Les plantes envahissantes, souvent appelées espèces exotiques envahissantes, peuvent transformer rapidement un jardin paisible en un véritable champ de bataille botanique. Elles sont une cause majeure de perte de biodiversité, accaparant l'espace au détriment des végétaux variés et indigènes. Que ce soient des plantes à rhizomes traçants qui se multiplient agressivement, ou des espèces introduites qui prolifèrent de manière incontrôlée, comprendre pourquoi ces plantes prennent le dessus et comment les maîtriser est essentiel. Dans cet article, nous explorerons les différentes stratégies pour se débarrasser efficacement des plantes envahissantes, en mettant l'accent sur des méthodes respectueuses de l'environnement et durables.
Comprendre les Enjeux des Plantes Envahissantes
Le problème des plantes envahissantes est d'une grande importance économique et écologique, souvent négligée. Ces espèces supplantent nos plantes indigènes et leur éradication nécessite un effort considérable. Certaines d'entre elles, comme le séneçon du Cap, sont toxiques et peuvent provoquer des maladies graves, voire la mort, en cas d'ingestion répétée, chez l'homme comme chez les animaux d'élevage (chevaux, bovins, moutons) ou même les colonies d'abeilles.

Une autre plante redoutable est l'ambroisie, dont le pollen est l'un des déclencheurs d'allergies les plus puissants. Les personnes sensibles peuvent réagir allergiquement à seulement six pollens par mètre cube d'air. Le phragmite, ou roseau (Phragmites australis), est un exemple de plante aux rhizomes envahissants qui peut excessivement ameublir le sol, particulièrement problématique dans les zones de remblais bancaires. La berce du Caucase, avec ses feuilles plus grandes que la moyenne, ombrage tout son environnement, inhibant fortement la croissance d'autres plantes indigènes.
Il est nécessaire de déraciner entièrement les plantes invasives pour en venir à bout. Il est recommandé de le faire autant que possible avant la floraison ou la montée en graine pour éviter la dissémination.
La Renouée du Japon : Un Cas d'Étude en Matière d'Invasion
S'il y avait une élection de la pire plante invasive de Belgique, la renouée du Japon gagnerait la palme d’or haut la main. Son potentiel d’invasion réside principalement dans les tiges et les racines, car les graines sont peu, voire pas viables dans nos régions. Cette plante s’étend donc presque exclusivement par ses racines, dont le réseau peut atteindre jusqu’à 7 mètres de profondeur et 20 mètres latéralement.

Il est crucial d'éviter de broyer les déchets verts de renouée du Japon et de les mettre au compost ou en tas dans le jardin, car certaines parties de la tige peuvent se réenraciner, entraînant un nouveau foyer d'infestation. Si vous n’y touchez pas, la renouée du Japon reste relativement en place et ne prendra pas d’ampleur. Cependant, si vous décidez de lutter, combiner plusieurs méthodes est la stratégie la plus efficace.
Stratégies d'Éradication et de Contrôle
Face à ces envahisseurs, diverses solutions s’offrent aux jardiniers. Le blogue du Jardinier paresseux, fondé par Larry Hodgson, a compilé un palmarès des 30 articles les plus populaires de tous les temps, dont un guide sur la maîtrise des plantes envahissantes publié pour la première fois le 12 septembre 2015. Ce guide souligne que les plantes envahissantes peuvent vite devenir un véritable casse-tête dans votre jardin.
L'Arrachage et le Fauche : Une Approche Manuelle
L'arrachage peut être efficace si vous prenez la peine de déterrer tout le secteur et de sasser la terre avant de la remettre en place, ce qui permet de trouver et d'enlever même les très petites sections de rhizome. Cependant, c'est une méthode à double tranchant pour les plantes à rhizomes traçants. L’une des pires méthodes pour essayer de contrôler une plante à rhizomes envahissants est en effet de l’arracher sans précaution. Cette méthode a davantage tendance à l’étendre, car le moindre morceau de rhizome qui reste dans le sol donnera une nouvelle plante. Ainsi, quand vous arrachez une plante, habituellement vous laissez en terre 3 à 5 sections de rhizomes. Un motoculteur, par exemple, étendra les bouts de rhizome à la grandeur du jardin.

