Les Conditions de Vie dans les Plantations : Une Plongée Historique et Actuelle au Cœur du Travail et de l'Exploitation

Les plantations, qu'elles soient ancrées dans l'histoire tumultueuse de l'esclavage transatlantique ou qu'elles représentent les vastes exploitations forestières de notre époque, ont toujours été des lieux de travail intense, exigeant un lourd tribut de la part de ceux qui y œuvrent. Si les contextes et les époques diffèrent radicalement, un fil rouge parcourt ces différentes réalités : des conditions de vie et de travail souvent extrêmes, façonnées par les exigences économiques, les environnements rigoureux et les structures sociales et industrielles. Cet article se propose d'explorer en profondeur ces conditions, depuis les affres de l'esclavage jusqu'aux défis contemporains des plantations industrielles.

Le Poids de l'Histoire : L'Esclavage dans les Plantations du Nouveau Monde

L’esclavage remonte à la nuit des temps pharaoniques. Il existait dans la plupart des continents, y compris l'Afrique, l'Europe, l'Asie et l'Amérique. Cependant, l’esclavage le plus marquant dans l’histoire de l’humanité fut sans conteste la traite des noirs. Celle-ci se déroulait de la côte de l’Afrique, expédiant des millions d'individus vers les colonies d’Amérique, principalement, et fut pratiquée par les Européens du XVIème au XIXème siècle. Son but était d’amasser de l’argent grâce au travail des esclaves pour construire de belles colonies avec la sueur et le sang des captifs.

Origines et Évolution de l'Esclavage Avant la Traite Transatlantique

Il est important de noter que l’esclavage existait chez les peuples noirs bien avant l’arrivée des Européens. Des exemples historiques l'attestent, comme l’empereur du Mali Kankan Moussa qui possédait pas moins de trois cents esclaves qui lui servaient de garde royale. De même, l’empereur Askia Daoud en possédait 200, dont certains étaient des Turcs achetés au Caire, et étaient chargés de la production du riz pour les greniers impériaux. L’esclave pouvait être un prisonnier de guerre. Dans certaines sociétés, les voleurs et les assassins étaient mis en esclavage. Parfois, un chef de famille pouvait donner un de ses enfants en garantie pour une dette : cet esclave ne recouvrait la liberté qu’après le remboursement de la dette. Ces esclaves travaillaient pour le compte de leur maître et étaient parfois bien traités, pouvant être considérés comme des membres de la famille. Les conditions de vie de l’esclave dans le monde musulman variaient également selon le sexe de l’individu et le pays d’« adoption ». D’une manière générale, les femmes étaient mieux traitées que les hommes ; ceux-ci servaient comme soldats dans les armées ou surveillaient les harems, et dans ce cas, ils étaient castrés. Les femmes noires, réputées pour leurs talents de musiciennes et de cuisinières, assujetties dans les pays musulmans, souffraient généralement moins que celles d’Amérique ou d’Europe.

