Stratégies durables pour enrichir et structurer une terre argileuse

L’un des principes fondamentaux de la permaculture est de prendre soin de la terre. Un sol fertile est garant de la santé et d’une bonne croissance des végétaux. Il existe quatre grands types de sols : sableux, limoneux, humifères et argileux. Les sols argileux sont compacts, denses, riches en nutriments (calcium, magnésium, potassium) mais difficilement exploitables. Cependant, ils disposent d’une bonne capacité de rétention en eau et ont de nombreux avantages propices à certaines cultures. Pour réussir au jardin, il est crucial de déterminer la composition de votre sol afin de choisir les techniques les plus adaptées pour l’aggrader.

Schéma illustrant la structure d'un sol argileux et la circulation de l'eau

Comprendre la nature du sol argileux

Une terre argileuse a assez mauvaise réputation : en effet, lourde et compacte, composée des particules les plus fines, elle est en général assez difficile à travailler. La terre argileuse est constituée des plus fines particules qui peuvent composer un sol. Lorsqu’un sol est constitué de plus de 40 % d’argile, on obtient un sol dense, compact. Lorsque ces particules s’associent, elles se collent littéralement, ne laissant passer librement ni l’air ni l’eau qui n’y circulent qu’avec difficulté. C’est pourquoi ces terres sont si collantes, lourdes, c’est pourquoi aussi elles se fissurent par temps sec et qu’elles ont tant de mal à se réchauffer au printemps. Lorsqu’il pleut beaucoup, elles se gorgent d’eau, provoquant l’asphyxie racinaire des plantes.

Pour découvrir si la terre de notre jardin est argileuse (ou glaise), rien de plus simple ! Prenez une motte de terre de votre jardin, puis réalisez un boudin avec. Si vous le lâchez sur une dalle et que celui-ci reste intact, votre terre contient probablement plus de 30 % d’argile.

Le diagnostic avant l'action

S’il est plutôt abordable de déterminer si un sol est argileux à la main, il est conseillé, avant toute intervention, de faire une analyse physico-chimique. En prélevant plusieurs échantillons de sol sur une parcelle et en les faisant parvenir à un laboratoire, des résultats précis seront communiqués. Cette étude permettra de déterminer le taux d’acidité, la texture, la composition exacte, la capacité d’échange cationique ou encore les nutriments présents. Un profil de sol est également très utile afin d’observer les horizons.

Pourquoi éviter le sable et privilégier la matière organique

Oubliez le sable, pourtant souvent conseillé pour l’alléger : non seulement les effets seraient limités, le sable ne se mélangeant pas à l’argile, mais cet apport d’un élément inerte appauvrirait votre terre. Le sable est l’exact opposé de l’argile, il s’agit de la plus grosse particule qui peut constituer un sol, rendant celui-ci très léger, ne retenant ni l’eau ni les éléments nutritionnels. Néanmoins, un ajout de sable seul produit l’inverse du résultat voulu. En effet, un mélange d’argile et de sable produit… du béton ! Car les particules d’argile vont se faufiler facilement entre les particules de sable, les enrobant et créant un sol encore plus compact.

La règle d’or avec l’argile est d’apporter suffisamment de matière organique pour permettre la formation de ce qu’on appelle le complexe argilo-humique (CAH). L’argile forme des feuillets superposés qui, comme l’humus, retiennent l’eau et les nutriments nécessaires aux plantes. Privilégier les amendements organiques avec des rapports massiques carbone sur azote autour de 50 de manière à ce que ces particules organiques se rendent plus assimilables dans le CAH.

Infographie sur le complexe argilo-humique

Les amendements organiques : le "frigo du sol"

Un amendement a pour but d’améliorer les propriétés chimiques, physiques et biologiques d’un sol. Il est différent d’un engrais qui apportera uniquement des éléments fertilisants aux cultures. Il existe deux grandes familles d’amendements : les amendements organiques (fumier, écorces, compost…). Ces derniers sont destinés en premier lieu à entretenir la matière organique des sols.

Le taux de matière organique affiché dans l’analyse d’un sol se distingue sous deux formes : la MO labile de type libre (20 %) et la MO liée de type lente (80 %). La matière organique labile est composée de matières rapidement dégradables telles que de jeunes résidus d’engrais vert, de fumier ; elles sont à apporter au printemps et en fin d’été car elles constituent un rôle capital d’alimentation pour la faune du sol. La matière organique liée assure une fonction de « frigo du sol ». Elle est composée principalement de résidus de cultures avec un indice C/N élevé qui s’humifient dans le sol pour apporter la matière première aux bactéries.

L'importance des engrais verts

Semez des engrais verts, ces plantes cultivées uniquement dans le but d’améliorer la fertilité du sol, et choisissez ceux qui vont avoir une action sur sa structure grâce à leur système racinaire. Dans le cas d’un sol argileux, le seigle, l’avoine ou la moutarde offrent un développement racinaire qui ameublit le sol sur différents horizons. Un engrais vert s’implante en fin d’été ou au début de l’automne afin de procéder à sa destruction avant le semis de la culture suivante au printemps.