Combiner l'arrachage (en essayant d’avoir un maximum de racines) ou le fauchage, suivi de la pose d’une bâche opaque et résistante, est une approche prometteuse. Pour la renouée du Japon, les méthodes qui s’attaquent au système racinaire sont celles qui permettent de l’éradiquer rapidement. Il faut creuser et enlever la terre tant que vous voyez des racines pour être certain de tout enlever.
Le Bâchage : Couper la Lumière pour Épuiser la Plante
Toute plante verte a besoin de lumière pour vivre. L'énergie solaire, convertie en sucres et en amidons par la chlorophylle, donne aux plantes leur énergie. La méthode la plus facile pour « couper le soleil » est le bâchage : couvrir tout le secteur d’une toile noire épaisse. Il ne faut pas utiliser un géotextile, car il laisse passer un peu de lumière, mais une bâche en plastique, facile à trouver en quincaillerie. La toile doit couvrir plus largement que la zone où la plante se trouve, sinon elle aura vite fait d’expédier ses rhizomes au-delà de la zone d’exclusion. Faites tenir la toile en place pendant toute une saison, du printemps à la fin de l’automne, avec des briques ou des pierres. Vous pouvez aussi la couvrir de paillis ou y placer des jardinières pour embellir l’emplacement pendant le traitement.

À la noirceur sous la toile, privée de lumière, la plante va essayer de pousser, mais n’arrivera qu’à produire des tiges pâlottes, blanches, vert pâle ou roses. Un an après la pose d’une bâche noire, l’envahisseur sera mort. Évidemment, cette méthode convient bien aux coins où rien d’autre ne pousse, mais si vous l’appliquez à une platebande, vous allez tuer aussi tous les autres végétaux dans le secteur : vivaces, bulbes, arbustes, etc. Si vous souhaitez les conserver, vous pouvez les déterrer avec soin pour les replanter ailleurs (ou les empoter en attendant de les replanter dans le jardin une fois qu’il sera libre de mauvaises herbes).
La Taille Sélective Répétée : Épuiser la Plante par Épuisement des Réserves
Si vous n’êtes pas prêt à sacrifier une platebande à une toile noire pendant un an, vous pouvez toujours, si vous êtes assez assidu, éliminer la mauvaise herbe par une taille sélective. Dès le début de la saison, coupez toute tige de la plante indésirable près du sol. Ainsi, vous éliminez son feuillage et donc sa source d’énergie. Elle va répliquer en produisant de nouvelles pousses. Coupez-les aussi. Et les suivantes. Et les suivantes. Il est important de couper les repousses dès que vous les voyez, avant qu’elles aient le temps de faire beaucoup de photosynthèse. Ainsi, vous verrez de moins en moins de repousses avec le temps, car l’impossibilité pour la plante de faire une photosynthèse normale commencera à saper son énergie. La plante finit par s'épuiser et meurt quand elle n'a plus de réserves pour remonter à la surface. Cette solution à l'huile de coude, adoptée avec succès par certains, demande de la patience et peut prendre quelques années.
Les Barrières Anti-Rhizomes : Prévenir la Propagation
Pour contrôler les vivaces désirables mais envahissantes, il est possible de les planter à l’intérieur d’un pot enfoncé dans le sol. Le plus facile est d’installer cette barrière dès la plantation. Par exemple, si vous adorez la monarde (Monarda didyma) mais savez d’avance qu’elle est envahissante, installez un gros pot ou seau de plastique dont le fond a été enlevé (nécessaire pour permettre un drainage adéquat) dans le sol et plantez la future envahisseuse à l’intérieur. Pour la plupart des plantes, une barrière d’aussi peu que 30 cm de hauteur suffira, même 15 cm pour certaines plantes plus basses (en règle générale, les plantes basses ont des rhizomes à fleur du sol et même une barrière peu profonde va les arrêter).

