Le bambou, cette plante alliée des jardiniers amateurs d’exotisme, s'intègre aisément dans les jardins, que ce soit en pot ou en haie, grâce à sa facilité d'entretien. Cependant, sa plantation peut parfois poser des défis, notamment en raison de la nature de son système racinaire. Le terme générique désignant une plantation de bambous est une "bambouseraie". Ce mot évoque à la fois un bosquet dense et une culture organisée de cette graminée ligneuse fascinante.

Les Différents Types de Bambous et Leurs Rhizomes
Le bambou se développe dans la terre à l’aide de rhizomes, une racine souterraine qui alimente les tiges aériennes, appelées chaumes. La distinction entre les bambous traçants et non traçants est cruciale pour le jardinier, car elle détermine la stratégie de plantation et de confinement.
Les Bambous Traçants : Une Croissance Envahissante
Les bambous traçants, tels que les Phyllostachys, sont ainsi nommés car leurs rhizomes sillonnent le sol et colonisent rapidement l'espace. Sans obstacle, le rhizome se déploie loin du pied, et les racines de ces bambous poussent en continu. Un jardinier peu averti peut voir sa plantation très vite envahie par ces rhizomes, qui peuvent même transpercer des dalles en béton ou des murs de piscine en période de croissance. La force de l'extrémité pointue de ces rhizomes est impressionnante. Pour ces variétés, il est fortement conseillé d'installer une barrière anti-rhizomes.
Les bambous à rhizomes souterrains sont dits « leptomorphes ». Leur système racinaire se caractérise par des rhizomes au diamètre identique à celui des chaumes produits, et ils se développent horizontalement sur de longues distances. Bien que certains bambous traçants puissent présenter une forme cespiteuse, avec des chaumes rapprochés à la surface, leurs rhizomes continuent de s'éloigner du pied mère sous terre. Le Phyllostachys Aurea, avec ses chaumes jaunes, est un exemple de bambou traçant qui peut éclairer un coin d'ombre, tandis que les cannes noires du Phyllostachys nigra offrent un effet graphique saisissant. Si l'objectif est de se cacher rapidement d’un vis-à-vis, un bambou traçant offre une grande hauteur de chaumes.
Les Bambous Non Traçants : Une Croissance Maîtrisée
À l'inverse, un bambou non traçant est un bambou dit non invasif. L'espèce de bambou non traçant la plus connue est le Fargesia. S'il dispose comme tous les bambous de rhizomes, ceux-ci se développent près du pied. Ces bambous sont dits cespiteux : ils poussent en touffes compactes jamais loin du pied.
Les rhizomes des bambous cespiteux, qualifiés de « pachymorphes », ont les caractéristiques suivantes : les entre-nœuds sont incurvés et épais par rapport aux chaumes, et seuls les bourgeons terminaux produisent de nouveaux chaumes. Les bourgeons latéraux sur les rhizomes ne produisent que de nouveaux rhizomes. Cette structure confère aux touffes une densité et un aspect beaucoup plus ouvert que certains bambous traçants. Le Fargesia Robusta, par exemple, est un bambou au port dense qui peut atteindre 5 à 6 mètres de hauteur, très résistant au froid comme au soleil. Le Fargesia rufa est idéal en massif, formant une touffe dense qui retombe avec élégance. Quant au Fargesia murielae, surnommé le "bambou parapluie", ses tiges ploient sous le poids des feuilles.

Il est important de noter que certains bambous traçants peuvent avoir une forme cespiteuse pendant plusieurs années, surtout lorsqu'ils sont jeunes. La plupart du temps, le terme cespiteux est utilisé pour parler de bambous non traçants. Il est donc recommandé, lors de l'achat, de s'assurer auprès du vendeur que le bambou décrit comme cespiteux est bien non traçant.
Les Fonctions Essentielles du Rhizome
Le rhizome du bambou est souvent perçu comme un simple organe de stockage. Cependant, son rôle principal, d’après Kleinhenz et al. (2001), est le transport plutôt que le stockage. La plus grande partie de l’énergie nécessaire au développement des turions au printemps ne provient pas des rhizomes, mais majoritairement de la photosynthèse en cours et de l‘énergie stockée dans les chaumes de plus d’un an. Par exemple, Li et al (1998) ont estimé qu'au cours du stade de croissance du rhizome, seulement 26% du total des glucides non structuraux chez P. pubescens étaient situés dans les rhizomes, contre 44% dans les chaumes.
