Guide complet sur la réglementation du stockage de fumier au champ

Le stockage de fumier est une pratique essentielle dans le domaine agricole, mais il est également encadré par une réglementation stricte visant à prévenir les risques de pollution des sols et des eaux. Comprendre ces règles en vigueur est crucial pour les agriculteurs, car elles stipulent les conditions de stockage et d’utilisation des fumiers. En effet, différents types de fumier peuvent être stockés sous des conditions spécifiques, notamment en ce qui concerne la période de stockage et les matériaux absorbants utilisés. Le stockage de fumier représente un enjeu crucial pour les agriculteurs, tant sur le plan environnemental que réglementaire. Cet article se propose d’examiner les règles en vigueur concernant le stockage de fumier au champ, afin de garantir une gestion efficace et conforme aux réglementations actuelles.

Schéma illustrant les différentes zones de stockage des effluents d'élevage et les distances de sécurité à respecter

Principes fondamentaux du stockage au champ

Pour que le fumier soit stocké au champ, il doit être compact, provenir d’animaux herbivores, de lapins ou de porcins, et contenir un matériau absorbant. Le fumier peut être stocké au champ pour une durée maximale de six mois après avoir subi un processus de maturation d’au moins deux mois en fumière. Il est également essentiel que la quantité stockée ne dépasse pas les besoins annuels de la parcelle et des parcelles voisines.

Les fumiers compacts et non susceptibles d’écoulement ayant séjourné au moins 2 mois sous les animaux et/ou sur une fumière peuvent être stockés au champ. Les fumiers avicoles non susceptibles d’écoulement et les fientes de volailles de plus de 65% de matière sèche (MS) peuvent être directement stockés au champ, sans obligation d’être d’abord stockés en fumière.

Obligations réglementaires et zonage

Plan prévisionnel d'épandage, calendrier d'apports, zones vulnérables, azote efficace, distances minimales… avant de stocker ou d'épandre les effluents d'élevage au champ, des règles existent. Beaucoup de contraintes qu'il vaut mieux respecter pour ne pas déraper. Les épandages de fumier et de lisier sont soumis à certaines obligations réglementaires, qui peuvent varier d’une région à l’autre.

Pour les exploitations agricoles classées en ICPE (Installation Classée Pour l'Environnement), le plan d'épandage est obligatoire. Pour celles installées en zone vulnérable, l'éleveur doit se conformer à quelques règles : tenir à jour son cahier d'épandage, raisonner sa fertilisation via son plan prévisionnel de fumure azotée, respecter les consignes de stockage, d'épandage et de calendrier d'apports. Sans oublier les distances minimales à respecter côté épandage et stockage.

Carte conceptuelle des zones vulnérables et des contraintes liées à l'azote

Conditions techniques de mise en tas

La réglementation encadre le stockage du fumier au champ afin d’éviter la pollution des eaux. Et les jus de fumiers comptent parmi les principaux risques. « Ne peuvent être stockés que les produits qui ne génèrent pas de jus durant leur stockage », explique Uriel Rageot, conseillère effluents d’élevage à la Chambre d’agriculture des Hauts-de-France. On stocke donc au champ les fumiers de litière accumulée de ruminants.

Le dépôt doit être réalisé sur une zone à destination d’épandage. « Il ne doit pas se trouver sur une plateforme stabilisée, à moins de collecter les jus », insiste Uriel Rageot. S’il est prévu que le dépôt passe l’hiver, il doit être fait sur un couvert végétal, une culture en place de plus de deux mois ou une Cipan. À défaut, un lit de paille doit être présent pour absorber les jus durant l’hiver. Petite astuce : « étaler un ballot de vieille paille au fond de la remorque avant de la charger. Lorsqu’on ballera la benne, le lit de paille sera constitué en même temps que le dépôt. »

Le tas de fumier doit se trouver à 100 m minimum des habitations (50 m pour exploitations soumises au Règlement Sanitaire Départemental), 35 m minimum des cours d’eau ou des forages. Il doit aussi être en dehors des périmètres de captage. Le dépôt ne doit pas durer plus de 9 mois. Il doit changer de place tous les ans : compter deux ans avant de revenir sur la même parcelle.

Gestion des apports et fertilisation azotée

Pas plus de 70 kg d'azote efficace sur les Cipan ou les dérobées. Sur les Cipan (cultures intermédiaires piège à nitrates) ou les cultures dérobées, l'apport ne peut pas excéder 70 kg d'azote organique, efficace pendant la période de végétation de la Cipan, par hectare (quel que soit le produit). Pour calculer cette valeur, chaque catégorie d'effluent bénéficie d'un coefficient. Selon le produit, le coefficient modifie la quantité d'azote efficace épandue. Dans le cas d'un lisier à 2,2 kg/t, l'apport est de 132 kg/ha de N x 0,5, soit 66 kg/ha d'azote efficace pour la culture.

