La composition chimique de la Terre : enseignements des chondrites

Schéma de la formation du système solaire

La compréhension de la composition chimique de notre planète, la Terre, est une quête fondamentale en sciences de la Terre. Au cœur de cette compréhension se trouvent les météorites, en particulier un type appelé chondrites, qui offrent un aperçu précieux des matériaux primordiaux à partir desquels le Système solaire s'est formé. Ces météorites sont des témoins silencieux des premiers instants de notre système, fournissant des indices sur les blocs de construction originels de la Terre.

Qu'est-ce qu'une chondrite ?

Le terme "chondrite" est employé en astronomie pour désigner un certain type de météorite pierreuse, caractérisée par une teneur en métal inférieure à 35%. Ces objets célestes sont remarquables à plusieurs égards. D'une part, elles sont parmi les plus anciennes roches connues, témoignant de l'âge auquel leurs différents éléments se sont assemblés pour former une roche. D'autre part, leurs composants ont subi très peu de transformations depuis qu'ils ont formé des minéraux. Les météorites de type chondrite proviennent majoritairement de la surface de petits astéroïdes qui n'ont pas connu de différenciation depuis leur formation, il y a environ 4,65 milliards d'années, parallèlement à la formation du Système solaire. Plus rarement, elles peuvent être issues d'astéroïdes plus massifs, ou même de corps planétaires comme Mars ou la Lune.

Une chondrite est intrinsèquement composée de chondres, de petites boules presque exclusivement constituées de silicates, lesquelles sont prises dans une matrice. Ces chondres, qui donnent leur nom aux chondrites, se sont formées par la condensation des poussières issues de la formation du Soleil. Elles se présentent comme de minuscules sphères ou billes de verre, maintenant recristallisées, et sont l'une des caractéristiques les plus distinctives de ces météorites. Globalement, la composition d'une chondrite (incluant les chondres et la matrice) se répartit environ en 20-30% de fer métallique et 70-80% de silicates. La présence de fer métallique rend toujours les chondrites attirables par un aimant.

Structure d'une chondrite

La formation des chondrites et leur lien avec le Système solaire primitif

La formation des chondrites est intrinsèquement liée aux processus initiaux du Système solaire. Le Système solaire a commencé son existence sous la forme d'un nuage de gaz et de poussières qui s'est progressivement solidifié. Ce processus a conduit à la formation de corps de plus en plus volumineux, allant de corps de taille hectométrique à kilométrique, appelés "planétésimaux", jusqu'aux astéroïdes et aux planètes. Les chondrites, quant à elles, proviennent d'astéroïdes qui étaient trop modestes pour avoir subi une fusion interne significative.

Les chondrites ordinaires, le type le plus courant, se sont formées par l'accumulation de ces petites boules de silicates, les chondres, les unes aux autres. Les chondrites carbonées, une famille très rare, représentent un intérêt particulier pour les laboratoires et les collectionneurs en raison de leur origine. Elles se sont généralement formées assez loin du Soleil, ce qui leur a permis de capter les résidus minéraux et gazeux de la nébuleuse primitive. Ces météorites carbonées sont classées selon leur concentration en carbone et en oxygène, avec la concentration en fer oxydé et le degré de fusion des chondres étant également des critères pour affiner leur classification.

Composition chimique des chondrites et celle de la Terre

La composition chimique des chondrites est d'une importance capitale pour comprendre celle de la Terre. La composition des éléments réfractaires présents dans les chondrites correspond exactement à celle des éléments réfractaires du Soleil, telle qu'obtenue par étude spectrale. Cette congruence suggère que les chondrites représentent un échantillon non différencié du matériau primordial de la nébuleuse solaire.

La composition des chondrites est très similaire, aux incertitudes près, à la composition théorique de la Terre, en tenant compte des incertitudes relatives à la composition du noyau terrestre. Cette similitude est fondamentale car elle soutient l'idée que la Terre s'est formée à partir de matériaux similaires à ceux des chondrites. Cependant, il existe une différence notable : la Terre ne contient que très peu de fer métallique dans son manteau et sa croûte. Une séparation par densité, ou différenciation, a provoqué la ségrégation entre la part silicatée et la part métallique au sein de notre planète, résultant en un noyau métallique et un manteau silicaté.

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Le rôle des collisions et de la différenciation planétaire

Les astéroïdes d'où proviennent les chondrites ont pu subir des chocs et des collisions. Par exemple, la figure 1 montre une section polie d'une chondrite ordinaire qui a été brisée, puis ressoudée par un choc-collision entre deux astéroïdes. Ces événements ont joué un rôle dans la morphologie de ces météorites, mais sans altérer fondamentalement leur composition chimique primordiale.

La Terre, en revanche, est un corps différencié. La chaleur générée par l'accrétion des planétésimaux et la désintégration des éléments radioactifs a conduit à la fusion partielle de la Terre primitive. Cette fusion a permis aux éléments les plus denses, comme le fer et le nickel, de migrer vers le centre pour former le noyau, tandis que les matériaux plus légers, principalement les silicates, sont restés en surface pour former le manteau et la croûte. C'est cette différenciation qui explique la faible présence de fer métallique dans le manteau terrestre comparée à la teneur relativement élevée dans les chondrites.

En résumé, l'étude des chondrites fournit un modèle essentiel pour reconstituer la composition initiale de la Terre et comprendre les processus qui ont conduit à la différenciation de notre planète. Elles sont des archives inestimables de l'histoire du Système solaire.

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