Le choix des espèces implantées est donc primordial selon les besoins du sol après étude. Une crucifère comme la moutarde blanche possède un pivot profond, effet décompactant. Une graminée comme le seigle ou l’avoine offre un chevelu dense en surface, stabilise et affine la couche supérieure. Les légumineuses (vesce, trèfle, luzerne, féverole) captent l’azote atmosphérique et enrichissent lors de la décomposition.

Je sème des engrais verts cet automne au potager ► Améliorer le sol

Travailler la terre au bon moment

Comme pour tout type de sol, il est fortement recommandé de travailler sur terrain ressuyé. C’est encore plus vrai pour les argiles. En effet, pour les travailler en conditions humides, la force de traction devra être démultipliée car une terre argileuse imprégnée est lourde. Pire encore, le passage d’engins lourds entraînera la création d’une semelle de tassement et lissera le sol.

Si vous devez intervenir, utilisez une grelinette afin d’ameublir la terre sans trop perturber la vie du sol. N’hésitez pas à effectuer plusieurs passages à quelques jours d’intervalle. Au printemps, attendez que la terre soit presque sèche en surface et ne colle presque plus à l’outil. Un test simple consiste à planter la grelinette et à la retirer : si la terre « maquille » à peine le métal sans coller, c’est le bon moment.

La gestion du pH et des éléments nutritifs

L’argile étant alcaline, elle ne permet pas à certaines plantes d’aller capter tous les éléments nutritifs disponibles, ce qui limite leur croissance et leur production. Le pH d’un sol fait évoluer le rôle de la matière organique. Dans des sols acides, elle ralentira la libération des éléments comme le manganèse.

Lorsque vous souhaitez faire un apport calcique pour corriger un pH acide, veillez à ne jamais apporter une dose dans le but de corriger plus de 1 point de pH. Un apport calcique en trop grande quantité n’est pas adapté. Pour assurer une bonne cohésion entre l’argile et l’humus, le calcaire est nécessaire. Si la terre argileuse en manque, vous pourrez faire un apport de chaux. Le calcium joue un rôle majeur dans la croissance des parois cellulaires des plantes et, dans le sol, c’est un élément fondamental structurant qui se combine avec l’argile pour obtenir un sol plus « soufflé ».

Paillage et compostage de surface

Le paillis, ou mulch, préserve la vie du sol. Quel que soit le choix de votre mulch, l’essentiel, si votre terre est argileuse, est de ne la pailler que lorsqu’elle est suffisamment réchauffée. Couvrir, c’est réveiller la biologie : vers de terre, micro-organismes, champignons structurent et aèrent.

La majorité de nos déchets améliore le sol en l'enrichissant en humus, véritable garde-manger des végétaux. Laissez les déchets de taille sur place et complétez-les avec ceux de la maison. C'est un compostage de surface qui copie la nature dont le sol n'est jamais nu. Si, esthétiquement, les peaux de banane ou d'orange vous rebutent, dissimulez-les avec un peu de paille. Les cendres de cheminée, riches en potasse, sont à utiliser avec parcimonie car elles font floculer la terre et peuvent brûler les végétaux. Saupoudrez une poignée par m² de préférence en automne et en hiver pour une humidification rapide.

Photo montrant un jardin avec paillage organique

Aménagements du relief et drainage

En sol argileux, l’objectif est d’éviter les zones où l’eau s’accumule après la pluie et de diriger un ruissellement lent vers les allées, sans creuser de tranchées qui se colmatent. Privilégiez des cultures sur buttes pour les légumes. Relevez très légèrement le centre de la planche (1 à 2 cm de bombé par mètre) pour que l’eau file vers les bords. Laissez les allées un peu plus basses et toujours couvertes pour freiner, infiltrer et éviter la boue.

Si votre sol est trop tassé pour être défoncé, couvrez-le de branchages sur une bonne épaisseur, ou de paille, de manière à favoriser le travail des vers de terre, qui vont être hyperactifs s'ils ont de la nourriture et sont au chaud. Ils vont former votre complexe argilo-humique en mélangeant le sable, l'argile et le compost mis en surface.

Choix des cultures adaptées

Toutes les cultures sont envisageables si la structure est aérée et si l’eau ne stagne pas. Pour les légumes, privilégiez tous ceux au développement racinaire limité, comme les salades, les haricots, les tomates, le melon ou encore les pois, ainsi que les légumes arrimés au sol tels que la rhubarbe, le chou ou encore l’artichaut. La présence de plantain, de pissenlit, de chardon, de bouton d’or, de trèfle ou de liseron est un indicateur naturel de la présence d'une terre argileuse. En adaptant les gestes de jardinage à ces spécificités, le sol devient un allié généreux, souple et vivant, capable de soutenir des récoltes abondantes.

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