Le Compostage en Tas au Burkina Faso : Une Solution Agroécologique pour la Fertilité des Sols et la Sécurité Alimentaire

Paysan burkinabé travaillant dans son champ

Le Burkina Faso, pays d'Afrique de l'Ouest, est fortement dépendant de son secteur agricole et de l'élevage, qui constituent les principales activités économiques des populations rurales. Cependant, cette agriculture est confrontée à des défis majeurs, notamment la faible fertilité des sols, qui est l'une des causes principales des rendements agricoles réduits. Face à cette situation, l'adoption de pratiques agroécologiques, telles que le compostage en tas, s'avère être une solution prometteuse pour restaurer la santé des sols, augmenter les rendements et assurer la sécurité alimentaire et nutritionnelle.

Les Enjeux de la Fertilité des Sols au Burkina Faso

Les sols agricoles du Burkina Faso sont majoritairement peu fertiles. La teneur en matière organique totale des sols est généralement faible, de l'ordre de 0,6 % dans les régions sahélienne et sud-soudanienne, des valeurs inférieures au seuil de 1 % qui caractérise des sols très pauvres (Boyadgiev, 1980 ; Pallo et al., 2008 ; 2009). Cette dégradation des sols est aggravée par des conditions climatiques agressives et des systèmes de culture, notamment la pratique de la culture sur brûlis et de la culture continue sans apport de matière organique, qualifiée d’agriculture minière par Bationo et al. (1998). La dégradation des sols occasionne des baisses de rendement agricoles (Da et al., 2008 ; Coulibaly et al., 2012), entraînant l’augmentation de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle (Labiyi et al., 2019).

Pour améliorer la fertilité des sols, des quantités importantes de matière organique doivent être apportées. Il est généralement recommandé, dans la zone de savane d’Afrique de l’Ouest, d’apporter des quantités de matière organique allant de 2,1 à 5,4 tonnes par hectare et par an selon la qualité de la matière organique et du type de sol (Blanchard et al., 2014). La gestion de la fertilité des sols se fait généralement par des apports de fertilisants organiques et minéraux, mais aussi par des systèmes de production (rotation des cultures, cultures associées, agroforesterie), des techniques d’aménagement (cordon pierreux) et de travail du sol (Zaï, sous-solage).

Le Compostage : Une Alternative Organique aux Engrais Chimiques

Le compostage se définit comme un processus biologique et contrôlé de conversion et valorisation de la matière organique en un produit stabilisé appelé compost, riche en composés humiques. Il est utilisé pour améliorer la structure et la fertilité des sols en production agricole. Le compost est un amendement organique plus sain que le fumier et recommandé aux producteurs (Leclerc, 2004). Lors du compostage, les températures peuvent s’élever jusqu’à 50-60 °C, voire plus, réduisant les agents pathogènes et détruisant les graines des herbes présentes dans la biomasse composée de résidus de culture.

Au Burkina Faso, le milieu agricole fait face à une hausse du prix des engrais minéraux ces dernières années. Un sac d’engrais chimique peut avoisiner 35 mille F CFA sur le marché. Albert Compaoré de Dream Team Douna/Plantvillage Burkina explique que l’usage du compost répond à la fois aux options écologiques de préservation de l'environnement, aux soucis de valorisation des ressources locales disponibles et aux contraintes financières de l'agriculteur. De plus en plus, les producteurs de la province du Yatenga manifestent un intérêt particulier pour la fumure organique. Maraîchers pour la plupart, ils s’investissent eux-mêmes dans la fabrication de ces engrais biologiques qui ont tendance à supplanter ceux chimiques.

Tas de compost en décomposition sous une bâche

Les Techniques de Compostage au Burkina Faso : L'Avantage du Compostage en Tas

Les techniques de compostage utilisées au Burkina Faso sont le compostage en fosse et le compostage en tas des résidus de culture avec utilisation de fumier ou bouses de vache pour améliorer le rapport C/N et faciliter le compostage. Le compostage en tas présente certains avantages comparativement à celui en fosse, car le producteur mobilisera moins de force physique pour le creusage de la fosse et moins de moyens financiers pour la stabilisation de la fosse. De nos jours, le creusage de nouvelles fosses de compostage se fait rarement, au profit du compostage en tas. La technique vulgarisée de production de fumure organique via des fosses fumières en vue de restaurer la fertilité organique des sols au sein des exploitations agricoles a été confrontée, dans certaines exploitations, aux difficultés de creusage (manque d'équipement et de main d’œuvre, pénibilité), de stabilisation (coût élevé du ciment) et d’enlèvement de la fumure produite (manque d'équipement, pénibilité). Le compostage en tas constitue ainsi une alternative intéressante.

