
À l’heure actuelle, la gestion des biodéchets représente un défi majeur pour nos sociétés, avec des conséquences environnementales significatives. En effet, nos poubelles résiduelles contiennent encore un tiers de biodéchets, soit 83 kg par an et par habitant en France. Ces déchets, souvent mélangés aux ordures ménagères non triées, finissent alors en incinération ou en décharge. Cette approche est problématique : l'incinération des biodéchets, majoritairement composés d'eau, consomme plus d'énergie qu'elle n'en produit et contribue au changement climatique en émettant au moins une tonne de CO2 pour chaque tonne de déchets incinérée. De plus, la mise en décharge est extrêmement polluante, car la fermentation des biodéchets en milieu anaérobie, c’est-à-dire sans oxygène, génère d'importantes émissions de méthane, un gaz au pouvoir de réchauffement global 25 à 30 fois supérieur à celui du CO2.
Le gaspillage alimentaire s'ajoute à ce constat alarmant. Près de 10 millions de tonnes de nourriture consommable sont gaspillées chaque année en France, selon l'Ademe. Ce gaspillage, bien que visible dans les foyers, se produit majoritairement en amont de l'assiette, au sein du système de production alimentaire. À l'échelle mondiale, il génère autant de gaz à effet de serre qu'un pays dont le niveau d'activité se situerait en troisième position mondiale, juste après celui de la Chine et des États-Unis. Face à ces enjeux, le compostage sans méthane se présente comme une solution écologique et économique, permettant de transformer ces « déchets » en une ressource précieuse pour les sols.
COP30 : l'enjeu du méthane, un levier rapide pour enrayer la crise climatique • FRANCE 24
Comprendre les Biodéchets : Une Ressource Mal Valorisee
Les biodéchets englobent tous les déchets organiques, qu'il s'agisse des déchets alimentaires (restes de repas, épluchures, marc de café, coquilles d'œufs, sachets de thé) ou des déchets de jardin (feuilles mortes, petites branches, tontes de pelouse). La définition officielle, selon l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement, les décrit comme « les déchets non dangereux biodégradables de jardin ou de parc, les déchets alimentaires ou de cuisine provenant des ménages, des bureaux, des restaurants, du commerce de gros, des cantines, des traiteurs ou des magasins de vente au détail, ainsi que les déchets comparables provenant des usines de transformation de denrées alimentaires ».
Dans la nature, ces matières organiques ne sont pas des déchets, mais des éléments essentiels du cycle naturel : en se décomposant, les feuilles mortes en forêt deviennent de l’humus pour nourrir le sol. Nos biodéchets peuvent ainsi être transformés en fertilisant naturel renouvelable. Cependant, leur mauvaise gestion actuelle, notamment l’enfouissement, entraîne une fermentation sans oxygène qui génère du méthane, un puissant gaz à effet de serre. L'incinération produit quant à elle du CO2.
L'impératif du tri à la source
À partir du 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets est devenu obligatoire pour tous les producteurs de déchets en France, conformément à la loi AGEC. Cette mesure vise à séparer les déchets organiques du reste des ordures ménagères. Pour les citoyens, il est possible de mettre en place une solution dans leur foyer (composteur, lombricomposteur), même si la loi ne les y oblige pas directement. Ce sont les collectivités qui sont en première ligne pour proposer des solutions adaptées aux différentes typologies d'habitat et dimensionnées au nombre et à la densité de population. L'État doit, de son côté, accompagner financièrement ce déploiement. Quant aux professionnels, ils peuvent faire appel à des prestataires privés, gérer directement sur site leurs biodéchets, ou se tourner vers leur collectivité si celle-ci a pris des dispositions pour les petits producteurs.