Pour les plantes aux rhizomes profonds, il existe un produit appelé barrière anti-rhizomes ou barrière à bambous, un genre de film plastique semi-rigide de 60 cm de hauteur ou plus qu’on peut insérer dans le sol tout autour de la plantation. Attention toutefois aux plantes qui produisent des rhizomes en profondeur, comme la renouée du Japon, il est illusoire de penser contrôler cette plante, dont les rhizomes peuvent plonger à 3 m de profondeur, par une barrière quelconque.
La Modification du Sol et la Concurrence Végétale
Pour déstabiliser certaines espèces, une modification de l'acidité et de la structure du sol peut aider. Par exemple, après un labour en août pour retirer un maximum de racines et laisser agir l'hiver et les gelées, on peut griffer le sol en janvier/février, refaire un labour de printemps en mars, puis retravailler par griffage et semer la pelouse en avril, en surveillant pour éliminer toutes les repousses manuellement.
La plantation d’espèces couvrantes et à croissance rapide telles que des plantes couvre-sol, des graminées, du cornouiller, du noisetier, etc., peut également être combinée aux autres méthodes pour créer une concurrence végétale et empêcher la germination des plantes indésirables grâce à leur ombrage. La présence prédominante d’herbes sauvages indigènes recherchées est un atout.
Les Méthodes Physiques Avancées : Choc Électrique
Jusqu’à récemment, le contrôle à l’aide d’agents chimiques, tels que le glyphosate (« Round-up »), était le choix le plus courant. Depuis l’interdiction ou la restriction massive de ces destructeurs chimiques de plantes, des méthodes respectueuses de l’environnement aussi efficaces et durables sont demandées. L’élimination par choc électrique s’est avérée être de loin l’option la plus respectueuse de l’environnement et la plus efficace. Le système Rootwave, par exemple, est basé sur la technologie électrophysique. L’appareil génère une impulsion de courant très élevée sur simple pression d’un bouton, éliminant ainsi spécifiquement les plantes indésirables. Le module de puissance fournit la haute tension nécessaire à cet effet ; ce courant circule dans l’installation via la lance manuelle puis dans le sous-sol. Le circuit est refermé via le piquet de terre de retour de courant, qui est branché à la terre via un autre câble.
La bonne quantité d’énergie et un contact au sol optimisé sont essentiels pour l’effet. Les plantes à forte teneur en eau et, par rapport à leur masse de feuilles, avec peu de tiges et de racines, ne nécessitent que peu d’énergie et sont faciles à traiter. Les herbes sauvages très denses et ligneuses ou les très grandes plantes nécessitent beaucoup d’énergie. Dans ces cas-là, les méthodes combinées à la tonte, par exemple, obtiennent les meilleurs résultats, car les jeunes nouvelles pousses transportent une quantité d’eau particulièrement importante et dirigent ainsi encore mieux l’électricité vers la plante. Cette méthode tue la plante herbacée sauvage sans attaquer le sol environnant.
L'Utilisation Ciblée d'Herbicides (En Dernier Recours)
Lorsque vous envisagez d’utiliser des herbicides pour lutter contre les plantes envahissantes dans votre jardin, il est important de peser les avantages et les risques potentiels. Les herbicides ne doivent être utilisés qu’en dernier recours, seulement si d’autres méthodes n’ont pas donné de résultats. Il est conseillé de faire appel à un professionnel certifié, qui pourra évaluer la situation, choisir l’herbicide approprié et l’appliquer de manière sûre et efficace tout en respectant toutes les réglementations locales et les bonnes pratiques.