Le principe du compostage est une décomposition biologique de la matière organique dans des conditions contrôlées d’humidité et d’aération. Pour une bonne décomposition, la biomasse utilisée pour la production du compost doit comporter deux grandes catégories de matières organiques afin d’équilibrer le rapport carbone / azote (rapport C/N) à un niveau optimal, qui varie entre 15 et 30. Ce sont les matières organiques à forte teneur en carbone (résidus de culture, feuilles sèches, etc.) et les matières organiques à forte teneur en azote (fumier, bouses de vache, etc.). Si, lors du processus de compostage, le rapport C/N est inférieur à 15, une perte d’azote est à craindre.

L'Activeur de Compost "Compost Plus" et l'Initiative de Green Cross Burkina Faso

Green Cross Burkina Faso est une organisation non gouvernementale (ONG) œuvrant dans les domaines agricole et environnemental. Depuis plus de vingt ans, elle travaille pour contribuer à une amélioration de la fertilité des sols, à la protection de l’environnement et à la durabilité des systèmes agricoles. Cette ONG fait la diffusion d’un activeur de compost appelé « compost plus ». L’idéation de l’utilisation de l’activeur « compost plus » au Burkina Faso date de 1999 par l’ONG Green Cross, dans le but de pallier le manque de fumier pour la fertilisation organique des sols. L’activeur « compost plus » est une souche thermophile de bactéries (Bacillus farraginis) sous forme de granules (Dakuo et al., 2011) qui, une fois mis en contact avec la matière organique dans des conditions humides, accélère la décomposition de celle-ci en vue de produire du compost.

Le produit « compost plus » est certifié pour une utilisation en agriculture biologique conformément au Règlement CEE 2092/91 modifié (Contrôle Ecocert SA F-32600 du 13/12/2008). L’appellation « compost plus » est une marque déposée auprès de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI). Les composants pour le compostage avec cet activeur sont la matière organique végétale (biomasse), l’activeur « compost plus » (2,5 kg d’activeur pour un tas de 9 m³) et de l’eau.

Technique de compostage en TAS, présentée par Monsieur Abdoulaye SY, Directeur ANCAR/ Zone Centre

Processus de Production du Compost en Tas avec l'Activeur

Le processus de production du compost en tas avec l'activeur « compost plus » implique plusieurs étapes :

  • Mise en tas : Elle consiste à alterner, dans l’une des fosses d’ancrage et à cinq reprises, 20 cm de couche de biomasse avec 20 % de la quantité totale d’activeur, tout en tassant et en ajoutant un à deux arrosoirs d’eau en fonction de la fraîcheur de la biomasse.
  • Retournement du tas : Le retournement du tas du compost se fait tous les 15 jours et la deuxième fosse d’ancrage servira à cet effet.
  • Durée de compostage : En deux mois, on produit avec l’activeur « compost plus » du compost mûr, mais la durée du compostage peut être plus longue (60 à 90 jours) et dépend du type et de la taille de la matière organique soumise au compostage et du respect des conditions d’humidité (Traore, 2007 ; Dakuo et al., 2011).

Le compost peut être séché et stocké sans qu’il perde sa qualité et être utilisé au moment voulu. Bien que la production de compost puisse se faire à tout moment de l’année, il est recommandé aux producteurs de faire le compost pendant la saison hivernale (juillet-septembre) afin de faire des économies d’arrosage grâce aux eaux de pluie et à l’humidité.

Résidus de Culture et Biomasses Non Conflictuelles

Certains résidus de récolte tels que les tiges de sorgho, maïs, mil sont habituellement utilisés au Burkina Faso pour l’alimentation des animaux. Pour éviter une compétition entre les besoins de l’élevage et ceux du compostage, il est recommandé aux producteurs d’utiliser des « biomasses non conflictuelles » avec les besoins de l’élevage. Cela correspond à l’usage des herbes champêtres, des tiges de coton, de la paille de riz et l’usage des branches ligneuses et feuilles vertes issues de la taille des plantes fruitières dans les vergers (Jipad, 2021). De plus, au vu des contraintes liées au compostage des tiges de cotonniers (obligation de broyage ou découpage), ces dernières sont généralement détruites par brûlis après la récolte du coton.

