Comment Jeter de l'Engrais : Pratiques Durables et Responsables

schéma de l'économie circulaire des déchets organiques

L'agriculture, l'élevage de bétail, la sylviculture et les villes génèrent en permanence des déchets organiques. Cependant, les économies perdent un potentiel économique significatif du fait du gaspillage de ces matières et nutriments organiques. Le recyclage des déchets organiques en engrais organominéraux représente une solution prometteuse, bien que les méthodes existantes soient souvent non durables, inefficaces et emploient des produits chimiques nocifs. Cet article explore diverses méthodes de gestion et de recyclage des engrais, des pratiques traditionnelles aux innovations technologiques, en insistant sur les enjeux environnementaux et sanitaires.

Innovations Technologiques pour le Recyclage des Déchets Organiques

Le projet BTSys, financé par l’UE, a développé un système industriel de traitement et de recyclage des déchets organiques qui produit un engrais durable et efficace. Ce processus en circuit fermé recycle entièrement les macronutriments et le carbone, transformant les déchets en engrais organominéral sans aucune atteinte ou contamination de l’environnement. Dans la mesure où cet engrais contient 40 à 50 % de matière organique, il contribue à améliorer la structure du sol sous la surface, apportant des avantages multiples au cycle de croissance et à la récolte suivante.

Le processus débute avec l'introduction des déchets organiques dans le réacteur BTSys d’Agristarbio. Des réactifs chimiques traitent ensuite les déchets et équilibrent les niveaux d’azote, de phosphore et de potassium. Un sécheur industriel appelé sécheur à palettes réduit ensuite la teneur en humidité de l’engrais. Au cours de la dernière étape, un granulateur à haute efficacité transforme l’engrais en granules, forme sous laquelle la plupart des produits similaires sont vendus sur le marché. Aucun rejet d’émission dans l’atmosphère et aucun polluant local ne sont relâchés. Pedro Forjaz Carreiro souligne que « le contenu de la matière organique et sa richesse en acides aminés, sucres et micronutriments contribuent considérablement à l’amélioration de la santé du sol ». Ce système permettra également d’améliorer la sécurité alimentaire pour les citoyens européens, le phosphore étant une ressource essentielle pour la fertilisation des sols et les apports aux cultures.

La Méthanisation : Une Double Valorisation Énergétique et Agronomique

La méthanisation est un procédé permettant la dégradation de la matière organique via des bactéries naturellement présentes qui déclenchent un phénomène de fermentation des biodéchets. Ce processus est principalement utilisé pour valoriser les déchets alimentaires et les déchets organiques liquides. La méthanisation permet ainsi une double valorisation : la production d’un engrais organique local renouvelable et la production d’énergie verte sous forme de biogaz riche en méthane. Le procédé permet de fabriquer de l'électricité, de chauffer des locaux (en cogénération) et le digestat, composté ou non, remplace l'engrais. Le biogaz obtenu est composé d'environ 50 à 70% de méthane, de 20 à 50% de gaz carbonique (CO2) et de traces d'azote (N2), d'ammoniac (NH3) et d'hydrogène sulfuré (H2S). L'odeur dégagée par ces deux derniers gaz fait qu'il est préférable d'éloigner le digesteur des maisons d'habitation.

diagramme du processus de méthanisation

La cogénération, définie comme l'utilisation d'une même source d'énergie pour plusieurs usages, illustre l'efficacité de la méthanisation. Par exemple, un moteur alimenté par du biogaz peut produire simultanément de la chaleur et de l'électricité. Ce moteur fait tourner un alternateur qui produit de l'électricité et chauffe. Paprec contribue ainsi à la production d’énergie verte et d’engrais locaux durables. L’unité de méthanisation CAPIK, basée en Normandie, valorise les biodéchets des industries agro-alimentaires, des commerçants et de divers producteurs. Le digestat produit sur ce site a fait l’objet d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM), validant un usage agricole de qualité : cet engrais organique homologué est vendu aux agriculteurs locaux.

Le Compostage : Une Pratique Ancestrale et Bénéfique

Le compostage est le résultat d'une dégradation des végétaux sous l'action de la micro-faune et de la micro-flore du sol dans un système bien aéré. Traditionnellement à Montreuillon, le compostage se faisait simplement en tas dans l'ouche voisine de la maison. Le tas était retourné régulièrement pour entretenir une aération suffisante et une température homogène. Les moines-agronomes bénédictains et jésuites ont apporté des méthodes agricoles adaptées aux villages pauvres et isolés, comme celle de la méthanisation, à Madagascar.

Composter c'est facile !