Compostage vs. Méthanisation : Deux Voies de Valorisation
Le compostage et la méthanisation sont deux procédés de valorisation des déchets organiques, offrant des alternatives à l'incinération et à l'enfouissement.
Le Compostage : Une Décomposition Aérobie
Le compostage est un processus naturel de décomposition des matières organiques en présence d'oxygène et d'humidité. Il s'agit d'une dégradation aérobie, où les micro-organismes (bactéries et champignons) consomment de l'oxygène pour transformer les déchets alimentaires en compost. Ce faisant, ils génèrent de la chaleur, de la vapeur d'eau et du dioxyde de carbone (CO2) biogénique, mais très peu de méthane si le processus est bien conduit.
Le compost produit est un fertilisant riche en azote, carbone, phosphore et potassium, essentiel à la santé du sol. Il peut être utilisé comme amendement pour les sols agricoles ou comme engrais dans les jardins. Le compost mûr est généralement prêt après 6 mois de fermentation et le meilleur moment pour l'étaler au potager est à la fin de l'automne, avant que la terre ne soit gelée. Environ 30 % de nos déchets jetés avec les ordures ménagères peuvent être compostés.
La Méthanisation : Une Dégradation Anaérobie
La méthanisation, quant à elle, est une technique de dégradation des matières organiques en milieu anaérobie, c’est-à-dire sans oxygène. Ce processus de fermentation produit du biogaz, principalement composé de méthane (CH4) et de CO2, ainsi que du digestat. Le biogaz peut être utilisé pour produire de la chaleur, de l'électricité ou du carburant pour véhicules (GNV), souvent qualifié de « biométhane » lorsqu'il est injecté dans les réseaux. Le digestat, produit humide et stabilisé, peut être épandu sur les sols, mais il ne contient pas tous les nutriments du compost, car le méthane en a été extrait. Il est parfois composté pour un retour au sol de meilleure qualité.
La méthanisation permet de valoriser certains déchets organiques qui ne peuvent pas l'être autrement, comme les déchets de l'industrie agro-alimentaire ou les huiles usagées. Le choix entre compostage et méthanisation au niveau local dépend des spécificités du territoire, notamment de la proximité de réseaux de gaz et des types de déchets produits. Zero Waste France recommande de privilégier les méthodes permettant de massifier le traitement des biodéchets à l'échelle la plus locale possible.

Compostage Sans Méthane : Le Rôle Clé de L'Aération
La question "le compostage produit-il du méthane ?" est cruciale. La réponse tient surtout au mode de décomposition. Un compost bien conduit, c'est-à-dire un compostage aérobie, en présence d'oxygène, produit surtout du dioxyde de carbone biogénique et de la chaleur, ainsi qu'un amendement organique utile pour le sol. Cette distinction est essentielle car le méthane a un pouvoir de réchauffement bien plus élevé que le dioxyde de carbone sur un horizon de cent ans. C'est pourquoi détourner les biodéchets des décharges reste une stratégie climatique utile, car le compostage réduit les émissions de méthane liées à la mise en décharge.
Cependant, il est vrai que le compostage peut produire un peu de méthane si le mélange est trop humide, trop compact, mal brassé ou privé d'air. Dans ces conditions, des zones anaérobies peuvent apparaître et favoriser cette production. En revanche, dans un compostage aérobie bien mené, les microbes producteurs de méthane restent beaucoup moins actifs. En d'autres termes, le compostage n’est pas totalement exempt d’émissions, mais il peut être organisé pour limiter fortement celles qui sont les plus problématiques sur le plan climatique.
Le potentiel de réchauffement global du méthane sur 100 ans est estimé par le GIEC à environ 27 à 30 fois celui du dioxyde de carbone. Par conséquent, une tonne de déchets organiques laissée en décharge a un impact climatique nettement plus lourd qu'une tonne bien compostée en conditions aérées. Pour que votre compost reste performant et peu émetteur, le plus important est d'éviter qu'il ne devienne compact, détrempé ou mal équilibré. Trier correctement les déchets organiques est la clé d'un compostage réussi.

Comment Faire Son Compost : Techniques et Conseils
Faire son compost est une démarche simple et accessible, que l'on dispose d'un jardin ou d'un appartement. Plusieurs techniques existent, adaptées à différents besoins et contraintes.
Le Compostage Domestique en Jardin
Le compostage sur place, ou de surface, consiste tout simplement à déposer les matières organiques compostables en surface du sol, directement dans le jardin. C'est une méthode simple qui nourrit directement la terre.
Pour un compostage plus structuré, l'utilisation d'un composteur ou d'un silo est recommandée. Il est crucial d'évaluer la quantité de déchets organiques produits, l'espace disponible et d'identifier le meilleur système de compostage qui répondra aux besoins. L'emplacement idéal pour le composteur est un endroit sec et ombragé.
Un mélange équilibré est la clé d'un compostage réussi : il doit être composé de deux tiers d'éléments riches en carbone (matériaux secs et ligneux, dits « bruns » comme les feuilles mortes, petites branches, sciure) et d'un tiers d'éléments riches en azote (déchets alimentaires, dits « verts » comme les épluchures, restes de repas, marc de café).
Une bonne ventilation et une humidité suffisante sont essentielles à un processus de décomposition efficace et peu odorant. Il est recommandé de retourner le tas une fois par semaine pendant la saison chaude et tous les mois pendant la saison froide. Il faut arroser le tas s’il devient trop sec et ajouter des bruns à forte teneur en carbone s’il devient trop humide.