Pour réduire le temps de compostage de la biomasse plus ligneuse (tiges de coton, branches et feuilles des arbres) et éventuellement la charge de travail affectée au découpage de biomasse, Green Cross Burkina Faso propose des broyeurs polyvalents pour les groupements de producteurs ou le privé.

Accessibilité et Coût de l'Activeur "Compost Plus"

L’activeur « compost plus » étant une marque déposée, sa commercialisation au Burkina Faso se fait exclusivement par le réseau de commercialisation de l’ONG Green Cross. Le prix unitaire du sachet de 2,5 kg est de 7 500 FCFA (environ 11,45 €). Toute personne souhaitant produire du compost peut acquérir l’activeur auprès de ce réseau de commercialisation. Green Cross est membre du réseau national des distributeurs d’intrants agricoles et bénéficie de ce canal de distribution pour rendre disponible le « compost plus » auprès des producteurs.

Le taux d’adoption par les producteurs de la technique de compostage avec l’activeur de compost après formation peut atteindre 61,7 %. Après une formation, le producteur arrive à reproduire facilement la technique de compostage avec l’activeur. Les femmes s’impliquent plus dans l’utilisation de cette nouvelle technique car le retournement du compost en tas nécessite moins de force physique que celui du compost en fosse.

L’accessibilité du prix du « compost plus » par les producteurs connaît une appréciation controversée. Certains producteurs trouvent élevé le coût de vente de l’activeur de compost. Pour Green Cross Burkina Faso, le prix de 7 500 FCFA pour 2,5 kg de « compost plus » est convenable vu le tonnage de compost qui peut être produit. Pour l’amendement de 1 ha de champs, il faut donc prévoir un coût environnant 43 000 FCFA. Ce montant est du même ordre que le coût de fertilisation de certaines cultures, comme le niébé, en engrais minéral pour 1 ha (soit un dosage de 100 kg/ha d’engrais NPK - N : azote, P : phosphore, K : potassium - communément utilisé par les producteurs), le prix du sac de 50 kg de NPK pouvant coûter entre 18 000 et 23 000 FCFA selon la qualité et la formulation de l’engrais.

Initiatives Locales de Production de Compost

À Ouahigouya, deux unités de compostage sont venues conforter cette marche des producteurs vers une agriculture biologique. Dans un vaste domaine attenant au bosquet Salifou Diallo, au secteur 15 de Ouahigouya, des femmes sont à l’œuvre en cette matinée du 14 juillet 2022. Organisées en association puis en coopérative, ces femmes avaient pour activité principale le compostage dans leur commune d’origine. La présidente de la coopérative Rilg Tenga, Salimata Ganamé, affirme : « Nous certifions que notre engrais est de très bonne qualité ». Grâce au soutien d’une bonne volonté qui leur a cédé une portion de sa ferme et à un prêt obtenu auprès des Groupements Naam, les femmes arrivent à démarrer leur activité. Selon Salimata Ganamé, l’unité fait sortir 350 sacs, soit 17 500 tonnes de compost, par production. Le temps mis entre la décomposition des matières premières et le produit fini est de près de deux mois. La matière est « retournée » chaque deux semaines pendant près de deux mois avant l’étape du tamisage et du conditionnement dans les sacs. « Un sac peut être appliqué dans 140 poquets pour ceux qui pratiquent le Zaï. Pour un hectare, nous conseillons deux tonnes. Là, on n’a plus besoin d’associer l’engrais chimique », recommande Mme Ganamé. Le technicien d’agriculture, Boukary Tamboura, chef d’Unité d’appui technique d’agriculture qui encadrait les femmes à Barga, précise que les sept plantes que les femmes associent à leur compost contribuent à la régénérescence du sol. Il atteste : « Beaucoup de producteurs ont reconnu les bienfaits du compost et se tournent de plus en plus vers lui. Un jour, la fumure organique va remplacer l’engrais chimique dans la région du Nord parce qu’elle est de qualité et moins coûteuse ».

À Gourga, à la périphérie-est de la cité de Naaba Kango, une autre unité s’attelle également dans le compostage. L’unité de Cheick Sawadogo produit environ 100 tonnes de compost par mois. La mévente constitue un véritable souci pour l’unité de Cheick Sawadogo. Concernant les prix, M. Sawadogo estime qu’ils sont abordables, contrairement aux engrais chimiques dont le sac avoisine 35 mille F CFA sur le marché.

