La Conduite en Branche Fruitière : Principes et Méthodes pour des Vergers Performants

La conduite en branche fruitière est une pratique arboricole essentielle qui façonne le développement des arbres pour optimiser la production fruitière, garantir la santé de la plante et faciliter les opérations culturales. Loin d'être une simple suppression de branches, elle s'appuie sur une compréhension profonde de la physiologie de l'arbre et vise à établir un équilibre harmonieux entre croissance végétative et fructification. Cette approche, qu'elle soit traditionnelle ou plus moderne, permet d'adapter l'arbre à son environnement et aux objectifs du producteur.

Arbre fruitier avec des branches taillées et arquées

Les Fondements de la Taille de Formation

La taille de formation s'effectue durant les premières années suivant la plantation, généralement sur une période de 10 à 12 ans pour les arbres fruitiers haute tige. Son objectif principal est de donner à l'arbre une structure solide et équilibrée, propice à une production future.

Sélection et Disposition des Branches Charpentières

Il est conseillé de sélectionner une pousse centrale vigoureuse d’au moins 30 cm de longueur et 1 cm de diamètre pour constituer l’axe principal. Autour de cet axe central, les branches charpentières se répartissent en spirale, avec des angles d’ouverture supérieurs à 30 degrés pour éviter l’écorce inclusive, un défaut qui peut affaiblir la structure de l'arbre. Pour un développement optimal, il convient de maintenir une distance de 50 cm à 1 mètre entre les branches latérales situées dans le même plan.

Le Principe de la Dominance Apicale

Le contrôle de la dominance apicale constitue un principe fondamental de la taille de formation. La suppression du bourgeon terminal libère l’auxine qui inhibait les bourgeons axillaires, favorisant ainsi le développement harmonieux des branches secondaires. Cette manipulation hormonale permet de diriger la croissance de l'arbre selon la forme désirée et d'encourager la ramification latérale.

Adaptabilité Morphologique des Variétés

Les variétés de pommiers, par exemple, se classent en quatre types morphologiques qui déterminent l’approche de taille. Les variétés basitones développent des arbres volumineux avec de grosses branches charpentières basses et un comportement en chandelier, caractérisé par une ramification forte depuis la base. À l'opposé, les variétés acrotones présentent une forme cylindrique avec un dégarnissement marqué de la base, où la croissance se concentre vers le haut. La taille du pommier acrotone vise à renforcer les branches basses en supprimant les rameaux nombreux au sommet et en pratiquant le pincement d’été, ce qui réoriente la sève vers les parties inférieures.

Schéma des différents types morphologiques de pommiers (basitone, acrotone)

La Taille de Fructification : Optimiser la Production

La taille de fructification vise à obtenir une récolte équilibrée en régulant les flux de sève entre la croissance des rameaux et la formation des organes fructifères. La fructification varie également selon les groupes : les types I et II fructifient sur le vieux bois avec des coursonnes, tandis que les types III et IV produisent vers l’extrémité des branches.

Techniques Spécifiques à la Fructification

La technique « tri gemme » consiste à raccourcir les branches fruitières pour favoriser les bourgeons à fleurs. Cette méthode s’applique aux pommiers, poiriers et cerisiers. La suppression de l’auxine favorise la production de gibbérelline, hormone qui induit la floraison.

Pour atténuer l’alternance, un phénomène où l'arbre produit abondamment une année et peu la suivante, la taille printanière permet d’éliminer les fleurs en surnombre en taillant au-dessus du premier ou deuxième bouquet de fleurs. Cette intervention régule la charge et favorise la formation des boutons de fleurs pour l’année suivante, assurant une production plus régulière. L’extinction sélective des coursonnes en amont des branches et en position inférieure s’effectue de février à mars, se limitant à 20-30% des bourgeons fructifères pour maintenir la qualité et réduire l’alternance.

