Le tabac, plante aux feuilles séchées puis fermentées pour obtenir un goût spécifique, se décline sous diverses formes de consommation, allant des cigarettes manufacturées aux cigares, en passant par le tabac en vrac, à rouler ou pour la pipe, et même à chiquer. Au cœur des discussions contemporaines, le tabac à rouler suscite de nombreuses interrogations, notamment concernant sa composition et ses effets sur la santé, souvent perçus différemment de ceux des cigarettes industrielles. Face à l'idée répandue selon laquelle il serait "plus naturel" ou moins nocif, une analyse approfondie de sa composition et des réalités scientifiques s'impose pour démystifier ces croyances.
Qu'est-ce que le Tabac sans Additifs ?
Le tabac sans additifs est un produit qui se veut plus naturel et pur. Contrairement au tabac conventionnel, il ne contient aucun additif chimique tel que des arômes artificiels, des humidifiants ou des conservateurs. Le fumeur profite ainsi d’une cigarette dont le goût et l’arôme proviennent exclusivement de la feuille de tabac. Le principal avantage de ce type de tabac est sa composition simplifiée. Les amateurs de tabac sans additifs affirment souvent que ce dernier est moins nocif, bien qu’il faille noter que toute forme de tabac est intrinsèquement risquée pour la santé. D’un point de vue environnemental, l’absence de produits chimiques supplémentaires signifie une empreinte écologique réduite lors de la production et du traitement. De manière générale, les fumeurs apprécient ce tabac pour l’expérience pure, naturelle et intense qu’il offre. En effet, ceci s’explique par le fait que les saveurs et les arômes ne sont pas masqués par des additifs. De plus, certains utilisateurs apprécient le fait que le tabac sans additifs offre une fumée plus douce et moins agressive dans la gorge.
Cependant, il est important de se rappeler que même si une cigarette est étiquetée comme “sans additifs” ou “organique”, elle n’est pas nécessairement sans risque pour la santé. La fumée de tabac, avec ou sans additifs, contient toujours des substances nocives et carcinogènes. Bien que les cigarettes sans additifs contiennent moins de substances chimiques, elles restent nocives pour la santé. Fumer toute forme de tabac expose aux risques de maladies cardiaques, de cancer et d’autres problèmes de santé. En effet, le tabac bio, par exemple, est cultivé sans pesticides, de façon biologique. Malheureusement, les éléments cancérigènes du tabac proviennent de la consumation des feuilles de la plante. Par conséquent, que le tabac soit bio ou pas, les substances nuisibles comme la nicotine, les métaux lourds et les gaz toxiques sont toujours présentes. Le tabac sans additifs a souvent un goût plus robuste et naturel, car il n’est pas influencé par des arômes artificiels ou d’autres additifs.
Plusieurs marques se sont fait un nom dans le secteur du tabac sans additifs. Voici quelques exemples et leurs prix en France, mis à jour au 1er janvier 2024 :
| Marque | Gamme | Conditionnement | Prix en France (mise à jour 1er janvier 2024) |
|---|---|---|---|
| Pueblo | Toute | Paquet de 20 cigarettes | 11,20€ |
| Pueblo | Toute | Tabac à rouler - 30 g | 16,90€ |
| Allure | Organic | Paquet de 20 cigarettes | 10,20€ |
| Marlboro | Additive Free | Paquet de 20 cigarettes | - Non vendues en France |
| Camel | Natural Flavor | Paquet de 20 cigarettes | - Non vendues en France |
| American Spirit | Blue & Yellow | Paquet de 20 cigarettes | 12,00€ |
| Maya | Blue Spirit & Original Spirit | Paquet de 20 cigarettes | 11,00€ |
| Maya | Blue Spirit & Original Spirit | Tabac à rouler - 30 g | 15,40€ |
Le prix peut varier. Parfois, elles peuvent être légèrement plus chères en raison de leur production spécialisée, mais ce n’est pas toujours le cas. Un paquet de Pueblo par exemple coûtera moins cher qu’un paquet de Marlboro red. En France, tous les produits issus du tabac sont vendus exclusivement dans les bureaux de tabac agréés.