La Traite Négrière Transatlantique : Un Commerce Humain Dévastateur

La découverte de l’Amérique par les Européens, qu’ils considèrent comme un « Nouveau Monde », et sa colonisation par les grandes puissances maritimes européennes ont accéléré le processus de la traite humaine à travers l’océan Atlantique de façon exponentielle. L’exploitation des richesses et des territoires de l’Amérique nécessitait une main d’œuvre abondante pour alimenter mines et plantations. Les historiens estiment qu’entre le milieu du XVe siècle et la fin du XIXe siècle, plus de 12 millions et demi de captifs furent déportés d’Afrique vers les Amériques et les îles de l’Atlantique. En Afrique même, d’innombrables victimes moururent lors de leur capture ou lors de leur marche vers la côte, avant même d’embarquer sur les navires de traite atlantique. Une fois l’Afrique atteinte, la traite pouvait commencer. Le négrier pouvait pratiquer la traite volante, c’est-à-dire aller de baie en baie pour recueillir des esclaves. Cependant, cette technique prenait beaucoup de temps et comportait de nombreux risques, notamment l'attaque d’indigènes. La traite organisée s’imposa donc. Deux formules étaient possibles : dans le premier cas, les Européens établissaient sur la côte un préside avec quelques commis et quelques soldats chargés du rassemblement des esclaves. La seconde formule était un marché fixé par un contrat. À son arrivée, le capitaine s’assurait du concours d’un interprète qui rendait visite aux souverains, leur offrait des cadeaux, et disputait les tarifs. La vente était alors déclarée ouverte et les barèmes étaient fixés ; chaque qualité de noir était évaluée avec soin. Par exemple, la meilleure marchandise était « la pièce d’Inde », un adulte mâle, jeune et robuste. Afin d’éviter les fraudes, les esclaves amenés de force dans les ports étaient examinés par un chirurgien de bord. Celui-ci vérifiait les yeux, la bouche et les parties sexuelles. Les malades et les vieux étaient éliminés. Notons que ces esclaves venaient de toute l’Afrique et étaient réduits en servitude pour des causes diverses, incluant les prisonniers de guerre tribale, les débiteurs qui ne pouvaient rembourser leurs dettes, les criminels, ainsi que des enfants vendus par leurs parents afin de se procurer des vivres.

La Traversée de l'Atlantique : L'Horreur des Navires Négriers

Les navires qui transportaient les esclaves étaient spécifiquement transformés à cet effet : l’entrepont était aménagé en « parc à nègre ». Durant ce voyage, les nourrissons, peu importe leur âge, étaient séparés de leurs mères. Les hommes, séparés des femmes, étaient enchaînés deux par deux et alignés, couchés sur un espace de seulement 50 cm de large. L’entassement, déjà insupportable, se transformait en une promiscuité humide et nauséeuse quand le mal de mer et le mauvais temps s’en mêlaient. L’eau s’engouffrait dans l’entrepont, les vomissures, les déjections qui débordaient des baquets souillaient tout, faisant prospérer les maladies que les carences alimentaires, le manque d’hygiène ou la claustration engendraient déjà. Le jour, on faisait monter les noirs sur le pont pour qu’ils prennent de l’air et se délassent. Malgré ces tentatives d'« aération », le taux de mortalité s’élevait de 10 à 20% durant la traversée.

Schéma d'un navire négrier montrant l'aménagement de l'entrepont pour le transport des esclaves

La Vie Quotidienne et la Brutalité des Plantations Esclavagistes

Une fois arrivés sur les terres du Nouveau Monde, l’immense majorité des esclaves déportés en Amérique travaillaient dans les grandes plantations, d’abord aux Caraïbes et aux Antilles, puis au Brésil et aux États-Unis. Réduits en esclavage, ils travaillaient sous la contrainte, dans des conditions le plus souvent très dures. La violence morale commençait tout d’abord par le déracinement, qui poussait de nombreux esclaves au suicide. On changeait le nom des esclaves, souvent on ne leur attribuait qu’un simple surnom. De plus, on les baptisait deux fois : une première fois dans le bateau pour ceux qui ne survivraient pas au voyage et une seconde fois individuellement pour leur attribuer un nom.

La violence physique quant à elle s’exprimait dans les mauvaises conditions de vie et de travail, sans oublier la sous-alimentation. Les esclavagistes ne donnaient aux esclaves que le strict minimum pour qu’ils puissent réaliser leur travail quotidien. Les châtiments et la répression pouvaient se présenter sous diverses formes : le fouet, les brûlures, les mutilations, l’enchaînement, et même la peine de mort. Le Code noir de 1685, en France, inscrivait des punitions à l'encontre des esclaves noirs des îles françaises qui tentaient de s'enfuir. Barbara Chase-Riboud explique qu'aux États-Unis, il était quasi impossible pour les esclaves de s'enfuir des plantations. Par conséquent, l’espérance de vie d’un esclave travaillant sur les plantations était courte, elle s’élevait à environ quinze ans, et en moyenne ne dépassait souvent pas dix ans. Francis Henderson, un esclave du sud des États-Unis, écrira en 1841 un journal où il décrit sa vie misérable dans une plantation : « Nos maisons, avec le sol en terre battue, n’étaient que des cabanes en rondins, où la pluie tombait à l’intérieur. »