Le Rôle Crucial des Bourgeons

Il faut savoir distinguer les deux types de bourgeons des arbres fruitiers pour une taille efficace : les bourgeons à fleurs, renflés et ronds, sont perpendiculaires au bois et donneront les fruits ; les bourgeons à bois, longs, pointus et collés au bois, donneront une branche. Pour un arbre jeune, il est préférable de tailler de sorte que le bourgeon terminal soit à bois, tandis que pour un arbre plus vigoureux de plusieurs années, la taille visera à ce que le bourgeon terminal donne des fleurs.

L'Art des Arcures : Façonner sans Couper

Les arcures constituent une technique de formation qui utilise la vigueur naturelle de l’arbre plutôt que la taille sévère. Cette méthode favorise la mise du fruit rapide et équilibre la relation entre vigueur et production. Les arcures modifient la tendance acrotone des branches érigées et équilibrent le développement des axillaires distales. Le pliage printanier favorise l’induction florale en ralentissant la circulation de la sève, ce qui encourage la formation de bourgeons floraux.

Matériaux et Méthodes d'Arcure

La technique d’arcure pour obtenir une forme en gobelet utilise des matériaux spécifiques : ficelle horticole en polypropylène stabilisée UV, gaine creuse souple de 5 mm de diamètre et liens caoutchouc EPDM. Ce lien en caoutchouc, grâce à son élasticité, permet d’établir un lien résistant tout en conservant une souplesse facilitant la croissance de la plante. La mise en œuvre est simple et rapide.

Différents outils et matériaux pour l'arcure des branches fruitières

Chaque année, les nouvelles pousses ont tendance à repousser tout droit vers la lumière, ce qui nécessite de renouveler les arcures le temps de la formation de l’arbre. Cela peut entraîner un encombrement au sol, notamment lors de la tonte du verger, si vous utilisez des piquets pour attacher les branches. Une alternative consiste à utiliser des tuteurs pour arquer les branches.

Les élastiques Triangle sont très utilisés pour arquer les branches fruitières sur toutes les formes, notamment par les professionnels pour les formes en axe. En mettant les branches à l’horizontale, on va freiner la pousse et favoriser la mise à fruits de l’année prochaine. Avec une longueur de 220 mm, ces élastiques permettent d'attacher facilement les branches et peuvent être rallongés si nécessaire. On peut les utiliser dès le mois de juin pour freiner une branche trop vigoureuse par rapport aux autres. Les bracelets ou colliers caoutchouc sont noirs et traités contre les UV, offrant une mise en place facile et rapide. Il est important de ne pas forcer, au risque de casser la branche à un endroit fragile.

Des écarteurs en plastique résistant servent à écarter les branches d’arbres fruitiers en formation, afin d'ouvrir la ramure. Ces crochets, testés sur plusieurs arbres, sont efficaces, mais nécessitent une attention particulière pour ne pas casser la branche si l'angle est trop fermé. Un autre moyen, plus traditionnel, est d'utiliser des poids, comme du béton coulé dans des pots de yaourt, ou de petits crochets.

La Conduite Libre : L'Autonomie Culturale

La conduite libre exclut toute taille systématique avant la mise des fruits, permettant à l’arbre d’exprimer son mode de ramification naturel. Cette approche vise l’autonomie culturale et la limitation des interventions phytosanitaires. Dans cette conduite, toutes les pousses latérales au tronc sont conservées et les pousses concurrentes à l’axe sont pliées horizontalement plutôt que supprimées. La fructification en position terminale fixe naturellement la longueur des branches fruitières, créant une auto-régulation architecturale.

Périodes de Taille : Hiver et Été

La taille des arbres fruitiers est une étape très importante de son développement. Elle permet de le façonner, l'équilibrer, lui donner de la vigueur pour une production abondante et de qualité.

La Taille en Hiver ("En Sec")

La taille en hiver, appelée taille « en sec », s’effectue durant le ralentissement de la circulation de la sève. Cette période convient aux gros travaux comme la suppression des branches charpentières. Pour les arbres à pépins (pommiers, poiriers, cognassiers), la période s’étend de fin octobre à fin mars, en évitant les périodes de gel et de givre car le bois devient cassant et la cicatrisation se fait mal.