Le Compostage en Appartement ou Petits Espaces
Même avec un espace restreint, il est possible de faire du compost en appartement. Le choix d’un composteur est avant tout déterminé par la taille disponible dans le logement.
Le lombricompostage est une option populaire : il utilise des vers de terre pour transformer les déchets. Les vers nécessitent beaucoup d'oxygène et une température entre 15 et 25°C pour transformer les déchets. Le jus récupéré lors du lombricompostage peut être utilisé comme fertilisant.
Une autre possibilité est de composter ses déchets dans des conteneurs métalliques en extérieur. Plus grands que les composteurs d'intérieur, ceux-ci permettent le développement des ordures alimentaires en compost grâce à la chaleur générée et accumulée dans le contenant en métal.
Le compost Bokashi est une technique de fermentation anaérobie (sans oxygène) qui utilise un activateur microbien pour pré-composter les déchets alimentaires. Un compost Bokashi ne sent donc rien s'il est bien fermé ! Le jus est extrait régulièrement de ce seau à compost pour en faire du fertilisant.
Quel que soit le type de composteur, un taux d'humidité trop important fait pourrir les aliments, ce qui génère des odeurs nauséabondes. À l'inverse, un manque d'humidité empêche le développement des micro-organismes nécessaires à la décomposition. L'ADEME recommande un mélange équilibré entre les aliments riches en carbone et les ordures alimentaires.

Que mettre dans le compost ?
La liste des matières organiques compostables est très conséquente et comprend :
- Déchets alimentaires : épluchures de fruits et légumes, restes de repas (sans viande ni poisson en grande quantité, ni produits laitiers), marc de café, sachets de thé, coquilles d'œufs.
- Déchets de jardin : feuilles mortes, petites branches broyées, tonte de pelouse (en fine couche), fleurs fanées, tailles de haies.
- Autres matières organiques : essuie-tout, carton non imprimé, sciure de bois, cendres de bois (en petite quantité).
Certaines matières sont à éviter, comme les produits laitiers, la viande, le poisson (qui peuvent attirer les nuisibles et générer des odeurs), les plantes malades, les couches, les litières d'animaux (sauf certaines litières végétales compostables pour animaux herbivores).

Les Bénéfices Multiples du Compostage
Le compostage, au-delà de la réduction des émissions de méthane, offre une multitude d'avantages pour l'environnement, l'économie et la société.
Pour l'environnement : Sols Riches et Moins de Pollution
Le compost est un amendement naturel riche en micro-organismes et nutriments, améliorant significativement la santé du sol et des plantes. L'utilisation du compost permet de réduire la dépendance aux engrais chimiques, principales sources de pollution des sols, de l'eau et de l'air. L'usage excessif d'engrais chimiques contribue à l'eutrophisation des systèmes d'eau douce et des zones côtières, favorisant la prolifération d'algues nuisibles. Un sol fertilisé au compost peut retenir plus de cinq fois plus d'eau qu'un sol sans compost, ce qui diminue les besoins en arrosage. De plus, jusqu'à 14 % du carbone introduit dans le sol avec du compost y demeure, participant à la séquestration du carbone. En détournant les matières organiques des décharges, le compostage réduit les émissions de gaz à effet de serre et protège les eaux de surface et souterraines de la contamination par les lixiviats (jus de décharge).
Pour l'économie : Des Coûts Réduits et des Ressources Valorises
Le traitement des déchets coûte de plus en plus cher. En compostant, on réduit la quantité de déchets envoyée en décharge ou à l'incinération, ce qui diminue les coûts de transport et de gestion. Les collectivités territoriales, comme certains syndicats intercommunaux de gestion des déchets, distribuent même du compost gratuit aux usagers, valorisant ainsi les déchets récoltés sur leur territoire. Pour les particuliers, cela signifie ne plus avoir besoin de prévoir un budget pour se procurer des engrais commerciaux. Au niveau mondial, des milliards de dollars sont dépensés uniquement pour les décharges. Le compostage est l'une des meilleures options pour gérer les déchets organiques tout en réduisant l'impact sur l'environnement et les coûts associés.
Pour la société : Autonomie et Sensibilisation
Le compostage favorise l'autonomie des populations en leur permettant de produire leur propre fertilisant. De plus en plus de collectivités sensibilisent et forment leurs habitants à la gestion de proximité des déchets verts, ou proposent des outils (prêt ou location de broyeurs) pour permettre cette gestion directement chez soi. Des composteurs collectifs ou partagés sont également mis en place dans certains quartiers, permettant de rejoindre des gens qui ne feraient peut-être pas du compost autrement. L'objectif est également de sensibiliser à la réduction des déchets à la source, comme pour les tontes de pelouse qui pourraient directement nourrir les sols dans les jardins. La lutte contre le gaspillage alimentaire à tous les niveaux de la chaîne de production est également un enjeu majeur, le compostage étant une solution pour valoriser les inévitables restes.