Tabac à Rouler et Cigarettes Manufacturées : Une Question de Composition et d'Additifs
Pour fabriquer des cigarettes, qu'elles soient manufacturées ou roulées, on utilise les feuilles séchées et durcies de la plante de tabac. Les produits du tabac sont composés d'additifs (agents de saveur et de texture) en plus de la nicotine, qui possède un effet « éveillant », anxiolytique et coupe-faim. La nicotine est la substance la plus addictive contenue dans les cigarettes. Comme l'héroïne et la cocaïne, la nicotine modifie le fonctionnement du cerveau et crée l'envie d'en consommer davantage.
Au cours des dernières décennies, les produits issus du tabac, en particulier les cigarettes, en sont venus à inclure de plus en plus d’additifs. Ils comprennent des agents qui retiennent l'humidité et des conservateurs, ainsi qu'une large gamme d'arômes et autres produits chimiques qui modifient les propriétés de tabac ou l'expérience du tabagisme. Les cigarettes contiennent maintenant environ 10 % en poids d'additifs. On a relevé près de 600 additifs différents. Ces derniers affectent les caractéristiques de la fumée comme sa couleur, son âcreté, son odeur et son arôme. Les principaux additifs du tabac sont les sucres, qui sont aussi présents de façon naturelle, et les humidificateurs. La majorité des additifs sont utilisés en tant que renforçateur d’arôme ou de goût. Ils servent à faciliter l’initiation à la consommation de tabac, en dissimulant le goût naturellement âpre du tabac, et peuvent également avoir une incidence sur les habitudes de consommation. Des adoucissants comme le menthol rendent la fumée moins agressive. Les agents de saveurs, de texture et de conservation ne sont pas nécessairement nocifs à la base, mais ils masquent les effets négatifs du tabac.

Aucun des additifs du tabac n'a été identifié comme étant addictif par lui-même. Cependant, certains pourraient avoir une influence sur l'addiction à la nicotine. Il existe surtout des données sur les sucres, ajoutés à de nombreux produits tabagiques mais qui sont aussi présents naturellement dans les feuilles de tabac. La combustion des sucres génère des produits chimiques appelés aldéhydes, y compris l'acétaldéhyde. On pense que ce dernier accroît les niveaux d'une classe particulière de neurotransmetteurs en inhibant l'enzyme qui normalement en débarrasse l'organisme. Cependant, il n'est pas prouvé que la présence d'aldéhydes dans la fumée augmente les niveaux de ces produits chimiques dans le sang. L'ammoniaque et ses composés sont ajoutés à certains produits tabagiques pour réduire l'acidité de la fumée. On a cru que cela augmenterait l'absorption de la nicotine, qui est inhibée en milieu acide. Cependant, cet ajout semble n'affecter que l'absorption de nicotine via la bouche, alors que les fumeurs absorbent la majeure partie de la nicotine via les poumons. Les produits tabagiques enrichis en ammoniaque ne semblent pas augmenter les niveaux de nicotine dans le sang de manière significative. Le menthol réduit l'âpreté et favoriserait une inhalation plus profonde de la fumée. Les additifs peuvent rendre l'acte de fumer plus attractif - pour les autres comme pour le fumeur - et réduire l'odeur qui persiste, de même que masquer l'odeur de la fumée. Ils peuvent rendre plus facile de commencer de fumer en rendant la fumée plus légère, plus douce et moins âcre dans la gorge.
Démystifier le Tabac à Rouler : Nocivité et Idées Reçues
Le tabac à rouler, souvent considéré comme « plus naturel » et moins cher que les cigarettes manufacturées, est au cœur de nombreuses idées reçues. La question "Vaut-il mieux fumer des cigarettes industrielles ou des roulées pour la santé ?" se pose fréquemment. Pourtant, il est essentiel de tordre le cou à certaines de ces idées.