Le compostage et le recyclage organique des biodéchets sont des pratiques ancestrales. Aujourd'hui, de nombreuses solutions existent pour collecter séparément les biodéchets des industriels comme des ménages, et les transformer en fertilisant agricole de qualité via la valorisation agronomique. Ce processus naturel consiste, après contrôle des déchets, à les broyer et les mélanger pour permettre une bonne répartition des matières riches en azote (les tontes et biodéchets alimentaires par exemple) et des matières riches en carbone (les déchets verts), puis à les placer en andains sur une aire de fermentation pendant environ 4 semaines.

Le compost est utilisé par les agriculteurs pour fertiliser leurs champs avec des produits locaux renouvelables, en remplacement d’amendements minéraux fossiles importés. L’apport de compost est également l’un des seuls moyens de ramener du carbone dans les sols, sous forme de matière organique stable. Paprec s'engage depuis 1999 dans le compostage et, à travers Paprec Agro, s'est affirmée comme spécialiste de la valorisation agronomique des boues, biodéchets et déchets verts par compostage sur ses sites de Saint-Paul-la-Roche (24) et Saint-Christophe-de-Double (33).

La Gestion des Déchets Verts : Une Ressource Précieuse

Les déchets verts sont les résidus végétaux issus de l'entretien des jardins et espaces verts : tontes de pelouse, feuilles mortes, herbes coupées, tailles de haies, branchages, fleurs et plantes fanées. Plusieurs pratiques durables existent pour les valoriser. Il est recommandé de les laisser sur place pour pailler votre jardin avec les feuilles ou tontes ou le broyat, ou faire du mulching (tontes broyées) avec la tondeuse. Le compostage à domicile est également une excellente option.

types de déchets verts compostables

Il est interdit de brûler des déchets verts chez soi, car cela génère de fortes pollutions et peut causer des risques d’incendie. Il ne faut pas jeter les déchets verts avec les ordures ménagères, ils doivent être triés séparément. De plus, il n’est pas conseillé de déposer les déchets verts dans les composteurs de ville ou de quartier. En les laissant sur place, ce sont des habitats qui favorisent la biodiversité. En compost, ils sont un amendement biologique qui contribue à améliorer la structure et la fertilité du sol. En paillage, ils protègent le sol de la sécheresse, limitent l'arrosage et évitent la repousse des mauvaises herbes. Au niveau des plateformes de valorisation des collectivités, les déchets verts sont transformés en compost, broyat ou amendement organique, qui peut servir à agrémenter les espaces verts de votre commune. Pour gérer un grand volume de déchets verts, il est possible de les broyer pour réduire leur volume.

Les Déjections Humaines : Un Potentiel Controversé

Notre corps est une usine à engrais : il en produit une demi-tonne par an. Les déjections des uns sont la nourriture des autres, suivant le système nutritionnel universel. Le bon sens paysan voudrait que l’on restitue au sol tout ce qui en provient. Cependant, un dégoût instinctif pour nos déjections et la perception qu'elles sont vectrices de maladies et pleines de pathogènes, compliquent leur valorisation.

La loi entrée en vigueur le 1er janvier 2024 (art. L541-21-1 du Code de l’environnement) exclut nos déjections des biodéchets, les considérant comme non biodégradables et devant être traitées comme des déchets « dangereux ». Ainsi, pour éliminer 0,3 litre d’urine composée à 95 % d’eau, nous consommons entre 3 et 5 litres d’eau potable. L’usage de nos urines et fèces comme engrais en agriculture biologique est strictement interdit. À l’inverse, il est autorisé en agriculture conventionnelle, mais la procédure administrative est si contraignante qu’elle décourage les meilleures volontés.

cycle des nutriments et déjections

Ce qui s’applique à nos déjections s’applique à toutes les déjections animales. Tous les fumiers sont des bouillons de culture par excellence, et une fiente de poule n’a rien d’aseptisé. Il faut attendre que la vie souterraine (microbes, insectes, crustacés, vers de terre, etc.) la transforme en éléments assimilables, un processus qui prend au minimum plusieurs mois. Les chances de survie des pathogènes anaérobies, propulsés à l’air libre, sont quasi nulles. Cependant, à l'instar des autres déjections animales, on ne peut jamais exclure qu’un pathogène survive quelque temps avant de périr, car le sol n’est pas son milieu de vie et les vers de terre et enchytréides se nourrissent également de ces microbes.

Pour l’urine seule, l’OMS recommande un stockage d’au moins un mois, tout en précisant que les risques sanitaires liés à son utilisation agricole sont faibles. Si l’urine est épandue avant le semis ou enfouie entre les rangs pendant la culture, cette précaution n’est pas nécessaire. Tout dépend également du type de culture et des délais de récolte. On ne pulvérise pas d’urine, même diluée, sur des salades ou des radis de 18 jours.