La Taille d'Été ("En Vert")

La taille d’été ou taille « en vert » se pratique de mai à septembre et comprend les ébourgeonnages, pincements et cassements. Cette période permet la taille de rapprochement à floraison pour les noyaux. Les interventions de taille en vert réalisées en cours de végétation jouent un rôle important sur certaines espèces fruitières en supprimant les excès de « vigueur » (gourmands, pousses en excès) favorables à certains bio-agresseurs. Sur pêcher, cette technique contribue aussi à éviter l’installation d’un microclimat favorable aux maladies telles que les monilioses des fruits à noyau. Il a été montré que des interventions précoces visant à éliminer des jeunes pousses (arrachage manuel précoce) pour optimiser la répartition de la lumière au sein de la frondaison permettent de réduire de manière significative les dommages liés aux monilioses en l’absence de fongicides.

Précautions et Soins des Coupes

La cicatrisation constitue un aspect fondamental de la qualité de taille. Il est conseillé de réaliser des coupes nettes favorisant la formation rapide du bourrelet de cicatrisation. Les tailles mal exécutées, avec bourrelet absent ou onglets nécrosés, exposent l’arbre aux maladies et affaiblissent sa structure. Il est fondamental de tailler juste au ras de la zone de barrage, un replis, un bourrelet appelé la ride de l’écorce, que l’on trouve à l’endroit où la branche s’insère sur le tronc. Ces deux éléments, ride de l’écorce et col de la branche, n’appartiennent pas à la branche, mais au tronc. Ils délimitent une zone de barrage qui réagit en produisant des substances inhibitrices des champignons et favorise la formation d’un bourrelet régulier qui va rapidement refermer la blessure. Une coupe effectuée trop loin, au-delà du col, laisse un chicot qui ne sera pas recouvert par le callus. L'efficacité des mastics cicatrisants est controversée ; la qualité de la coupe est primordiale.

Pour effectuer les coupes avec précision, il faut être en mesure de déterminer où se trouve la limite entre deux ramifications. Certaines espèces, comme le peuplier blanc, le cèdre ou l’épicéa ont un col très marqué, qui entoure totalement la branche. Dans ce cas, taillez au ras du col de la branche sans l’entamer. Le cas de taille le plus délicat est la suppression d’un des brins d’une fourche. Il faut tailler selon une oblique moyenne, qui part juste au ras de la ride de l’écorce, en supprimant toute la branche à tailler. Lorsque c’est le prolongement de la branche principale qui doit être taillé, la coupe s’effectue au ras de la ride, selon un plan parallèle à l’axe de la branche latérale.

Illustration des différentes coupes de taille et leur impact sur la cicatrisation

Équipement et Entretien

La taille des arbres fruitiers nécessite un matériel adapté et bien entretenu pour garantir des coupes nettes et limiter les risques de transmission de maladies. Il est conseillé d’utiliser des sécateurs, ébrancheurs et scies d’élagage désinfectés entre chaque arbre.

Les Formes des Arbres Fruitiers

Les formes des fruitiers se classent en deux catégories : de plein vent et plates, palissées. La taille permet de déterminer la forme de l'arbre fruitier en fonction des contraintes spatiales et de production.

Les Formes de Plein Vent

Les arbres de plein vent sont des arbres tiges de hauteur variable dans le cas des cerisiers, châtaigniers, abricotiers, agrumes, oliviers et pruniers ou des touffes pour les petits fruits, noisetiers, oliviers, noisetiers et néfliers. Les châtaigniers, les noyers, les néfliers, les kakis sont généralement laissés absolument libres de se développer. Les arbres fruitiers à noyaux, et notamment les pruniers, cerisiers et abricotiers, poussent beaucoup mieux en plein vent. Les pêchers peuvent être conduits en fuseaux ou en demi-tiges. Pour les petits jardins, on préférera les demi-tiges (hauteur de ramification : 1,30 à 1,50 m).

