Les déchets alimentaires représentent environ un quart du poids total de ta poubelle. En récupérant certains déchets de cuisine et en les mélangeant à tes déchets de jardin, tu peux fabriquer ton propre compost qui servira d’engrais pour ton jardin. Tu vas ainsi réduire le poids de ta poubelle et éviter que ces déchets soient incinérés ! Les déchets de cuisine et les déchets de jardin sont composés de matière organique biodégradable. Dans la nature, la matière organique, d’origine végétale ou animale, se dégrade naturellement pour permettre aux plantes de grandir. Dans le composteur ou dans le centre de compostage, c’est le même principe que dans la nature.

Comprendre les biodéchets : de quoi parle-t-on ?
L’article L. 541-1-1 du code de l’environnement définit les biodéchets comme : « Les déchets non dangereux biodégradables de jardin ou de parc, les déchets alimentaires ou de cuisine provenant des ménages, des bureaux, des restaurants, du commerce de gros, des cantines, des traiteurs ou des magasins de vente au détail, ainsi que les déchets comparables provenant des usines de transformation de denrées alimentaires. ».
En pratique, les biodéchets se divisent en deux catégories principales :
- Les déchets verts : tontes de pelouse et fauchage, feuilles mortes, tailles d’arbustes, haies et brindilles ou encore déchets ligneux issus de l’élagage et de l’abattage d’arbres et de haies.
- Les déchets alimentaires : restes de repas ou de préparation de repas ou produits périmés non consommés, épluchures, légumes et fruits abîmés (crus ou cuits), coquilles d’œuf ou d’huître broyées en poudre, thé, marc de café.
Pourquoi le compostage est une solution incontournable
Chaque année, dans le monde, 1,3 milliard de tonnes de nourriture est perdue ou gaspillée. En plus d’exacerber la faim et l’insécurité alimentaire, la perte et le gaspillage de nourriture contribuent aux trois crises planétaires qui menacent notre avenir collectif : le changement climatique, la perte de biodiversité, et la pollution. La perte et le gaspillage alimentaires génèrent jusqu’à 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Les déchets alimentaires finissent souvent dans les incinérateurs et les décharges. Les déchets organiques représentaient environ 1/3 des déchets dans les décharges californiennes en 2018 et ces déchets de décharges sont responsables de 11 % de la production mondiale de méthane, un puissant gaz à effet de serre. En réduisant les déchets alimentaires, le compostage réduit les émissions de gaz à effet de serre. Incinérer des biodéchets est une aberration : étant majoritairement composés d’eau, leur incinération consomme plus d’énergie qu’elle n’en produit.
Compost ► On reprend les bases pour avoir le plus beau compost
La technique : réussir son compostage
Le compostage consiste à accélérer le processus de décomposition de la matière organique grâce à un environnement relativement contrôlé et optimisé. La décomposition de la matière est due à des micro-organismes tels que les bactéries, les microbes et les champignons.
Pour réussir, tu remplis ton composteur avec :
- 50% de déchets humides (verts) : fruits et légumes abîmés, épluchures, thé, café, tontes de gazon… pour fournir de l’eau et de la nourriture aux micro-organismes.
- 50 % de déchets secs (bruns) : carton, feuilles mortes, paille, branchettes et brindilles, serviettes en papier… pour aérer le compost.
Il est essentiel de mélanger régulièrement les déchets pour faire circuler l’air, sinon les micro-organismes sont asphyxiés. Une bonne ventilation et une bonne humidité sont essentielles à un processus de décomposition efficace et peu odorant. Il est recommandé de retourner le tas une fois par semaine pendant la saison chaude et tous les mois pendant la saison froide. Arroser le tas s’il devient trop sec et ajouter des bruns à forte teneur en carbone s’il devient trop humide.
Prévention vs Compostage : l'approche systémique
Quand il s’agit de lutter contre le gaspillage alimentaire, le compostage arrive souvent en tête de liste. Mais soyons francs : le compostage ne s’attaque pas à la racine du problème. La réalité, c’est qu’un tiers de toute la nourriture produite finit à la poubelle. La prévention du gaspillage alimentaire, avant même qu’il n’apparaisse, est la vraie révolution !
