La chayotte (Sechium edule), également connue sous les noms de christophine, chouchou, sousou ou mirliton, est une plante grimpante fascinante appartenant à la grande famille des cucurbitacées. Originaire des régions tropicales du Mexique et d'Amérique centrale, cette plante vivace est cultivée depuis des millénaires par les civilisations précolombiennes. Si elle est très populaire aux Antilles, à La Réunion ou en Asie du Sud-Est, sa culture est tout à fait réalisable sous nos latitudes tempérées à condition de respecter quelques étapes clés. La chayotte se distingue par une particularité unique : elle est vivipare, ce qui signifie que la graine ne se sépare pas du fruit et commence à germer directement à l'intérieur de celui-ci.

La phase de germination : une étape cruciale
Contrairement à la majorité des potagères que l'on sème à partir de graines séchées, la chayotte nécessite une approche différente. La graine est soudée à la chair, c'est pour cela qu'on plante tout le fruit. Tout jardinier qui a déjà cultivé ce fruit se rend compte que rapidement, quelques semaines à quelques mois après la récolte, les chayottes se mettent à germer. Pour démarrer cette culture, nous allons implanter en pot une chayotte entière contenant la graine en son intérieur.
Il faut débuter suffisamment tôt pour espérer un beau plant au mois de mai, une fois les risques de gel terminés. Le meilleur moment pour débuter est entre mi-mars et début avril. Cela suffit largement pour avoir un beau plant qui sera prêt vers la mi-mai. Si vous implantez une chayotte non germée en mai au potager, la culture risque fort de ne pas avoir le temps de produire avant le retour du froid en octobre ou novembre.
Comment se procurer une chayotte à planter
Plusieurs possibilités s'offrent à vous :
- Via un jardinier : En trouver une via un jardinier qui en a récolté la saison précédente. Une seule chayotte conservée de la saison précédente suffit pour lancer la culture l'année suivante.
- En jardinerie ou supermarché : Des supermarchés en vendent également, bien souvent au rayon des légumes exotiques. Nettoyez bien votre chayotte dans ce cas pour faire partir toute éventuelle trace d'antigerminatif. Beaucoup plus économique : acheter une chayotte au rayon exotique des magasins bio.
- En ligne : Vous pouvez trouver des chayottes à planter en ligne sur internet.
Le démarrage en pot : la « pouponnière »
Il est fortement déconseillé de cultiver la chayotte en pot, en sac ou en carré potager sur le long terme car elle se préfère dans la pleine terre pour répandre son réseau racinaire qui peut atteindre plusieurs mètres. Cependant, le démarrage en pot est indispensable pour prendre plusieurs précieuses semaines d'avance et protéger la jeune pousse du froid printanier.
Choisissez le pot le plus grand que vous puissiez avoir, d'une taille minimum de 20 cm de diamètre sur 20 cm de profondeur. Remplissez le pot, soit avec du terreau, soit avec un mélange de terre et de terreau. Remplissez ainsi votre pot jusqu'aux ¾ facilement, puis déposez votre chayotte à plat. Finissez par la recouvrir de terre ou de terreau, de sorte qu'on distingue tout juste la peau à la surface du pot. La règle d'or est de ne pas tout enterrer : on plante le fruit entier, mais il faut le laisser dépasser de moitié hors de la terre. Arrosez jusqu'à avoir un substrat bien humide comme une éponge essorée.
Une culture à débuter en pot en février/mars ► La chayotte
Une fois la germination réalisée, veillez à ce que le plant reçoive une belle lumière via une fenêtre, une baie vitrée ou une véranda. Le réseau racinaire se développe à une vitesse folle et devient vite très conséquent. Si les tiges deviennent très longues en intérieur (elles "filent"), n'hésitez pas à les pincer en coupant le bout ; cela forcera la plante à faire des ramifications plus solides avant la sortie au jardin.
La plantation en pleine terre : l'exubérance au jardin
Attendez que les risques de gelées soient écartés et, mieux encore, que les températures nocturnes soient douces, supérieures à 10°C. La chayotte est une plante très gourmande : les clés de fertilité sont indispensables pour espérer de belles récoltes. À la plantation, décompactez largement le sol, sur deux à trois fois la taille du pot, et enrichissez-le avec du compost mûr ou du fumier décomposé.
