Le Compost sur les Pentes de la Croix-Rousse : Une Dynamique Écologique en Pleine Croissance à Lyon

La gestion des déchets est un enjeu majeur dans les grandes agglomérations, et la Métropole de Lyon, à l'instar d'autres villes françaises, s'engage activement dans des initiatives de réduction et de valorisation. Parmi ces initiatives, le développement du compostage collectif occupe une place de choix, notamment sur les pentes de la Croix-Rousse, où l'implantation de bornes à compost et l'engagement citoyen transforment progressivement les pratiques locales. Cette démarche répond à une volonté de limiter l'impact environnemental des biodéchets et de sensibiliser la population à des pratiques plus durables.

Plan de la Croix-Rousse avec localisation des bornes à compost

Le Déploiement des Bornes à Compost : Une Stratégie Métropolitaine Ambitieuse

Le lundi 12 juin, Bruno Bernard, président de la Métropole de Lyon, et Camille Augey, adjointe au maire de Lyon déléguée à l’emploi et l’économie durable, ont inauguré symboliquement la borne à compost située au 15 rue d’Austerlitz, dans le 4e arrondissement de Lyon. Cette inauguration marque une étape importante dans l'extension du réseau de bornes à compost sur le territoire métropolitain. Après le déploiement de 600 bornes sur des communes comme Lyon 7, Villeurbanne, Dardilly, Écully, Champagne-au-Mont-d’Or, Craponne et Sainte-Foy-lès-Lyon, couvrant environ 250 000 habitants, ce sont 140 nouvelles bornes qui ont été installées en avril et mai dans les 1er et 4e arrondissements, permettant de couvrir 65 000 habitants supplémentaires.

En détail, 60 bornes à compost ont été installées à Lyon 1er et 77 bornes à Lyon 4e en avril. Cela représente environ une borne tous les 150 mètres, facilitant ainsi l'accès pour les habitants. Les bornes à compost sont des containers métalliques destinés à recueillir les déchets alimentaires. Tous types de déchets alimentaires peuvent y être jetés : des restes de repas, des produits alimentaires périmés, viandes, poissons, épluchures, marc de café, thé, coquilles d’œufs, os de viande, fruits et légumes abimés, pain rassis. Il est important de noter qu'il ne faut pas y jeter de sac plastique, même biodégradable, dans la borne à compost.

Démarrer son composteur (pour que ça fonctionne !) #compost

Ce déploiement est une réponse concrète à la problématique des déchets organiques qui représentent jusqu’à 30% de l'ensemble des déchets produits. En France, la production de déchets par personne a triplé en 50 ans, atteignant 530 kilos en 2006. À Lyon, c’est près de 120 000 tonnes de déchets annuels qui pourraient être recyclés si l’ensemble des déchets organiques étaient compostés, démontrant ainsi une grande marge de manœuvre pour développer la pratique du compost en ville.

Des Résultats Initiaux Prometteurs et un Élargissement aux Commerçants

Les premiers résultats de cette initiative sont très encourageants. Depuis leur installation le 13 avril, 76 tonnes de déchets ont été collectées dans les 1er et 4e arrondissements. Le succès a été tel qu'un jour de collecte supplémentaire par semaine, en plus des deux jours prévus initialement, a dû être instauré pour certaines bornes victimes de leur succès. Le maire d’arrondissement, Rémi Zinck, s'est félicité de ce succès, soulignant que "Tous les habitants, quelle que soit leur orientation politique, soulignent une vraie réussite".

La qualité du tri est également au rendez-vous. Les équipes qui gèrent la collecte comptent seulement 2% des déchets indésirables. Cela témoigne de l'efficacité des campagnes de sensibilisation et de l'engagement des habitants. Plus de 15 000 foyers ont été sensibilisés à la pratique du compostage par les ambassadeurs du tri et 12 000 kits avec bioseau et sacs kraft ont été distribués dans le secteur. Des permanences ont été organisées, comme au marché de la Croix Rousse ou à la mairie de Lyon 1er, pour permettre aux habitants de récupérer ces kits.

Les élus ont profité de l’inauguration pour annoncer une extension du service aux commerçants. Désormais, les petits commerces, avec des dépôts inférieurs à 120 litres par semaine, et les restaurateurs de moins de 50 couverts sont autorisés à déposer gratuitement leurs déchets alimentaires dans les bornes à compost. Cette mesure répond à une obligation légale imminente.