Les Lisiers et Digestats : Des Enjeux Sanitaires et Réglementaires

Les lisiers, mélanges liquides d’urine et d’excréments provenant des élevages intensifs de porcs, de vaches et de volailles, sont de véritables bouillons de culture pour les pathogènes. Curieusement, alors que cet aspect est exagéré dans le cas de nos déjections, il est peu ou pas pris en compte pour les lisiers, le législateur cherchant surtout à en valoriser l’azote. Par exemple, il est seulement conseillé d’attendre au moins 3 semaines avant de remettre à pâturer après un épandage de lisier sur une prairie, sans qu'aucune obligation ne soit imposée.

De même, les digestats, ces déchets issus de la méthanisation de biodéchets, fumiers, lisiers ou matières organiques, sont chauffés intentionnellement pour devenir des bouillons de culture et produire du gaz. En 2016, l’ADEME affirmait qu’ils ne respectaient pas les normes sanitaires : « Les digestats étudiés (à l’exception des fractions solides compostées) ne respectent pas les critères des normes actuelles sur les amendements et les engrais. » Cette page a depuis été supprimée, probablement pour ne pas gêner le développement intensif de la méthanisation agricole, démontrant une différence de traitement entre des biofertilisants présentant des risques sanitaires analogues, voire très élevés comme les digestats.

Les Engrais de Synthèse : Un Recours Contraint et Épuisable

Les engrais dits chimiques ou de synthèse ont remplacé nos déjections et la fertilisation organique dans les champs. Or, ils n’ont rien de réellement synthétique, puisqu’ils résultent d’un assemblage de trois éléments naturels, dont l’un est non renouvelable et en voie d’épuisement. Sans solution de remplacement pour cet élément non renouvelable, un effondrement des rendements agricoles est à craindre à moyen terme.

Composter c'est facile !

Ce constat met en évidence l'urgence de développer des alternatives durables et de valoriser au maximum les ressources organiques disponibles. L'économie circulaire, la méthanisation, le compostage et une gestion responsable des déchets verts sont autant de pistes pour réduire notre dépendance aux engrais de synthèse et préserver la fertilité de nos sols. La filière de valorisation agronomique, largement développée par des acteurs comme Paprec, contribue au retour à la terre des déchets organiques. Des millions de tonnes de déchets facilement réutilisables pour fertiliser la terre sont produites chaque année en France, notamment les déchets organiques issus des ménages, de la grande distribution ou de la restauration.

Collecte et Valorisation des Déchets Chimiques Spécifiques

À l’approche du printemps, il est temps de trier les pots de peintures, colles, mastics périmés ou vidés, les sacs d’engrais ou encore les produits d’entretien de piscine qui encombrent. EcoDDS aide à faire le tri de ces déchets diffus spécifiques (DDS), potentiellement dangereux pour la santé et l’environnement. Les déchets chimiques ne peuvent pas être pris en charge par le ramassage des ordures ménagères et nécessitent une collecte sécurisée.

Le dispositif REKUPO offre un service gratuit de proximité dans près de 1500 points de collecte. Il suffit de trouver l’enseigne la plus proche et d'y déposer les produits vides, périmés ou souillés. EcoDDS, une société à but non lucratif, a pour mission d’encourager au tri, à la collecte, à la valorisation et au recyclage des déchets chimiques. Son action consiste à inciter chaque citoyen et chaque professionnel à un geste de tri adapté en proposant des dispositifs de collectes et de tri de proximité. EcoDDS couvre un réseau national de plus de 60 millions d’habitants et assure la collecte dans près de 4 500 points de collecte. EcoDDS encourage et accompagne les parties prenantes dans leur volonté d’accélérer la transition vers une société où l’usage des produits chimiques sera pleinement neutre pour l’environnement.

Enjeux du Rapport Carbone sur Azote (C/N)

Le rapport Carbone sur Azote (C/N) est un indicateur crucial pour juger de l'aptitude de la matière organique à se décomposer rapidement dans le sol. Pour se développer, la micro-faune et la micro-flore du sol ont besoin de carbone comme source d'énergie et d'azote pour synthétiser leurs protéines. Un équilibre adéquat entre ces deux éléments est essentiel pour un compostage efficace et une fertilisation optimale. Les caractéristiques du sol, telles que sa texture, sa structure, son pH et son rapport C/N, sont des facteurs déterminants pour la santé du sol et la croissance des cultures.

illustration des rapports C/N idéaux pour le compostage

Une bonne compréhension de ces paramètres permet d'adapter les pratiques de fertilisation et de gestion des déchets organiques, favorisant ainsi des systèmes agricoles plus résilients et respectueux de l'environnement. La gestion des déchets ne se limite pas à leur élimination, mais s'inscrit dans une perspective plus large de valorisation et de retour aux sols, contribuant à la fois à la préservation des ressources et à la production alimentaire durable.

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