Esclavage XVIIIe s. : La traversée et la vie dans les plantations

Organisation Sociale et Matérielle des Esclaves

La vie sociale et matérielle des esclaves nous est connue grâce aux récits autobiographiques et notamment aux interviews du « Federal Writer’s Project » qui réunit, dans les années 1930, les témoignages de quelques 2000 anciens esclaves. Longtemps considérée comme inexistante chez les esclaves, la famille a vu son rôle considérablement réévalué. Sans existence légale, elle était toutefois souvent consacrée par une cérémonie religieuse et consignée sur des registres. Une grande partie de la vie sociale et matérielle s’organisait autour d’elle. C’est à son échelle, et plus précisément au nom du père de famille, qu’étaient effectuées les distributions de nourriture et de vêtements et l’attribution du logement. La société sudiste imposait en la matière son modèle patriarcal, illustré par la division sexuelle du travail : l’homme assurait l’entretien de la case, la chasse et la pêche, la femme était dévolue aux tâches ménagères et à l’éducation des enfants. Quand les planteurs les autorisaient, les économies financières étaient inscrites au nom du mari. Les cases familiales ne dépassaient semble-t-il pas 25m² pour une moyenne de près de 6 personnes. Elles étaient regroupées dans des « quarters » situés à distance de la demeure du maître, les plus grandes plantations pouvant en compter plusieurs disséminées sur l’exploitation. Beaucoup d’esclaves travaillaient également comme domestiques dans la maison des planteurs, ou en ville. Mary Prince, née à la fin du XVIIIe siècle aux Bermudes, fut la première femme à témoigner de sa servitude. James Fontenot et Maurice Denuzière évoquent la condition des esclaves en Louisiane, les élevages d'esclaves en Virginie, et la différence de condition entre les esclaves des champs et les esclaves de la maison.

Systèmes de Travail et Économie Parallèle

L’encadrement des esclaves était assuré par un régisseur, représentant de l’autorité du propriétaire sur le terrain, et par un driver qui conduisait les équipes. Le "task system" consistait à assigner à chaque esclave un travail donné. Une fois ce travail fait, il était libre de vaquer à ses préoccupations personnelles. Ce système se distinguait du "gang system", où les esclaves travaillaient en groupe sous la supervision constante d'un contremaître. Dans les grandes exploitations, l’organisation du travail pouvait aboutir à une certaine spécialisation : forgerons, charrons, serruriers étaient des métiers essentiels au fonctionnement de la plantation. La charge de ces métiers était souvent héréditaire et réservée aux métis et aux esclaves à peau claire qui étaient mieux considérés que les autres. La distinction entre le "task system" et le "gang system" fait également la différence entre les travailleurs des champs et ceux domestiques. Cette ligne n’était pas, elle non plus, inamovible. Une carrière d’esclave pouvait le conduire à exercer l’une ou l’autre des fonctions au gré des changements des cultures, des migrations et de son épuisement physique. De même, il n’existait pas une hiérarchie établie entre esclaves sur la base de l’appartenance à l’un ou l’autre de ces deux métiers.

Dans certaines régions privilégiées comme les zones de riziculture de Caroline du Sud ou de Géorgie, les esclaves étaient autorisés à exercer une activité complémentaire en sus de leurs heures de travail obligatoire. Les compléments apportés par l’élevage et la culture de subsistance pouvaient être consommés ou revendus sur les marchés. Une économie parallèle semble s’être mise en place dans ces régions. Il était aussi de coutume d’octroyer un supplément financier pour la période de Noël et quelques propriétaires autorisaient leurs esclaves à conserver leurs gains au jeu (un esclave, Denmark Vesey, est connu pour avoir gagné à la loterie et acheté sa liberté). S’ils étaient dépourvus de tout droit, et donc du droit de propriété, les esclaves pouvaient, dans certaines régions, se voir octroyés la jouissance de biens, en particulier du bétail ou des outils.

