Atelier des fac-similés du Périgord (AFSP) a mis trois ans à métamorphoser ces parois vierges.

« Pour tenir les délais, j’ai élargi notre équipe composée d’une douzaine de peintres et de sculpteurs à d’autres profils : un spécialiste des masques de théâtre capable de donner un effet de patine, un restaurateur d’art pour les travaux de finition, des peintres de décors de cinéma qui avancent plus vite… », détaille Francis Ringenbach, directeur artistique et de production de l’AFSP. Une trentaine de personnes ont ainsi travaillé de concert. Les animaux épousent les moindres reliefs de la paroi pour créer une impression de volume ou de mouvement. Le résultat est bluffant, offrant une expérience qui, selon les mots de ceux qui ont connu l’original, ne diffère que par l’odeur de la pierre millénaire.

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