L'Obligation Légale et les Perspectives Futures

Camille Augey a précisé que "La question des biodéchets va devenir bientôt une obligation légale." La loi Agec, déjà en vigueur depuis le 1er janvier 2023, oblige les producteurs de plus de 5 tonnes à avoir une solution pour leurs biodéchets. Cette loi s’étendra au 1er janvier 2024 à l’ensemble des acteurs professionnels, sans seuil minimum.

La municipalité, par son devoir d'exemplarité, a également lancé un marché public de collecte des biodéchets des écoles, EPHAD et du restaurant social du CCAS. Cette initiative a permis depuis septembre 2022 de collecter 246 tonnes de déchets.

Infographie sur la composition des déchets ménagers

Bruno Bernard a confirmé la poursuite du développement de ce service de bornes à compost, déclarant : "Notre objectif est de couvrir l’ensemble du 1,1 million d’habitants vivant dans les centres urbains d’ici 2024, et de permettre la collecte de 21 000 tonnes de déchets alimentaires par an." Il a également exprimé sa fierté d'avoir été les premiers à mettre en place un tel dispositif, qui inspire d’autres grandes villes de France, comme Strasbourg qui l’a mis en place récemment. Environ 700 nouvelles bornes à compost vont voir le jour dans les 1er, 2e, 3e, 4e et 8e arrondissements de Lyon en 2023. Dans le détail, c’est 307 bornes qui seront installées dans le 1er, le 4e et le 8e au printemps, puis 384 bornes dans les 2e et 3e arrondissements, de septembre à octobre. 300 autres bornes à compost sont en cours d’installation à Villeurbanne.

L'Émergence du Compostage Collectif Citoyen : Le Rôle des "Compostiers"

Avant l'initiative métropolitaine, des actions citoyennes ont semé les graines du compostage à Lyon. En 2009, quelques personnes ont cherché à développer une pratique du compost collectif pour inciter les pouvoirs publics à agir sur la gestion des déchets. Ils ont rencontré Bastien et Mathieu, deux jeunes ayant suivi une initiation au compostage à Chambéry, qui cherchaient à créer leurs emplois dans ce domaine. Une première réunion publique a conduit à la formation d'un groupe pour impulser la dynamique. L’association Brin d’Guill’ leur a proposé un premier terrain d’expérimentation dans le 7e arrondissement de Lyon.

Au départ, "personne n’y connaissait rien", avoue Mathieu, aujourd’hui "maître composteur" salarié. Le compost de quartier était alors accessible sans interruption grâce à un système de trappe, et chaque semaine, un rendez-vous permettait de se rencontrer et de se former ensemble. Le projet, initialement modeste, a vu l'implication de 120 foyers, deux bars et une épicerie qui y déposaient leurs épluchures. Cependant, les usagers restaient relativement passifs dans la gestion du compost à ce stade.

En 2010, après une première demande de subvention, l’association Les Compostiers a embauché Bastien et Mathieu, avec pour mission d’essaimer cette première expérience ailleurs dans l’agglomération. Leur activité principale consiste à mettre en place et accompagner des composts collectifs, qui peuvent être de deux types : de quartier ou d’immeuble. Une petite dizaine de composts en pied d’immeuble ont été installés, concernant uniquement les résidents d’un site et implantés dans la cour de l’immeuble. Six composts de quartier existent actuellement, ouverts plus largement aux habitants d’un quartier. Certaines personnes très motivées venaient de loin pour y déposer leurs déchets verts. L’amendement issu du compost est récupéré par les habitants pour être réutilisé sur le site, dans les espaces verts de l’immeuble ou pour les jardinières des balcons. Il est à noter qu'une réglementation interdit de sortir le produit du compost du site s’il n’est pas « normalisé », ce qui nécessite des analyses trop coûteuses pour être réalisées.

Le travail des Compostiers s’effectue en plusieurs étapes, à partir de la demande des habitants d’un lieu. Une phase de concertation regroupe les personnes intéressées, les propriétaires du lieu ainsi que l’ensemble des parties prenantes. Il y a une phase de questions-réponses pour aborder les craintes liées aux odeurs ou à l’arrivée des rats. Le lieu d’implantation est discuté jusqu’à l’obtention d’un accord. Vient ensuite la journée de construction du composteur, à base de matériaux simples ou de récupération. Ce chantier participatif est l’occasion d’une première formation au processus de compostage. Enfin, les deux salariés maîtres composteurs accompagnent l’équipe du site durant la durée d’un cycle de compostage, qui dure environ 8 à 9 mois. Ce cycle est le processus au cours duquel les déchets organiques se transforment en humus à travers la fermentation activée par des bactéries, des champignons et une activité microbiologique, dans des conditions contrôlées. Durant ce premier cycle, ils viennent une fois par mois et répondent aux questions, aident à gérer le compost.