Les Formes Plates ou Palissées

Les formes plates ou palissées nécessitent la mise en place d'un support de soutien qui permet d'orienter le développement des rameaux. Trois formes sont majoritaires : le cordon vertical (poirier, pommier), le cordon horizontal à un bras (pommier, vigne) et les palmettes à la diable (amandier, abricotier, actinidia, pêcher), en U ou Verrier (pommier, poirier). Les pommiers et poiriers sont beaucoup plus accommodants et acceptent pratiquement toutes les formes, y compris les palmettes, les U doubles, les palmettes trident (à branches), les palmettes obliques à deux étages, les fuseaux, les demi-tiges et les hautes tiges (hauteur environ 2 m). Les cordons sont des formes exclusivement réservées aux pommiers, constituant les fruitiers les plus petits. Il existe des cordons à 1 ou 2 bras et 1 ou 2 étages.

La conduite en espalier permet de remédier au problème des arbres de plein vent qui ne peuvent pas toujours s'intégrer dans un petit jardin. Cette technique consiste à guider les arbres le long d'un support plat, comme un mur, pour obtenir une forme horizontale et régulière qui prend peu de place. Dès l'Antiquité, cette méthode était utilisée pour faciliter la récolte et optimiser l'espace. Les premières références remontent à l'Égypte ancienne. À partir de la Renaissance, sous le règne de Louis XIV, Jean-Baptiste de la Quintinie, créateur du Potager du roi à Versailles, a développé la culture en espalier des arbres fruitiers en élevant des murs dédiés. Aujourd'hui, la conduite en espalier est toujours pratiquée pour son aspect ornemental, le gain d'espace et le rendement rapide qu'elle offre.

Beaucoup d'arbres fruitiers peuvent se conduire en espalier, mais les plus propices restent les arbres à pépins (pommiers, poiriers, cognassiers) dotés de branches longues et souples. Un support plat est indispensable ; un mur de maison ou de clôture est idéal car il emmagasine la chaleur de la journée, la restituant la nuit pour les fruitiers, créant un micro-climat. En l'absence de mur, la formation dite en contre-espalier se fait sur des fils tendus horizontalement entre de solides poteaux espacés de 3 à 4m. Quel que soit le support, il doit être solide et durable.

Une fois compris que la conduite en espalier consiste à former un arbre qui reste relativement plat, il existe plusieurs types d'espaliers, chacun défini par la manière dont les branches sont dirigées, en fonction des préférences du jardinier, de l'espace disponible et du type d'arbre. On trouve la palmette en U, où les branches sont dirigées de chaque côté puis vers le haut, et l'espalier ou palmette en cordon horizontal, où les branches sont disposées horizontalement le long d'un support pour former une rangée continue. Il existe également des formes non plates avec pivot central comme le fuseau ou la pyramide.

Pour commencer, il est conseillé de choisir un scion, c’est-à-dire un arbre greffé depuis 1 an, à la tige non encore ramifiée, bien droit, robuste et avec des bourgeons sains. Le principe consiste à rabattre chaque hiver la flèche à l'endroit où vous souhaitez former un étage de branches, en coupant juste au-dessus de bourgeons pour favoriser la naissance de rameaux latéraux. Les branches s'abaissent en deux étapes : en été, deux pousses latérales sont dirigées à 45°, puis à l'automne, elles sont pliées à l'horizontale. Un arbre peut se doter de 3 ou 4 étages horizontaux progressivement. Les pousses émises sur les branches inférieures seront rabattues à 3 ou 4 feuilles, et les rameaux nés sur les tiges horizontales basses seront raccourcis des deux tiers de leur longueur.

La plupart des arbres fruitiers sont vendus déjà formés (en cordon, en U…), et il suffit de poursuivre leur formation. Cependant, acheter un scion et le diriger pour le palisser est intéressant et à la portée de tous, en pratiquant une taille douce.

Tailler ou conduire les arbres fruitiers ?

Exemples de Formation Spécifiques

Palmette en U

Pour une palmette en U, en automne, il convient de planter un scion de la variété désirée, pas trop vigoureux, verticalement. Aucune taille n'est nécessaire, sauf si le scion porte des ramifications latérales. En été, il faudra courber doucement le scion sur un fil de fer tendu horizontalement à 40 cm au-dessus du sol, puis le fixer avec quelques attaches. En hiver, de nombreux yeux à bois se seront transformés en boutons à fleurs. Il faut supprimer les ramifications ligneuses qui se seraient développées sur le dessus du cordon, en gardant toutes les autres en entier. Au printemps, la sélection se fera par ébourgeonnement. En fin d’été, on palissera les extrémités des rameaux en formant les coudes qui deviendront le futur U, en respectant impérativement 30 cm entre chaque branche charpentière. Les deux branches ainsi obtenues seront de vigueur identique et faciliteront la taille fruitière. On palissera verticalement les rameaux et on supprimera d’éventuels rameaux en surnombre.