À souligner aussi que les apports ne sont possibles que sur les Cipan à développement rapide : avoine fourragère diploïde, phacélie, navette, seigle, moutarde, colza d'hiver, radis fourrage et anti-nématodes, trèfle d'Alexandrie et vesce de printemps (seules ou en mélange entre espèces de la liste).

Dosage de l'azote total par la méthode de Kjeldahl (Réal @Chimactiv 2016)

Distances et contraintes environnementales

L'épandage est interdit en zones vulnérables à moins de 100 m d'un cours d'eau lorsque la pente est supérieure à 10 % pour les fertilisants azotés liquides ou 15 % pour les autres fertilisants. Cependant, les apports organiques sont toutefois autorisés dès lors qu'une bande enherbée ou boisée, pérenne, continue et non fertilisée d'une largeur minimale de 5 m, est présente en bordure de cours d'eau.

Dernière condition : les tas ne doivent pas être présents au champ entre le 15 novembre et le 15 janvier (sauf si le dépôt est stocké sur une prairie ou sur un lit de matériau absorbant d'au moins 10 cm d'épaisseur). Les dépôts de fumier dont la durée de stockage dépasse dix jours sont possibles seulement s'ils sont situés sur une prairie ou si la culture est en place depuis plus de deux mois. Dans ce cas, le produit doit être disposé sur environ 10 cm de matériau absorbant de type paille.

Diversité des effluents et spécificités de stockage

Le fumier ou « fumure » désigne le fumier animal, également appelé « effluents d’élevage ». Il est composé de lisier (déjections animales) mélangé à de la paille, sciure, copeaux de bois ou autres matériaux absorbants. Il existe plusieurs sortes de fumiers selon leur origine (fumiers de bovins, porcs, volailles…) ou la nature plus ou moins compacte du mélange.

Dans les bâtiments d’élevage (étables, écuries, porcheries…), le mélange lisier-paillage est ramassé puis acheminé vers des lieux de stockage qui diffèrent selon le type de fumier ou la taille de l’exploitation. Il peut être stocké dans des fosses, des fumières (aire de plain pied, parfois bordée de 2 ou 3 murs) ou dans les champs. C’est le stockage du fumier au champ qui est le plus répandu. Le stockage dans des fosses ou fumières est codifié dans les règlements sanitaires départementaux. Ceux-ci imposent un lieu de stockage étanche, doté d’un dispositif de collecte des liquides.

Calendrier d'implantation des couverts végétaux

Quelle date d’implantation des CINE (Couvert végétal d’Interculture Non Exporté) depuis le PAR7 ? Après cultures récoltées après le 10 septembre (dites « cultures récoltées à l’automne ») : couvert mis en place au plus tard le 1er novembre. Cela s’applique entre 2 maïs fourrages par exemple. Après culture de maïs-grain : la couverture peut être obtenue par un broyage fin des cannes de maïs-grain suivi d’un enfouissement superficiel des résidus dans les 15 jours suivants la récolte.

L'utilisation du fumier pour fertiliser les sols est une pratique millénaire en agriculture. En effet, le fumier enrichit la terre en y apportant des éléments nutritifs, comme l’azote. Aujourd’hui, pour limiter les impacts sur l’environnement et les nuisances pour les riverains, les lieux de stockage du fumier sont soumis à réglementation. Il importe de respecter des règles de distance entre les lieux de stockage et certaines zones comme les routes, puits, cours d’eau, lieux de baignade, habitations, etc.

Infographie montrant le cycle de l'azote dans le sol après épandage

Bonnes pratiques et suivi opérationnel

Le volume du dépôt doit être adapté à la fertilisation des parcelles réceptrices. Point de vue stockage, les tas doivent être continus et leur durée d'entreposage ne doit pas excéder neuf mois. À préciser que le même emplacement ne peut pas être réutilisé avant 3 ans. Le fumier au champ est disposé en andains (bande continue de fourrage ou fumier). Le tas doit être constitué en cordon de 1,5 mètre de hauteur maximum afin de limiter les infiltrations. Les fumiers de volaille doivent être recouverts d’une bâche.

Respecter les bonnes pratiques et les distances réglementaires. Avoir de bonnes conditions de portance pour faciliter les déstockages des fumières vers les champs à distance des cours d’eau et des tiers. Enregistrer la localisation des dépôts dans votre cahier de fertilisation. Dans une vidéo, la chambre d’agriculture des Hauts-de-France rappelle les conditions de stockage du fumier au champ. Les fumiers compacts non susceptibles d’écoulement doivent se maintenir en tas. La réglementation interdit le mélange de produits. Les fosses peuvent être couvertes pour éviter de stocker des eaux de pluie ou prévenir les émissions de gaz à effet de serre. Ce sont les élevages laitiers ou les exploitations de grande taille qui recourent le plus au stockage en fumière. Il existe par ailleurs des centres de traitement des effluents où les agriculteurs peuvent déposer leurs fumiers excédentaires.

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