Le compostage est un processus naturel de transformation de la matière organique par des micro-organismes, tels que les bactéries, les champignons et une micro/macro-faune variée (collemboles, vers de terre), en un produit comparable au terreau. Cet amendement organique naturel, une fois terminé, est utilisé directement dans le jardin ou le potager comme un fertilisant d’excellente qualité, 100 % naturel, qui nourrit les plantes, les rend plus saines et plus résistantes aux maladies. L’azote, principal constituant des protéines et composants essentiels de la matière vivante, joue un rôle primordial dans le métabolisme des plantes, agissant comme un facteur de croissance et un élément améliorant la qualité des produits.

Dynamique de l'azote et minéralisation
Dans le sol, l'azote se trouve sous forme organique (humus) ou minérale (ammonium NH4+, nitrate NO3-). Les plantes, à l’exception des légumineuses (luzerne, trèfle, petit pois…), ne peuvent pas absorber l’azote sous sa forme gazeuse. L’azote doit donc être apporté par les fertilisants. Les bactéries présentes dans le sol le transforment en nitrates pour pouvoir être assimilé par les plantes ; c’est le processus de minéralisation.
Lors d’un apport de produits résiduaires organiques, une partie de l’azote contenu dans le produit est directement assimilable par les plantes : c’est la fraction minérale de l’azote. Une deuxième partie, sous une forme organique, doit se minéraliser pour être disponible au cours de l’année de l’apport ou la suivante. Cependant, il est important de noter une libération très lente et difficile à estimer de l’azote issue du compost, avec pratiquement pas d’azote rapidement disponible.
Le rapport Carbone/Azote (C/N) : La clé de l'équilibre
Le rapport carbone/azote, ou rapport C/N, est une notion essentielle pour bien comprendre les mécanismes de fertilité d’un potager biologique. Si une matière a un rapport carbone/azote de 25/1, cela signifie qu’elle contient 25 fois plus de carbone que d’azote. En règle générale, visez un taux de carbone sur azote entre 20 et 30 pour une bonne décomposition, ce qui correspond environ à 2/3 de matières azotées pour 1/3 de matières carbonées.

Les éléments riches en azote sont les matières vertes, fraîches, jeunes et tendres, telles que les déchets de cuisine et la tonte de pelouse. À l'inverse, les éléments riches en carbone sont secs, fermes, marron, durs et vieux, comme les feuilles mortes, la paille, la sciure de bois ou le broyat végétal.
Le phénomène de « faim d'azote »
Une faim d’azote arrive lorsque la vie du sol a mangé tout l’azote disponible dans le milieu pour décomposer de la matière organique riche en carbone. Les micro-organismes puisent alors l'azote minéral disponible autour d’eux dans le sol, privant ainsi les plantes de cet élément essentiel. Par conséquent, les apports très importants de compost peuvent séquestrer l’azote disponible dans le sol si le compost possède un mauvais rapport C/N. À court terme, parce que les mois passant, une fois les décompositions de matières effectuées, la vie se meurt petit à petit et libère alors de l’azote. Konrad Schreiber résume bien ce phénomène en expliquant que « le sol mange du carbone pour chier de l’azote ».
Gestion pratique et techniques de compostage
Pour faire un bon compost, il faut d’abord prendre le temps d’installer un composteur et de bien le localiser, idéalement directement sur terre et dans un endroit ombragé. Utilisez deux composteurs en alternance : le premier contient les déchets frais que vous alimentez, le deuxième contient le compost en décomposition avancée.
Compost ► On reprend les bases pour avoir le plus beau compost
Surveillance et entretien
L'aération est un facteur essentiel puisque le compostage est un processus aérobie : la transformation des déchets est réalisée par des bactéries qui produisent de la chaleur. Pour éviter la putréfaction, il est nécessaire de brasser régulièrement le compost. Surveillez également l’humidité : si le compost est trop humide ou trop sec, la dégradation ne sera pas optimale. Prenez une poignée et pressez-la dans votre main ; si vous n’arrivez pas à faire une boule et que le compost s’effrite, il est trop sec.
Un bon compost ne contient quasiment pas de substances interférentes et présente un certain degré de décomposition, mais le critère principal est son odeur de terre. Il peut être mûr au bout de 5 à 6 mois au printemps/été ou 9 à 12 mois en automne/hiver s’il est bien isolé et retourné régulièrement.
Utilisation en rotation culturale et impacts sur le sol
Le compost de déchets verts, grâce aux substances humiques stables qu’il contient et qui se décomposent lentement, exerce un effet positif sur la teneur en humus et le pH du sol. Cependant, il contribue peu à l'augmentation de la teneur en humus car les apports autorisés sont souvent trop restreints.
Stratégies d'épandage
Épandez idéalement le compost à la fin de l’été ou en automne, incorporez-le légèrement et semez un engrais vert (légumineuses). Les légumineuses profitent particulièrement bien du compost en raison de son effet sanitaire positif. Dans les fermes qui font des cultures sarclées, le compost est une précieuse compensation pour la minéralisation de l’humus provoquée par les sarclages. Attention toutefois : si c’est la seule source d’éléments nutritifs, le rapport entre phosphore, potassium et azote peut être défavorable. La teneur en phosphore est souvent le facteur limitant pour la détermination de l’apport maximal.
Considérations environnementales et sanitaires
L’azote est un facteur de risque important pour l’environnement dès lors qu’il se trouve en excès dans le sol. Sous forme d’ions nitrate, il est très soluble, peu retenu par les sols et non dégradable, ce qui entraîne un risque élevé de lessivage. De même, la concentration excessive de phosphore dans les eaux superficielles peut entraîner l’eutrophisation des rivières à débit lent, des lacs et des zones côtières.
Concernant la santé des plantes, les composts sont porteurs de bactéries, de champignons et d’actinomycètes antagonistes. Après la fin de la décomposition intensive, la matière organique des composts - surtout de ceux à base de matières premières riches en bois - est riche en lignocellulose difficilement dégradable. Les microorganismes bien adaptés à cette substance possèdent une forte capacité concurrentielle qui les avantage face aux autres microorganismes et aux agents pathogènes.

Il convient d’adapter la dose et la fréquence d’apport en fonction de la qualité fertilisante de l’amendement. Par exemple, évitez un compost de déchets ménagers domestiques sur une culture maraîchère racinaire se consommant crue, car le risque sanitaire n'est pas maîtrisé. Dans ce cas, il est préférable d’effectuer une culture intermédiaire après cet amendement organique avant de planter les légumes racines. Enfin, assurez-vous de respecter les dispositions légales en matière de métaux lourds, d’hygiène et de protection des eaux pour toute utilisation de compost.