Pyramide Ailée

La formation d'une pyramide ailée demande des baguettes en infrastructure de soutien pour palisser les ailes. Les branches sont implantées par étages espacés de 50 cm. Après avoir taillé à environ 50 cm du sol, il faut sélectionner les yeux à conserver. Pour obtenir les premières branches, on réservera cinq yeux échelonnés autour de l’axe central, en se basant sur la phyllotaxie. Ces cinq premiers yeux seront suivis par un sixième placé au-dessus d'eux. Au lieu de tailler directement au-dessus de l’œil de flèche, il faut effectuer une taille « à l’onglet », consistant à couper le scion à 10 cm au-dessus de l’œil de flèche et à éborgner sur sa longueur, créant ainsi un moignon inactif qui sert à palisser le bourgeon destiné à prolonger le tronc. Cet onglet sera supprimé en fin de saison. Tous les yeux en surnombre doivent être éborgnés. On régularisera la vigueur en établissant des barrages de sève, en entaillant au-dessus du premier et du deuxième œil (les plus bas). La deuxième année (taille hiver), on rabattra à 15-20 cm les deux rameaux inférieurs, à 10 cm les troisièmes et quatrièmes rameaux, et à 5 cm seulement pour le plus haut. Le sixième œil, le prolongement, sera taillé court sur le premier œil opposé à son départ. Les années suivantes, il faudra monter l’axe central en écartant de 50 cm chaque nouvelle série de branches, uniquement lorsque la première est bien établie. Si la longueur des premières branches est insuffisante, une seconde taille de renforcement est nécessaire. Il faut toujours procéder avec un œil opposé au point de départ du prolongement. Dès que possible, faites remonter les cinq branches charpentières en les coudant pour former les ailes de la pyramide.

Gobelet Dirigé

Le gobelet dirigé est une forme simple à obtenir. Pour un gobelet dirigé à huit branches verticales, à la plantation, il faut tailler le scion à 30 cm de hauteur au-dessus de quatre yeux bien formés. Lorsque les bourgeons poussent, il faut les palisser sur l’infrastructure de soutien. Sur le terrain, on dessinera un cercle de 20 cm de rayon, le pied du scion étant le centre, et on tracera deux diamètres perpendiculaires. À l’extrémité des diamètres, on plantera des piquets d’environ 50 cm de hauteur. On utilisera ensuite une baguette flexible courbée en arc de cercle. Pour la deuxième taille (hiver suivant), il conviendra de rabattre au-dessus de deux yeux latéraux les quatre branches charpentières verticales. Ces yeux formeront une bifurcation. Lorsque les bourgeons pousseront, on les palissera sur des baguettes au fur et à mesure, de manière à ce qu’ils aient tous la même hauteur à leur extrémité.

Physiologie de la Fructification

Pour obtenir un fruit, il faut que la sève circule très lentement à travers toutes les ramifications de l’arbre. Si en taillant une ramification partant du tronc sur une forme jardinée à trois yeux, selon le principe de la dominance apicale, le bourgeon terminal, qui reçoit de la sève en abondance, part à bois. Le second bourgeon qui reçoit également beaucoup de sève part aussi à bois. Ceci explique le principe de la taille, qui consiste à anticiper comment les bourgeons se développeront, puis de raccourcir chaque branche, en ne laissant que la longueur nécessaire pour qu’un bourgeon à fleurs se développe au printemps suivant. La taille décrite ici dérive de la méthode de taille dite « trigemme ». Elle consiste, comme son nom l’indique, à tailler toujours à « trois yeux ». Ce principe de taille, bien que simple à comprendre, reste exposé à l’incertitude, car chaque arbre et chaque variété a ses particularités, exigeant une adaptation de la taille, plus « courte » ou plus « longue », en fonction de la végétation existante.

