Le glyphosate est un herbicide systémique non sélectif employé pour la destruction des mauvaises herbes vivaces. C’est l’herbicide le plus utilisé dans le monde par les agriculteurs, les collectivités et les particuliers. Ce produit chimique appartient à la famille des aminophosphates et empêche les plantes de se développer en bloquant une substance nécessaire à leur croissance. Bien que son usage soit largement répandu, la manipulation de produits phytopharmaceutiques et la préparation de bouillies peuvent entraîner une contamination accidentelle.

Mécanismes de contamination et exposition
L’intoxication au glyphosate est rencontrée principalement chez les chats et les chiens en contact avec des plantes traitées récemment. Les modes de contamination au glyphosate se produisent principalement par absorption cutanée lors des promenades sur des surfaces fraîchement traitées. L’ingestion indirecte survient quand le chien se lèche après avoir marché sur une zone contaminée, tandis que l’ingestion directe concerne les animaux qui consomment de l’herbe fraîchement traitée.
La contamination respiratoire représente également un danger lors de la pulvérisation du produit, les gouttelettes en suspension pouvant être inhalées ; les muqueuses nasales et la gorge sont alors les premières touchées. Chez l'humain, l'exposition aux pesticides après leur application peut survenir par inhalation de vapeurs, de poudres ou de brouillards, par contact dermique avec des résidus, ou par contact oculaire, notamment par frottement des yeux avec une main ou un vêtement contaminé.
Manifestations cliniques : l'atteinte oculaire et systémique
Lorsque l’animal ingère de l’herbe fraîchement traitée, les signes cliniques sont surtout digestifs : salivation, irritation de la bouche, difficultés à déglutir, vomissements et diarrhée. Les signes cliniques apparaissent rapidement, souvent dans les 30 minutes à 2 heures après le contact avec ces produits phytosanitaires.
Les troubles oculaires
En cas de contact oculaire, on peut avoir une conjonctivite, avec rougeur et larmoiement. Des troubles oculaires en cas de projection incluent :
- Irritation sévère de la conjonctive.
- Larmoiement excessif.
- Risque d'ulcère de la cornée.
Ces symptômes nécessitent une attention particulière, car le contact direct avec le produit ou avec des surfaces traitées peut provoquer des dommages immédiats sur les tissus oculaires sensibles.
Symptômes systémiques
Chez le chien, les vomissements peuvent être parfois sanglants et les diarrhées noirâtres. L’animal montre des signes de fatigue intense et peut développer une hypothermie. Dans certains cas, des troubles neurologiques surviennent : tremblements musculaires, perte d’équilibre, pupilles dilatées. Une exposition prolongée aux résidus de désherbants, même à faible dose, peut entraîner des perturbations hormonales. Les analyses révèlent également un impact sur le système immunitaire, rendant les animaux plus sensibles aux infections.
Premiers secours : Intoxication d'origine chimique | Secourisme
Protocoles d'urgence et premiers soins
Un accident est vite arrivé. Pour répondre à l’urgence vitale lors d’une exposition aux produits phytosanitaires, le meilleur allié reste le rinçage à l’eau propre. C’est pourquoi, un accès facile à l’eau courante est primordial.
En cas de projection cutanée ou oculaire
Une fois les vêtements enlevés, rincez soigneusement la zone affectée avant de la laver abondamment à l’eau et au savon. Afin de ne pas endommager la peau, évitez de trop frotter. Si les yeux sont contaminés, rincez-les abondamment avec de l’eau propre ou du sérum physiologique pendant au moins 10 à 15 minutes. Pour un animal, en cas de projection oculaire, rincez les yeux abondamment avec du sérum physiologique.
En cas d'ingestion
Surtout, n’induisez pas le vomissement, sauf si indiqué autrement sur l’étiquette. En raison du caractère irritant pour les muqueuses digestives, il ne faut pas faire vomir le chat ou le chien. Mettez la personne contaminée en position latérale de sécurité (PLS) et basculez prudemment sa tête en arrière. Il est très important qu’elle maintienne une respiration adéquate : n’hésitez pas à pratiquer la respiration artificielle si nécessaire. L'administration de charbon végétal activé est très efficace, mais il faut l’administrer avec précaution pour éviter les fausses routes.
Diagnostic et prise en charge vétérinaire
Dans le cas d’une intoxication avérée ou suspectée, faites immédiatement appel à une aide médicale ou vétérinaire. Après ces premiers gestes, une consultation en urgence chez le vétérinaire est prudente. La recherche de glyphosate peut se faire sur un échantillon de contenu digestif, de plasma ou d’urine. Cependant, il n’existe pas de valeurs de référence et l’analyse est très chère. Un seul cas décrit a déterminé une valeur seuil de 300 mg/L pour la concentration plasmatique en glyphosate comme étant diagnostique d’une intoxication.
Le traitement symptomatique associe antiémétiques contre les vomissements et antispasmodiques pour calmer les douleurs abdominales. Dans les cas sévères, une oxygénothérapie est nécessaire pour compenser les difficultés respiratoires. Un lavage gastrique sera éventuellement réalisé en clinique selon la quantité avalée.
Gestion des risques et prévention
Les zones fraîchement traitées au glyphosate restent nocives entre 24 et 48 heures après pulvérisation. L’absorption du désherbant par les plantes prend entre 3 et 6 heures dans des conditions optimales. Les surfactants présents dans les formulations commerciales prolongent l’activité du produit jusqu’à 72 heures.

Le délai de sécurité après traitement désigne la période minimale qui doit s'écouler entre le moment de l'application d'un pesticide et le moment où des personnes peuvent y travailler manuellement de nouveau. L’étiquette apposée sur le contenant de pesticide fournit les renseignements nécessaires concernant ce délai. Si l’étiquette ne mentionne pas de délai, le règlement précise que ce délai est de 24 heures pour un pesticide légèrement toxique, et peut monter jusqu'à 48 heures pour des produits plus toxiques.
Pour protéger votre animal, adoptez des gestes simples :
- Privilégiez les sorties matinales ou en soirée, quand la chaleur limite l’évaporation des produits toxiques.
- Équipez votre compagnon de bottines de protection si vous devez traverser des zones à risque.
- Interdisez l’accès aux zones que vous venez de traiter.
- En cas de doute, gardez à portée de main l’emballage du produit pour identifier précisément la substance ingérée lors de la consultation vétérinaire.
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