L’art du mulch : Guide complet pour protéger et fertiliser votre sol

Le réchauffement de la planète et les restrictions d'eau, conjugués à des pratiques culturales simplifiées et plus écologistes, conduisent tout naturellement le jardinier contemporain à employer les différents paillis (mulch dans la langue de Shakespeare). Ces paillages présentent en effet de nombreux avantages parmi lesquels contrecarrer la croissance ou la germination des mauvaises herbes et maintenir la fraîcheur dans le sol ne sont pas des moindres. Citons également que certains paillis sont nourrissants, qu'en général ils évitent le tassement et le ruissellement de la terre tout en assurant une protection supplémentaire des racines contre le gel.

Schéma illustrant le rôle du mulch dans la protection du sol contre l'érosion et l'évaporation

Comprendre le mulch : définitions et principes fondamentaux

Mulch, paillis, paillage… on utilise souvent ces termes pour désigner une couverture du sol. Mais est-ce vraiment la même chose ? Et surtout, à quoi sert le mulch ? Le terme anglo-saxon désigne une couverture du sol par une couche de matériaux d’origine organique, minérale ou synthétique. Petite précision lexicale : le paillage, pourtant souvent utilisé, désigne plutôt un mulch à base de paille. Un « paillis » est utilisé par certains pour dire « paillage », et d’autres pour parler des couvertures de sol en général.

Dans les principes de permaculture, on tente d’obtenir un maximum de production de nourriture en dépensant le moins d’énergie possible. Pour y arriver, il faut toujours se poser les bonnes questions en amont, définir ses objectifs et partir du bon pied. Dans cet objectif, au niveau du sol, nous chercherons donc à le perturber le moins possible afin de préserver ses habitants (microfaune), conserver sa fertilité maximum, et surtout de l’aggrader. Sous nos climats tempérés, les sols nus n’existent pas. La nature reprend systématiquement ses droits, si on la laisse faire. Le sol forestier est donc celui vers lequel la nature tend naturellement : humifère, vivant, couvert de bois et de feuilles qui vont naturellement le nourrir.

Les bénéfices pour le sol et les plantes cultivées

Le paillage protège le sol et les racines des plantes des agressions du climat, des pluies qui le tassent et le rendent imperméable à l’eau comme à l’air. Il le stabilise, limitant l’érosion, et protège également toute la vie qui se trouve à la surface du sol et dans ses premiers centimètres. En empêchant la lumière de passer, le mulch limite la pousse des adventices, qui pourraient concurrencer vos plantations.

La technique du mulching est fortement recommandée pour tous les pratiquants de l’ACS (Agriculture de Conservation des Sols) et des TCS (Techniques Culturales Simplifiées). Le terme vient de l’anglais qui signifie « paillage ». Cela résume clairement le fonctionnement de ce procédé qui est de couvrir le sol avec des résidus de culture. Le mulching a pour principal avantage d’amorcer la dégradation des résidus de cultures et CIPAN (Cultures Intermédiaires Pièges à Nitrates) en place pour faciliter leur assimilation par la vie du sol.

C’est quoi le mulch ?

Quels matériaux employer ?

En fait, vous aurez le choix entre de nombreuses sortes de paillis organiques, synthétiques ou minéraux. Les plus couramment employés sont des mulchs dont la composition est organique. Ce sont souvent des déchets recyclés comme les broyats végétaux, les écorces de pin compostées, les feuilles mortes et tontes de gazon, les débris (coques) de cacao, la paillette de lin ou de chanvre (appelée chènevotte), la paille, les aiguilles de pin ou les frondes de fougères. Toutefois, localement, vous pourrez également employer efficacement et à peu de frais les débris de coques de noix, les noyaux d'olives, les coquilles de moules préalablement lavées…

Version minérale, tournez-vous vers le sable, les gravillons, les galets et toutes autres matières plus ou moins broyées (ardoise pilée) alors que les matières plastiques s'appliquent en voile tendu sur le sol. Certaines sont plus ou moins rapidement biodégradables. Ne négligez pas non plus les toiles tissées, en jute ou autres matières textiles, capables du même coup de retenir efficacement la terre des talus pentus ou les berges d'un plan d'eau.

Choisir la bonne matière selon l’usage

Quand et comment faire du mulch ? Tout dépend de votre objectif :

  • Contre le froid : une couche très épaisse d’un matériau aéré (car l’air est un bon isolant) formera une couverture très efficace : paille, feuilles mortes, écorces de pin pour les végétaux acidophiles.
  • Contre la chaleur : très bon isolant, la paille est couramment utilisée pour protéger de la déshydratation de nombreuses cultures. Pensez à arroser avant de mettre le paillis et non l’inverse !
  • Pour les sols argileux : tout ce qui est mulch avec du broyat de bois, riche en carbone, convient pour ce type de sols. Les paillettes de lin ont également une influence positive sur ces terres par trop compactes.
  • Pour les sols sableux et/ou pauvres en potassium : pailles et foin offrent du potassium et enrichiront ces sols légers de matières organiques.
  • Pour les sols pauvres en azote : réalisez un mulch avec des fèves de cacao qui sont riches de cet élément.
  • Pour le potager : le mulch de paillettes de lin et de chanvre y est très à sa place. Les déchets de tonte, riches en azote, sont très utiles après la plantation. Durant l’hiver, les feuilles mortes se décomposent sur les planches nues, pour nourrir généreusement le sol.
  • Pour le jardin sec : dans le Midi et les rocailles, privilégiez les paillis minéraux (pouzzolane, ardoise, billes d’argile, galets, gravier) qui emmagasinent la chaleur du soleil.