Initiatives et Projets de Compostage Dans Le Monde
Le compostage est une solution adoptée à travers le monde, avec de nombreuses initiatives locales et internationales démontrant son efficacité et ses bénéfices.
Projets Humanitaires et Communautaires
Médecins Sans Frontières (MSF) à Harare : MSF travaille à Harare pour réduire la propagation des maladies d'origine hydrique. L'organisation a mis en place des composteurs et fourni des vers de terre pour transformer les déchets biodégradables en lombricompost. Cela permet de réduire les déchets organiques tout en produisant un engrais utilisable pour les jardins potagers ou pour la vente, générant un revenu supplémentaire. La reproduction naturelle des vers de terre crée également un marché pour la vente de vers.
ACTED au Liban, Mali et Sénégal : L'ONG humanitaire ACTED s'engage dans le développement durable. Au Liban, en partenariat avec Le Foyer de la Providence et l'Union européenne, ACTED a organisé des ateliers de formation au compostage et à la gestion des jardins. L'Université Libanaise est également impliquée. Au Mali, des ateliers similaires ont été adaptés aux éleveurs de bétail pour utiliser le fumier dans le compost, ensuite vendu aux agriculteurs. Au Sénégal, les femmes ont reçu une aide technique similaire sur le compostage.
Action contre la Faim en Jordanie : Dans les camps de réfugiés en Jordanie, la population et les déchets augmentent rapidement. Depuis 2021, Action contre la Faim, en partenariat avec l'agence allemande pour le développement international et l'emploi (GIZ) et la municipalité d'Azraq, a mis en œuvre un programme de subsistance. Ce programme inclut la mise en place d'une unité de compostage pour la gestion durable des déchets organiques, créant des opportunités d'emploi rémunéré pour les réfugiés vulnérables et les communautés d'accueil. Des usines de compostage ont été mises en place sur les sites de Karak et d'Irbid, produisant un compost de haute qualité.
Institut Jane Goodall en Tanzanie : L'Institut Jane Goodall et la Campagne pour le changement de comportement enseignent aux agriculteurs de Tanzanie la technique du compostage et la conservation de l'environnement. Le taux d'adoption du compost était plus élevé chez les femmes, certaines jouant même un rôle de conseil auprès d'autres agriculteurs.
Initiatives Urbaines et Institutionnelles
Waste Concern à Dhaka, Bangladesh : Waste Concern, une ONG spécialisée, opère à Dhaka depuis 1995. Face aux 80 % de déchets solides organiques annuels de la ville, elle a lancé un projet communautaire de compostage décentralisé, reproduit dans plus de 26 villes. Cette initiative a permis d'éviter plus de 18 000 tonnes d'émissions de CO2 par an et a créé plus de 400 emplois locaux pour les résidents pauvres. Waste Concern s'est associée à une société privée néerlandaise en utilisant des compensations d'émissions de CO2 via le mécanisme de développement propre du protocole de Kyoto.
Hôpital de Marennes, France : Un hôpital de Marennes a mis en place une stratégie de compostage local avec quatre composteurs. Les déchets organiques des repas et les restes de cuisine sont compostés sur place, soutenu par la Régie des déchets de la communauté de communes locales. L'objectif est de réduire la quantité de déchets produits par l'hôpital.
Citizen Environment Improvement Society à Noida, Inde : Cette ONG indienne a lancé une campagne d'introduction du compostage municipal à Noida pour offrir une alternative à l'incinération des feuilles. Elle a créé 20 fosses à lombricompost dans des lieux stratégiques comme les écoles et promeut le compostage individuel à domicile.
KIWODET à Dar es Salaam, Tanzanie : Cette organisation communautaire a mis en place une opération de compostage de déchets organiques commerciaux. Ses activités de collecte et de tri ont contribué à un meilleur contrôle des matières premières et à l'intégration des activités informelles de collecte des déchets.
Ville de Comayagua, Honduras : La ville de Comayagua a mis en place une opération de compostage, collectant les matières organiques pour les transformer en compost. Ils utilisent une machine à broyer et les déchets sont placés dans des tas de compostage chauds régulièrement retournés ou oxygénés par lombricompostage. Le compost est utilisé localement, permettant à la mairie d'arrêter l'achat de produits agrochimiques.
Ville de Rosario, Argentine : En 2014, le ministère de l'espace public et de l'hygiène urbaine a constaté que 44 % des déchets de la ville étaient organiques. La ville a mis en place un plan de gestion des déchets avec des itinéraires de collecte et des points de dépôt des déchets organiques, traités dans une installation de compostage. Tout le compost généré est utilisé par le gouvernement dans les espaces verts, évitant des centaines de tonnes d'émissions de gaz à effet de serre chaque année.
Ces exemples illustrent la diversité des approches et la pertinence du compostage comme solution globale pour une gestion durable des déchets organiques et la réduction des émissions de méthane.
