L'ombre et la lumière vont toujours de pair. Poètes et philosophes se sont longtemps servi de cette dualité pour filer leurs métaphores. On peut parler de l'ombre chinoise qui découpe des silhouettes ou la part d'ombre qui guette chaque humain. On peut être l'ombre de nous-mêmes et rester dans l'ombre de quelqu'un. On n'entre jamais seul à l'Académie française. Je ne suis ici qu'une ombre transparente, une sorte de copie fragile, un reflet provisoire de l'immensité de Dieu. Les vivants ne sont pas des ombres. L'idée du combat échappe à ceux qui le font. Ils sont condamnés à se battre. Nous vivons de l'ombre d'une ombre.
Dans le domaine du jardinage, cette dualité prend une dimension concrète. Le jardinier, humble observateur, sait que pour que la lumière (la croissance, la floraison, la récolte) puisse exister, il faut d'abord accepter l'ombre (le repos, la dormance, le travail souterrain). C'est dans ce dialogue silencieux entre la terre et le ciel, entre l'action humaine et le rythme naturel, que naissent les dictons, ces petits morceaux de sagesse ancestrale.

La Sainte-Catherine : Quand la nature se prépare
Le célèbre dicton « À la Sainte Catherine, tout bois prend racine » est bien connu des jardiniers. Mais pourquoi cette période autour du 25 novembre est-elle si propice aux plantations ? La Sainte-Catherine du 25 novembre rend hommage à Catherine d’Alexandrie, une érudite et martyre chrétienne du IVᵉ siècle. Selon la légende, elle aurait tenu tête à l’empereur Maxence en défendant sa foi face à des philosophes païens, avant de subir le supplice de la roue. Elle est devenue la sainte patronne des philosophes, des étudiants… et des catherinettes !
Mais alors, quel rapport avec le bois qui prend racine avec Sainte-Catherine ? A en croire l’une des hypothèses les plus courantes, Sainte Catherine, protectrice des savoirs, symbolise aussi la transmission et la pérennité : planter un arbre en son jour, c’est donc perpétuer la vie et transmettre un héritage durable.
En effet, cette fin du mois de novembre est une période particulière de l’année où la nature entre en dormance. Les arbres et arbustes perdent leurs feuilles : la sève redescend alors des branches vers les racines. Si pour la plante le mois de novembre reste le meilleur moment pour se concentrer sur ses racines, c’est aussi parce que les conditions du sol sont idéales en automne. Car la terre est encore chaude de l’été qui vient à peine de se terminer, humidifiée par les pluies automnales et encore bien ameublie par l’activité biologique. Toutes ces caractéristiques favorisent donc l’installation des jeunes plants. Contrairement à l’été ou à l’hiver, où les racines risquent soit de sécher, soit de geler. Toutefois, ce dicton, bien qu’universel, varie selon les climats. Ainsi, la Sainte-Catherine est bien plus qu’un repère dans le calendrier : elle incarne une sagesse ancestrale, rappelant que le jardinage est une alliance entre la nature, les saisons, et les gestes humains.
L'art de la plantation : Technique et patience
Planter un arbre ne s’improvise pas ! Il s'agit d'un rite de passage entre le jardinier et son futur compagnon végétal.
- Réfléchissez à l’exposition, au type de sol, et à l’espace nécessaire à l’arbre une fois adulte.
- Creusez un trou large, environ deux à trois fois le diamètre de la motte ou des racines nues.
- Positionnez l’arbre afin que le collet (la jonction entre les racines et le tronc) soit au niveau du sol. Évitez de l’enterrer pour prévenir les risques de pourriture.
- Comblez avec de la terre fine, tassez légèrement et arrosez copieusement, même s'il pleut.
- Placez un tuteur si nécessaire pour soutenir l’arbre face au vent.