Le mulch organique : compostage en surface vs tas

La quantité de déchets ménagers qui partent au compost seraient d’ailleurs tout aussi bien, voire mieux, épandus à la surface du sol. Les macro et micro-organismes y ont en effet accès et décomposent cette matière rapidement. Mais pourquoi donc le compostage comme paillage en surface des déchets ménagers est-il préférable au compostage en tas ? Tout simplement car lors de la dégradation des matières organiques dans le tas de compost, une grande partie du carbone présent initialement dans les matières va être émané vers l’atmosphère, sous la forme de gaz carbonique ou encore de méthane. Lorsque la matière organique est répandue sur le sol et s’y décompose, c’est dans le sol que part ce carbone.

Diagramme comparatif montrant la décomposition du carbone dans le sol versus le tas de compost

Quelques précautions et effets indésirables

Lors du choix du type de paillis à employer, il convient de prendre conscience de certaines limitations. Il faut être conscient que le paillage s’utilise pour éviter au sol de se refroidir, pour éviter au sol de trop s’échauffer et à l’eau des arrosages ou des précipitations de s’évaporer. Donc l’été, l’automne et l’hiver sont des saisons de paillage. Au printemps, un sol paillé se réchauffera plus lentement, et ce d’autant plus s’il s’agit d’une terre lourde et compacte.

L'acidité des écorces de pin est préjudiciable à de nombreuses plantes et en particulier aux rosiers. Elles doivent toujours avoir été préalablement compostées plusieurs mois durant. La sciure de bois est déconseillée à cause des tanins qu'elle libère. Notez également que les paillis grossiers peuvent devenir le repère favori des limaces et escargots. Évitez d’ailleurs dans tous les cas de pailler trop près du collet des plantes, vos cultures seraient trop vulnérables face à ce type de maladies.

On observe également une réaction appelée « faim d’azote », si le mulch est composé uniquement de bois broyé vert ; en se décomposant, il mobilise l’azote du sol aux dépens des cultures alentour. Ce phénomène dure environ un mois, attention donc si vous le placez près de jeunes plantations durant ce laps de temps.

Conseils pratiques pour réussir son paillage

Voici quelques astuces pour optimiser votre pratique :

  1. Désherbez avant de pailler. Les vivaces indésirables doivent être éliminées, car le paillis n’empêchera pas leur pousse.
  2. Faites, si possible, un léger apport de compost avant le paillage.
  3. Étendez des couches de paillis de 3 à 5 cm environ (davantage pour les feuilles mortes) aux pieds des plantes, sur un sol ameubli et décompacté.
  4. N'enfouissez pas le paillis et ne recouvrez pas le collet des plantes.
  5. Arrosez une fois le paillage mis en place.
  6. En règle générale, compter une épaisseur minimum de 7 cm de paillis tassé pour une efficacité optimum.

Pour utiliser les branches, il est préférable de les broyer en ne dépassant pas des fragments de 7 cm maximum, de façon à accélérer le processus de décomposition et d’incorporation au sol. Il peut être utile de mélanger et/ou alterner ces différents paillis pour équilibrer les apports et éviter des excès nuisibles. Le mulch est une pratique extrêmement adaptée à la plantation des arbres fruitiers, tous les bienfaits listés vont leur profiter à plein. Petit conseil d’expérience : ne pas mulcher abondamment ses plantations d’arbres fruitiers est une erreur que nous constatons très souvent.

Le mulching à grande échelle : approche agronomique

Réaliser un bon mulching réside dans le travail de l’horizon complet. Un mulching de qualité se caractérise par 2/3 de résidus / végétation et 1/3 de terre dans les 5 premiers cm du sol. Ce travail superficiel a pour but de maintenir les débris dans un milieu aérobique. En effet, les tissus carbonés (lignine) ne se dégradent qu’en présence d’air.

Lorsque le mulching est réalisé en entrée d’hiver avec un matériel lourd et un rouleau non adapté, l’horizon de surface se retrouve compacté. Cela a pour conséquence de limiter fortement l’action de l’air sur la dégradation et la macrofaune. Chercher à obtenir un travail de sol le plus « soufflé » possible et non rappuyé est une des clés d’un bon mulching. L’utilisation d’un rouleau dans des sols pourvus en argiles est donc à proscrire. Des peignes y seront plus adaptés. Les stelles du Stell’Air se prêtent idéalement au jeu pour cette technique. Le travail par arrachement puis projection offre un tri densimétrique parfait pour une « hivernation » de sol.

Illustration montrant l'équipement idéal pour le mulching mécanisé

L'esthétique au service du jardin

Le paillis peut aussi se faire décoratif avec l'emploi de broyats de pin teintés, de jolis galets ou de gravillon coloré, de brique ou d'ardoise pilée. Vous trouverez parfois du verre broyé et poli appelé cassin aux jolis reflets pour agrémenter un petit patio par exemple ou la surface d'un grand bac, sur une terrasse. En revanche, sachez que la paillette de lin, d'aspect grisâtre, ne met pas bien en valeur les végétaux d'un massif, du moins lorsque ce dernier est fraîchement planté.

Les paillis organiques se décomposant à la longue, il est important de les renouveler régulièrement. Incorporez-les au sol avant d'en apporter une nouvelle couche d'entretien. Le paillage est un formidable outil pour le jardinier, qui lui permet de protéger et de soigner son sol, tout en lui rendant le travail plus facile. Et les matériaux utilisables pour réaliser ce mulch étant très nombreux et variés, il est possible de trouver ceux qui correspondent à la situation, à certaines plantes ou à certains sols, au climat, etc.

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