Solutions pour un jardin sans pesticides
Larry Hodgson, le jardinier paresseux, n'était pas un amateur d’herbicides, mais il a suggéré une méthode qui pourrait donner satisfaction pour les plantes à rhizomes envahissants souvent résistantes aux traitements classiques. Il s'agit de tailler la plante sévèrement, près du sol, et d’appliquer l’herbicide, non pas en le vaporisant, mais plutôt en le peignant (avec un petit pinceau) sur l’extrémité de chaque tige écourtée. Ainsi, l’herbicide ira directement aux rhizomes, car il pénétrera facilement par la blessure, sans contaminer l’environnement proche ni endommager les plantes voisines. Ce qui est regrettable est que la plupart des plantes à rhizomes envahissants semblent au moins un peu résistantes à ce traitement. Habituellement, donc, la plante s’en trouve affaiblie, mais pas morte, et il faut répéter le traitement encore et encore.
L'Approche du Jardinier Paresseux : Apprendre à Apprécier
Larry Hodgson, journaliste et blogueur horticole, auteur de 65 livres de jardinage, conférencier et vulgarisateur hors pair, a touché plusieurs générations de jardiniers amateurs et professionnels pendant 40 ans de carrière. Il a proposé une technique encore plus efficace et beaucoup plus paresseuse pour composer avec les mauvaises herbes envahissantes : apprenez à les apprécier.
L’herbe aux goutteux (Aegopodium podagraria ‘Variegata’), par exemple, fait un excellent couvre-sol coloré (blanc et vert) qui étouffe toute autre mauvaise herbe et elle est comestible, de plus. Le muguet (Convallaria majalis) peut aussi être vu comme une jolie plante couvre-sol à clochettes printanières parfumées. Le réseau des conservatoires d'espaces naturels organise des chantiers d'entretien où le travail bénévole peut limiter la prolifération de plantes invasives comme l'herbe de la pampa, la jussie, la renouée du Japon et la berce du Caucase. Ces initiatives mettent en lumière l'importance de la participation citoyenne pour la protection de la biodiversité.
Le Rôle de la Prévention
En résumé, il est important de prendre le temps de se renseigner sur la plante que vous avez sélectionnée. En l’entretenant correctement et en lui attribuant une zone précise, elle jouera un rôle principal dans la beauté et l’harmonie de vos parterres. Malheureusement, le détail de la capacité envahissante n'est pas toujours mentionné en jardinerie lors de l'achat du plant. Il est donc crucial d'être vigilant : caveat emptor (que l’acheteur soit vigilant)! Le meilleur moyen de profiter de ses plates-bandes est de savoir comment les entretenir et d'anticiper les problèmes.
La lutte contre les plantes envahissantes : un effort continu
Pour toutes les plantes envahissantes à rhizomes, il est souvent recommandé de labourer ou bêcher en août, de sortir le plus de racines possible et de laisser agir l'hiver et les gelées. En janvier-février, selon le temps, on griffe le sol et on refait un labour de printemps en mars, puis on retravaille par griffage et on sème la pelouse en avril, en surveillant pour éliminer toutes les repousses manuellement.
Pour les plantes qui font beaucoup de racines (drageon ou rhizome), l’appauvrissement du sol sera rapide. Il est important d’apporter du compost de temps en temps avec les méthodes de lutte combinées, notamment le bâchage et la tonte régulière. Cependant, une tonte régulière peut parfois contribuer de manière significative à une reproduction incontrôlée en disséminant les graines ou les racines, surtout si ces plantes ne poussent pas initialement dans les zones exposées. Il est donc indispensable de tuer les pousses de manière ciblée (à des points précis), adaptée aux saisons respectives.

Il est essentiel de protéger la végétation existante autour de la « plante à problèmes », car elle peut provoquer l’érosion du sol. De plus, la présence prédominante d’herbes sauvages indigènes recherchées empêche aussi la germination des plantes indésirables en raison de leur ombrage. Le combat contre les plantes envahissantes est une démarche complexe qui demande persévérance et une approche multifacette pour préserver l'équilibre de nos écosystèmes.