Schéma du processus de compostage

L’objectif des Compostiers est que les habitants ne soient pas simplement des usagers, comme ils le sont de la gestion des poubelles, mais qu’ils s’approprient la gestion de leur compost et deviennent le plus possible autonomes. L’expérience montre que si le projet de compost collectif vient "d'en haut", comme cela a été le cas d’une régie d’immeubles à Villeurbanne, il a moins de chances de motiver les habitants et encore moins de les rendre autonomes. Partir "d’en bas", d’une volonté des habitants, est donc la démarche choisie pour avancer. La mise en place d’un compost peut avoir un effet d’entraînement : ainsi dans la commune de Francheville, dans une grosse copropriété de 300 habitants, 30 étaient d’accord pour lancer un compost.

Défis et Perspectives de Développement du Compostage

Malgré le succès et l'enthousiasme, des difficultés demeurent. Delphine des Compostiers évoque l’accès au foncier pour les composts de quartier, car il n’est pas évident de trouver du terrain à cause de la pression foncière et du manque d’espaces verts dans certains quartiers. La pérennité des sites est également un enjeu, car lorsque des personnes très actives dans un projet déménagent, celui-ci peut être fragilisé. Il est aussi difficile de trouver des matières carbonées telles que du broyat issu de l’élagage des arbres, car les services Espaces Verts de la ville de Lyon l'utilisent pour le paillage de ses parcs. Les Compostiers utilisent donc le broyat de paysagistes privés, ou la sciure issue d’ébénisteries et de menuiseries.

Une autre limite est le financement de l’association. Deux salariés travaillent à temps partiel choisi (24 heures) et une à temps plein, avec une égalité salariale en taux horaire. Cependant, presque 100% du budget vient de subventions, principalement du Grand Lyon et de la région Rhône-Alpes.

L’activité des Compostiers se développe lentement. En 2011, ils regroupaient 325 foyers participants et 40 tonnes de déchets détournées. En 2012, ils estimaient qu’il y avait 425 foyers participants et 53 tonnes de déchets détournés. Trois nouveaux sites de compostage collectif étaient prévus à l’automne 2012. La marge de développement de ce moyen simple et écologique de réduire les déchets urbains est gigantesque, mais la volonté de la ville restait faible à l'époque. Certes, le Grand Lyon souhaitait financer une formation de son personnel afin qu’il y ait un référent compost par commune. Mais l’agglomération n’avait qu’un objectif de quatre à huit nouveaux composts collectifs par an. Elle prévoyait une diminution de 7% de son volume de déchets d’ici 2014, le compost étant l’aspect le plus visible par la population. Pour le moment, les Compostiers ont ouvert une brèche dans la politique de gestion des déchets, qui ne tient qu’à s’élargir. Ils sont autant présents dans des quartiers populaires que plus riches. Ils étudient les opportunités de développer des composts avec des restaurateurs, et travaillent en lien avec le Réseau Compost Citoyen, qui regroupe des projets dans de nombreuses villes.

Le Compost de la Rue Cluzan : Un Exemple de la Vie Quotidienne du Compostage sur les Pentes

Un lundi de fin août, à 19h, devant le compost de quartier de la rue Cluzan, sur les pentes de la Croix-Rousse à Lyon, plusieurs personnes attendaient, seaux à choucroute ou sacs en plastique à la main, l’ouverture de la porte du site de compostage par le bénévole inscrit ce jour-là. Une odeur caractéristique se dégageait de cet attroupement. Nombreux ont découvert ce compost car, habitants du quartier, ils passaient devant le site. D'autres en ont entendu parler par une voisine usagère. On y croise des jeunes et des têtes grises. Pour une femme, le compost est l’occasion de montrer à ses deux filles comment fonctionne le cycle organique des déchets.

Image d'un composteur de quartier en ville

Cependant, des frustrations émergent. Certains se sentent infantilisés par des horaires d’ouverture stricts (une heure deux soirs par semaine). Des personnes aimeraient que les bacs de compostage soient accessibles comme tout autre bac à verre géré par la municipalité. Cela va à l’encontre de la volonté de l’association des Compostiers d’autonomiser la gestion de chaque compost par les habitants du quartier, qui, eux, rêvent d’une gestion et d’un service municipal, sans la participation des habitants. D’autres débattent : le site de compostage commence à être plein, faut-il cesser de communiquer dans le quartier à son sujet, ou au contraire amener le plus de gens possibles à y participer et obliger ainsi la mairie à en créer un autre ? Certains se sont inscrits et tiennent des permanences quelques fois par an, d’autres refusent de s’inscrire car ils estiment que composter leurs déchets est un droit, sans se rendre compte que le système ne marche pour le moment que si chacun participe à sa gestion.