Illustration des différents rôles et types de travail des esclaves dans une plantation coloniale

L'Économie des Plantations Esclavagistes : L'Or Blanc et ses Conséquences

Les plantations esclavagistes étaient le moteur d'une économie mondiale florissante, alimentant la demande européenne en produits exotiques et de luxe. C'est sur ces terres lointaines, rendues fertiles par le travail forcé, que se jouait une partie essentielle de la richesse des puissances coloniales.

Cultures de Richesse et Demande Européenne

Sur ces plantations esclavagistes, on exploitait principalement le tabac, l’indigo, le riz, le café, le cacao et le coton, mais avant tout la canne à sucre. Le sucre, jusqu’au XVIIIe siècle, sera considéré comme l’or blanc du commerce international, en raison de sa grande valeur et de sa demande croissante. La culture de la canne à sucre était particulièrement exigeante, et les esclaves étaient si nécessaires à sa culture, tant dans les champs que dans les sucreries, que dans les îles des Antilles, ils constituaient même la majorité de la population. Les captifs étaient ensuite vendus à des colons aux Antilles, au Brésil, en Amérique du Nord, mais aussi à la Réunion ou à l’Île Maurice dans l’Océan Indien. Les bénéfices des expéditions de traite étaient considérables, les historiens estimant qu'en moyenne, ils étaient compris entre 15% et 20%. Ce commerce a dépeuplé l’Afrique tandis que l’Europe et l’Amérique en ont tiré des avantages considérables, jetant les bases de fortunes et de développements industriels.

Les Plantations Modernes : Les Exigences et Dangers du Travail Forestier Industriel

Loin des images d'Épinal d'une activité bucolique en pleine nature, la plantation d’arbres, à l’échelle industrielle, est une activité pénible et dangereuse. Le secteur forestier moderne, bien que régi par des normes de sécurité et de santé au travail, présente des défis uniques et des risques persistants pour ses travailleurs, hérités en partie de la nature même de l'exploitation en milieu extérieur.

La Nature Pénible et les Conditions Climatiques Extrêmes

Le rapport indique clairement que le travail forestier est une activité exténuante. Comme elle a lieu à l’extérieur, les travailleurs sont exposés à des conditions climatiques extrêmes : chaleur intense, froid mordant, neige, pluie et rayons ultraviolets. Ils doivent souvent travailler par mauvais temps et, de plus en plus, pendant la nuit lorsque l’exploitation est mécanisée, ajoutant une couche de difficulté et de risque. Le travail par grande chaleur aggrave le stress résultant d’un travail déjà pénible. Le rythme cardiaque tend à augmenter pour maintenir constante la température du corps, et la transpiration cause une perte de liquides organiques, pouvant mener à la déshydratation. Avec le froid, les muscles fonctionnent mal, ce qui augmente le risque d’accidents et de traumatismes du système musculo-squelettique. Le fait de travailler en plein air dans des conditions climatiques rigoureuses, souvent sans une protection appropriée contre le rayonnement solaire (lunettes, chapeau, écran solaire) et contre les morsures et piqûres d’insectes, peut provoquer, au-delà de la déshydratation, des brûlures et des insolations.

Photo de travailleurs forestiers opérant sous une forte pluie ou dans le froid

L'Isolement du Chantier et les Risques Opérationnels

Le lieu de travail est généralement éloigné et les communications sont mauvaises, ce qui rend difficiles les opérations de sauvetage et d’évacuation en cas d’urgence, transformant un accident potentiellement gérable en une situation critique. La nature même du travail ajoute à ces difficultés : les travailleurs utilisent des outils dangereux et doivent souvent fournir un effort physique intense. De façon générale, le travail forestier manuel exige un effort physique intense, c’est-à-dire une forte dépense d’énergie de la part du travailleur. L’effort musculaire imposé aux membres inférieurs est particulièrement intense. Le fait de marcher plusieurs kilomètres par jour en transportant une charge sur un terrain inégal, parfois en montée, est souvent pénible. De plus, le travail oblige à fléchir fréquemment les genoux, et les pieds sont constamment en mouvement. Avant de faire un trou, la plupart des planteurs se servent de leurs pieds pour pousser de côté les débris qui se trouvent à terre.