Quand on interroge des étudiants, l’idée court que la cigarette à rouler est moins dangereuse. Ils disent que c’est plus naturel, sans additif, que l’on en met moins, que c’est moins toxique, qu’on peut choisir son papier à rouler et ses filtres. Le tabac à rouler est particulièrement consommé par les jeunes, surtout pour une question économique. Pourtant, détrompez-vous, une cigarette roulée, même bio, est beaucoup plus nocive qu’une cigarette industrielle. Le tabac à rouler et à tuber est plus nocif car il contient plus de goudrons et de nicotine à la combustion. Même si vos cigarettes sont identiques aux cigarettes industrielles, c'est lié au produit en lui-même ! C'est un peu comme si vous compariez un vin bio à 15 degrés d'alcool et un vin non bio à 12 degrés. D'apparence ils peuvent se ressembler mais leur composition n'est pas la même. Dans cet exemple, le vin est certes bio mais plus concentré en alcool donc à quantité égale, il est plus fort !
Pourquoi est-ce dangereux de fumer ? 🚬
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les filtres combinés au tabac à rouler n’ont pas d’effet protecteur sur la nocivité du produit. L’ajout d’un filtre, qu’il soit bio ou pas, n’a donc pas d’incidence sur la teneur en nicotine et les substances toxiques absorbées. La taille des particules peut affecter l'exposition à la nicotine car des particules plus petites pénètrent plus profondément dans les poumons. Si l'on mélange plus d'air à la fumée en concevant une cigarette mieux ventilée, on réduit l'absorption de nicotine par dilution de la fumée. Toutefois, les fumeurs ont tendance à fumer suffisamment pour recevoir la dose de nicotine dont ils ont besoin, quelle que soit la composition de la fumée. Si la cigarette fournit moins de nicotine, ils inhalent plus fort et plus souvent. Tous ces procédés qui induisent que ce produit est plus sain qu’un autre, les fabricants de cigarettes ne s’en privent pas. En définitive, il ne faut pas se faire avoir par ces promesses commerciales de l’industrie du tabac. Pour autant, aucune cigarette n’est bonne pour la santé. Le mieux, c’est de ne pas fumer.
Les Substances Nocives Présentes dans le Tabac et sa Fumée
Lorsqu’un produit du tabac se consume, une réaction chimique se produit. Le mélange du feu, de la chaleur et de l’oxygène transforme la matière. La combustion de la feuille de tabac crée de nouveaux composants, nocifs pour la santé. Si plusieurs milliers de substances sont identifiées dans la fumée du tabac, seule une dizaine d’entre elles présentent des doses physiologiquement actives : nicotine, monoxyde de carbone, oxydes d’azote, goudrons, etc.
Parmi les substances nocives, on trouve :
- Monoxyde de carbone : celui-ci se trouve notamment dans les gaz d'échappement des voitures et affecte le transport de l'oxygène dans l'organisme.
- Plomb, mercure, chrome et cadmium : des métaux toxiques.
- Acide cyanhydrique : substance extrêmement inflammable et très toxique, y compris pour les organismes aquatiques, qui endommage les voies respiratoires et rend les poumons plus vulnérables aux infections.
- Ammoniaque : se trouve dans les produits de nettoyage et est ajouté aux cigarettes pour augmenter le pic de nicotine.
- Polonium 210 : une substance radioactive.
- Benzène : Ce produit pénètre dans les cellules et modifie leur ADN, ce qui engendre des cancers.
- Acétaldéhyde : provenant de la combustion du sucre. Initié par Philip Morris en 1980.
Tant les cigarettes que le RYO (Roll Your Own) comportent un risque élevé de maladies telles que le cancer du poumon, les maladies cardiovasculaires et les maladies respiratoires chroniques. Il n'existe aucun moyen sûr de consommer du tabac. Certaines des substances toxiques contenues dans les cigarettes ont un effet sur la bouche, la gorge et les poumons, tandis que d'autres se répandent dans tout le corps par la circulation sanguine. Le fumeur d’un paquet par jour inhale 250 ml de goudrons par an, soit l’équivalent de deux pots de yaourt.
