
Le sol, souvent perçu comme une simple matrice inerte, est en réalité un écosystème foisonnant de vie, abritant une biodiversité extraordinaire et majoritairement invisible à l'œil nu. Ces organismes, des micro-organismes aux invertébrés plus grands, jouent un rôle primordial dans la fertilité du sol, le stockage du carbone, la filtration de l'eau et bien d'autres fonctions écologiques essentielles. Comprendre et étudier cette faune est donc crucial pour évaluer la santé des sols et leur capacité à soutenir la vie terrestre. Cet article explore diverses méthodes de récolte et d'observation de la faune du sol, adaptées à différentes échelles et objectifs.
L'Importance Cruciale de la Faune du Sol
La faune du sol exerce des fonctions écologiques variées et fondamentales. Elle est particulièrement étudiée dans le cas des agrosystèmes en raison de son impact direct sur la production primaire. Grâce à leur structure tridimensionnelle complexe, leur large gamme de porosité, et la diversité de leurs caractéristiques physico-chimiques et microclimatiques, les sols hébergent un nombre considérable d'organismes. On estime que les sols abriteraient environ un quart des espèces animales actuellement décrites.
Cette faune du sol couvre plusieurs échelles de taille, allant des organismes microscopiques à des animaux de plusieurs dizaines de centimètres. Elle regroupe une multitude de taxons, exprimant une diversité de formes, de stades de développement, de modes de vie et de régimes alimentaires. Toutes ces caractéristiques ont une incidence sur le fonctionnement physico-chimique du sol à toutes les échelles, depuis l'arrangement des particules élémentaires (échelle texturale) jusqu'à l'arrangement macroscopique des agrégats, des macropores et des horizons de sol (échelle structurale).
Classification de la Faune du Sol par Taille
Pour faciliter l'étude, la faune du sol est souvent classée en fonction de sa taille :
- Macrofaune : Animaux dont la taille excède 2 mm, visibles à l'œil nu. Cela inclut les cloportes, les mille-pattes, les mollusques, les vers de terre et de nombreux arachnides et insectes, mais aussi les mammifères.
- Mésofaune : Organismes dont la taille est comprise entre 200 µm et 2 mm, comme les collemboles, les acariens ou encore les enchytrées.
- Microfaune : Organismes dont la taille est inférieure à 200 µm, regroupant principalement les protozoaires et les nématodes.
Fonctions Écologiques de la Faune du Sol
L'écologie fonctionnelle des sols cherche à comprendre les relations entre la plante cultivée et son environnement biophysique, incluant les interactions biologiques et les effets de la biodiversité. Si le service final attendu est la production agricole, certains services intermédiaires (ensemble de fonctions qui ont un effet sur le service final) peuvent être mobilisés. Un nombre croissant d'études menées depuis 30 ans ont souligné l'importance des organismes des sols dans la réalisation de grandes fonctions écologiques des sols agricoles. Celles-ci incluent la production primaire, la dynamique du carbone et le recyclage des nutriments, le maintien de la structure des sols, la dynamique de l'eau et la régulation des bioagresseurs.
Cependant, les sols hébergent aussi des organismes néfastes pour les cultures ou qui peuvent indirectement affecter la production primaire via des boucles de rétroaction. Par exemple, des effets positifs et négatifs des communautés des sols peuvent s'annuler, et la résultante sur la productivité des plantes reste inchangée. En réalité, le bilan net de l'effet de la biodiversité des sols sur le fonctionnement des écosystèmes dépend du nombre de fonctions étudiées.
Recyclage des Nutriments
L'impact de la faune du sol sur la production primaire peut être vu au travers de ses effets sur le recyclage des nutriments. Une méta-analyse a montré que la présence de vers de terre augmente significativement le rendement (+ 25 %) et la biomasse (totale, aérienne et souterraine, d'environ + 20 % chacune) des plantes cultivées. L'effet positif des vers de terre sur la croissance des plantes serait principalement dû à la modification de la disponibilité des nutriments et, en particulier, de l'azote.