La croissance du rhizome n'est pas continue tout au long de l'année. Les nouvelles pousses se développent à partir des bourgeons situés sur les rhizomes. La multiplication de ces bourgeons a lieu durant la phase de croissance du rhizome, de juillet à septembre, nécessitant de bonnes conditions durant cette période. En Chine, les pousses qui se développent à partir des bourgeons terminaux des rhizomes du bambou sont récoltées en automne pour la consommation alimentaire.
COMMENT INSTALLER BARRIÉRE ANTI RHIZOME ! #Bambou
Les Morphologies de Rhizomes et Leurs Origines
Les différentes morphologies des rhizomes peuvent être expliquées par les régions d'origine des bambous. La plupart des bambous monopodiaux (traçants) proviennent de régions avec un climat tempéré, dont les hivers sont doux et pluvieux. À l'inverse, la plupart des bambous sympodiaux (cespiteux) sont originaires de zones avec un climat tropical, marqué par une saison sèche prononcée. La formation de touffes denses par les espèces de bambou tropicales pourrait donc être une adaptation permettant d'éviter la déshydratation des rhizomes.
Il existe également des rhizomes amphimorphes, caractérisés par un système de rhizomes avec une partie leptomorphe à partir de laquelle se développent des parties pachymorphes au niveau des nœuds. Ces rhizomes se rencontrent principalement dans la tribu des Bambuseae, comme c'est le cas pour 15 des espèces de bambou du genre Chusquea. Il n'y a pas de bambous avec des rhizomes amphimorphes dans les tribus Arundinarieae et Olyreae.
Gérer la Propagation des Bambous Traçants
Pour contenir les rhizomes du bambou traçant, plusieurs solutions existent, chacune avec ses avantages et ses contraintes.
La Barrière Anti-Rhizomes (BAR)
La solution la plus fréquemment utilisée est l'installation d'une barrière anti-rhizomes. Cette solution, bien que simple, n'est pas toujours la plus efficace sur le long terme. Il est recommandé de choisir une barrière en HDPE (Polyéthylène Haute Densité) avec une épaisseur de 1,5 mm ou 2 mm.
La barrière doit être posée à une profondeur de 65 centimètres, en la laissant dépasser de 5 centimètres de la surface du sol. Cet excédent permet de contrôler le développement des rhizomes : si un rhizome tente de passer par-dessus, il suffit de le couper s'il essaie de replonger. De plus, lors de la pose, il est crucial de laisser une inclinaison de 15° pour guider les rhizomes vers la surface. Il n'y a pas de sens de pose spécifique pour la barrière anti-rhizomes. Malgré ces précautions, une barrière anti-rhizomes ne sera jamais efficace à 100%.
La Tranchée de Confinement
Si la surface de bambous traçants est grande, la meilleure solution pour les contenir est de creuser une tranchée tout autour. Les rhizomes des bambous traçants se trouvent principalement dans les 40 premiers centimètres du sol lorsqu'ils ne rencontrent pas d'obstacle. Une tranchée de 60 à 70 cm de profondeur peut protéger efficacement de l'envahissement. Il est conseillé de vérifier la tranchée annuellement en octobre ou novembre, après la phase de croissance des rhizomes (juillet à septembre), pour couper les éventuels rhizomes qui tenteraient de s'échapper.
Éradication et Multiplicatiton des Bambous
Éradication des Rhizomes
Pour détruire les rhizomes d'un bambou, plusieurs méthodes peuvent être employées :
- Déterrer les rhizomes : C'est la solution la plus rapide pour une destruction complète.
- Raser toute la partie aérienne : En privant le bambou de l'énergie issue de la photosynthèse, le rhizome finit par s'épuiser et mourir. Il faut raser toutes les repousses jusqu'à épuisement.
- Couper l'alimentation par le pied mère, puis raser : Si l'objectif est de se débarrasser des rhizomes fuyards tout en conservant la plantation principale, il faut d'abord couper l'alimentation du rhizome par le pied mère à l'aide d'une bêche tranchante, puis tondre tout ce qui repousse chaque année de ce rhizome. Il est important de noter qu'un bambou coupé ne meurt pas directement et peut repousser.
Multiplication à Partir du Rhizome
La multiplication à partir du rhizome est généralement réalisée avec les bambous aux rhizomes leptomorphes (traçants). La meilleure période pour multiplier le rhizome du bambou est de février à mars, lorsque le rhizome est encore dans une phase végétative et prêt à produire de nouvelles pousses au printemps. Il faut éviter la période de croissance (juillet à septembre) et la période de développement des nouvelles pousses au printemps.