Ergonomie et Lésions Musculo-Squelettiques

Les lésions dues aux efforts répétitifs restent un problème important dans le secteur. D’après certaines études, entre 50 et 80 % des conducteurs de machines se plaignent de douleurs au niveau du cou ou des épaules, soulignant la contrainte posturale et vibratoire. L’empilage manuel du bois nécessite des mouvements de levage répétés avec de lourdes charges. Si la méthode de travail n’est pas parfaite et si le rythme est trop rapide, le risque de lésions du système musculo-squelettique est très élevé. L’usage de matériels portatifs tels que les scies à chaîne peut demander encore plus d’énergie que le travail manuel, à cause de leur poids important. En fait, les scies à chaîne employées sont souvent de trop grosse taille pour la tâche à accomplir, ce qui accroît la fatigue et les risques. Le travail dans des positions incommodes peut engendrer des problèmes tels que des douleurs lombaires, une affection courante. La manipulation des plateaux de plants, qui pèsent entre 3 et 4 kg chacun lorsqu’ils sont pleins, au moment du déchargement des camions de livraison, est aussi un facteur de risque significatif pour le dos et les membres supérieurs.

Infographie détaillant les parties du corps les plus touchées par les blessures dans le travail forestier

Risques Spécifiques et Impacts sur la Santé dans le Secteur Forestier

Au-delà de l'effort physique et des conditions climatiques, le travail dans les plantations forestières modernes expose les travailleurs à une série de risques spécifiques liés aux machines, aux produits chimiques et à l'environnement biologique, entraînant des conséquences sanitaires parfois graves et à long terme.

Dangers liés aux Machines et au Bruit

Dans le cas du travail forestier manuel motorisé, le travailleur est soumis à des risques directement liés aux machines utilisées. Le bruit produit par une scie à chaîne ou une machine semblable pose un problème sérieux, et beaucoup d’utilisateurs de scies à chaîne ou de débroussailleuses souffrent de déficit auditif. Au-delà du bruit, les accidents peuvent entraîner des blessures sur presque toutes les parties du corps mais, en général, les jambes, les pieds, le dos et les mains sont les plus touchés, dans cet ordre. Les coupures et les plaies ouvertes sont les blessures les plus couramment associées à la manipulation de scies à chaîne, tandis que dans d’autres cas, les contusions arrivent au premier rang, suivies des fractures et luxations.

Accidents Graves : Les "Faiseurs de Veuves"

Au moment de la coupe, les risques d’accident grave, déjà élevés, peuvent être multipliés dans deux cas particuliers : en présence d’arbres encroués ou d’arbres couchés par le vent. Ces derniers étant maintenus sous tension, ils exigent des techniques de coupe spéciales et une expertise accrue. Les arbres encroués sont des arbres qui ont été coupés au pied mais qui ne sont pas tombés, leur branchage étant resté pris dans d’autres arbres. Ces arbres, extrêmement dangereux, sont appelés dans certains pays « faiseurs de veuves » à cause du grand nombre de décès qu’ils provoquent. Pour faire tomber ces arbres en toute sécurité, on doit s’aider d’outils tels que des tourne-billes et des treuils, mais dans certains pays, on abat d’autres arbres sur eux dans l’espoir de les faire tomber, une pratique risquée. Dans beaucoup de pays, les travailleurs manuels cohabitent sur le chantier avec des opérateurs de scies à chaîne ou d’engins mécaniques. Alors que ceux-ci sont assis dans une cabine ou disposent d’un équipement de protection, notamment contre le bruit, tel n’est pas le cas en général des travailleurs manuels, augmentant leur vulnérabilité.