Les turricules (rejet des vers de terre présents à la surface du sol) fraîchement produits sont riches en ammonium (NH4+) issu de la minéralisation de la matière organique ingérée. Ce NH4+ est progressivement nitrifié. On observe alors une bascule entre ammonium et nitrate (NO3-) à mesure que les turricules vieillissent. Selon les quantités en NO3- et leur humidité, les turricules sont aussi un siège de la dénitrification (émissions de N2O), ce qui peut varier d'une espèce lombricienne à une autre. Les parois de galeries, tapissées de mucus ou déjections, sont aussi enrichies en NO3-, NH4+ et ont des populations de bactéries nitrifiantes et dénitrifiantes plus importantes que le reste du sol. Cela peut faciliter le transport vertical du NO3- vers les couches plus profondes du sol où les conditions sont moins favorables à la nitrification. Enfin, les mucus et les tissus en décomposition des animaux sont aussi des voies d'entrée d'azote dans le système sol-plante.
Les turricules et le mucus des vers de terre contiennent aussi des quantités de phosphore disponible plus fortes que celles du sol et équivalentes à 50 % des besoins annuels des plantes. Mis à part les lombriciens, d'autres groupes d'animaux des sols participent à la disponibilité des nutriments pour les plantes. Le NO3- issu du NH4+ excrété par les protozoaires est suspecté d'influencer l'architecture racinaire, avec une prolifération des racines latérales dans les microzones plus riches en nitrates. De plus, le broutage des microorganismes par les nématodes augmente la disponibilité des nutriments et leurs prélèvements par la plante.
Les interactions entre les invertébrés des sols et les champignons mycorhiziens ont des impacts indirects mais importants sur la croissance des plantes. Des études ont établi que les microarthropodes (en particulier les collemboles) influencent négativement la distribution et la densité des champignons mycorhiziens par le broutage. L'intensité du broutage des hyphes dépend des espèces mycorhiziennes, les organismes de la faune du sol ayant des préférences dans leur diète. D'autres organismes, en particulier certains détritivores tels les termites et les mille-pattes, ont au contraire un effet positif sur le réseau mycélien car ils ingèrent puis dispersent l'inoculum mycorhizien. Des coléoptères carabiques et scarabéides ont aussi été retrouvés avec des spores dans leur système digestif. L'usage de pesticides est susceptible de profondément modifier les interactions entre faune du sol et symbiose mycorhizienne. En effet, l'usage de glyphosate a un faible effet à court terme sur les vers de terre mais un effet important sur les champignons mycorhiziens et sur l'interaction entre champignons et lombrics.
Entretien de la Stabilité et de la Structure du Sol
La faune du sol contribue également à l'entretien de la stabilité et de la structure du sol. La bioturbation est la formation, par l'action des êtres vivants, de biostructures et de biopores dont les propriétés sont différentes de celles du sol environnant. Cela s'explique par :(i) le remaniement du sol pouvant venir d'horizons profonds,(ii) la modification texturale des sols suite au tri granulométrique effectué par les organismes (à l'inverse des éléments grossiers, les éléments fins peuvent être ingérés puis rejetés dans les déjections), et(iii) la modification des agrégats du fait du passage dans le tube digestif des organismes humivores ou du remaniement par les pièces buccales des termites, par exemple.
L'activité fouisseuse des lombriciens aboutit à la création de macropores sous la forme de galeries et de logettes d'estivation. En prairie tempérée, la longueur totale des galeries peut atteindre 890 m par m² de sol. Par ailleurs, l'activité fouisseuse des vers est conditionnée par les caractéristiques environnementales, notamment la teneur en matière organique des sols et l'accès à la ressource trophique, la compaction du sol, les interactions entre espèces, l'usage des sols et la saison. Ces galeries ont un rôle très important dans le fonctionnement hydrique des sols car elles constituent des voies d'écoulement préférentiel pour l'eau et ses solutés. L'effet des galeries sur l'infiltration est très fortement conditionné par les caractéristiques des réseaux de galeries ; ainsi le diamètre des galeries, la tortuosité et l'interconnexion augmentent l'infiltration et la conductivité.