Deux méthodes principales sont utilisées :
- Rhizome + racines : Sélectionner un rhizome de 2 à 3 ans maximum (les bourgeons des rhizomes plus âgés sont moins vigoureux), d'environ 50 centimètres de long, avec une dizaine de nœuds et des racines. Il suffit ensuite de le placer dans un substrat humide et drainant pour qu'il produise de nouvelles pousses.
- Rhizomes + chaume + racines : Sélectionner un jeune chaume de 2 à 3 ans avec 50 cm de rhizome de chaque côté.
L'achat d'un rhizome de bambou peut être un moyen d'obtenir des espèces rares, notamment via des plateformes en ligne. Cependant, il est judicieux de vérifier sur des sites de petites annonces si des particuliers ne souhaitent pas se débarrasser gratuitement de rhizomes. Il est essentiel de s'assurer de la longueur du rhizome (50 cm), de la présence de racines, et de son conditionnement dans un substrat humide. Un inconvénient majeur est l'incertitude quant à l'âge de la plante mère, car un rhizome prélevé sur un bambou âgé pourrait fleurir rapidement, entraînant sa mort et celle de la nouvelle pousse.

La Culture Industrielle du Bambou en France et en Europe
Depuis 2015, la culture du bambou à vocation agricole et industrielle connaît un essor rapide en Europe, notamment en France. Ce développement s'appuie sur des acteurs majeurs du secteur.
Acteurs Majeurs et Développement
L'entreprise italienne Onlymoso, pionnière européenne de la culture du bambou à grande échelle fondée en 2014, a implanté plus de 2 000 hectares de bambou (Phyllostachys edulis, aussi appelé bambou Moso ou Phyllostachys pubescens) en Italie et environ 200 hectares en France. Cette espèce géante peut atteindre plus de 25 mètres de hauteur dans ses régions d'origine, avec un record de croissance de 119 centimètres en 24 heures. Elle est très utilisée en Chine pour la consommation de ses pousses et la construction, couvrant plus de 3,5 millions d'hectares.
La société française Horizom, créée en 2022, se positionne comme un acteur innovant de la « bambou-agroforesterie ». Elle a déjà planté plus de 500 hectares de bambou sur le territoire français, principalement dans le Sud-Ouest et le Centre. Horizom met l'accent sur une approche scientifique et durable, combinant séquestration du carbone, régénération des sols et production de matières premières renouvelables.
Bamboologic s'est également donnée pour mission de développer une filière européenne du bambou durable, de la production à la transformation.
Rendements et Défis de la Culture
Onlymoso annonce la possibilité d'obtenir des rendements allant de 7 à 15 tonnes de pousses à l'hectare pour la culture du bambou en France et en Italie dans une plantation à maturité. La première récolte de pousses de bambou Moso pour l’alimentation humaine est estimée entre 4 à 8 ans après la plantation, sous de bonnes conditions de culture, pour des pousses de 5 cm de diamètre et plus. Des plantations en Italie ont exceptionnellement produit des pousses de plus de 5 cm de diamètre en 3 ans.
Cependant, la culture du bambou à des fins industrielles et commerciales étant récente en France, le recul sur ces rendements est limité. Les bambouseraies existantes, comme celle d'Anduze, ne sont pas cultivées de manière "intensive" avec un plan de fertilisation et un système d'irrigation goutte à goutte comme le propose Onlymoso. Des expériences personnelles de plantation de bambou Moso peuvent révéler des défis, tels que les prédateurs (campagnols, lapins, lièvres), les problèmes d'irrigation et les excès d'eau, qui peuvent entraîner des pertes importantes.

Étapes et Conseils pour une Plantation Réussie
Pour créer une bambouseraie rapidement, il est idéal de planter entre 400 et 1800 plants de bambou par hectare. Des visites guidées et formations à la culture du bambou sont proposées, par exemple sur des plantations de Phyllostachys edulis en Bretagne.
Préparation du Sol
Le travail du sol avant la plantation dépend de la nature du terrain :
- Prairie avec terre souple : Travailler seulement les lignes de plantation avec un outil étroit.
- Autres situations : Travailler le sol comme pour un semis de maïs, pour obtenir une terre bien souple et fine.Il est également important de faire une fertilisation de fond avant de planter, surtout sur une terre pauvre.