Il y a une certaine confusion quant à savoir qui gère le compostage qu'ils utilisent : régie de quartier, municipalité, l’association Les Compostiers ? Cela reste flou. Cela soulève la question de la place pour deux niveaux d’engagement : un compost autogéré et impliquant pour les plus militants, et un service de bacs municipaux en libre accès pour les autres, qui ne veulent pas prendre en charge la gestion de leurs déchets. La question des conditions d'un compost ouvert sans contraintes se pose, connaissant la marge d’erreur existant dans le tri des déchets.

Compost Individuel, de Quartier ou d’Immeuble : Quelle Priorité ?

Interrogée sur le choix entre compost individuel, de quartier ou d’immeuble, Delphine répond : « Le mix des deux est une bonne chose. Le mieux est que chacun fasse ce qu’il sent le mieux. Et aussi ce qu’il peut réaliser selon sa situation (copropriété, etc.). Le pied d’immeuble demande moins de technique et d’investissement que le compost de quartier. » Cette approche flexible reconnaît la diversité des situations et des motivations, encourageant chacun à trouver la solution de compostage la plus adaptée à son contexte.

Le compostage des déchets permet de réduire d'environ 25% le poids de sa poubelle d'ordures ménagères, un geste simple mais significatif pour l'environnement. La Métropole de Lyon continue le déploiement de son service de collecte des déchets alimentaires, avec l'installation de bornes à compost dans les rues de la Croix-Rousse, pentes et plateau, à côté des parkings à trottinettes et des conteneurs de recyclage du verre. Ces "grosses boîtes en tôle marron" ont poussé comme des champignons métalliques ces dernières semaines.

Du côté des habitants, les réactions sont plutôt positives, du moins sur l'idée de trier les déchets alimentaires. Vincent, quadra croix-roussien, est emballé : "Sans être complètement militant écolo, je fais très attention dans mon quotidien depuis déjà longtemps. Je me déplace à vélo ou à pied, je trie mes déchets depuis déjà longtemps, le verre, le plastique, le métal, etc." Alice, retraitée récemment installée sur le plateau de la Croix-Rousse, est plus sceptique : "Pour les personnes âgées ou celles qui ont des difficultés à se déplacer, ce n'est pas forcément l'idéal de devoir trimballer ses poubelles jusque dans la rue. Et je me demande ce que ça va donner, ces conteneurs pleins de déchets alimentaires, lorsqu'il fera très chaud. Quid des odeurs ? Des insectes ?" Des interrogations légitimes que le dispositif veut rassurer. Les boîtes à compost seront vidées en moyenne deux fois par semaine, et un nettoyage des bornes sera fait 2 à 4 fois par mois.

Les ordures sont une préoccupation majeure de la Métropole de Lyon, en particulier les déchets alimentaires, qui représenteraient 25 % du contenu des poubelles des Grands Lyonnais. Le déploiement de ces bornes à compost permet pour l'instant de récupérer chaque semaine 60 tonnes de déchets alimentaires sur les secteurs où elles ont été déployées. "Ces déchets alimentaires sont composés à 60 % d'eau, c'est une aberration de les envoyer à l'incinérateur." Concrètement, des agents de la Métropole arpentent les rues et les allées d'immeubles des 1er et 4e arrondissements de Lyon. Ils remettent aux habitants un petit conteneur en plastique et des sacs en papier kraft, où ils stockeront tous leurs déchets alimentaires, des épluchures de fruits et légumes aux os de poulets, en passant par les restes de pâtes et les têtes de poissons. Il ne leur restera plus qu'à descendre jeter leur petit sac au composteur de rue. Évidemment, les bornes à compost sont vidées régulièrement par des camions-poubelles tout ce qu'il y a de classique. Cette collecte vertueuse a un prix, mais l'objectif est d'équiper tous les arrondissements lyonnais de bornes à compost d'ici à la fin de l'année.

Le développement du compostage sur les pentes de la Croix-Rousse, qu'il soit initié par la Métropole ou par des associations citoyennes comme Les Compostiers, illustre une dynamique collective visant à transformer la gestion des déchets. En combinant l'ambition des pouvoirs publics et l'engagement des habitants, Lyon s'engage sur la voie d'une ville plus durable et respectueuse de son environnement.

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