Le jardinier n’est cependant pas entièrement désarmé face à la fructification. Le choix du terrain, des sujets porte-greffe, des variétés, du travail du sol ou de la taille sont tous des facteurs qui régissent le comportement de l’arbre. Deux facteurs sont essentiels dans le processus de la mise à fruit : la richesse des tissus en azote (N) et leur richesse en hydrates de carbone (C).

Si N est fort et C faible, alors les arbres croissent très vigoureusement, mais ne portent pas de fruits. C’est le cas des arbres jeunes, au porte-greffe vigoureux, et croissant dans un sol riche. Si N est limité et C abondant, alors les arbres fleurissent abondamment et ont une croissance acceptable. Si C est trop bien pourvu par rapport à N, ce qui est le cas des arbres vieillissants, alors le résultat varie suivant le degré de pauvreté en azote. L’apport d’azote doit être modéré pour les arbres jeunes ou approchant le stade de fructification, et tout ce qui diminue la surface foliaire (taille trop sévère) réduit l’alimentation carbonée. La formation de boutons à fleurs est également directement influencée par la quantité de fruits que porte l’arbre au moment de la différenciation des boutons. On estime qu’il faut environ 30 à 50 feuilles normales pour alimenter un fruit moyen, si l’on désire que, en même temps, l’arbre continue à pousser et fructifier normalement.

Au printemps, les arbres fruitiers fleurissent, puis les fruits apparaissent. Ils enferment une ou plusieurs graines qui proviennent des ovules contenus dans le pistil de la fleur. Pour que les ovules se transforment en graines, il a fallu que le pistil (organe femelle) soit pollinisé avec du pollen provenant des étamines (organe mâle) d’une fleur de la même espèce. Les « fruits » sont donc issus d’une reproduction sexuée. La majorité des arbres fruitiers nécessitent une pollinisation croisée pour produire des fruits.

La sève montante (brute), en période de végétation, favorise le développement des parties supérieures des branches au détriment de leur base. Ce principe, qui permet de former les arbres, fait également obtenir la fructification. La sève descendante (élaborée) est gorgée de sucre et participe à la fois à élaborer les fruits et à nourrir l’arbre.

Les branches charpentières doivent être prolongées, allongées, avec une longueur de taille utile, pour un prolongement moyen, située entre 20 et 30 cm. Cette longueur est variable et doit être effectuée en fonction de la vigueur de la branche charpentière. Sur les branches où le courant de sève est freiné, les longueurs de taille seront décroissantes, allant de 30 cm à successivement 20, 10 cm ou simplement 1 ou 2 yeux. On recherche à la fois l’allongement de chaque branche charpentière, et aussi le développement des yeux latéraux portés sur le prolongement taillé. Ce développement des yeux latéraux doit donner des ramifications courtes, nombreuses et si possible d’égale vigueur, appelées « coursonnes ». Pour pouvoir porter des fruits longtemps et en bonne santé, une coursonne doit être moyennement vigoureuse, implantée ni trop verticalement ni trop basse.

La première année, il faut d’abord choisir un œil de flèche ou œil d’extrémité après la taille sur la face avant de la branche charpentière et en rapport avec le résultat de l’année précédente. Les deux branches (dans le cas d’un U simple) devront être taillées à la même hauteur pour éviter un déséquilibre. Ensuite, il faut rechercher un coursonnage latéral, en supprimant, en dessous de l’œil de flèche, les yeux placés directement sur la face avant ou arrière du prolongement.

La deuxième année, on poursuivra la mise en place des coursonnes à venir. Il faut limiter la longueur du prolongement selon le résultat de la végétation précédente. Il faut utiliser les parties supérieures de la coursonne pour user la sève brute, alors que, dans les parties médianes et basses de cette même coursonne, la sève élaborée transformera les yeux en éléments favorables à la fructification. Quand la fructification sera installée, on supprimera les parties vigoureuses et stériles de la coursonne, qui pourraient la concurrencer dans son alimentation en sève, en ne conservant que les organes fertiles, pour favoriser ainsi l’alimentation des fruits se trouvant alors à l’extrémité de la coursonne.