Les organismes du sol produisent des agrégats lors de l'ingestion de sol combinée ou non à l'ingestion de la matière organique prélevée à la surface du sol. Ces fractions minérales et organiques ingérées sont mixées lors du transit dans le tube digestif des organismes et excrétées sous la forme de déjections, soit dans le sol soit à la surface du sol. Les propriétés de ces déjections dépendent des groupes biologiques, de la localisation de la ressource trophique, des conditions pédoclimatiques et de la densité du sol. On estime que 240 tonnes de déjections (endogées et de surface) sont produites annuellement par hectare pour une densité de 1 tonne de vers de terre en prairie. Ces déjections déposées dans le sol vont influencer directement la compaction des sols. La production de ces agrégats, soit de surface (turricules) soit souterrains, va aussi agir sur la régulation hydrique.
La stabilité structurale des agrégats du sol est fortement liée aux propriétés du sol, notamment la texture, la minéralogie des argiles, la teneur en cations et en oxydes d'aluminium et de fer, ou encore la teneur en matière organique. Cela étant, les organismes du sol contribuent aussi au maintien de cette structure. Les bactéries et, dans une moindre mesure, les champignons agissent aussi en produisant des exopolysaccharides qui constituent une colle entre les agrégats. En complément, les invertébrés agissent aussi sur la stabilité des agrégats. Par exemple, les lombriciens augmentent la taille des agrégats, la quantité d'agrégats stables et leur distribution en stimulant l'activité microbienne et en enrichissant en carbone organique leurs déjections. Mais cette action est très variable dans le temps : les déjections récentes sont peu stables alors qu'elles sont plus stables que le sol environnant lorsqu'elles sont plus âgées.

Contrôle des Bioagresseurs
La faune du sol modifie les relations entre les plantes et leurs bioagresseurs. Lorsque ces effets sont bénéfiques à l'agriculture, les animaux prédateurs sont considérés comme des auxiliaires des cultures. Toutefois, dans certains cas, l'effet des animaux du sol peut ne pas être bénéfique.
La faune du sol participe à la régulation des adventices de nombreuses manières. Certains animaux consomment les graines, participent à la distribution spatiale et temporelle des graines ou encore influencent la croissance des plantules. Il existe de nombreuses observations de la consommation de graines sur la plante avant la dispersion, notamment par les coléoptères carabiques. Bien que les graines soient généralement de bonne valeur énergétique, elles sont, d'un point de vue structurel et nutritionnel, différentes selon les espèces végétales. La consommation ne se fait pas au hasard, et les animaux ont des préférences pour certaines graines en fonction de leur taille, leur forme, leur ornementation ou leur contenu lipidique. Par exemple, les carabiques sont des coléoptères primitivement prédateurs, mais plusieurs espèces ont établi des symbioses digestives avec des bactéries qui leur permettent de consommer certaines graines. D'autre part, les vers de terre ont une action directe sur la distribution verticale, horizontale et temporelle des graines, avec des quantités dans les turricules plus importantes que dans le sol adjacent. De plus, il a été démontré que le mucus des lombriciens a des effets qui peuvent être à la fois négatifs (forte concentration en NH4+ qui peut induire une dormance des graines ou un retard de germination) et positifs (présence de molécules rhizogéniques) sur la germination des graines.