Tout aliment qui finit au compost représente des coûts sans retour - et un impact environnemental sans le plaisir de nourrir vos clients. Optimiser vos menus, ajuster les portions, mieux conserver les ingrédients… Voilà comment éviter que votre budget finisse à la poubelle. Sérieusement, vous ne jetteriez pas un billet de €100, pas vrai ?
Stratégies pratiques pour la prévention :
- Suivi et analyse des déchets : Notez tout ce qui finit à la poubelle. Les tendances et données ainsi récoltées vous donneront des idées d’optimisation.
- Planification affinée des stocks et menus : Ajustez les stocks à la demande, et pensez à des menus flexibles pour minimiser le gaspillage.
- Éducation et sensibilisation : Formez votre équipe à la gestion des portions et à une utilisation optimale des ingrédients. Créez une culture de respect pour chaque ingrédient.
Le cadre réglementaire et les solutions collectives
Depuis le 1er janvier 2024, conformément au droit européen et à la loi anti-gaspillage de 2020, le tri des biodéchets a été généralisé et concerne tous les professionnels et particuliers. C’est à la collectivité disposant de la compétence « collecte des déchets » qu’il revient d’organiser la mise en place de ce tri à la source.
Les solutions de tri pour les ménages se divisent en deux catégories :
- La gestion de proximité : les usagers assurent le traitement eux-mêmes (composteurs individuels ou partagés).
- La collecte séparée : porte-à-porte ou points d’apport volontaire, dirigeant les déchets vers le compostage industriel ou la méthanisation.

La méthanisation est une technique de dégradation des matières organiques, en milieu anaérobie, c’est-à-dire sans oxygène. Elle produit à la fois un biogaz et du digestat. L’arbitrage entre compostage et méthanisation dépend des spécificités du territoire, notamment la proximité de réseaux de gaz auxquels se raccorder.
Exemples et retours d'expérience internationaux
Des initiatives locales prouvent l'efficacité de ces méthodes à travers le monde :
- À Dhaka : Waste Concern a lancé un projet communautaire de compostage décentralisé qui a évité plus de 18 000 tonnes d’émissions de CO2 par an et créé plus de 400 emplois locaux.
- En France : Un hôpital de Marennes a mis en place une stratégie de compostage local avec quatre composteurs, traitant les déchets organiques des repas sur place.
- En Jordanie : Action contre la faim a mis en œuvre un programme de gestion des déchets solides incluant une unité de compostage pour soutenir la gestion durable des déchets organiques dans les camps de réfugiés.
- À Comayagua : La ville a mis en place un plan de gestion avec des itinéraires de collecte, permettant à la mairie d’arrêter complètement l’achat de produits agrochimiques grâce au compost produit.
L'impact agronomique du compost
Le compostage est pratiqué depuis des siècles par les communautés traditionnelles et constitue un élément central de l’agriculture et du jardinage régénératifs. Le riche mélange de micro-organismes et de nutriments du compost peut améliorer de manière significative la santé du sol et des plantes.
Un sol fertilisé au compost peut retenir plus de cinq fois plus d’eau qu’un sol sans compost. En outre, jusqu’à 14 % du carbone introduit dans le sol avec du compost y demeure. Cela permet de réduire la dépendance à l’égard des engrais chimiques, principale source de pollution des sols, de l’eau et de l’air dans le monde. L’usage excessif d’engrais chimiques contribue à l’eutrophisation des systèmes d’eau douce et des zones côtières en favorisant la prolifération d’algues nuisibles et la formation de zones mortes.
La maîtrise de la technique de compostage est un facteur clé de réussite pour tout projet. Le compost doit être entretenu régulièrement pour garantir une montée en température suffisante, prévenant ainsi tout risque de contamination. Prendre des mesures de sécurité lors de la manipulation des déchets (masque et gants) reste une recommandation de base pour les gestionnaires de sites de compostage.