La gestion du fumier de cheval est une problématique récurrente pour les propriétaires d'équidés. Le fumier est depuis toujours une bénédiction pour les cultures, auxquelles il offre de nombreux nutriments, tout comme pour les sols qui en sont grandement améliorés. Cependant, la production de déjections animales, d'urines et de matières végétales nécessite une organisation rigoureuse pour éviter les nuisances et respecter la réglementation.

Les principes fondamentaux du compostage
Le compostage est une fermentation aérobie de matières organiques d’origine végétale et/ou animale. Sous l’action de micro-organismes naturels, la matière organique se dégrade en présence d’oxygène. Stable et inodore, le compost (produit final) a l’aspect d’un terreau. La technique du compostage repose sur le mélange de la matière de départ, après des opérations d'émiettage (homogénéisation) et de retournement (aération).
Le processus suit plusieurs étapes clés. La phase mésophile intervient lorsque le retournement entraîne la chute de la température du fumier (30-40°C) qui a chauffé en fumière. Il est crucial d'éviter les tas trop importants, ne dépassant pas 2 mètres de haut, pour ne pas limiter les échanges avec l'air et ainsi entraver la fermentation.
L'art de l'aération et du retournement
Laisser vieillir le fumier en tas ne suffit pas à le composter. Deux retournements de 3 à 6 semaines d'intervalle sur le même andain sont recommandés. Le deuxième retournement relance une seconde fermentation de la matière, avec une remontée des températures, ce qui permet de traiter toute la matière de façon plus homogène. Il faudra compter un à trois mois de maturation avant d’épandre un compost mature.
Pour le fumier équin très pailleux, souvent sec et hétérogène, des mesures spécifiques sont nécessaires. Le rapport C/N élevé et le taux d’humidité faible sont des facteurs défavorables pour les micro-organismes. L’arrosage, le mélange à d’autres matières plus fraîches et tendres ainsi que des retournements supplémentaires seront indispensables pour enclencher le processus.
Compostage du fumier #5
Cadre réglementaire et bonnes pratiques de stockage
Le fumier équin, en tant qu’effluent d’élevage, est soumis au Règlement Sanitaire Départemental (RSD). Dans les zones vulnérables, la directive nitrate vient s’ajouter à ces règles pour préserver la qualité des cours d’eau.
Obligations de stockage
Le fumier doit être stocké pendant deux mois minimum sur une surface étanche avec un point bas pour éviter les écoulements de fluides. La fumière doit être située à au moins 35 mètres de toute source d’eau (puits, rivage, berge) et à 5 mètres des voies de circulation.
Une fois ce délai passé, le fumier peut être stocké en bout de champ à même le sol pour une période maximale de 10 mois. Il est conseillé de se renseigner en mairie, car les distances vis-à-vis des habitations tierces (généralement entre 25 et 200 mètres selon le RSD) doivent être scrupuleusement respectées.
Utilisation agronomique : transformer le fumier en ressource
Le fumier de cheval est particulièrement apprécié par de nombreux jardiniers, car il montre beaucoup de qualités fort intéressantes pour le potager. Il est bien équilibré, grâce à sa teneur en paille, et contribue à améliorer la structure des terres lourdes et argileuses.
Fumier frais vs fumier décomposé
Le fumier frais présente des inconvénients : il est riche en ammoniaque, peut contenir des résidus médicamenteux (vermifuges) et des pathogènes. Il est donc conseillé de ne pas l’épandre juste avant les plantations, mais plutôt 3 à 4 mois avant. En revanche, le fumier bien décomposé (après environ 6 mois de compostage) est un fertilisant idéal avec un ratio NPK équilibré. Il ne présente aucun risque de brûlure pour les racines des jeunes végétaux.

Les avantages de l'épandage de compost
Pratiquer l'épandage de compost plutôt que du fumier brut offre des avantages majeurs :
- Le produit est homogène, évitant les amas de paille sur les prairies.
- Le volume est réduit du tiers, voire de moitié, facilitant l'épandage.
- Le produit est hygiénisé, limitant la dissémination de parasites.
- La libération des nutriments est progressive, favorisant une meilleure absorption par les sols.
Solutions logistiques pour les particuliers
Pour les propriétaires de chevaux, l'évacuation représente souvent un défi. Trouver un accord avec un agriculteur local reste la solution la plus courante. Cependant, il est important de noter que les agriculteurs peuvent être réticents face au fumier très pailleux. Une solution consiste à mélanger le fumier équin avec celui des bovins, rendant le mélange plus acceptable.
Pour les travaux de compostage au champ, il convient de disposer de matériel adapté : tracteur avec fourche, remorque basculante et retourneur d’andain. Si vous ne possédez pas cet équipement, solliciter une CUMA (Coopérative d’Utilisation de Matériels Agricoles) est une alternative économique et efficace.
Conseils pour une gestion réussie à la maison
Pour réussir votre compostage domestique, quelques réflexes sont essentiels :
- Installation : Disposez le tas sur des branchages pour favoriser l'aération par le bas et l'écoulement des liquides.
- Couverture : Couvrez le fumier avec de la paille pour éviter le lessivage des nutriments par la pluie.
- Humidité : Le fumier doit rester humide, comme une éponge essorée.
- Apports complémentaires : N'hésitez pas à intégrer des déchets verts, de la tonte de gazon ou des feuilles mortes pour enrichir le mélange.
En suivant ces méthodes, le fumier de cheval cesse d'être une contrainte pour devenir un amendement organique précieux, contribuant à la fertilité de vos sols et à la vitalité de votre potager. L'apport régulier de compost permet d'améliorer la rétention en eau et la structure du sol, rendant les terres plus faciles à travailler au fil des ans.