Installez votre plant de chayotte dans un sol riche, humide et amendé de minéraux. Plantez votre chayotte en l'isolant, à au moins un mètre de distance d'avec les cultures voisines, car elle développe des racines vigoureuses et projette beaucoup d'ombre. La vigueur est impressionnante : imaginez que le plant va pouvoir développer des tiges grandes parfois de plus de 10 mètres de long, qui vont ramifier en tout sens.
Le tuteurage : un impératif technique
La culture émet des petites vrilles qui permettent au plant de s'accrocher de lui-même. Prévoyez un support très solide, comme des treillis, des filets ou des grillages attachés sur des piquets en bois ou en métal. J'ai pour habitude de prendre un bout de roseau sur lequel j'accroche un bout de grillage à mouton. Vous pouvez aussi envisager une implantation en bordure de potager pour faire grimper la culture sur une clôture ou sur les arbres avoisinant le potager.

Entretien et besoins de la plante
Une fois installée, l'entretien est relativement simple mais exigeant en termes d'eau. La chayotte a besoin de cinq mois consécutifs à la fois de chaleur et sans gel pour fructifier correctement.
- Arrosage : Le feuillage très dense entraîne des besoins importants en eau. Dès que le temps devient chaud et sec, comptez un arrosage régulier et abondant, environ un arrosoir tous les deux à trois jours par mètre carré. Un paillage épais au pied permet de garder la fraîcheur et limite les corvées d'arrosage.
- Exposition : Privilégiez le plein soleil. La chayotte apprécie les climats chauds et humides.
- Taille : Aucune taille n'est strictement nécessaire, mais vous pouvez éventuellement tailler quelques pousses pour contenir le plant sur quelques mètres carrés plutôt que de le laisser tout envahir. Dans les régions à saison chaude courte, on peut pincer l'extrémité des tiges principales pour favoriser la ramification et une fructification plus précoce.
Récolte et conservation
La récolte commence généralement à partir de septembre et se poursuit jusqu'aux premières gelées de novembre. Les fruits sont prêts à être cueillis 5 à 6 semaines après la floraison. Le meilleur moment pour récolter est lorsque le fruit atteint le calibre souhaité, souvent la taille d'une paume de main.
La productivité est spectaculaire : un seul plant peut vous donner plus de 200 chayottes, soit plus de 50 kilos ! Les fruits se cueillent encore fermes et se conservent plusieurs semaines dans une cagette déposée dans un abri hors gel, frais et bien aéré. Dans de bonnes conditions, on peut espérer les garder quatre à cinq mois maximum.
La chayotte comme plante vivace
Sachez que la chayotte est une plante vivace, mais surtout sous climat tropical ou dans les régions aux hivers doux. Chez moi, par exemple, le plant passe sans souci l'hiver : je taille les lianes à ras en fin de saison, je paille le pied, et il résiste à des gels modérés. La partie aérienne meurt en hiver, mais la souche tubéreuse souterraine survit. Au printemps, la plante repartira de la souche. Paillez très épais en hiver pour protéger cette "patate chouchou" contre le gel. En cas de climat rigoureux, si la souche risque de geler, vous pouvez protéger le pied avec un voile d'hivernage ou cultiver la chayotte en pot que vous rentrerez dans un local hors gel.
Qualités culinaires et nutritionnelles
La christophine a un goût très doux et subtil, souvent comparé à celui de la courgette ou de la pomme de terre, mais avec une légère note de châtaigne une fois cuite. Elle est un légume-fruit très peu calorique (environ 20 calories pour 100g) et riche en eau, en potassium, en fibres, en zinc et en vitamine C. Elle se prépare comme la courgette : crue, râpée en salade avec une vinaigrette citronnée, ou cuite en gratin, en soupe, en purée, en curry, ou simplement bouillie. Pensez à bien peler vos chayottes avant de les cuisiner car sa peau peut être dure. Tout est bon dans la chayotte, même sa grosse graine centrale est comestible après cuisson.