Les relations biotiques aériennes et souterraines sont d'une importance majeure sur les traits de défense des plantes et sur leur variation génétique. Or, les travaux actuels sous-estiment le potentiel des ennemis naturels des herbivores sur la tolérance aux ravageurs (croissance) et la défense des plantes. De nombreux herbivores ravageurs des cultures passent par un stade de développement inféodé au sol (par exemple larve, nymphe, pupe) ou transitent par la surface du sol, par exemple lors d'une chute. On peut citer certains coléoptères (par exemple pucerons, altises, charançons, méligèthes), diptères (par exemple cécidomyies et autres mouches), les chenilles de lépidoptères (par exemple pyrales, tordeuses), les hémiptères (par exemple pucerons, cicadelles, cochenilles) ou les gastéropodes (limaces). Les prédateurs en surface du sol (carabes, araignées, staphylins, perce-oreilles, larves d'insectes) sont des auxiliaires dans la lutte contre ces ravageurs. D'autre part, les organismes herbivores souterrains (consommant des racines) peuvent modifier la survie, la fécondité, la croissance des herbivores aériens. De façon synthétique, deux grands ensembles de mécanismes relient les bioagresseurs aériens et souterrains. D'une part, l'action des herbivores aériens, en limitant le développement foliaire par exemple, peut avoir un effet sur le développement racinaire et donc sur les herbivores souterrains. L'inverse est également possible.
Enfin, un autre réseau d'interactions relie détritivores, plantes et herbivores. Le broutage des champignons pathogènes par les fongivores dans les sols modifie (i) les interactions plante-champignon, (ii) la compétition entre champignons et (iii) la dispersion des spores. Les collemboles sont connus pour consommer sélectivement les champignons, dont certains pathogènes. Toutefois, les organismes des sols peuvent participer à la dissémination de propagules des pathogènes. Plusieurs mécanismes sont impliqués dans la régulation des pathogènes, et notamment lors des phases libres. Ainsi, il a été montré que les nématodes phytoparasites peuvent être grandement affectés par la bioturbation due aux vers de terre.
Support de Biodiversité et Interactions Inter-Plantes
Un nombre croissant d'études ont été réalisées depuis le milieu des années 1990 pour élucider le rôle des animaux du sol sur les interactions entre plantes. Cependant, le sujet d'étude est vaste et les conclusions apportées aujourd'hui par ces études restent fragmentaires. Par exemple, le collembole Protaphorura fimata modifie la compétition entre une légumineuse, le trèfle blanc, et une graminée, le ray-grass. Alors qu'en l'absence de collembole, le ray-grass est plus compétitif que le trèfle, la présence du collembole diminue la biomasse aérienne de ce dernier.
L'impact de l'agriculture sur la biodiversité
Méthodes de Récolte de la Macrofaune du Sol
La récolte de la macrofaune du sol est essentielle pour étudier les organismes visibles à l'œil nu et ceux dépassant 2 mm. Plusieurs techniques sont employées, des plus simples aux plus scientifiques.
La Méthode du Bloc de Sol
La méthode du bloc de sol est une technique simple et efficace pour observer les organismes qui vivent dans les premiers horizons du sol (ceux vers la surface). Ces animaux peuvent souvent passer inaperçus à nos yeux. Ce protocole nous donne une occasion de les découvrir.
Pour les enfants (10-12 ans) et les débutants :
- Préparation du Site : Choisissez un lieu où creuser votre bloc. Prenez une photo du lieu choisi, cette étape est importante si vous souhaitez participer à un programme de sciences participatives comme JardiBiodiv. Prenez un cadre de 25cmx25cm ou fabriquez-le. Imprimez les annexes « Tableau de capture » et « Formulaire Jardibiodiv et les Petits deb ».
- Prélèvement du Bloc : À l'aide d'une truelle (pour les explorations plus modestes) ou d'une bêche (pour un bloc plus conséquent), prélevez un trou de 10 cm de profondeur. Ce n'est pas la peine de creuser plus profond parce qu'il n'y a pas plus d'animaux en profondeur. Pour une participation à des programmes comme JardiBiodiv, le bloc est de 25cm x 25cm sur 30 cm de profondeur (environ la taille d'une bêche).