La Popularité Croissante du Tabac à Rouler et ses Raisons
Les cigarettes font partie des produits du tabac les plus utilisés dans le monde, mais ces dernières années, les cigarettes RYO (Roll Your Own), c'est-à-dire les cigarettes roulées, sont devenues de plus en plus populaires. Les cigarettes et les RYO (Roll Your Own) se distinguent avant tout par la manière dont elles sont consommées. Alors que les cigarettes traditionnelles sont préfabriquées industriellement et achetées en paquets, les RYO sont des cigarettes roulées par le fumeur, qui roule manuellement le tabac dans du papier.
Pour le RYO, le consommateur utilise du tabac en vrac et du papier à cigarette spécial pour rouler lui-même ses cigarettes. De nombreuses personnes optent pour les cigarettes RYO parce qu'elles sont souvent moins chères et qu'elles permettent aux consommateurs de déterminer eux-mêmes la quantité de tabac qu'ils consomment. Certains fumeurs préfèrent RYO parce qu'ils peuvent déterminer eux-mêmes la quantité de tabac et apprécier le fait de rouler eux-mêmes leurs cigarettes comme un processus ritualisé. Toutefois, cela ne présente aucun avantage pour la santé. Les cigarettes RYO sont de plus en plus populaires en Suisse, notamment en raison de leur coût moins élevé et de la possibilité de réaliser des mélanges personnalisés.
En ce qui concerne la quantité de tabac et le taux de nicotine :
- Les cigarettes traditionnelles contiennent une quantité fixe de tabac qui assure un taux de nicotine régulier.
- Pour les cigarettes RYO, comme le fumeur peut déterminer lui-même la quantité de tabac, la teneur en nicotine varie en fonction de sa préférence. Cela peut entraîner une absorption plus importante de nicotine, car les cigarettes roulées à la main contiennent souvent plus de tabac que les cigarettes fabriquées industriellement. La teneur en nicotine dépend de la quantité de tabac et du type de tabac utilisé pour le RYO. En règle générale, les deux types de cigarettes contiennent des quantités similaires de nicotine.
Selon les données publiées par l’agence nationale, en France, les ventes du tabac à rouler continuent d’augmenter. La part des fumeurs de cigarettes ne consommant que du tabac à rouler a plus que doublé au cours des dernières années, passant de 8,1 % en 2010 à 15,2 % en 2014, et atteignant 20,5 % en 2018.
Impact Environnemental : Le Cas des Mégots de Cigarettes
Le filtre de cigarette est une cible constante de l'innovation produit par l'industrie du tabac. La plupart des cigarettes ou des RYO consommés dans le monde ont des filtres. Après avoir fumé, les mégots sont souvent jetés à la poubelle ou dans l'environnement. Les mégots de cigarettes contiennent généralement plusieurs substances toxiques qui sont enfermées dans le filtre de la cigarette. Les filtres sont composés de matériaux non biodégradables comme l'acétate de cellulose (un type de plastique) et restent longtemps dans l'environnement.
Les mégots de cigarettes eux-mêmes contiennent des milliers de produits chimiques dangereux tels que l'arsenic, le benzène, l'acide cyanhydrique, les HAP (un produit chimique très cancérigène), la pyridine, les métaux lourds, etc. Certaines études ont également expliqué que chaque mégot de cigarette peut polluer jusqu'à 1 000 litres d'eau. D'autres rapports, comme ceux de Kadir & Sarani (2015), indiquent que certains effets toxiques d'un mégot de cigarette peuvent se produire même à des concentrations d'un mégot pour 4 000 litres. Cet aspect souvent négligé met en lumière une conséquence secondaire mais significative de la consommation de tabac, qu'il soit manufacturé ou à rouler.