Le SG de la CRA du Nord, Oumarou Kindo, indique : « Désormais, nous voulons mettre l’accent sur la fumure organique ». Aïdara Ouédraogo, membre de la coopérative Wend Panga basée à Somyaga, au sud de Ouahigouya, confirme que les engrais chimiques sont devenus inaccessibles du fait de leur coût exorbitant. C’est pourquoi beaucoup ont jeté leur dévolu sur le compost. Il souligne : « On sensibilise les producteurs à aller vers le compost car il permet de restaurer les sols et d’avoir des aliments sains. Par contre, l’utilisation des engrais de synthèse détruit tout ce qui est micro-organisme dans le sol ».

Pour la DP en charge de l’agriculture du Yatenga, Anne Tapsoba, la mévente du compost est due à l’insécurité qui a causé la réduction des superficies cultivables. À cet effet, souligne-t-elle, sa direction accompagne les unités dans le renforcement de leurs capacités pour une production d’engrais biologique de qualité. Elle ajoute : « Actuellement, nous avons reçu un dépôt de 68 tonnes de NPK et de 27,850 tonnes d’urée au profit des producteurs du Yatenga ».

Femmes PDI de Barga en train de tamiser du compost

Le Compostage de Loudetia togoensis : Une Innovation pour la Fertilité des Sols

Une étude récente (Beye, A., Traore, M., Ouedraogo, I., Ouedraogo, Y., & Nacro, H. B., 2024) a exploré l'effet de l'apport de compost à base de Loudetia togoensis sous Zaï mécanisé sur l'humidité pondérale du sol et les composantes de rendement du sorgho dans la commune d'Arbollé, au Nord du Burkina Faso. Loudetia togoensis est une espèce de plantes monocotylédones de la famille des Poacées, originaire d’Afrique. Elle est une plante bioindicatrice de la pauvreté ou de la baisse de la fertilité des sols (Millogo et al., 2018 ; Kodjovi et al., 2019), se trouvant le plus souvent sur des sols pauvres en éléments nutritifs majeurs. Dans la région du Nord, Andropogon gayanus, Loudetia togoensis et Pennisetum pedicellatum sont les espèces dominantes pour la strate herbacée (Sawadogo et al., 2008 ; Ouedraogo et al., 2017). De plus, pour Sawadogo (2001), Loudetia togoensis est une espèce peu appétée par les animaux, dont l’apparition a été favorisée par le surpâturage des espèces appétées. Cette caractéristique la rend intéressante pour le compostage, évitant ainsi la compétition avec les besoins de l'élevage.

Composition du Compost de Loudetia togoensis

Pour la production de compost à base de Loudetia togoensis, d’autres matières ont été utilisées. Le Burkina Phosphate (BP), composé de P2O5 : 25,43% ; K2O : 0,3% ; CaO : 34,61% ; MgO : 0,18%, a été utilisé pour améliorer les teneurs en phosphore et en calcium. La cendre de bois a contribué à l’amélioration du compost en potassium. Quant à la bouse de vache, elle est utilisée comme activateur.

Le compost à base de Loudetia togoensis a été produit par la méthode du compostage en tas. Pour un tas de 500 kg de biomasse de Loudetia togoensis, il a été ajouté 75 kg de Burkina Phosphate (BP), 90 kg de bouse de vache et 60 kg de cendre. Trois couches de 30 cm de hauteur ont été constituées par tas, et pour chaque couche, une quantité de 25 kg de BP, 30 kg de bouse de vache et 20 kg de cendre ont été apportées. À la fin du montage du tas, chaque tas avait une hauteur de 1m, des proportions inspirées des travaux de (Segda et al., 2001).

Caractéristiques Chimiques et Valeur Fertilisante

Les résultats ont montré que le pH du compost à base de Loudetia togoensis a été plus élevé (7,95) que celui de la fumure organique des producteurs (7,55), ce qui pourrait s’expliquer par l’adjonction de la cendre de bois au cours du processus de compostage. Le potassium forme avec d’autres éléments un composé très basique affectant le pH des composts (Steger et al., 2006).

Les teneurs en phosphore total (8150,61 mg/kg) et potassium total (8220,79 mg/kg) du compost à base de Loudetia togoensis sont supérieures à celles de la fumure organique du producteur (7809,95 mg/kg et 7851,07 mg/kg respectivement). L’enrichissement en Burkina Phosphate permet une augmentation considérable de la teneur en phosphore, des résultats similaires à ceux de (Sawadogo et al., 2008) et (Lompo et al., 2009). Les teneurs élevées en phosphore pourraient contribuer à rehausser le niveau du sol en cet élément, car les sols du Burkina Faso sont déficients en azote et en phosphore (Traoré et Toé, 2008). Le phosphore est en effet considéré comme un des facteurs limitants pour la croissance des plantes en Afrique subsaharienne, et singulièrement au Burkina Faso (Lompo et al., 2009).