Distinction des Organes Stériles et Fructifères

La distinction des organes stériles et fructifères est cruciale pour une taille efficace.

Organes Stériles

  • Le gourmand : Bien que le nom soit souvent utilisé pour une pousse très vigoureuse à partir du porte-greffe, en arboriculture, c’est un rameau vertical d’une très grande vigueur (souvent 1 m de longueur) et de forte section. Il est perturbateur car il a tendance à déséquilibrer la forme de l’arbre en tirant à lui progressivement toute la sève.
  • Le rameau à bois : Il ne porte que des yeux à bois sur toute la longueur, parfois mal constitués à la base. Sa vigueur est modérée, sa longueur est d'environ 20 à 60 cm, avec un diamètre d'un crayon.
  • La brindille : Les brindilles sont des rameaux à bois de longueur réduite (de 10 à 30 cm), de faible section et donc de faible vigueur. La brindille est terminée par un œil à bois.
  • L'œil à bois : C'est un petit bourgeon plus ou moins pointu, tomenteux (légèrement duveteux) chez le pommier et glabre chez le poirier, situé à la base du pétiole des feuilles en période de végétation, et réparti sur l'ensemble des rameaux stériles sur toute leur longueur. Il est protégé par des écailles réunies étroitement entre elles. À la base de cet œil, on trouve deux yeux stipulaires, des yeux latéraux peu apparents qui ne se développeront qu'après la disparition de l'œil à bois qu'ils entourent. Ces « roues de secours » permettront plus tard le rajeunissement des coursonnes après une taille de rapprochement. Si le rameau reçoit beaucoup de sève, il évoluera en rameau à bois ou en brindille et sera perdu pour la fructification immédiate. S’il ne reçoit pas suffisamment de sève, il pourra disparaître, rester latent, ou au pire, s’annuler et se dessécher.

Organes Fructifères

  • La brindille couronnée : La brindille peut se terminer par un bouton à fleurs, qui couronne sa tête. Chez les variétés très fertiles, la transformation des yeux à bois en boutons à fleurs est très rapide et ne demande que quelques mois. On trouve donc en fin de saison, à l’extrémité des ramifications de l’année, des boutons à fleurs.
  • Le bouton à fleurs ou lambourde ou lambourde fructifère : C’est un œil à bois, voire un dard, mais plus globuleux. Il donne l’aspect d’un organe légèrement gonflé, ovoïde, recouvert d’écailles plus ou moins brunes (de 17 à 23), semblables à celles de l’œil à bois. À l'intérieur, est présente une inflorescence en corymbe (6 à 15), parfois flanquée à sa base de deux yeux stipulaires à bois. Un bouton à fleurs reste à fleurs, quelle que soit la quantité de sève que l’on dirige sur lui ; il n’y a pas de danger de le voir retourner à bois. C’est le résultat de la transformation d’un dard de l’année précédente. On le reconnaît en été, car il est entouré d’une collerette de 6 feuilles, mais surtout, au printemps, il s’épanouit avant le départ des yeux à bois en végétation, pour donner une inflorescence pluriflore, entourée d’une collerette de feuilles. On le rencontre sur les coursonnes où, d’une façon naturelle ou à la suite de la taille de fructification, la transformation de l’œil à bois s’est effectuée en passant du stade d’œil à bois en dard et, enfin, en bouton à fleurs. Cette opération dure normalement de 2 ans (parfois chez le pommier) à plus longtemps.

Schéma des différents types de bourgeons (bois, fleurs, mixtes)

L'Impact de la Conduite sur la Santé de l'Arbre

La conduite des arbres est une méthode de contrôle cultural. En production fruitière, la gestion de la conduite architecturale des arbres (taille d’hiver, taille en vert, forme fruitière…), en interaction avec la gestion de la charge en fruits, de l’irrigation et de la fertilisation, impactent fortement la vigueur des arbres. Ceci influence le développement des bio-agresseurs par la modification du microclimat (aération, durée d’humectation, éclairement) au sein de la frondaison et par la dynamique de croissance des organes modulant les périodes de sensibilité ou d’appétence selon le stade de développement. Les choix du système de conduite (densité de plantation, forme des arbres…) en relation avec la sélection du couple « variété x porte-greffe » sont déterminants pour la gestion du verger.