Consommation de Tabac en France : Tendances et Statistiques
La France, comme de nombreux pays, est engagée dans une lutte contre le tabagisme, se traduisant par des évolutions significatives des habitudes de consommation. Les ventes totales de tabac déclinent en France depuis 15 ans, passant de 65 728 tonnes en 2006 à 32 846 tonnes en 2024. Cette tendance marquée traduit la forte baisse du tabagisme observée en France depuis plus d’une décennie et qui s’inscrit dans un contexte général de lutte contre le tabagisme (campagnes d'information, avertissements sanitaires sur les paquets de cigarettes, paquet neutre standardisé, interdiction de vente aux mineurs, hausses successives des prix, etc.).
L'offre dans le réseau des buralistes en France est assurée par une quarantaine de distributeurs, dont le principal est Logista France. La vente au détail est régulée par l'administration des Douanes, s'appuyant sur quelque 22 800 débitants de tabac. Cependant, l'offre hors réseau des buralistes est également significative. On estime actuellement qu’une cigarette sur cinq consommée en France serait achetée dans un pays étranger limitrophe. Ces achats transfrontaliers sont motivés par l’écart avec les prix français. Cette tendance est confirmée par l’observation de la baisse des volumes par départements, qui est de 8,1 % dans les départements frontaliers et de 4,8 % dans les départements non-frontaliers en 2023. Les achats légaux (domestiques dans le réseau des buralistes, non-domestiques à l’étranger et en duty free) restent le mode d’approvisionnement le plus répandu, notamment pour les cigarettes.

Consommation en population adolescente
Parmi les collégiens et lycéens, en 2022, l’expérimentation de cigarettes concerne un peu plus de un collégien sur dix (11,4 %), avec une augmentation forte entre les niveaux (de 4,6 % en classe de 6e à 18,8 % en classe de 3e). Ce niveau d’expérimentation a diminué de près de moitié entre 2018 et 2022. La consommation récente (au moins un usage au cours du mois) et la consommation quotidienne ont suivi une évolution similaire. Elles concernent respectivement 4,8 % et 0,9 % des collégiens en 2022.
En 2022, l’expérimentation de la cigarette amorcée au collège se généralise au lycée et concerne 34 % des lycéens (passant de 30,0 % d’initiés en 2de pour atteindre 38,5 % en terminale). L’usage quotidien concerne 6,2 % des lycéens, avec là encore une augmentation continue entre la 2de (4,8 %) et la terminale (8,2 %). À l’instar de l’évolution des niveaux d’usages au collège, la majorité des niveaux d’usages au lycée ont connu une baisse entre 2018 et 2022. Le niveau d’expérimentation a perdu près de 20 points (34,0 % en 2022 vs 53,0 % en 2018), l’usage récent a chuté de 8 points, passant de 27,3 % à 19,6 %, tandis que la consommation quotidienne a été divisée par trois (6,2 % vs 17,5 %).
À 17 ans, en 2022, les niveaux d’usage de tabac chez les jeunes sont les plus bas mesurés depuis deux décennies. Près d’un jeune de 17 ans sur trois (25,1 %) déclare avoir consommé du tabac au cours des trente derniers jours, soit une baisse de 18,7 points par rapport à 2014. L'usage quotidien a fortement diminué entre 2017 et 2022 (15,6 % contre 25,1 %), avec une légère prédominance masculine (14,2 % parmi les filles, 17,0 % parmi les garçons). Les niveaux d’usage sont variables selon les régions : les jeunes vivant en Île-de-France et dans les Hauts-de-France, par exemple, sont moins concernés par l’expérimentation, l’usage récent et l’usage quotidien de tabac, tandis que ceux des régions de la façade ouest le sont davantage. Ces écarts entre régions sont parfois importants : l’expérimentation du tabac varie de 38,2 % en Île-de-France à 54,4 % en Bretagne, l’usage quotidien variant de 11,6 % en Île-de-France à 20,1 % en Nouvelle-Aquitaine.
