Introduction : La Richesse Oubliée des Vergers
La conservation des anciennes variétés fruitières est un enjeu majeur pour nos territoires. Au-delà de la simple sauvegarde de la diversité biologique, elle est intrinsèquement liée à la préservation des savoir-faire autour de l'arboriculture diversifiée et à la promotion de pratiques alimentaires plus durables. En effet, la relocalisation des productions alimentaires et la création de circuits-courts sont des objectifs fondamentaux que les conservatoires fruitiers contribuent à atteindre. Ces initiatives permettent également de redonner des habitudes de consommation au gré de la saisonnalité des productions, mais aussi de retrouver une diversité des saveurs souvent oubliées par le fait de la monoculture fruitière. La valorisation de ce patrimoine végétal est donc essentielle pour la résilience de nos écosystèmes et de nos systèmes alimentaires.

Le Conservatoire Végétal Régional d’Aquitaine : Un Modèle de Préservation
Le patrimoine du Conservatoire végétal régional d’Aquitaine (CVRA) est majoritairement originaire du Sud-Ouest, reflétant la richesse arboricole de cette région. Les caractérisations phénotypiques et moléculaires effectuées sur ce patrimoine montrent qu'il est à la fois extrêmement diversifié et majoritairement unique, soulignant son importance capitale pour la biodiversité fruitière. Le patrimoine du CVRA est riche de 2 000 accessions de seize espèces fruitières différentes, réunies sur un domaine de 19 hectares, dont le verger conservatoire occupe 14 hectares.
Organisation et Financement du CVRA
La représentation régionale du Conservatoire Végétal Régional d’Aquitaine est organisée autour de trois pôles complémentaires. Le premier est le conservatoire lui-même et son domaine agricole, véritable cœur de la collection. Le deuxième pôle regroupe les sites d’accueil, qui sont des vergers de duplication et paysagers répartis sur l’ensemble du territoire aquitain, permettant une diffusion territoriale de la biodiversité cultivée et la transmission de la richesse du patrimoine. Ces vergers, développés sous forme paysagère avec des pratiques agroécologiques, appartiennent à des collectivités, à des entreprises privées ou à des particuliers. Ils servent de modèle pour les formations en s’inspirant des capacités techniques du Conservatoire. Le troisième pôle est l’association de soutien, l’ASCVA, créée dès 1983.
Le Conservatoire d’Aquitaine s’autofinance à 75 % grâce à une combinaison de sources de revenus : sa pépinière fruitière, les conventions établies avec ses sites d’accueil, les formations qu'il dispense, la vente des fruits du verger (en frais ou transformés), et sa librairie (www.conservatoirevegetal.com). Depuis 1983, les financements publics sont régionaux et départementaux (provenant des cinq départements de l’ancienne Aquitaine), auxquels s’ajoutent ponctuellement des aides en réponse à des appels à projets. Cette approche de financement diversifiée garantit la pérennité de ses missions.
PIM 2012 Vers un verger agroforestier ? - Evelyne Leterme, conservatoire végétal d'Aquitaine
Le Verger Conservatoire et sa Pépinière à Montesquieu
Le Conservatoire est situé sur la commune de Montesquieu, dans le Lot-et-Garonne, et regroupe toutes les collections fruitières recueillies depuis quarante ans. Les accessions sont implantées par ordre de maturité et par population dont les phénotypes ou les appellations sont proches. Les informations fournies par les analyses moléculaires aident au renouvellement des parcelles trop âgées, assurant ainsi la vitalité et la pertinence des collections. Le nombre d’arbres par accession varie de deux à cinq selon les besoins d’utilisation des fruits, optimisant l'espace et les ressources. Les porte-greffes du Conservatoire sont choisis avec soin pour leur adaptation au sol et pour la capacité à se procurer le plus possible de types conférant une faible vigueur pour chaque espèce, une pratique qui contribue à la santé et à la productivité des arbres.
L'Association de Soutien (ASCVA) : Un Pilier Communautaire
L’association de soutien, l’ASCVA, créée dès 1983, est forte d’un millier d’adhérents, dont 70 % sont aquitains. Le bénévolat de ses membres offre chaque année plus de mille journées d’aide au Conservatoire, un apport inestimable pour son fonctionnement. Ces contributions sont réparties principalement sur les expositions régionales, les journées d’entretien ou de récolte, la participation aux stages de formation, aux conférences et à l’organisation de la Fête de l’Arbre, événement annuel majeur qui se tient le dernier weekend de novembre, à Montesquieu. Cette association forme le volet social du Conservatoire et lui permet de rayonner sur un vaste territoire, renforçant les liens avec la population et sensibilisant un public plus large à l'importance de la biodiversité fruitière.