- Triage Manuel : Séparez à la main les morceaux du sol entre eux pour trouver les organismes qui y sont logés. Récoltez, à la main ou avec des pinces à épiler, les petites bêtes du sol présentes dans l'échantillon de sol et déposez-les dans des récipients transparents (de préférence des boîtes loupes ou des boîtes de pétri).
- Observation et Identification : Observez chaque organisme à l'œil nu ou à l'aide d'une loupe (ou une loupe binoculaire, un microscope USB…). Prenez-le en photo. Attention, certains animaux comme les collemboles et les acariens ne mesurent que 1 ou 2 mm, mais on peut les voir sur une bâche/bassine blanche si on est attentif. Si l'organisme a de nombreuses pattes, demandez-vous : a-t-il un corps ovale étalé ou allongé ? A-t-il une ou deux paires de pattes par segment ? Retrouvez le nom de vos organismes en vous aidant de l'annexe “Clés de détermination de la faune du sol” et des réponses aux questions précédentes. Vous pouvez aussi utiliser l'identification par l'image sur l'application smartphone "Jardibiodiv" ou sur le site de Jardibiodiv. Notez les organismes trouvés pour chaque bloc de sol et leur quantité en complétant l'annexe « Tableau de capture ».
- Estimation de l'Abondance : Évaluez l'abondance / la densité de la faune présente par m² de sol étudié : pour cela, comptez le nombre d'organismes présents dans l'échantillon de sol étudié (dans le bloc de 25cm x 25cm), puis multipliez ce nombre par 16 pour obtenir une estimation au m².
- Comparaison : Si vous avez réalisé des blocs de sol à différents endroits, vous pourrez comparer les animaux récoltés : sont-ils les mêmes dans chaque bloc de sol ?
- Partage des Données : Déclarez votre lieu d'observation en remplissant le formulaire « Déclarer/Décrire un jardin » dans l'onglet “Ajouter une observation” pour le site, ou dans l'onglet « Déclarer » pour l'application.
Remarque importante : La météo est un facteur important. Cette expérience est basée sur l'observation d'animaux vivants ; il se peut donc qu'il y ait peu ou pas d'animaux dans votre bloc de sol. Dans ce cas, vous ne pourrez pas les observer, mais ne pas avoir vu d'organismes est un résultat intéressant que vous pourrez quand même transmettre aux chercheur.se.s ! La faune d'un sol dépend de l'acidité, du contenu en matière organique et minérale du sol, mais ces différences sont subtiles. Par exemple, la faune du sol de la prairie est similaire à celle de la forêt de St.

La Méthode TSBF (Tropical Soil Biology and Fertility)
La technique d'échantillonnage de la macrofaune du sol traditionnellement utilisée par les scientifiques est appelée la méthode TSBF. Mise en œuvre dans le cadre d'un programme international nommé Tropical Soil Biology and Fertility, cette méthode consiste à trier à la main tous les macro-invertébrés (supérieurs à 2 mm ou visibles à l'œil nu) compris dans un bloc de sol de 25 cm de côté et 30 cm de profondeur. Tous les organismes récoltés sont conservés dans l'alcool à 50% avant d'être triés, identifiés, pesés et comptés. La macrofaune de la litière en surface peut être triée de la même façon.
L'Aspifaune (Aspirateur à Insectes)
Le programme Qubs (QUalité Biodiversité des Sols) propose des protocoles simples et ludiques, ouverts à tous, pour explorer la biodiversité des sols. La fabrication d'un Aspifaune (aspirateur à insecte) est l'une de ces méthodes pour récolter et observer les animaux du sol. Une fois les animaux collectés, vous les prendrez en photo puis les identifierez grâce à une clé d'identification, et vous pourrez ensuite partager vos observations avec la communauté Qubs.
Méthodes de Récolte et d'Observation de la Mésofaune et de la Microfaune
Pour les organismes plus petits, des techniques d'extraction et d'observation spécifiques sont nécessaires.
