La gestion des déchets est devenue une priorité environnementale majeure. Depuis le 1er janvier 2024, il est obligatoire en France de trier ses biodéchets, notamment en vue d'en faire du compost. Ces déchets sont généralement jetés dans des sacs en plastique très fins, dits compostables, à l'instar de ceux trouvés en supermarchés. Pourtant, leur dégradation n'est pas garantie et n'est pas sans risque pour l'environnement ou la santé humaine. Les poubelles jouent un rôle central dans la gestion quotidienne des déchets des entreprises, et le processus de recyclage permet de soutenir l’écosystème naturel.

La nature réelle des sacs dits "compostables"
Le terme "compostable" traduit une aptitude à se biodégrader dans un milieu dit de "compostage", soit dans des conditions bien précises de température, d'humidité, de pression et de temps. Rafaël Guastavi, directeur adjoint économie circulaire à l'Ademe, souligne : "Un plastique, même compostable, c'est toujours du plastique".
En réalité, ces sacs sont composés en majorité de polymères naturels tels que l’amidon, comme la fécule de pommes de terre, mais ils contiennent également des additifs. Depuis le 1er janvier 2019, l’interdiction des sacs en plastique s’est étendue et nous trouvons de plus en plus fréquemment leur alternative, les sacs dits « compostables ». Ils sont composés de 30 à 80% de matière biosourcée, matière première renouvelable issue de la biomasse donc à priori compostable. Ce pourcentage fluctuant nous indique qu’ils peuvent contenir encore jusqu’à 70% de matière fossile.
Les limites de la biodégradabilité en milieu domestique
Alors que nombre de ces sacs comportent la mention "ok compost home", il n'est pas garanti que ces matières plastiques se dégradent totalement dans les composteurs domestiques. Des tests sur leur décomposition dans des composteurs domestiques ont été effectués : les sacs se retrouvent rapidement déchiquetés en une myriade de petits bouts. Malheureusement, après ce premier stade, les morceaux restent stables longtemps et ne se décomposent plus.
Ces résultats semblent variables et restent conditionnés par la proportion de matière fossile utilisée et par la vitesse de dégradation de la matière biosourcée utilisée. De plus, la matière qui se retrouve prise dans ces sacs peut pourrir et créer des poches nauséabondes qui se décomposent moins bien par défaut de circulation de l’air et de l’eau. Les risques de perturber le processus de compostage ou de retrouver des morceaux non décomposés dans le compost mûr sont bien réels.
Qu'est ce que le compostage ? Vidéo explicative pour La Compostière de l'Aube
Le défi du compostage industriel et des normes
Les conditions industrielles de compostage doivent respecter des normes et favorisent un meilleur suivi de la dégradation de ces matériaux et l’obtention d’un compost de meilleure qualité. Il est recommandé d’utiliser des sacs biodégradables certifiés, par exemple selon la norme EN 13432, qui assurent leur dégradation sans résidus nocifs.
Cependant, même dans ces conditions, l'Ademe observe que des morceaux de plastiques inférieurs à 5mm ont été observés au bout de 6 mois en compostage industriel. Quel que soit le mode de compostage, les matières plastiques biodégradables vont induire la présence de microplastiques dans ces composts. Par ailleurs, lors du processus, ils sont dégradés en CO2 ou en méthane mais ne possèdent pas de valeur fertilisante pour les plantes. Face à ces multiples obstacles, généralement, à l'entrée des centres de traitements, les sacs sont ouverts, mis de côté et éliminés à part.
Risques environnementaux et sanitaires
La pollution par les plastiques est un problème majeur au niveau mondial. De récentes études ont montré que des micro- et nanoplastiques sont détectés dans les poumons, le sang, le lait maternel ou encore le placenta. Si les sacs ne sont pas correctement dégradés, ces fragments peuvent se retrouver dans nos aliments, notamment lorsque le compost est utilisé dans un potager.
Il est possible d'entraîner une contamination de l'environnement et des cultures locales. Si les expositions aux micro- et nanoplastiques sont aujourd’hui avérées, les conséquences sur la santé humaine restent difficiles à évaluer, bien que des études pointent des risques de perturbations endocriniennes, des problèmes de développement ou des risques accrus de cancer.
Rôle et usage raisonné des contenants de pré-collecte
À quoi servent ces sacs, et que faut-il vraiment en faire ? Pour l'Ademe, le seul usage qui semble acceptable est d'utiliser les sacs fins comme contenants pour la collecte des biodéchets à domicile ou en point d'apport volontaire. Ils servent de "contenants de pré-collecte". Ils permettent de faciliter la collecte et de pousser les gens à trier leurs biodéchets, alors qu'ils ne le feraient peut-être pas sans ces sacs.
Il suffit de se référer aux normes et aux matériaux de fabrication pour mieux comprendre leur utilité. Le meilleur emballage reste celui qui n'est pas produit. À défaut, le réemploi est la meilleure alternative. La priorité doit demeurer la réduction de l'usage des emballages, car les sacs biodégradables ne constituent qu'une solution intermédiaire. En ce qui concerne les sacs récupérés dans les supermarchés, l'Ademe conseille de les jeter dans le bac jaune, même s'ils seront mis de côté pour être incinérés ou enterrés.

Décryptage des certifications et labels
Pour naviguer dans ce domaine, il est crucial de comprendre les labels. Certaines informations doivent obligatoirement être imprimées sur le sac pour pouvoir respecter la loi. Le logo "OK Compost HOME" est le seul et unique qui certifie que le sac est apte au compostage à domicile. Sans le "HOME", il n'est pas possible de le mettre dans son composteur domestique.
Le label "OK Compost" certifie que le sac peut être composté mais uniquement dans une installation industrielle de compostage. D'autres logos certifient l’origine du produit, tandis que les étoiles sur le label se réfèrent à la teneur en matières biosourcées. Il est essentiel de vérifier ces éléments pour garantir des pratiques saines et efficaces au sein des systèmes de tri durables.
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