Comparativement aux normes standards (AFNOR, 2002) et (FAO, 2005), le compost à base de Loudetia togoensis enrichi en Burkina Phosphate et la fumure organique des producteurs ont des teneurs en éléments fertilisants qui restent comprises dans la gamme prescrite. Cela témoigne de la qualité du compost produit, et Loudetia togoensis pourrait être une alternative pour les producteurs agricoles pour produire du compost de qualité et en quantité dans un contexte de forte compétition sur les résidus de récolte.

Défis et Perspectives du Compostage au Burkina Faso

Malgré les acquis importants relatifs à la gestion de la fertilité des sols et les investissements réalisés par l’ensemble des acteurs du développement agricole pour la diffusion des techniques, le sol reste toujours pour le producteur burkinabè l’un des obstacles majeurs à l’atteinte de la sécurité alimentaire (CILSS, 2012). La pratique du compostage reste faible car les producteurs sont confrontés à des difficultés de non-maîtrise de la technique de compostage et de manque d’intrants (matière organique, eau et fumier). En effet, on observe généralement en milieu paysan la constitution d’un tas d’ordures ménagères tout au long de l’année, sans aucun suivi des paramètres de compostage. À ces difficultés techniques s’ajoute la faible connaissance sur l’importance et le rôle des fertilisants organiques dans la gestion durable de la fertilité des sols.

La production des engrais biologiques est loin d’être un long fleuve tranquille. Ces soucis vont de l’insuffisance d’eau et du matériel au manque de sites propres aux unités. Elles ne disposent d’aucun hangar pour leur permettre de produire dans de bonnes conditions. Du côté de M. Sawadogo, le gros défi demeure pour l’instant l’écoulement du stock d’engrais existant.

Bien que la production de compost puisse se faire à tout moment de l’année, l’insuffisance de matière organique pour le compostage est également un problème. Les importations de compost industriel qui pouvaient être une alternative au manque de matière organique sont aussi confrontées à des questions de rentabilité économique et de qualité.

Maraîcher burkinabé appliquant du compost sur ses cultures

L’utilisation de compost produit avec l’activeur « compost plus », soit seul soit en combinaison avec des engrais minéraux, permet d’augmenter les rendements des cultures (Traore, 2007). En effet, l’augmentation de rendement peut atteindre 67 % comparativement à une production avec zéro apport de fertilisant pour le cas du coton. L’introduction de l’activeur de compost au Burkina Faso a permis de pallier le manque de fumier utilisé dans la fertilisation organique des sols. Bien que cette alternative soit adoptée par les agriculteurs malgré les quelques difficultés financières et techniques, le problème de manque de matière organique (résidus végétaux, résidus de récolte) reste crucial.

Les apports organiques ont permis une amélioration significative des teneurs en matières organiques, de la capacité d’échange cationique (CEC), de la somme de bases échangeables et du pH du sol (Bacye et al., 2019). Toutefois, les restitutions organiques sont faiblement pratiquées par les producteurs à cause de nombreuses contraintes, notamment la mauvaise gestion des résidus de récoltes qui font l’objet de plusieurs usages (Bacyé, 1993 ; Koulibaly et al., 2010). Ainsi, pour éviter une compétition entre les besoins de l’élevage et ceux du compostage, il est recommandé aux producteurs d’utiliser des « biomasses non conflictuelles » avec les besoins de l’élevage pour la production de la fumure organique (Jipad, 2021), moteur de la gestion de la fertilité des sols et de l’agroécologie.

Le projet "Cultivating Better Futures", mis en œuvre par Helen Keller Intl, Association Promo-Monde Rural (APMR) et ses partenaires au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire de 2025 à 2028, vise à promouvoir le compostage en tas comme une solution agroécologique simple et efficace. En combinant résidus de culture, fumier animal et déchets organiques ménagers, les producteurs obtiennent un compost riche en nutriments qui améliore la fertilité et la structure des sols. Cette technique à faible coût réduit la dépendance aux engrais chimiques tout en augmentant les rendements des cultures et la résilience au changement climatique. Le projet met en lumière la manière dont les agriculteurs adoptent le compostage pour restaurer les sols dégradés, recycler les ressources locales et soutenir des systèmes de production alimentaire plus durables et sensibles à la nutrition.

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