Esclavage XVIIIe s. : La traversée et la vie dans les plantations

Exposition Chimique : Émanations et Pesticides

Le travail forestier se mécanise à un rythme accéléré, et avec lui vient l'exposition à des substances chimiques. Les machines portatives sont équipées de moteurs à deux temps dans lesquels l’huile est mélangée à l’essence. De façon générale, environ un tiers de l’essence consommée par le moteur d’une scie à chaîne est rejeté comme imbrûlé. Ces émanations sont composées des constituants habituels de l’essence, tels que des hydrocarbures aromatiques, mais aussi du benzène, des substances connues pour leurs effets néfastes sur la santé. D’autres gaz d’échappement se forment pendant la combustion, le plus toxique étant l’oxyde de carbone.

D’autres produits chimiques auxquels sont exposés les travailleurs forestiers sont les pesticides et les herbicides. Dans les plantations, ils servent à éliminer champignons, insectes et rongeurs, protégeant les cultures mais exposant le personnel. On se sert d’herbicides du type phénoxy, glyphosates ou triazines ; d’insecticides organophosphorés ou organochlorés ou de pyréthroïdes synthétiques. Les techniques les plus utilisées pour appliquer les pesticides sont l’épandage par voie aérienne, l’application mécanisée par tracteur, la pulvérisation à bas volume ou l’emploi d’un pulvérisateur dorsal ou relié à une débroussailleuse. Le risque d’exposition est le même que dans toute application de pesticides. Les symptômes causés par une exposition excessive à des pesticides varient sensiblement selon les composés, mais il s’agit le plus souvent de manifestations cutanées.

Risques Biologiques et Conséquences à Long Terme

Comparativement au reste de la population, les personnes qui travaillent en plein air, comme dans le cas des plantations, sont plus exposées à des risques biologiques, c’est-à-dire d’origine animale, végétale, bactérienne ou virale. Les problèmes les plus courants sont des réactions allergiques à des plantes et à des produits ligneux et végétaux, notamment au pollen, pouvant provoquer des affections respiratoires ou cutanées. Le milieu de travail dans les plantations d’arbres favorise également les faux pas et les chutes, contribuant à la fréquence des blessures. Ces conditions de travail, combinées aux expositions et aux efforts soutenus, entraînent souvent chez les travailleurs forestiers une diminution prématurée de la capacité de travail et des départs à la retraite anticipés, marquant l'impact durable sur leur santé.

Schéma illustrant les parcours de l'exposition aux pesticides et leurs effets sur la santé humaine

Facteurs Socio-Économiques et Psychologiques dans l'Industrie Forestière Actuelle

Au-delà des dangers physiques et sanitaires, la sécurité et la santé dans le travail forestier dépendent de toute une série de facteurs complexes : l'emplacement de la plantation et l'état du terrain, l'infrastructure disponible, le climat local, la technologie employée, les méthodes de travail adoptées, l'organisation générale du travail, la situation économique globale, le type de contrat de travail, le logement des travailleurs, ainsi que leur éducation et leur formation. Ces éléments interagissent pour créer un environnement de travail qui peut être plus ou moins sûr et sain.

Transformation du Métier et Marginalisation

En règle générale, les travailleurs forestiers sont issus du monde rural. Beaucoup sont attirés par l’image d’une activité indépendante et en plein air, une vision souvent romantique du métier. Or, bien souvent, les méthodes d’exploitation forestière modernes ne répondent plus à de telles aspirations. La mécanisation rapide du secteur, initiée dès le début des années quatre-vingt, a radicalement transformé les exigences du travail. Ceux qui sont incapables de s’adapter à cette mécanisation, à la vie d’entrepreneur indépendant et aux rapides mutations technologiques et structurelles survenues dans la foresterie sont souvent marginalisés, peinant à trouver leur place dans une industrie en constante évolution.