En comparaison avec les autres pays européens, les enquêtes internationales HBSC et ESPAD permettent de situer la France. Parmi les jeunes âgés de 11, 13, 15 et 16 ans, le tabagisme quotidien a été, notamment, divisé par deux en 20 ans, passant de 31 % en 1999 à 12 % en 2019. Cette diminution constante de la consommation de cigarettes s’inscrit dans une tendance majoritaire en Europe. Cette baisse du tabagisme constitue l’évolution la plus remarquable parmi l’ensemble des usages de substances psychoactives observés depuis un quart de siècle chez les adolescents.
Consommation en population adulte
Après une baisse importante du tabagisme quotidien entre 2014 et 2019, les résultats du Baromètre de Santé publique France et de l’Enquête sur les représentations, opinions et perceptions sur les psychotropes (EROPP) de l’OFDT montrent une stabilisation de la prévalence du tabagisme. Entre 2021 et 2023, le tabagisme quotidien diminue (prévalence la plus faible jamais enregistrée depuis que cet indicateur existe), alors que le tabagisme occasionnel a quant à lui augmenté.
En 2023, en France hexagonale, plus de 3 personnes de 18-75 ans sur 10 déclaraient fumer (31,1 %) et un quart déclaraient fumer quotidiennement (23,1 %). La prévalence du tabagisme quotidien reste supérieure parmi les hommes (25,4 % contre 20,9 % parmi les femmes). Les inégalités sociales en matière de tabagisme sont très marquées, avec 12 points d’écart de prévalence du tabagisme quotidien entre les plus bas et les plus hauts revenus (28,9 % versus 17,3 %), écart observé également selon le niveau de diplôme ou selon la situation professionnelle (personnes au chômage versus actifs occupés).
Au sein des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), 15,9 % des personnes âgées de 15 ans et plus fumaient quotidiennement en 2021. Les niveaux de tabagisme variaient, en 2021, de plus de 25 % en France et en Turquie, à moins de 10 % en Islande, au Costa Rica, en Norvège, au Mexique, au Canada, aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande et en Suède.
Conséquences sur la Santé et Prise en Charge
L'ensemble des composants du tabac agit en particulier sur plusieurs fonctions vitales de l'organisme. La fonction vasculaire est affectée car le tabac augmente la pression artérielle, accélère le rythme cardiaque et détériore les artères. Les risques coronariens et les décès par infarctus du myocarde sont deux fois plus élevés chez les fumeurs. La fonction respiratoire est également compromise, exposant les fumeurs à des troubles au niveau de tout l'appareil respiratoire, notamment au risque de bronchite chronique et au risque de cancer du poumon. Concernant la fonction digestive, la nicotine augmente la sécrétion des acides gastriques.
Le tabac limite l'apport d'oxygène au cerveau et aux muscles. Il est responsable de maux de tête, de vertiges et d'une diminution de la résistance à l'exercice. La dépendance est confirmée chez la plupart des fumeurs, avec une sensation de manque à l'arrêt se manifestant par de la tension, de la nervosité, de l'irritabilité, de l'angoisse voire de la dépression. En 2015, le nombre annuel de décès attribuables au tabagisme est estimé à environ 75 000, principalement par cancer. Entre 2000 et 2015, la part des décès attribuables semble s'infléchir à la baisse au cours du temps pour les hommes alors que cette même proportion chez les femmes augmente de façon continue de plus de 5 % par an en moyenne.