Période et Conditions de Plantation
Le bambou peut se planter toute l'année hors gelées, dans une terre riche, au soleil ou à mi-ombre. Il est préférable de le mettre en terre de janvier à juin pour favoriser la reprise des racines et améliorer ses chances de traverser le premier hiver. Les plantations réalisées de début mai à début juin, après les dernières gelées, ont montré de meilleurs résultats. Il faut éviter de planter les bambous par temps venteux et chaud, car un jeune plant peut griller rapidement s'il est mal arrosé.
Densité de Plantation et Arrosage Initial
La densité de plantation varie selon le nombre de plants. Pour 1800 plants, des allées de 3,5 m et un espacement de 1,7 m entre les plants sont suggérés. Il est crucial, dès la fin d'une ligne de plantation, d'arroser chaque plant individuellement avec environ 10 litres d'eau. Cet arrosage copieux et régulier est indispensable la première année pour les plantations en pleine terre (15-20 litres tous les 15 jours), garantissant un meilleur taux de réussite.
COMMENT INSTALLER BARRIÉRE ANTI RHIZOME ! #Bambou
Irrigation à Long Terme
Un système d'irrigation goutte à goutte est indispensable les premières années pour obtenir des rendements élevés rapidement. La première année, il est très important de surveiller l'irrigation de près, en apportant entre 2 et 6 litres d'eau par jour et par plant en moyenne (1000 à 3000 m³ d'eau par an), selon le type de sol et l'exposition. Une fois les jeunes plants bien implantés, l'irrigation est moins indispensable mais toujours nécessaire pour accélérer le développement de la bambouseraie. Il est conseillé d'éviter tout autre système d'irrigation que le goutte à goutte.
Protection Contre les Prédateurs
Les prédateurs peuvent causer des dégâts importants, surtout durant les 2 à 3 premières années après la plantation :
- Campagnols : Ils peuvent manger les jeunes rhizomes, causant la mort des plants. C'est l'animal le plus nuisible pour le bambou en France.
- Lapins et lièvres : Ils peuvent couper les chaumes des jeunes bambous.
- Autres prédateurs : Rat taupier, ragondin, et sanglier peuvent également causer des dégâts moindres en cassant les jeunes pousses.
Pour lutter contre ces prédateurs :
- Lièvres et lapins : La meilleure solution est de grillager la parcelle. Les répulsifs sont moins efficaces.
- Campagnols et mulots : Des perchoirs peuvent être installés en prévention. En cas de forte population, des rodonticides peuvent être utilisés, en respectant la réglementation. Certaines parcelles, notamment au milieu de prairies, sont plus exposées.
Entretien des Bambous
Une fois bien implantés, les bambous sont très robustes et ne demandent que peu de soins.
Arrosage et Paillage
Pour les bambous en pleine terre, après la première année, ils sont suffisamment robustes pour résister aux sécheresses estivales et n'auront besoin d'arrosage qu'en cas de sécheresse prolongée. En bacs, les arrosages doivent être plus réguliers et abondants, même en hiver pendant les périodes de douceur, en raison du volume de terre limité. Un paillage de feuilles mortes de bambou maintiendra le sol propre et frais.
Fertilisation et Taille
La fertilisation des bambous cultivés en pots et bacs doit être régulière, un engrais pour gazons convient parfaitement. La taille est cruciale et doit être effectuée au bon moment de l'année, en commençant par enlever les tiges mortes, malades ou endommagées.
Terminologie des Plantations Végétales
Pour élargir la compréhension des lieux de culture végétale, voici quelques exemples de noms de plantations :
- Forêt de bambous : La bambouseraie.
- Lieu planté de cerisiers : La cerisaie.
- Ensemble de vignes : Le vignoble.
- Lieu de culture des champignons de Paris : Une champignonnière.
- Espace planté d'aulnes : Une aulnaie.
- Forêt de pins : La pinède.
- Terrain où l'on récolte le café : Une caféière.
- Terrain où sont plantés les cacaoyers : Une cacaoyère.
- Forêt méditerranéenne de chênes-lièges : La suberaie.
- Lieu planté de hêtres : La hêtraie.
- Champ de riz : La rizière.
- Lieu où poussent les ormes : Une ormaie.
- Champ de bleuets (Québec) : Une bleueteraie.
- Terrain où l'on cultive des melons : Une melonnière.
- Forêt de sapins : Une sapinière.
- Terrain où l'on cultive l'artichaut : Une artichautière.
- Endroit où se concentrent des cyprès : Une cyprèssaie.
- Forêt exploitant les frênes : La frênaie.
- Berges plantées de roseaux : Une roselière.
- Terrains de cannes à sucre : La canneraie.