Risques Psychologiques et Culture du Risque

Divers facteurs sociaux et psychologiques ont sans doute une incidence majeure sur l’impact des risques et le stress au sein de la profession. Les travailleurs forestiers trouvent généralement normal d’avoir à prendre des risques, une perception enracinée dans la nature dangereuse de leur travail. Lorsque cette tendance est marquée, leur attitude de compensation risque de neutraliser les efforts déployés pour améliorer la sécurité et d’induire des changements de comportement pour revenir au niveau de risque accepté. Cela explique peut-être en partie les progrès limités obtenus par le port d’équipements de protection individuelle (EPI). Se sachant protégés par des bottes et des vêtements résistants, les travailleurs accélèrent le rythme, tiennent leur machine plus près du corps et négligent les règles de sécurité, qu’ils considèrent comme des entraves. De manière générale, ce mécanisme de compensation semble au moins fonctionner partiellement et il existe sans doute des variations entre individus et entre catégories professionnelles.

Deux catégories de personnel sont particulièrement sujettes au stress : les conducteurs d’abatteuses-tronçonneuses et les petits entrepreneurs indépendants. Le conducteur d’un engin d’abattage perfectionné est exposé à un stress sous différentes formes en raison de la brièveté des cycles de travail, de la quantité d’information à absorber et du nombre important de décisions à prendre rapidement. Il est beaucoup plus difficile de conduire une abatteuse-tronçonneuse que des machines classiques comme les débusqueuses, les chargeuses et les débardeuses. Les petits exploitants qui utilisent leurs propres machines, cas assez fréquent, constituent un autre groupe de travailleurs soumis à des tensions encore plus fortes, car ils portent souvent le poids de la gestion de leur entreprise en plus des dangers du terrain.

Précarité de l'Emploi et Faibles Salaires

Il existe de grandes différences dans les formes d’emploi des diverses catégories de main-d’œuvre forestière, et cela influe directement sur la sécurité et la santé des travailleurs. La proportion de travailleurs employés directement par l’industrie forestière est en déclin. De plus en plus, le travail est confié à des sous-traitants, c’est-à-dire à des entreprises de services relativement petites et géographiquement mobiles employées pour une tâche particulière. Ces sous-traitants peuvent être des propriétaires exploitants (entreprises individuelles ou familiales) ou des sociétés comptant plusieurs employés. Ces entrepreneurs, comme leurs employés, vivent souvent dans une situation très instable. Obligés de réduire leurs coûts sous la pression de la concurrence, ils recourent parfois à des pratiques illégales, comme le travail clandestin et l’embauche d’immigrants non déclarés, exacerbant la précarité. Le recours à la sous-traitance contribue aussi à augmenter le taux de rotation des effectifs, ce qui aggrave le problème de la sous-qualification, car la formation et l'expérience sont moins pérennisées.

Le travail forestier demeure généralement payé à la tâche, c’est-à-dire uniquement en fonction de la production. Ce mode de rémunération, qui tend à imposer un rythme de travail rapide, passe aux yeux de beaucoup pour augmenter le nombre d’accidents, les travailleurs étant incités à sacrifier la prudence au profit de la productivité. Les salaires pratiqués dans le secteur forestier sont globalement bien inférieurs à la moyenne de l’industrie à l’intérieur d’un même pays. De ce fait, les salariés, les travailleurs indépendants et les sous-traitants travaillent souvent 50, voire 60 heures par semaine pour essayer de compenser cette faiblesse de rémunération. Il s’ensuit une augmentation du stress physique et des risques d’accident par fatigue, créant un cercle vicieux où la nécessité financière met en péril la sécurité et la santé des travailleurs. Enfin, les syndicats sont assez peu représentés dans ce secteur, et les interventions des inspections du travail sont très rares dans la plupart des pays, ce qui limite considérablement les mécanismes de protection et de revendication pour les travailleurs forestiers.

Graphique comparatif des salaires moyens dans le secteur forestier par rapport à d'autres industries

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