Face à ces risques, la prise en charge du tabagisme est devenue une priorité de santé publique. Les sevrages tabagiques effectués avec l’aide d’un professionnel du soin s’effectuent le plus souvent en médecine de ville. La question de la prise en charge du tabagisme peut aussi être observée à partir des chiffres de ventes de traitements pour l'aide au sevrage, tels que les substituts nicotiniques sous formes de timbres transdermiques ou sous formes orales, le Zyban® et le Champix®. Les ventes de ces traitements ont augmenté fortement ces dernières années par leur remboursement qui n’est plus forfaitaire mais selon un régime de droit commun, depuis le 1er janvier 2019. Cette extension s’est aussi accompagnée d’une diversification des prescripteurs puisque, depuis le 1er janvier 2016, les infirmiers, les masseurs-kinésithérapeutes, les sage-femmes, les chirurgiens-dentistes et les médecins du travail peuvent prescrire des substituts nicotiniques. En 2024, les ventes de traitements d’aide à l’arrêt du tabac réalisées en pharmacie enregistrent ainsi une augmentation de 10,4 % par rapport à 2023 (9 092 825 ventes en équivalents mois de traitement). Le taux des fumeurs quotidiens ayant fait une tentative d’arrêt d’au moins une semaine au cours des 12 derniers mois est quant à lui en baisse en 2022 (24,7 %), alors qu’il était aux alentours de 30 % entre 2019 et 2021 et aux alentours de 25 % entre 2016 et 2019.
Perceptions et Politiques Publiques
Les perceptions des dangers du tabac évoluent dans la société. Selon l’Enquête sur les Représentations, Opinions et Perceptions sur les Psychotropes (EROPP), un tiers des Français (34 %) considèrent que le tabac est dangereux dès l’expérimentation en 2018. Après avoir doublé entre 1999 et 2012, cette proportion marque le pas depuis 2012 (41 %). C'est au stade de l’usage quotidien que le tabac apparaît le plus dangereux pour 51 % de Français (contre 47 % en 2012). En 2017, plus de neuf jeunes de 17 ans sur 10 (95 %) s’accordent sur le fait que fumer est dangereux et ils sont encore neuf sur 10 (93 %) à juger que ceux qui fument un paquet ou plus encourent un risque important. Seuls 8 % de ces jeunes pensent que fumer occasionnellement peut faire encourir un risque important. L’enquête qualitative sur les Attitudes, Représentations, Aspirations et Motivations lors de l'Initiation aux Substances psychoactives (ARAMIS) montre par ailleurs que l’image du tabac est résolument négative et qu’il est fortement stigmatisé par tous les mineurs interrogés, qui ont traversé leur enfance et leur adolescence sous un régime légal interdisant la cigarette dans tous les lieux publics.
Face aux risques avérés que le tabac représente pour la santé, la promotion et la vente de tabac ainsi que sa consommation dans des lieux publics sont réglementées. À l’échelle internationale, en 2003, l’Union européenne, comme 25 de ses États membres, dont la France, sont signataires de la Convention-cadre pour la lutte anti-tabac (CCLAT) du 21 mai 2003 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), premier traité international en matière de santé. Le texte fournit un cadre pour des mesures de lutte anti-tabac de plus en plus strictes.
À l’échelle nationale, les différentes mesures prises en France ont fait l’objet d’un déploiement progressif par décrets et par l’intermédiaire de différents plans nationaux. On compte parmi eux les Plans Cancer (2003-2007 ; 2009-2013 ; 2014-2019 ; auxquels s’adjoint une stratégie décennale allant de 2021 à 2030), le Plan national de réduction du tabagisme (PNRT) de 2014 à 2019, et le Programme national de lutte contre le tabac (PNLT) de 2018 à 2022, puis de 2023 à 2027. Les mesures s’appuient sur plusieurs grands axes, tels que l’interdiction de fumer généralisée dans les lieux publics, la protection des mineurs, la restriction des règles de manufacture et de commerce et la prise en charge/prévention. L'efficacité des méthodes utilisées actuellement et ce qui est actuellement connu de leurs effets est également un point central de l'évaluation du Comité scientifique des risques sanitaires émergents et nouveaux (SCENIHR). Il resterait des études complémentaires à effectuer sur certains aspects des additifs, de l'addiction et de l'attractivité des produits tabagiques, notamment sur les marques préférées des nouveaux fumeurs et les raisons pour le choix de ces marques. Des études de ce type pourraient être menées par le biais de projets collaboratifs européens, ou en créant un Institut européen pour la recherche sur l'usage des drogues.
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