La Diversité Fruitière en Aquitaine et au-delà
Un grand nombre de variétés locales sont nées dans la région ou y ont été apportées au fil du temps et des déplacements, témoignant des échanges culturels et agricoles. Cette richesse est une part fondamentale de l'identité du territoire.

Exemples de Variétés Anciennes Préservées
La préservation de la diversité fruitière est concrétisée par la conservation de variétés spécifiques, chacune avec ses caractéristiques uniques :
- Poire de calibre moyen à gros, de forme assez écrasée. C'est une poire à couteau à chair blanche juteuse et sucrée. Sa cueillette s'effectue en septembre. L'arbre est vigoureux, ramifié, assez trapu, idéal pour la formation de palmettes.
- Pomme de gros calibre jaune lavée de rose. Il s'agit d'une pomme à couteau et à cuire à chair croquante très acide. Sa cueillette a lieu la 1ère quinzaine d'octobre.
- Cerise de calibre moyen, forme arrondie-allongée à l'épiderme rouge et jaune. Sa cueillette intervient mi-juillet.
- Prune d'assez gros calibre, arrondie, dissymétrique à épiderme rouge foncé, à pruine assez abondante. C'est une très bonne prune à chair jaune-orangé, juteuse, très sucrée et parfumée. Sa cueillette se fait fin août.
Ces exemples illustrent la typologie des fruits conservés, chacun représentant un fragment du patrimoine gustatif et agricole.
L'Importance de la Conservation des Variétés Fruitières Anciennes
La conservation des anciennes variétés fruitières est un enjeu majeur pour notre territoire. En plus de préserver les savoir-faire autour de l’arboriculture diversifiée, elle contribue à la relocalisation des productions alimentaires, et à la création de circuits-courts. Elle permet aussi de redonner des habitudes de consommation au gré de la saisonnalité des productions, mais aussi de retrouver une diversité des saveurs oubliées par le fait de la monoculture fruitière. La sauvegarde de ces variétés est une réponse directe aux défis de l'uniformisation agricole et de la perte de biodiversité.
Initiatives Locales de Création de Vergers Conservatoires
Plusieurs initiatives locales illustrent l'engagement des communautés et des élus en faveur de la biodiversité fruitière et du développement durable.
Le Projet de Verger Conservatoire dans le Verdon
Pour redécouvrir et retrouver des anciennes variétés fruitières du Verdon, un long travail de prospection du territoire est nécessaire, engagé depuis plusieurs années, qui est combiné à des recherches historiques. À ce jour, une soixantaine de variétés de pommes, et environ 110 variétés de poires, ont pu être retrouvées sur le territoire du Parc du Verdon. Un grand nombre d’entre elles font l’objet d’analyses génétiques afin de les identifier, et de connaître leur unicité, ou au contraire, leur dispersion à l’échelle nationale. Les arbres « mères » sont suivis et repérés dans un système d’information géographique. Depuis 2025, un verger conservatoire est en cours de création avec 70 arbres plantés. Le but est de regrouper différentes variétés de pommiers et poiriers au même endroit, et ainsi sécuriser leur pérennisation et faciliter leur diffusion. Cela a permis de distribuer environ 2 300 arbres entre 2014 et 2025, témoignant de l'impact concret de ces efforts.

Le Verger Conservatoire de Varneville-Bretteville (Terroir-de-Caux)
Terroir-de-Caux a choisi la commune de Varneville-Bretteville, près de Dieppe, pour créer un verger conservatoire. L'objectif est de valoriser les variétés fruitières normandes. Le jeudi 25 septembre 2025, les élus de la communauté de communes de Terroir-de-Caux ont officialisé ce choix. Ce verger va voir le jour dans le cadre du projet alimentaire territorial, une démarche visant à renforcer la souveraineté alimentaire et la consommation locale.