Les interventions réalisées pour la conduite des arbres associent de nombreuses techniques comme la taille d’hiver et d’été (taille en vert), la suppression manuelle de bourgeons (extinction sur le pommier, effleurage sur le pêcher), l’arcure, etc. Ces opérations visent à orienter le développement et la croissance des arbres vers des objectifs adaptés à une exploitation commerciale (formes fruitières assurant une régularité de la production et facilitant les opérations culturales, ou limitant les opérations manuelles…), mais aussi à augmenter la pénétration de la lumière et sa répartition au sein de la canopée (induction florale, production de fruits de qualité).

Les interventions de taille en vert réalisées en cours de végétation jouent un rôle important sur certaines espèces fruitières en supprimant les excès de « vigueur » (gourmands, pousses en excès) favorables à certains bio-agresseurs. Sur pommier, des études récentes confirment l’influence de l’architecture des arbres sur le développement des bio-agresseurs. Les systèmes de conduite et la gestion de l’architecture des arbres apparaissent donc comme des leviers d’action potentiels. Leur mode d’action complexe et la maîtrise des temps de travaux imposent de trouver des compromis entre efficacité et rentabilité. Les interventions de taille peuvent également être un levier d’action directe non négligeable contre certains ravageurs. Par exemple, la taille des gourmands sur poirier permet de diminuer les populations de psylle (taille lorsque les larves de psylle sont présentes dessus). De même, la taille en vert peut permettre de diminuer les populations de pucerons lanigères (suppression des rameaux touchés).

La Régénération des Arbres Vieillissants

La taille de régénération des arbres vieillissants demande une approche progressive pour éviter la formation excessive de gourmands. Il convient de simplifier la structure en supprimant les branches basses et les petites ramifications tout en préservant l’équilibre général. La formation continue et l’observation régulière des arbres du verger permettent d’affiner la technique de taille. Il est conseillé de tenir compte des spécificités locales : climat, sol, variétés cultivées et objectifs de production.

L'Arboriculture Fruitière Agroécologique

L’arboriculture fruitière en formes jardinées vise à produire les meilleurs fruits possibles. Même si elle travaille sur l’ensemble des dimensions et des paramètres de l’arboriculture fruitière, l’arboriculture en formes jardinées s’organise autour d’un ensemble de savoirs et de savoir-faire spécifiques : ceux de la taille de formation et de fructification. Décrire ces savoir-faire dans un texte est un exercice très difficile, mais l'approche ici est sous forme d’instructions pour conduire un arbre à produire des fruits. Les formes jardinées permettent de produire les meilleurs fruits dans un volume réduit. Elles ont également l’avantage d’exprimer toute la plasticité de l’arbre, ce qui peut donner au jardinier la possibilité de faire des recherches esthétiques. La taille de formation permet non seulement de donner une apparence aux arbres, mais aussi de disposer les branches charpentières à un écartement suffisant pour que la fructification s’établisse et se maintienne, sur toute leur longueur, parfaitement éclairée et aérée.

Les vergers diversifiés en permaculture représentent une solution à la fois écologique et durable pour cultiver des fruits tout en enrichissant la biodiversité locale. Contrairement aux vergers conventionnels souvent monoculturaux et intensifs, les vergers diversifiés favorisent les interactions naturelles entre les différentes espèces de plantes, d’animaux et de microorganismes pour créer un écosystème équilibré. L'approche sensible et rigoureuse de la conduite des arbres, fondée sur l'observation, la compréhension du vivant et des gestes adaptés, est essentielle car chaque arbre est un individu dont les réactions aux gestes humains peuvent profondément influencer sa vitalité, sa mise à fruit ou son dépérissement.

Verger diversifié en permaculture

tags: #conduite #en #branche #fruitiere