L'Appareil de Berlèse
L'appareil de Berlèse est une méthode courante pour extraire la mésofaune (comme les collemboles et les acariens) du sol. Il utilise un gradient de température et d'humidité pour forcer les animaux à migrer vers le bas de l'échantillon de sol, où ils tombent dans un récipient de collecte.
Observation de la Microfaune
Pour observer la microfaune, une approche différente est requise :
- Préparation de l'Échantillon : Déposez une « pincée » de sol tamisé sur une lame de verre.
- Montage : Déposez une lamelle sous une goutte d'eau sur l'échantillon.
- Observation au Microscope : Observez au microscope, avec un grossissement x400 au minimum. Pour chaque animal, sont renseignés l'habitat et le mode de vie. Une photo est adjointe pour faciliter l'identification.

Le Piège Barber (Pitfall Trap)
L'usage des pièges Barber (pitfall trap en anglais) est une méthode très utilisée pour estimer la diversité de la macrofaune de la litière et les invertébrés qui courent à la surface du sol. Il s'agit d'un contenant bien enfoncé dans le sol, rempli d'un liquide dans lequel les invertébrés qui courent à la surface du sol vont tomber et d'où ils ne pourront pas ressortir.
Utilisation du Piège Barber :
- Construction du Piège : Un piège Barber est un récipient à parois lisses, enfoncé dans le sol et dont l'ouverture affleure au niveau du sol. Le fond du piège peut être rempli d'un liquide pour différentes raisons : éviter que les animaux ne s'échappent, conserver les animaux piégés si le piège reste longtemps en place.
- Placement des Pièges : Les pièges sont placés (intervalle minimum entre 2 pièges, 10m) par groupe sur différentes modalités préalablement définies par l'utilisateur : différents types de sols, d'itinéraires techniques, de culture… C'est une méthode de capture en continu qui représente un investissement financier peu élevé.
- Fréquence de Récolte : Au niveau humain, l'investissement est relatif à l'écosystème étudié, la récolte allant de une fois par semaine à une fois toutes les 48 heures. Cette fréquence de récolte va dépendre de la vitesse de remplissage des pièges Barber, du mélange utilisé dans les pièges (selon le mélange les insectes capturés se dégraderont plus ou moins vite) et des espèces étudiées.
- Paramètres à Considérer : Lorsque l'on veut observer les communautés de carabes par l'intermédiaire des pièges Barber, il faut faire attention à plusieurs paramètres : les modalités sont-elles comparables ? Quelle est l'efficience des pièges pour les espèces que l'on pense retrouver sur la parcelle (pour le même piège on observe une efficience de capture différente selon les espèces, leurs tailles, leurs aptitudes)? Durant une période de capture donnée, quelles espèces suis-je le plus susceptible de capturer ? Quel mélange utiliser dans mon piège pour capturer ces carabes ?
- Exemples de Mélanges :
- Mélange de formol, eau, détergent en faible quantité. Il réduit les tensions de surfaces, évite que les petits animaux ne flottent et puissent s'échapper.
- Mélange d'eau salée savonneuse et de vinaigre. Il peut permettre une meilleure conservation des individus capturés par le piège.
- Certains utilisent un mélange d'éthylène glycol (antigel de voiture) dilué dans l'eau pour éviter que le liquide ne s'évapore. Dans ce cas, il faudra récolter assez vite les individus avant qu'ils ne se décomposent.
- Conseil Important : Il est souvent conseillé d'utiliser un mélange mortel pour les insectes si l'on ne veut pas voir toute sa récolte mangée par un individu présent dans le piège. On peut aussi utiliser un appât dans le piège (viande crue, liquide sucré) pour attirer plus rapidement les insectes.

Observation et Identification des Organismes du Sol
Une fois les animaux collectés, l'étape suivante consiste à les observer et à les identifier.
Outils d'Observation
- Œil nu : Suffisant pour la macrofaune de grande taille.