Comme tout arrive à point nommé, je me suis rendue à la fête de l’arbre ce dimanche 24 novembre afin de trouver, qui sait, de quoi diversifier mon jardin. Organisé par « Chanteix Animations » et le comité des fêtes, cet événement désormais annuel s’impose comme un rendez-vous incontournable pour célébrer la nature et trouver de jeunes arbres à planter en cette période propice. Née en 2021, la Fête de l’arbre a vite trouvé sa place dans le calendrier local. Forte du succès des précédentes éditions, cette 4ème édition a réuni plus de 30 exposants locaux et attiré un large public, curieux de découvrir l’importance de l’arbre dans nos vies, qu’il s’agisse de son rôle écologique, esthétique ou nourricier.
Les stands proposaient une belle diversité de produits : arbres fruitiers, arbustes, plantes vivaces, mais aussi produits du terroir, objets de décoration artisanale et créations en bois. Et j’ai aussi eu l’honneur d’y donner une conférence « L’arbre au cœur de la biodiversité au jardin ». J’ai pu y souligner l’importance de l’écosystème arbre dans vos jardins ainsi que des conseils pratiques liés à la plantation. Fort de cette belle réussite, les organisateurs ont déjà annoncé leur intention de renouveler l’événement en 25.
Comment planter un arbre fruitier ? Les étapes pour ne pas se planter ! (trou, taille, soins...)
La météo, première religion du jardinier
Les jardiniers ont toujours eu deux outils à la main : la bêche… et le bon sens populaire. Bien avant Météo-France, ils levaient les yeux au ciel et tendaient l’oreille aux dictons. On y trouve de la météo, de la sagesse rustique, un peu de superstition, et… beaucoup d’observation. La météo est la première "religion du jardinier". Il l’observe, la craint, la commente, et les dictons sont là pour nous le prouver, avec leur charme un peu vieillot. Mais moi, j'aime bien, c'est comme la météo marine, on dirait de la poésie.
Une hirondelle très basse ? Classique signe de changement de pression atmosphérique : la pluie arrive souvent. S’il fleurit trop tôt, les gelées tardives risquent de tuer les bourgeons, moins de fruits. Les jardiniers anciens utilisaient cela comme un “alarme printemps”. Et à l'heure du changement climatique, c'est d'autant plus vrai ! Trop de pluie pendant la floraison, ça rime avec champignons, pourriture, et mauvaise pollinisation… Les cultures fruitières et potagères le payent cher ! Alors, ces dictons, de la poésie gratuite ? Non ! Ces phrases résument des siècles d’observation ! Au Moyen-Âge, on n'avait pas le bulletin météo du soir.
Beaucoup de dictons sont nés dans les campagnes, bien avant l’ère des bulletins météo. Ils surviennent d’expérimentations paysannes, d’observations à l’œil nu pendant des décennies, voire des siècles. Instant intello : le mot jardin vient du latin hortus gardinus (“jardin fermé”) : “hortus” pour jardin et “gardinus” pour clôture. Le fait de cultiver et de protéger un espace végétal était déjà dans la conscience des gens du Moyen Âge. Le livre Dictons et proverbes du jardin de Daniel Brugès en est une belle illustration : il recense des dictons régionaux, souvent oubliés, qui transmettent un savoir simple mais essentiel (quand semer, quand planter, quand protéger).

Entre superstition et philosophie pratique
Certains dictons, comme celui signifiant que si la douceur arrive trop tôt (vers Saint Casimir, le 4 mars), on peut s’exposer à un gel tardif, dangereux pour les plantations, sont d'une précision chirurgicale. Ces dictons ne sont pas seulement agricoles : ils sont presque philosophiques. Ils rappellent cette sagesse importante au jardinier : il ne commande pas la nature, il la suit.
Les dictons de jardin sentent la terre et le rire. Certains sont absurdes, d’autres sublimes. Ce sont des phrases faites pour être dites en relevant la tête du sécateur, la main dans la terre, avec un demi-sourire. Ils racontent notre lien intime avec le vivant, mais aussi notre besoin de mettre des mots sur ce qu’on ne maîtrise pas. Dire « Noël au pignon, Pâques au tison » ou « À la Sainte-Bernadette, souvent le soleil est de la fête », c’est un peu prier la météo. Et c’est là toute la beauté de ces formules : elles appartiennent à une culture orale, transmise de génération en génération, comme un folklore champêtre. Elles font partie d’une langue populaire qu’on n'apprend pas à l’école, mais qu’on retient sans effort.
« Une idée est une chose fragile. Il est beaucoup plus facile de la laisser s'éteindre que de lui garder son éclat ». « A l'origine de toute connaissance, nous rencontrons la curiosité ! ». « S'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème ! ». « C'est par l'insecte, que tout d'abord la nature me captiva. Il est mêlé à toute mon enfance. Quelles impressions ineffaçables je devais garder de mes premiers contacts avec lui ».
Les dictons de jardin sont comme les semences anciennes : parfois désuets, mais indémodables. Jardiner, c’est observer, patienter, rater, recommencer. Comme le disait Pierre-Auguste Renoir : « Vous arrivez devant la nature avec des théories, la nature flanque tout par terre. » Jacques Ferron ajoutait : « J'aime les fleurs et les jardiniers. Les fleurs évoquent l'amour, et les jardiniers, je l'ai souvent remarqué, ont les plus beaux enfants du monde. » Enfin, n'oublions jamais cette mise en garde d'Abu Shakour Balkhi : « Quand l'arbre est petit, le jardinier peut encore le manipuler, mais quand il est grand, il ne pourra plus le redresser. »