L’objectif de cette initiative est double : créer un verger partagé à vocation pédagogique et inciter les communes à faire de l’espace public des « garde-manger » par la plantation d’arbres fruitiers. Un appel avait été lancé par Terroir-de-Caux à l’ensemble des 75 communes afin que celles qui le voulaient proposent un terrain d’au moins un hectare susceptible d’accueillir ce verger.
Il fallait également que la commune s’engage à le mettre à disposition pendant 15 ans minimum et à valoriser les actions menées sur le verger en communiquant auprès des habitants et des acteurs du territoire. En échange, Terroir-de-Caux assure la préparation du terrain pour les plantations, les travaux de restauration ou de création d’une mare, l’installation des panneaux de signalétique, et d'autres aménagements nécessaires.
Cinq communes se sont portées candidates pour accueillir ce projet : Tôtes, Val-de-Scie, Val-de-Saâne, Torcy-le-Grand et Varneville-Bretteville. C’est cette dernière qui a remporté l’appel d’offres grâce à son terrain de 9 492 m². Les principaux atouts de ce terrain sont, pour Terroir-de-Caux, l’environnement naturel et arboré qu’il présente, la proximité immédiate de la salle des fêtes, de la mairie et du terrain de tennis, l’engagement du maire à installer des gouttières sur le bâtiment communal afin d’alimenter la future mare, et la présence d’un chemin de randonnée longeant la parcelle.
Pour ce verger, 79 arbres seront plantés. « Un catalogue des espèces qui peuplent la commune sera édité et chaque commune plantera un arbre, soit 79 arbres à venir, pour que chaque village de Terroir-de-Caux soit représenté », a noté Olivier Bureau, le président de la communauté de communes. Jean-Marie Adam, le maire de Bacqueville-en-Caux, a regretté que le terrain de sa commune n’ait pas été retenu, exprimant que « Ça aurait été un beau pied de nez à ceux qui ont arraché des pommiers il y a peu de temps… ». Cependant, Olivier Bureaux a indiqué que le terrain présenté par Bacqueville appartenait à Terroir-de-Caux et n’entrait donc pas dans les critères du projet, soulignant l'importance de la conformité aux exigences établies.
PIM 2012 Vers un verger agroforestier ? - Evelyne Leterme, conservatoire végétal d'Aquitaine
EcoQuartier et Biodiversité : L'Exemple de la Densité Urbaine et Rurale
La requalification d’une friche agricole de 1,5 ha est devenue le support de son EcoQuartier, alliant la création d’un nouveau commerce de centre-bourg, d’un espace de biodiversité autour d’une mare remise en état, et de 39 logements de typologies variées. Ce projet reflète la volonté des élus de lutter contre l’étalement urbain et de réhabiliter la densité urbaine en milieu rural, en associant urbanisation et développement durable. Un important travail de dialogue avec la population a permis la réussite de cet objectif. Le dispositif de location-accession mis en place pour près de la moitié des logements permet à des primo-accédants aux revenus modestes de venir s’installer à Roncherolles-sur-le Vivier, de tester leur capacité financière et de se constituer un apport financier, alors qu’ils n’auraient pas pu accéder à Roncherolles sans ce dispositif.
L’objectif de la commune était de densifier le centre-bourg, d’améliorer l’offre de services et de révéler un bâti ancien dans une écriture contemporaine respectant les caractéristiques de ce patrimoine exceptionnel. Cette réhabilitation a été le support d’un nouveau quartier d’habitations avec la création de 24 logements sociaux BBC, mi-locatifs et mi-accession à la propriété, alliant un programme architectural bien construit, une organisation urbaine suivant la pente du terrain et une gestion écologique des eaux pluviales. La volonté forte des élus et la cohésion de l’équipe de maîtrise d’œuvre ont permis d’atteindre les objectifs du référentiel national EcoQuartier : une forte densité pour une commune de cette taille (35 logements /ha), le respect de la biodiversité avec la préservation d’arbres remarquables emblématiques, la création d’un verger conservatoire et d’un jardin de plantes aromatiques, la recherche de qualité urbaine et écologique avec une composition qui privilégie les déplacements doux par rapport à l’automobile. Les cabanes des jardins familiaux voisins de l’EcoQuartier ont été récemment remplacées afin de respecter une harmonie d’ensemble avec le revêtement bois des maisons. Ce projet démontre qu'il est possible de concilier développement urbain, respect de l'environnement et préservation du patrimoine végétal.
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