- Loupe : Permet de voir des choses vraiment petites et d'observer les détails de la macrofaune et de certains éléments de la mésofaune.
- Loupe binoculaire : Idéale pour une observation plus fine de la mésofaune.
- Microscope et microscope USB : Indispensables pour la microfaune et les détails de la mésofaune, avec un grossissement x400 au minimum pour la microfaune.
Processus d'Identification
Identifier les grands groupes d'individus permet d'estimer la biodiversité de son sol et l'abondance de chacun des grands groupes. L'identification peut répondre à des questions du type : Quelle est la biodiversité de mon sol ? Est-ce que la faune de mon sol est équilibrée ? Ai-je des populations en sur-nombre/sous-nombre ? Quelles fonctions dans mon sol sont réalisées ? Mon sol est-il en bonne santé ?
Vous aborderez l'identification selon 2 échelles :
- Par laquelle on doit commencer : trouver le grand groupe auquel appartient son individu.
- Quand c'est possible et pour les plus curieux : trouver la famille ou l'espèce de l'individu.
Il est courant de s'arrêter aux grands groupes sans aller jusqu'à la famille ni l'espèce pour une première approche. Pour chaque animal, sont renseignés l'habitat et le mode de vie. Une photo est adjointe pour faciliter l'identification. Des clés de détermination (disponibles en annexe ou via des applications comme Jardibiodiv) sont des outils précieux pour ce processus.

Programmes de Sciences Participatives
Les programmes de sciences participatives jouent un rôle crucial dans la sensibilisation du public à la biodiversité des sols et permettent aux scientifiques de récolter des données précieuses sur la faune du sol.
Programme Qubs (QUalité Biodiversité des Sols)
Le programme Qubs sensibilise le public sur la biodiversité des sols et permet aux scientifiques de récolter des données sur la faune du sol. Participer au programme Qubs vous permettra d'explorer des aspects différents de la biodiversité des sols. Deux protocoles simples et ludiques sont ouverts à tous : la fabrication d'un Aspifaune et la construction d'un Barber (pot collecteur de faune du sol) pour récolter et observer les animaux noctambules du sol.
JardiBiodiv
Créé en 2017, JardiBiodiv est un observatoire participatif de la biodiversité du sol, dont l'objectif est de faire avancer la science tout en sensibilisant les participant.e.s sur la petite faune du sol, largement méconnue. La participation active des citoyens et citoyennes de tout âge permet de récolter des données qui sont récupérées et traitées par des chercheurs. Le bloc de sol est un des protocoles scientifiques utilisés par le programme de sciences participatives JardiBiodiv.
Une fois les petits animaux du sol récupérés et les différents groupes d'organismes vivant sur le sol identifiés, vous pouvez vous intéresser à leur abondance (nombre d'individus d'une même espèce trouvés). Plus il y a d'individus différents, plus votre sol peut être considéré comme équilibré, en bonne santé. Les collemboles, par exemple, servent de bio-indicateurs de la qualité des sols (pollution, disponibilité en eau et en matière organique). Si vous n'avez pas récolté des individus de tous les groupes présents sur la clé de détermination, c'est normal. Tous ne vivent peut-être pas dans votre jardin, ne circulent pas durant les mêmes heures, ou ne s'attrapent pas de la même façon ! Cette expérience permet simplement d'identifier la présence et l'absence d'une petite partie des organismes qui vivent sur votre sol. Chaque espèce est importante car chacune joue un rôle dans le fonctionnement du sol. Certaines espèces décomposent la matière organique (les végétaux et les animaux morts), d'autres servent à aérer le sol en y creusant des galeries par exemple, d'autres encore peuvent aider à la dissémination des graines. Pour reprendre l'exemple des collemboles, ils ne servent pas que d'indicateurs pour la santé du sol, ils servent aussi à la décomposition des végétaux. Les cloportes, tout comme les bactéries, les champignons, les vers de terre et bien d'autres, décomposent également les végétaux en mangeant leurs débris.